{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/voix-de-pouvoir.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/voix-de-pouvoir.html", "title": "voix de pouvoir", "date_published": "2026-01-07T09:14:53Z", "date_modified": "2026-01-07T09:15:03Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "

Je ne me souviens pas vraiment de tout, juste de cette voix. Les traits du visage deviennent flous, la couleur des cheveux, la taille, plut\u00f4t grande et svelte je dirais, et sa fonction : psychanalyste. Le d\u00e9cor, c’\u00e9tait dans son appartement, une grande pi\u00e8ce lumineuse, bois\u00e9e, parquet et moulures au plafond, peut-\u00eatre une esp\u00e8ce de lustre au-dessus de nos t\u00eates. Elle buvait du th\u00e9. Elle portait un parfum qui me rappelait les parfums des ann\u00e9es 70. Peut-\u00eatre un fond de patchouli. Mais ce que je n’ai pas oubli\u00e9 c’est la lenteur avec laquelle elle s’exprimait. C’\u00e9tait sa mani\u00e8re de dominer ses interlocuteurs je crois. Parfois j’avais de dr\u00f4les de flashs qui me traversaient l’esprit. Une sacr\u00e9e envie de la secouer. Crache-la ta valda merde. Mais non je restais l\u00e0 bouche b\u00e9e n’en croyant pas mes oreilles. Ainsi on \u00e9tait donc en mesure d’imposer une temporalit\u00e9, une emprise par la voix. Et soudain tout s’est \u00e9clair\u00e9. Les dictateurs aux allures \u00e9nerv\u00e9es n’\u00e9taient rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Pour un peu on ne s’en rendrait m\u00eame pas compte. On dirait c’est sa nature, elle parle lentement. Voil\u00e0.<\/p>\n

Dans la cour de l’\u00e9cole primaire de ce petit village de l’Is\u00e8re o\u00f9 je donne des cours de dessin une fois par semaine, les ATSEM s’\u00e9gosillent sur les gamins. Et \u00e7a ne leur fait rien du tout aux gamins. Ils s’en fichent. C’est comme s’ils n’entendaient rien. S\u00fbr que ce n’est pas la bonne m\u00e9thode je me dis en voyant \u00e7a. Puis c’est mon tour. Il faut y aller les enfants. Je m’asseois \u00e0 une table, j’attends. Il y a bien s\u00fbr du chahut. J’attends. Une petite fille me demande quand est-ce qu’on va commencer \u00e0 dessiner. Une autre me demande qu’est-ce que l’on va dessiner. Je les regarde et je parle tout doucement, presque un chuchotement. Le chahut s’att\u00e9nue, d’autres enfants s’approchent intrigu\u00e9s sans doute. C’est comme \u00e7a que mon premier cours a commenc\u00e9.<\/p>\n

J’\u00e9tais apprenti \u00e0 l’\u00e9poque, \u00e0 25 ans. Je n’\u00e9tais pas pay\u00e9, je faisais \u00e7a parce que je voulais apprendre. Et D. m’avait fait cette fleur de m’accepter. J’\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s brouillon, t\u00eate en l’air, mal organis\u00e9. Je ne faisais que des conneries. Le boulot principal du studio \u00e9tait la photographie d’instruments de musique. Principalement des guitares Vigier, du bon matos. D. avait de ces silences qui sont parfois plus terribles que les mots. Lorsque j’avais fait une b\u00eatise il venait se planter devant la catastrophe, il pla\u00e7ait ses mains sur ses hanches et comme c’\u00e9tait un gros homme on aurait pu imaginer une grosse jatte comme celles qu’on imagine je crois dans les bazars des mille et une nuits. On s’attendait bien s\u00fbr \u00e0 en prendre pour son grade mais non, il regardait l’\u00e9clairage, il regardait les balcars puis il me regardait et l\u00e0 il ne disait rien, il levait les yeux au ciel, il \u00e9mettait un soupir puis il repartait. C’est comme \u00e7a que j’ai appris l’\u00e9clairage des instruments de musique, exactement. Une fois j\u2019ai fait une grosse b\u00eatise. C\u2019est bien la premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu hurler D. Mais l\u00e0 il avait perdu tout pouvoir sur moi je crois. Tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s je suis parti.<\/p>", "content_text": " Je ne me souviens pas vraiment de tout, juste de cette voix. Les traits du visage deviennent flous, la couleur des cheveux, la taille, plut\u00f4t grande et svelte je dirais, et sa fonction : psychanalyste. Le d\u00e9cor, c'\u00e9tait dans son appartement, une grande pi\u00e8ce lumineuse, bois\u00e9e, parquet et moulures au plafond, peut-\u00eatre une esp\u00e8ce de lustre au-dessus de nos t\u00eates. Elle buvait du th\u00e9. Elle portait un parfum qui me rappelait les parfums des ann\u00e9es 70. Peut-\u00eatre un fond de patchouli. Mais ce que je n'ai pas oubli\u00e9 c'est la lenteur avec laquelle elle s'exprimait. C'\u00e9tait sa mani\u00e8re de dominer ses interlocuteurs je crois. Parfois j'avais de dr\u00f4les de flashs qui me traversaient l'esprit. Une sacr\u00e9e envie de la secouer. Crache-la ta valda merde. Mais non je restais l\u00e0 bouche b\u00e9e n'en croyant pas mes oreilles. Ainsi on \u00e9tait donc en mesure d'imposer une temporalit\u00e9, une emprise par la voix. Et soudain tout s'est \u00e9clair\u00e9. Les dictateurs aux allures \u00e9nerv\u00e9es n'\u00e9taient rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Pour un peu on ne s'en rendrait m\u00eame pas compte. On dirait c'est sa nature, elle parle lentement. Voil\u00e0. Dans la cour de l'\u00e9cole primaire de ce petit village de l'Is\u00e8re o\u00f9 je donne des cours de dessin une fois par semaine, les ATSEM s'\u00e9gosillent sur les gamins. Et \u00e7a ne leur fait rien du tout aux gamins. Ils s'en fichent. C'est comme s'ils n'entendaient rien. S\u00fbr que ce n'est pas la bonne m\u00e9thode je me dis en voyant \u00e7a. Puis c'est mon tour. Il faut y aller les enfants. Je m'asseois \u00e0 une table, j'attends. Il y a bien s\u00fbr du chahut. J'attends. Une petite fille me demande quand est-ce qu'on va commencer \u00e0 dessiner. Une autre me demande qu'est-ce que l'on va dessiner. Je les regarde et je parle tout doucement, presque un chuchotement. Le chahut s'att\u00e9nue, d'autres enfants s'approchent intrigu\u00e9s sans doute. C'est comme \u00e7a que mon premier cours a commenc\u00e9. J'\u00e9tais apprenti \u00e0 l'\u00e9poque, \u00e0 25 ans. Je n'\u00e9tais pas pay\u00e9, je faisais \u00e7a parce que je voulais apprendre. Et D. m'avait fait cette fleur de m'accepter. J'\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s brouillon, t\u00eate en l'air, mal organis\u00e9. Je ne faisais que des conneries. Le boulot principal du studio \u00e9tait la photographie d'instruments de musique. Principalement des guitares Vigier, du bon matos. D. avait de ces silences qui sont parfois plus terribles que les mots. Lorsque j'avais fait une b\u00eatise il venait se planter devant la catastrophe, il pla\u00e7ait ses mains sur ses hanches et comme c'\u00e9tait un gros homme on aurait pu imaginer une grosse jatte comme celles qu'on imagine je crois dans les bazars des mille et une nuits. On s'attendait bien s\u00fbr \u00e0 en prendre pour son grade mais non, il regardait l'\u00e9clairage, il regardait les balcars puis il me regardait et l\u00e0 il ne disait rien, il levait les yeux au ciel, il \u00e9mettait un soupir puis il repartait. C'est comme \u00e7a que j'ai appris l'\u00e9clairage des instruments de musique, exactement. Une fois j\u2019ai fait une grosse b\u00eatise. C\u2019est bien la premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu hurler D. Mais l\u00e0 il avait perdu tout pouvoir sur moi je crois. Tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s je suis parti. ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/balcars.jpg?1767777290", "tags": ["atlas"] } ,{ "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/des-voix-reconnaissables.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/des-voix-reconnaissables.html", "title": "Des voix reconnaissables", "date_published": "2026-01-07T08:38:34Z", "date_modified": "2026-01-07T08:38:44Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "

Soudain dans la rue j’entends sa voix. Je tourne la t\u00eate dans la direction d’o\u00f9 vient cette voix et je vois un groupe d’hommes de dos qui s’\u00e9loignent. J’examine leurs dos en tentant d’identifier celui que je pourrais d’embl\u00e9e associer \u00e0 cette voix, mais rien ne colle. Je reste l\u00e0 avec ce souvenir tellement pr\u00e9cis de cette voix et je me demande si je n’ai pas r\u00eav\u00e9. Il fait froid. Peut-\u00eatre ne neigera-t-il pas aujourd’hui.<\/p>\n

J’ai gard\u00e9 quelque temps le t\u00e9l\u00e9phone portable de mon p\u00e8re. Apr\u00e8s sa mort. De temps \u00e0 autre j’appelais son num\u00e9ro et j’\u00e9coutais le r\u00e9pondeur. Je ne pourrais pas dire l’effet que \u00e7a me fait de l’entendre encore. La ligne depuis a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e mais le souvenir de cette voix sur r\u00e9pondeur persiste. Dans quelques ann\u00e9es je ne sais pas ce qui restera de cette voix qui r\u00e9sonne encore dans mon cr\u00e2ne. Peut-\u00eatre bien qu’elle sera compl\u00e8tement d\u00e9form\u00e9e comme ces vieilles rengaines qu’on \u00e9coutait autrefois sur des cassettes \u00e0 bande magn\u00e9tique. Je ne sais pas si les voix enregistr\u00e9es sur des supports num\u00e9riques tiendront plus longtemps. Je me souviens que l’on disait que l’avenir \u00e9tait dans les CD puis dans les DVD. Mais \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 j’ai encore ces piles de CD et de DVD et je ne les utilise jamais. Une fois j’ai voulu tenter le coup mais \u00e7a ne fonctionnait plus, j’ai perdu des centaines de donn\u00e9es. Je crois que c’est parce que les machines ont \u00e9volu\u00e9. J’ai encore le vieux t\u00e9l\u00e9phone de mon p\u00e8re. C’est un Nokia, un vieux mod\u00e8le. Il est au fond d’un tiroir. Rare aussi que je le prenne en main. Je ne dispose pas de ce genre de nostalgie, je ne l’ai plus.<\/p>\n

J’essaie de me souvenir du quartier parisien o\u00f9 j’habitais \u00e0 l’\u00e9poque, mais c’est difficile, j’ai habit\u00e9 dans tous les quartiers de cette ville. Les voix des enfants d’une cour d’\u00e9cole montaient jusqu’\u00e0 ma fen\u00eatre et faisaient \u00e9cho \u00e0 celles des martinets dans le ciel. Au printemps je laissais la fen\u00eatre entrouverte pour les \u00e9couter. Parfois j’ajoutais un fond sonore de musique classique ou bien d’Erik Satie. Je trouvais que c’\u00e9tait propice pour \u00e9crire ce que j’\u00e9crivais \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n

Il y a du vent et je marche en for\u00eat. Les voix qui viennent vers moi et me d\u00e9passent sont \u00e9videmment une construction de mon imaginaire. Tout comme les arbres ont des bouches grandes ouvertes \u00e0 cause des n\u0153uds dans les troncs et des bras lanc\u00e9s vers le ciel. C’est encore l’hiver et j’avance, le sol est un peu glissant, de l’eau s’\u00e9coule dans le creux des talus. Parfois mon p\u00e8re est l\u00e0 avec sa chienne, un peu plus loin ils marchent devant moi. J’entends les jappements, j’entends des voix, il y a du vent, un vent l\u00e9ger et il fait froid.<\/p>", "content_text": " Soudain dans la rue j'entends sa voix. Je tourne la t\u00eate dans la direction d'o\u00f9 vient cette voix et je vois un groupe d'hommes de dos qui s'\u00e9loignent. J'examine leurs dos en tentant d'identifier celui que je pourrais d'embl\u00e9e associer \u00e0 cette voix, mais rien ne colle. Je reste l\u00e0 avec ce souvenir tellement pr\u00e9cis de cette voix et je me demande si je n'ai pas r\u00eav\u00e9. Il fait froid. Peut-\u00eatre ne neigera-t-il pas aujourd'hui. J'ai gard\u00e9 quelque temps le t\u00e9l\u00e9phone portable de mon p\u00e8re. Apr\u00e8s sa mort. De temps \u00e0 autre j'appelais son num\u00e9ro et j'\u00e9coutais le r\u00e9pondeur. Je ne pourrais pas dire l'effet que \u00e7a me fait de l'entendre encore. La ligne depuis a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e mais le souvenir de cette voix sur r\u00e9pondeur persiste. Dans quelques ann\u00e9es je ne sais pas ce qui restera de cette voix qui r\u00e9sonne encore dans mon cr\u00e2ne. Peut-\u00eatre bien qu'elle sera compl\u00e8tement d\u00e9form\u00e9e comme ces vieilles rengaines qu'on \u00e9coutait autrefois sur des cassettes \u00e0 bande magn\u00e9tique. Je ne sais pas si les voix enregistr\u00e9es sur des supports num\u00e9riques tiendront plus longtemps. Je me souviens que l'on disait que l'avenir \u00e9tait dans les CD puis dans les DVD. Mais \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 j'ai encore ces piles de CD et de DVD et je ne les utilise jamais. Une fois j'ai voulu tenter le coup mais \u00e7a ne fonctionnait plus, j'ai perdu des centaines de donn\u00e9es. Je crois que c'est parce que les machines ont \u00e9volu\u00e9. J'ai encore le vieux t\u00e9l\u00e9phone de mon p\u00e8re. C'est un Nokia, un vieux mod\u00e8le. Il est au fond d'un tiroir. Rare aussi que je le prenne en main. Je ne dispose pas de ce genre de nostalgie, je ne l'ai plus. J'essaie de me souvenir du quartier parisien o\u00f9 j'habitais \u00e0 l'\u00e9poque, mais c'est difficile, j'ai habit\u00e9 dans tous les quartiers de cette ville. Les voix des enfants d'une cour d'\u00e9cole montaient jusqu'\u00e0 ma fen\u00eatre et faisaient \u00e9cho \u00e0 celles des martinets dans le ciel. Au printemps je laissais la fen\u00eatre entrouverte pour les \u00e9couter. Parfois j'ajoutais un fond sonore de musique classique ou bien d'Erik Satie. Je trouvais que c'\u00e9tait propice pour \u00e9crire ce que j'\u00e9crivais \u00e0 cette \u00e9poque. Il y a du vent et je marche en for\u00eat. Les voix qui viennent vers moi et me d\u00e9passent sont \u00e9videmment une construction de mon imaginaire. Tout comme les arbres ont des bouches grandes ouvertes \u00e0 cause des n\u0153uds dans les troncs et des bras lanc\u00e9s vers le ciel. C'est encore l'hiver et j'avance, le sol est un peu glissant, de l'eau s'\u00e9coule dans le creux des talus. Parfois mon p\u00e8re est l\u00e0 avec sa chienne, un peu plus loin ils marchent devant moi. J'entends les jappements, j'entends des voix, il y a du vent, un vent l\u00e9ger et il fait froid. ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/groupe.jpg?1767775109", "tags": ["atlas"] } ,{ "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/planche-voix.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/planche-voix.html", "title": "planche 2-voix", "date_published": "2025-12-26T17:14:20Z", "date_modified": "2025-12-27T05:57:00Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "

Planche 2 — Voix<\/h1>\n

Cette compilation rassemble les passages cl\u00e9s sur la voix sous toutes ses formes : voix int\u00e9rieure, voix des autres, voix de la cr\u00e9ation, silence et parole.<\/p>\n


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1. La voix int\u00e9rieure et la cr\u00e9ation<\/h3>\n

La voix comme guide dans le processus cr\u00e9atif, dialogue int\u00e9rieur de l’artiste avec son \u0153uvre.<\/p>\n

10 d\u00e9cembre 2018<\/a> <\/strong> — \"En peinture, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 les conditionnements acad\u00e9miques et confront\u00e9 les r\u00e9alit\u00e9s du march\u00e9, l’artiste arrive \u00e0 ce carrefour : suivre sa voie ou se conformer aux attentes. Ce moment d\u00e9cisif peut faire na\u00eetre une pulsion cr\u00e9ative renouvel\u00e9e, invitant \u00e0 \u00e9couter les voix int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures, fusionnant enfin les inspirations de la terre et du ciel sur la toile.\"<\/em><\/p>\n

26 septembre 2021<\/a> <\/strong>— \"Mon travail \u00e9voque ceci \u00e9galement, non pas en pointant du doigt ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme n\u00e9faste, mais en essayant d’en tirer des le\u00e7ons, des enseignements. Si l’attention devient vuln\u00e9rable \u00e0 ce point, c’est peut-\u00eatre qu’elle n’est plus si utile qu’on l’avait imagin\u00e9e utile jusque-l\u00e0.\"<\/em><\/p>\n

10 janvier 2019<\/a><\/strong> — \"Assis sur mon lit, une migraine me terrassant, je mis la bouilloire en route. Et je me mis \u00e0 rire. D’abord l\u00e9ger, puis tonitruant, jusqu’\u00e0 l’hyst\u00e9rie - vidant mes poumons de l’air vici\u00e9 de ces derni\u00e8res heures.\"<\/em><\/p>\n


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2. La voix et le silence<\/h3>\n

Le silence comme forme de voix, l’impossibilit\u00e9 de dire, la parole retenue.<\/p>\n

*17 d\u00e9cembre 2018<\/a> — <\/em>\"Alors pourquoi pas le silence Total assourdissant comme un arbre qui tombe Et laisse derri\u00e8re lui le blanc d’une trou\u00e9e Et laisse derri\u00e8re lui l’amiti\u00e9 des racines, la voix de l’\u00e9toile p\u00e2le jusqu’\u00e0 la pierre enfouie.\"*<\/p>\n

*10 janvier 2019<\/a> — <\/em>\"Je crois que c’est \u00e0 partir de ce jour que j’ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus \u00e9crire une seule ligne. Pour retrouver la clart\u00e9, il faut bien plus biffer qu’ajouter. Comment retrouver la faim, la soif naturelles ? Dans la r\u00e9gularit\u00e9, peu \u00e0 peu, le chaos laisse l’eau troubl\u00e9e malgr\u00e9 tous les efforts.\"*<\/p>\n

26 septembre 2021<\/a><\/strong>— \"La peinture, c’est mon pays. Ce voyage c’est aussi un voyage dans la peinture par elle-m\u00eame, si je peux dire, \u00e9tant donn\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d’absence et d’oubli que j’ai peu \u00e0 peu d\u00e9couverte afin de dispara\u00eetre pour la laisser s’exprimer.\"<\/em><\/p>\n


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3. Les voix des autres : rue, foule, alt\u00e9rit\u00e9<\/h3>\n

Les voix qui nous entourent, nous envahissent, nous constituent.<\/p>\n

19 d\u00e9cembre 2018<\/a><\/strong> — \"Cela commen\u00e7a par un frisson, d\u00fb sans doute aux nuits d’insomnie, \u00e0 ces mots jet\u00e9s sur le papier comme on remplit des sacs poubelles. Les voix des grands Za\u00efrois montaient de la rue des Poissonniers, m\u00eal\u00e9es aux cris des martinets. M\u00eame fen\u00eatre ferm\u00e9e, je les entendais. Des odeurs de chevreau grill\u00e9 les accompagnaient.\"<\/em><\/p>\n

19 d\u00e9cembre 2018<\/a><\/strong> — \"Dans le couloir, la folle rentrait chez elle. Ses hurlements \u00e9touff\u00e9s, ses grattements aux murs, puis plus rien.\"<\/em><\/p>\n

10 janvier 2019<\/a><\/strong> — \"Et l\u00e0 je r\u00e9alise que ce ne sont pas les voix de J\u00e9sus et de Mahomet qui m’inspirent aujourd’hui. Ce sont les voix de ceux qui se sacrifient en pure perte, dans l’effondrement du sens ou son \u00e9clatement, parce que c’est tout ce qu’ils ont trouv\u00e9 comme br\u00e8che pour exister.\"<\/em><\/p>\n


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4. La voix transmise : h\u00e9ritage et filiation<\/h3>\n

La voix comme vecteur de transmission, l’accent maternel, la langue des origines.<\/p>\n

25 d\u00e9cembre 2025<\/a><\/strong> — \"C’\u00e9tait l’accent lamentable de ma grand-m\u00e8re estonienne quand elle disait ’mon ch\u00e9ri’. ’Ma s\u00e9ri’, disait-elle, ’je ne comprends pas pourquoi t’acharnes, c’est un enfant il ne comprend rien.’ C’est sur ce mot, \u00e0 la fois m\u00e9thode et caresse lointaine d’une langue hach\u00e9e, que j’ai pu enfin trouver le sommeil.\"<\/em><\/p>\n

15 mars 2023<\/a><\/strong> — \"Un nuage de fum\u00e9e y flottait en permanence. Elle fumait des ’disques bleus’. La cigarette lui avait \u00e9raill\u00e9 la voix. Elle confectionnait ses cravates, cigarette au coin des l\u00e8vres, sans cesser de travailler.\"<\/em><\/p>\n

18 d\u00e9cembre 2025<\/a><\/strong> — \"Et c’est ma m\u00e8re qui dit, d’une voix neutre : ’Faut qu’on te dise : Vania est mort.’ Je ne sens rien sur le moment, ou je le cache, parce qu’eux guettent un signe sur mon visage.\"<\/em><\/p>\n


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5. Voix litt\u00e9raires : \u00e9criture et oralit\u00e9<\/h3>\n

L’\u00e9criture comme tentative de capturer une voix, le passage de l’oral \u00e0 l’\u00e9crit.<\/p>\n

26 septembre 2021<\/a><\/strong>— \"Cette g\u00eane d’expliquer la peinture \u00e0 l’\u00e9crit comme \u00e0 l’oral, aussi \u00e9tonnante que soudaine, me cueille. Il me faut des \u00e9cueils r\u00e9guli\u00e8rement pour \u00e9chapper aux langueurs monotones de l’automne. Sans l’\u00e9cueil, pas de sensation de danger ni de naufrage, autant dire pas d’aventure.\"<\/em><\/p>\n

10 janvier 2019<\/a><\/strong> — \"Sans doute parce que ces efforts ne servent qu’\u00e0 conclure que notre lucidit\u00e9 n’est rien d’autre que la derni\u00e8re de nos illusions.\"<\/em><\/p>\n

19 d\u00e9cembre 2018<\/a><\/strong> — \"Nous fabriquons des objets dans l’instant, mus par des intentions multiples, tant la confusion de vivre se m\u00eale dans l’\u00eatre et l’avoir. Pour retrouver la clart\u00e9, il faut bien plus biffer qu’ajouter.\"<\/em><\/p>", "content_text": " # Planche 2 \u2014 Voix Cette compilation rassemble les passages cl\u00e9s sur la voix sous toutes ses formes : voix int\u00e9rieure, voix des autres, voix de la cr\u00e9ation, silence et parole. --- ### 1. La voix int\u00e9rieure et la cr\u00e9ation La voix comme guide dans le processus cr\u00e9atif, dialogue int\u00e9rieur de l'artiste avec son \u0153uvre. **[10 d\u00e9cembre 2018 -> https:\/\/ledibbouk.net\/10-decembre-2018.html] ** \u2014 *\"En peinture, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 les conditionnements acad\u00e9miques et confront\u00e9 les r\u00e9alit\u00e9s du march\u00e9, l'artiste arrive \u00e0 ce carrefour : suivre sa voie ou se conformer aux attentes. Ce moment d\u00e9cisif peut faire na\u00eetre une pulsion cr\u00e9ative renouvel\u00e9e, invitant \u00e0 \u00e9couter les voix int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures, fusionnant enfin les inspirations de la terre et du ciel sur la toile.\"* **[26 septembre 2021 -> https:\/\/ledibbouk.net\/ecrire-un-texte-de-presentation-pour-une-exposition.html] **\u2014 *\"Mon travail \u00e9voque ceci \u00e9galement, non pas en pointant du doigt ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme n\u00e9faste, mais en essayant d'en tirer des le\u00e7ons, des enseignements. Si l'attention devient vuln\u00e9rable \u00e0 ce point, c'est peut-\u00eatre qu'elle n'est plus si utile qu'on l'avait imagin\u00e9e utile jusque-l\u00e0.\"* **[10 janvier 2019 -> https:\/\/ledibbouk.net\/10-janvier-2019.html]** \u2014 *\"Assis sur mon lit, une migraine me terrassant, je mis la bouilloire en route. Et je me mis \u00e0 rire. D'abord l\u00e9ger, puis tonitruant, jusqu'\u00e0 l'hyst\u00e9rie - vidant mes poumons de l'air vici\u00e9 de ces derni\u00e8res heures.\"* --- ### 2. La voix et le silence Le silence comme forme de voix, l'impossibilit\u00e9 de dire, la parole retenue. **[17 d\u00e9cembre 2018-> https:\/\/ledibbouk.net\/17-decembre-2018.html] \u2014 *\"Alors pourquoi pas le silence Total assourdissant comme un arbre qui tombe Et laisse derri\u00e8re lui le blanc d'une trou\u00e9e Et laisse derri\u00e8re lui l'amiti\u00e9 des racines, la voix de l'\u00e9toile p\u00e2le jusqu'\u00e0 la pierre enfouie.\"* **[10 janvier 2019 -> https:\/\/ledibbouk.net\/10-janvier-2019.html] \u2014 *\"Je crois que c'est \u00e0 partir de ce jour que j'ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus \u00e9crire une seule ligne. Pour retrouver la clart\u00e9, il faut bien plus biffer qu'ajouter. Comment retrouver la faim, la soif naturelles ? Dans la r\u00e9gularit\u00e9, peu \u00e0 peu, le chaos laisse l'eau troubl\u00e9e malgr\u00e9 tous les efforts.\"* **[26 septembre 2021 ->https:\/\/ledibbouk.net\/ecrire-un-texte-de-presentation-pour-une-exposition.html]**\u2014 *\"La peinture, c'est mon pays. Ce voyage c'est aussi un voyage dans la peinture par elle-m\u00eame, si je peux dire, \u00e9tant donn\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d'absence et d'oubli que j'ai peu \u00e0 peu d\u00e9couverte afin de dispara\u00eetre pour la laisser s'exprimer.\"* --- ### 3. Les voix des autres : rue, foule, alt\u00e9rit\u00e9 Les voix qui nous entourent, nous envahissent, nous constituent. **[19 d\u00e9cembre 2018 -> https:\/\/ledibbouk.net\/19-decembre-2018.html]** \u2014 *\"Cela commen\u00e7a par un frisson, d\u00fb sans doute aux nuits d'insomnie, \u00e0 ces mots jet\u00e9s sur le papier comme on remplit des sacs poubelles. Les voix des grands Za\u00efrois montaient de la rue des Poissonniers, m\u00eal\u00e9es aux cris des martinets. M\u00eame fen\u00eatre ferm\u00e9e, je les entendais. Des odeurs de chevreau grill\u00e9 les accompagnaient.\"* **[19 d\u00e9cembre 2018 -> https:\/\/ledibbouk.net\/19-decembre-2018.html]** \u2014 *\"Dans le couloir, la folle rentrait chez elle. Ses hurlements \u00e9touff\u00e9s, ses grattements aux murs, puis plus rien.\"* **[10 janvier 2019 ->https:\/\/ledibbouk.net\/10-janvier-2019.html]** \u2014 *\"Et l\u00e0 je r\u00e9alise que ce ne sont pas les voix de J\u00e9sus et de Mahomet qui m'inspirent aujourd'hui. Ce sont les voix de ceux qui se sacrifient en pure perte, dans l'effondrement du sens ou son \u00e9clatement, parce que c'est tout ce qu'ils ont trouv\u00e9 comme br\u00e8che pour exister.\"* --- ### 4. La voix transmise : h\u00e9ritage et filiation La voix comme vecteur de transmission, l'accent maternel, la langue des origines. **[25 d\u00e9cembre 2025 ->https:\/\/ledibbouk.net\/25-decembre-2025.html]** \u2014 *\"C'\u00e9tait l'accent lamentable de ma grand-m\u00e8re estonienne quand elle disait 'mon ch\u00e9ri'. 'Ma s\u00e9ri', disait-elle, 'je ne comprends pas pourquoi t'acharnes, c'est un enfant il ne comprend rien.' C'est sur ce mot, \u00e0 la fois m\u00e9thode et caresse lointaine d'une langue hach\u00e9e, que j'ai pu enfin trouver le sommeil.\"* **[15 mars 2023 -> https:\/\/ledibbouk.net\/Singer.html]** \u2014 *\"Un nuage de fum\u00e9e y flottait en permanence. Elle fumait des 'disques bleus'. La cigarette lui avait \u00e9raill\u00e9 la voix. Elle confectionnait ses cravates, cigarette au coin des l\u00e8vres, sans cesser de travailler.\"* **[18 d\u00e9cembre 2025 -> https:\/\/ledibbouk.net\/ete-2023-05-la-mort-de-vania.html]** \u2014 *\"Et c'est ma m\u00e8re qui dit, d'une voix neutre : 'Faut qu'on te dise : Vania est mort.' Je ne sens rien sur le moment, ou je le cache, parce qu'eux guettent un signe sur mon visage.\"* --- ### 5. Voix litt\u00e9raires : \u00e9criture et oralit\u00e9 L'\u00e9criture comme tentative de capturer une voix, le passage de l'oral \u00e0 l'\u00e9crit. **[26 septembre 2021->https:\/\/ledibbouk.net\/ecrire-un-texte-de-presentation-pour-une-exposition.html]**\u2014 *\"Cette g\u00eane d'expliquer la peinture \u00e0 l'\u00e9crit comme \u00e0 l'oral, aussi \u00e9tonnante que soudaine, me cueille. Il me faut des \u00e9cueils r\u00e9guli\u00e8rement pour \u00e9chapper aux langueurs monotones de l'automne. Sans l'\u00e9cueil, pas de sensation de danger ni de naufrage, autant dire pas d'aventure.\"* **[10 janvier 2019 -> https:\/\/ledibbouk.net\/10-janvier-2019.html]** \u2014 *\"Sans doute parce que ces efforts ne servent qu'\u00e0 conclure que notre lucidit\u00e9 n'est rien d'autre que la derni\u00e8re de nos illusions.\"* **[19 d\u00e9cembre 2018 -> https:\/\/ledibbouk.net\/19-decembre-2018.html]** \u2014 *\"Nous fabriquons des objets dans l'instant, mus par des intentions multiples, tant la confusion de vivre se m\u00eale dans l'\u00eatre et l'avoir. Pour retrouver la clart\u00e9, il faut bien plus biffer qu'ajouter.\"* ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/img_0110.jpg?1766769254", "tags": [] } ] }