{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/l-ironie-de-l-impuissance-productive.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/l-ironie-de-l-impuissance-productive.html", "title": "L'ironie de l'impuissance productive", "date_published": "2026-01-09T12:18:48Z", "date_modified": "2026-01-09T12:18:48Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
Le narrateur \u00e9crit \u00e9norm\u00e9ment sur l’impuissance. Il a un pouvoir d’\u00e9criture consid\u00e9rable<\/strong> pour d\u00e9crire son absence de pouvoir.<\/p>\n Cette contradiction n’est jamais r\u00e9solue dans les textes. Elle fonctionne comme un moteur<\/strong> : l’impuissance g\u00e9n\u00e8re l’\u00e9criture, l’\u00e9criture prouve une capacit\u00e9, mais il ne reconna\u00eet jamais cette capacit\u00e9 comme un pouvoir.<\/p>\n Exemple — 13 juin 2022 :<\/strong><\/p>\n R\u00e9capituler progressivement les \u00e9v\u00e9nements, les personnages, les d\u00e9cors afin de se donner une maigre chance de pouvoir les r\u00e9duire en poudre. [1<\/a>]<\/span>(https:\/\/ledibbouk.net\/13-juin-2022.html<\/a>)<\/p>\n<\/blockquote>\n L’\u00e9criture comme destruction, pas comme construction. \"Une maigre chance\" : m\u00eame en \u00e9crivant massivement, le narrateur maintient la posture de l’impuissance.<\/p>\n \"L’impuissance \u00e0 rester trop longtemps dans le superficiel avait, par contrecoup, cr\u00e9\u00e9 une sorte de pouvoir : un talent triste pour l’analyse et l’introspection.\"<\/p>\n<\/blockquote>\n Ici le narrateur le nomme explicitement : l’impuissance produit<\/strong> du pouvoir, mais un pouvoir \"triste\", un pouvoir de lucidit\u00e9 qui ne change rien.<\/p>\n \"Triste\"<\/strong> est le mot crucial. Le pouvoir qui na\u00eet de l’impuissance n’est pas un pouvoir joyeux, affirmatif, constructif. C’est un pouvoir n\u00e9gatif :<\/p>\n Exemple — 10 d\u00e9cembre 2019 :<\/strong><\/p>\n Il y a, dans l’impuissance, une forme de soulagement : laisser tomber l’effort qui ne servirait qu’\u00e0 s’illusionner encore un peu. \u00c0 certains moments, accepter son impuissance ressemble \u00e0 une cl\u00e9 — non plus pour survivre, mais pour acc\u00e9der \u00e0 une vie r\u00e9elle, quel que soit ce qu’on met derri\u00e8re ce mot. [...] L’impuissance \u00e0 rester trop longtemps dans le superficiel avait, par contrecoup, cr\u00e9\u00e9 une sorte de pouvoir : un talent triste pour l’analyse et l’introspection. Un pouvoir qui contrebalan\u00e7ait l’abandon, se disait-il. [2<\/a>]<\/span>(https:\/\/ledibbouk.net\/10-decembre-2019.html<\/a>)<\/p>\n<\/blockquote>\n La citation centrale. Le narrateur nomme explicitement le paradoxe : l’impuissance produit du pouvoir, mais un pouvoir \"triste\" qui ne change rien.<\/p>\n L’\u0153uvre du narrateur repose sur ce paradoxe : s’il avait du pouvoir (au sens d’une capacit\u00e9 d’agir dans le monde), il n’aurait peut-\u00eatre pas besoin d’\u00e9crire. L’\u00e9criture est ce qui reste quand on ne peut pas faire autrement.<\/p>\n Mais cette \u00e9criture est elle-m\u00eame une action massive, un travail consid\u00e9rable, une production textuelle importante. Comment ne pas voir l\u00e0 une forme de pouvoir ?<\/p>\n Exemple — 4 juillet 2019 :<\/strong><\/p>\n Adolescent pr\u00e9pub\u00e8re, avide de connaissances, je p\u00e9rorais sur les philosophes sans rien y comprendre. Je lan\u00e7ais des noms, des citations mal dig\u00e9r\u00e9es, je m’\u00e9coutais parler. [...] Le savoir, je l’ai cherch\u00e9 comme une richesse, comme un pouvoir. J’ai empil\u00e9 les livres, d\u00e9vor\u00e9 des biblioth\u00e8ques, chang\u00e9 de boulot \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, travers\u00e9 des lits et des couples, jusqu’\u00e0 me retrouver vers la quarantaine de nouveau seul, avec l’impression d’avoir tout essay\u00e9 sauf l’essentiel. [3<\/a>]<\/span>(https:\/\/ledibbouk.net\/4-juillet-2019.html<\/a>)<\/p>\n<\/blockquote>\n Production massive (livres, textes, exp\u00e9riences) motiv\u00e9e par une qu\u00eate de pouvoir qui reste inassouvie. Le savoir accumul\u00e9 n’a pas combl\u00e9 le manque. Mais cette qu\u00eate elle-m\u00eame a produit une \u0153uvre consid\u00e9rable.<\/p>\n Le narrateur refuse de reconna\u00eetre ce pouvoir d’\u00e9criture comme un pouvoir \"r\u00e9el\". Comme si seul le pouvoir d’agir dans le monde social, politique, \u00e9conomique comptait. L’\u00e9criture reste dans la cat\u00e9gorie du \"talent triste\" — une consolation, pas une victoire.<\/p>\n Exemple — 18 avril 2025 :<\/strong><\/p>\n \u00c9crire, c’est prendre le pouvoir. Ce qui fait d\u00e9j\u00e0 une bonne raison pour ne pas \u00eatre proph\u00e8te en son pays, en sa famille. Les familles n’aiment pas les autobiographies. [4<\/a>]<\/span>(https:\/\/ledibbouk.net\/essai-sur-la-fatigue-944.html<\/a>)<\/p>\n<\/blockquote>\n Rare moment o\u00f9 le narrateur nomme explicitement le pouvoir d’\u00e9criture. Mais imm\u00e9diatement associ\u00e9 \u00e0 l’exclusion, au rejet familial. Le pouvoir d’\u00e9crire est un pouvoir qui isole, qui exclut, qui s\u00e9pare. Reconna\u00eetre ce pouvoir, c’est accepter d’\u00eatre coup\u00e9 de la famille, du \"pays\". C’est pourquoi il pr\u00e9f\u00e8re le nier.<\/p>\n Illustration<\/strong> : Samuel Beckett photographi\u00e9 par Richard Avedon 1979<\/p>",
"content_text": " ### Le paradoxe central Le narrateur \u00e9crit \u00e9norm\u00e9ment sur l'impuissance. Il a un **pouvoir d'\u00e9criture consid\u00e9rable** pour d\u00e9crire son absence de pouvoir. Cette contradiction n'est jamais r\u00e9solue dans les textes. Elle fonctionne comme un **moteur** : l'impuissance g\u00e9n\u00e8re l'\u00e9criture, l'\u00e9criture prouve une capacit\u00e9, mais il ne reconna\u00eet jamais cette capacit\u00e9 comme un pouvoir. **Exemple \u2014 13 juin 2022 :** > R\u00e9capituler progressivement les \u00e9v\u00e9nements, les personnages, les d\u00e9cors afin de se donner une maigre chance de pouvoir les r\u00e9duire en poudre.[[1]](https:\/\/ledibbouk.net\/13-juin-2022.html) > L'\u00e9criture comme destruction, pas comme construction. \"Une maigre chance\" : m\u00eame en \u00e9crivant massivement, le narrateur maintient la posture de l'impuissance. ### Citation cl\u00e9 > \"L'impuissance \u00e0 rester trop longtemps dans le superficiel avait, par contrecoup, cr\u00e9\u00e9 une sorte de pouvoir : un talent triste pour l'analyse et l'introspection.\" > Ici le narrateur le nomme explicitement : l'impuissance **produit** du pouvoir, mais un pouvoir \"triste\", un pouvoir de lucidit\u00e9 qui ne change rien. ### Le talent triste **\"Triste\"** est le mot crucial. Le pouvoir qui na\u00eet de l'impuissance n'est pas un pouvoir joyeux, affirmatif, constructif. C'est un pouvoir n\u00e9gatif : - Pouvoir de voir (mais pas d'agir) - Pouvoir de comprendre (mais pas de transformer) - Pouvoir d'analyser (mais pas de d\u00e9cider) **Exemple \u2014 10 d\u00e9cembre 2019 :** > Il y a, dans l'impuissance, une forme de soulagement : laisser tomber l'effort qui ne servirait qu'\u00e0 s'illusionner encore un peu. \u00c0 certains moments, accepter son impuissance ressemble \u00e0 une cl\u00e9 \u2014 non plus pour survivre, mais pour acc\u00e9der \u00e0 une vie r\u00e9elle, quel que soit ce qu'on met derri\u00e8re ce mot. [...] L'impuissance \u00e0 rester trop longtemps dans le superficiel avait, par contrecoup, cr\u00e9\u00e9 une sorte de pouvoir : un talent triste pour l'analyse et l'introspection. Un pouvoir qui contrebalan\u00e7ait l'abandon, se disait-il.[[2]](https:\/\/ledibbouk.net\/10-decembre-2019.html) > La citation centrale. Le narrateur nomme explicitement le paradoxe : l'impuissance produit du pouvoir, mais un pouvoir \"triste\" qui ne change rien. ### L'impuissance comme condition de l'\u00e9criture L'\u0153uvre du narrateur repose sur ce paradoxe : s'il avait du pouvoir (au sens d'une capacit\u00e9 d'agir dans le monde), il n'aurait peut-\u00eatre pas besoin d'\u00e9crire. L'\u00e9criture est ce qui reste quand on ne peut pas faire autrement. Mais cette \u00e9criture est elle-m\u00eame une action massive, un travail consid\u00e9rable, une production textuelle importante. Comment ne pas voir l\u00e0 une forme de pouvoir ? **Exemple \u2014 4 juillet 2019 :** > Adolescent pr\u00e9pub\u00e8re, avide de connaissances, je p\u00e9rorais sur les philosophes sans rien y comprendre. Je lan\u00e7ais des noms, des citations mal dig\u00e9r\u00e9es, je m'\u00e9coutais parler. [...] Le savoir, je l'ai cherch\u00e9 comme une richesse, comme un pouvoir. J'ai empil\u00e9 les livres, d\u00e9vor\u00e9 des biblioth\u00e8ques, chang\u00e9 de boulot \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, travers\u00e9 des lits et des couples, jusqu'\u00e0 me retrouver vers la quarantaine de nouveau seul, avec l'impression d'avoir tout essay\u00e9 sauf l'essentiel.[[3]](https:\/\/ledibbouk.net\/4-juillet-2019.html) > Production massive (livres, textes, exp\u00e9riences) motiv\u00e9e par une qu\u00eate de pouvoir qui reste inassouvie. Le savoir accumul\u00e9 n'a pas combl\u00e9 le manque. Mais cette qu\u00eate elle-m\u00eame a produit une \u0153uvre consid\u00e9rable. ### Le refus de reconnaissance Le narrateur refuse de reconna\u00eetre ce pouvoir d'\u00e9criture comme un pouvoir \"r\u00e9el\". Comme si seul le pouvoir d'agir dans le monde social, politique, \u00e9conomique comptait. L'\u00e9criture reste dans la cat\u00e9gorie du \"talent triste\" \u2014 une consolation, pas une victoire. **Exemple \u2014 18 avril 2025 :** > \u00c9crire, c'est prendre le pouvoir. Ce qui fait d\u00e9j\u00e0 une bonne raison pour ne pas \u00eatre proph\u00e8te en son pays, en sa famille. Les familles n'aiment pas les autobiographies.[[4]](https:\/\/ledibbouk.net\/essai-sur-la-fatigue-944.html) > Rare moment o\u00f9 le narrateur nomme explicitement le pouvoir d'\u00e9criture. Mais imm\u00e9diatement associ\u00e9 \u00e0 l'exclusion, au rejet familial. Le pouvoir d'\u00e9crire est un pouvoir qui isole, qui exclut, qui s\u00e9pare. Reconna\u00eetre ce pouvoir, c'est accepter d'\u00eatre coup\u00e9 de la famille, du \"pays\". C'est pourquoi il pr\u00e9f\u00e8re le nier. **Illustration** : Samuel Beckett photographi\u00e9 par Richard Avedon 1979 ",
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Citation cl\u00e9<\/h3>\n
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Le talent triste<\/h3>\n
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L’impuissance comme condition de l’\u00e9criture<\/h3>\n
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Le refus de reconnaissance<\/h3>\n
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