Ces derniers jours, je travaille beaucoup avec ces outils d’IA, notamment en mettant en place plusieurs agents, chacun avec une fonction précise. Je le fais de manière assez empirique, sans plan arrêté. Ce qui m’a frappé assez vite, c’est à quel point tout dépend des mots que l’on emploie. On parle de “conversation”, mais ce n’en est pas vraiment une. Il s’agit plutôt d’une suite de demandes, d’essais, d’ajustements. On avance, on corrige, on recommence. Rien de très spectaculaire, mais quelque chose se met en place.
En travaillant comme ça, je me rends compte que je navigue entre plusieurs états. Par moments, je ne sais pas du tout ce que je cherche et je tâtonne. À d’autres moments, j’ai une idée vague que j’essaie de préciser en la mettant à l’épreuve. Plus rarement, je sais exactement ce que je veux. Ces états ne se succèdent pas vraiment ; ils coexistent. En ce moment, je suis plutôt du côté du tâtonnement, non pas par manque de pistes, mais parce qu’il y en a trop.
Ce déplacement m’oblige à regarder autrement ce que j’ai déjà écrit. Jusqu’à récemment, j’écrivais de manière très pulsionnelle. J’écrivais, je publiais, et le site faisait surtout office de dépôt. Les textes s’accumulaient, sans que je me pose vraiment la question de leur tenue d’ensemble. Aujourd’hui, sans que ce soit très clair encore, quelque chose change. Je commence à relire différemment, à faire attention à ce qui revient, à ce qui se répond. Non pas pour organiser ou classer, mais simplement pour ne plus tout laisser se dissoudre dans le flux.
C’est souvent à ce moment-là que surgissent certains textes un peu particuliers. Ils ne sont pas plus importants que les autres, ni plus aboutis. Ils ne disent rien de décisif. Mais ils semblent se tenir à un endroit légèrement décalé, comme s’ils regardaient l’ensemble depuis un seuil. Le problème, c’est que je les reconnais rarement sur le moment. Je les écris, je les publie, et ils sont aussitôt absorbés par ce qui suit.
J’ai bien essayé de marquer ces textes après coup, notamment avec un mot-clé que j’ai appelé « seuils ». Je l’utilise de temps en temps, mais de façon très intuitive. Il n’y a pas de règle claire. Parfois je sais, parfois je doute, parfois j’oublie complètement. Ce n’est pas très satisfaisant, mais c’est peut-être cohérent avec la nature même de ces textes : ils ne se signalent pas franchement, ils ne demandent pas à être isolés.
Ce qui m’intéresse aujourd’hui, ce n’est pas tant d’en produire davantage que d’apprendre à les reconnaître un peu mieux. Pas pour les mettre sur un piédestal, mais pour leur laisser un peu plus d’espace, un autre rythme. Peut-être que construire un cadre, finalement, sert aussi à ça : non pas à décider ce qui compte, mais à éviter que tout se perde à la même vitesse. Pour le reste, je n’ai pas de méthode. Juste l’impression d’avoir franchi quelque chose de discret, et d’essayer maintenant de ne pas l’oublier trop vite.


