{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/l-homme-du-multivers-cinq-variations.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/l-homme-du-multivers-cinq-variations.html", "title": "L'homme du multivers-cinq variations", "date_published": "2026-01-11T22:31:57Z", "date_modified": "2026-01-11T22:33:02Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "

Exercices de style sur le th\u00e8me du pouvoir<\/em><\/p>\n


\n

Version 1 :<\/h2>\n

Cela avait commenc\u00e9 un mardi matin, devant le caf\u00e9.<\/p>\n

Il s’\u00e9tait arr\u00eat\u00e9, la main sur la poign\u00e9e de la porte. Entrer ou ne pas entrer. Une question banale. Mais au moment o\u00f9 il avait franchi le seuil, il s’\u00e9tait vu rester dehors.<\/p>\n

Pas comme une image mentale. Comme une r\u00e9alit\u00e9 parall\u00e8le, aussi nette que celle qu’il vivait. L’homme qui \u00e9tait entr\u00e9 dans le caf\u00e9 commandait un expresso au comptoir. L’homme qui \u00e9tait rest\u00e9 dehors remontait la rue vers la gare.<\/p>\n

Les deux hommes \u00e9taient lui. Les deux sc\u00e8nes existaient.<\/p>\n

Il avait ferm\u00e9 les yeux, secou\u00e9 la t\u00eate. Quand il les avait rouverts, il tenait un expresso fumant entre ses mains. Mais il voyait toujours l’autre version de lui-m\u00eame, celle qui marchait vers la gare, les mains dans les poches, le col relev\u00e9 contre le froid.<\/p>\n

Au d\u00e9but, il avait cru \u00e0 une fatigue passag\u00e8re. Un d\u00e9doublement visuel. Quelque chose qui passerait.<\/p>\n

Mais \u00e7a ne passait pas.<\/p>\n

Chaque d\u00e9cision, m\u00eame minime, le multipliait. Prendre le bus ou marcher. R\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone ou laisser sonner. Acheter du pain ou rentrer directement.<\/p>\n

\u00c0 chaque fois, il voyait les deux versions se d\u00e9rouler simultan\u00e9ment. L’homme qui prenait le bus et l’homme qui marchait. L’homme qui r\u00e9pondait et l’homme qui laissait sonner. L’homme qui achetait du pain et l’homme qui rentrait les mains vides.<\/p>\n

Ils \u00e9taient tous lui. Tous aussi r\u00e9els.<\/p>\n

Le plus \u00e9trange, ce n’\u00e9tait pas de les voir. C’\u00e9tait de les vivre<\/em>.<\/p>\n

Quand il prenait le bus, il sentait<\/em> aussi la marche \u00e0 pied — le froid sur son visage, le rythme de ses pas, le bruit de la ville. Quand il r\u00e9pondait au t\u00e9l\u00e9phone, il entendait<\/em> aussi le silence de l’appartement o\u00f9 il avait laiss\u00e9 sonner.<\/p>\n

Il n’\u00e9tait plus un homme qui vivait une vie. Il \u00e9tait un homme qui vivait toutes ses vies possibles en m\u00eame temps.<\/p>\n

Au d\u00e9but, il avait pens\u00e9 que c’\u00e9tait un don.<\/p>\n

Voir toutes les cons\u00e9quences de ses choix. Savoir ce qui se passerait s’il tournait \u00e0 gauche ou \u00e0 droite. S’il disait oui ou non. S’il partait ou restait.<\/p>\n

Mais tr\u00e8s vite, il avait compris que ce n’\u00e9tait pas un don. C’\u00e9tait une mal\u00e9diction.<\/p>\n

Parce que si toutes les versions existaient, alors aucune ne comptait vraiment.<\/p>\n

Il avait essay\u00e9 de faire des choix importants, pour voir.<\/p>\n

Un matin, il s’\u00e9tait dit : je quitte mon travail. Ou je reste. Ou je demande une mutation. Trois possibilit\u00e9s.<\/p>\n

Il s’\u00e9tait vu dans les trois versions. L’homme qui d\u00e9missionnait, soulag\u00e9 mais angoiss\u00e9. L’homme qui restait, r\u00e9sign\u00e9 mais stable. L’homme qui demandait une mutation, entre les deux.<\/p>\n

Les trois hommes vivaient leur journ\u00e9e. Les trois \u00e9taient lui.<\/p>\n

\u00c0 la fin de la semaine, il ne savait plus lequel il \u00e9tait vraiment. Avait-il d\u00e9missionn\u00e9 ? \u00c9tait-il rest\u00e9 ? Avait-il demand\u00e9 une mutation ?<\/p>\n

La r\u00e9ponse \u00e9tait : les trois \u00e0 la fois.<\/p>\n

Il avait consult\u00e9 un m\u00e9decin. Puis un psychiatre. Puis un neurologue.<\/p>\n

Personne ne voyait ce qu’il voyait. Les examens ne r\u00e9v\u00e9laient rien. \"Stress\", disait le m\u00e9decin. \"Troubles dissociatifs\", disait le psychiatre. \"Rien d’anormal au scanner\", disait le neurologue.<\/p>\n

Mais lui continuait de se multiplier.<\/p>\n

Chaque consultation avait produit trois versions : l’homme qui parlait au m\u00e9decin, l’homme qui se taisait, l’homme qui partait avant la fin. Il les vivait toutes.<\/p>\n

Le pire, ce n’\u00e9tait pas les grandes d\u00e9cisions. C’\u00e9tait les petites.<\/p>\n

Choisir une chemise le matin : trois couleurs, trois versions de lui.<\/p>\n

Choisir un plat au restaurant : cinq options, cinq versions.<\/p>\n

Choisir un mot dans une phrase : dix synonymes, dix versions.<\/p>\n

\u00c0 chaque instant, il se multipliait. Les versions s’accumulaient. Il voyait des centaines de lui-m\u00eame vivre des centaines de vies l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes, toutes aussi r\u00e9elles, toutes aussi fausses.<\/p>\n

Il avait essay\u00e9 de ne plus choisir.<\/p>\n

Pendant une semaine, il s’\u00e9tait laiss\u00e9 porter. Il faisait toujours la m\u00eame chose. Caf\u00e9 noir. M\u00eame trajet. M\u00eame repas. M\u00eame r\u00e9ponse \u00e0 chaque question : \"Je ne sais pas.\"<\/p>\n

Mais m\u00eame le fait de ne pas choisir cr\u00e9ait des versions.<\/p>\n

L’homme qui ne choisissait pas activement. L’homme qui aurait pu choisir mais ne l’avait pas fait. L’homme qui regrettait de ne pas avoir choisi.<\/p>\n

Il n’y avait pas d’\u00e9chappatoire.<\/p>\n

Un jour, il avait rencontr\u00e9 une femme dans un caf\u00e9.<\/p>\n

Elle lui avait souri. Il avait vu trois versions se d\u00e9ployer : l’homme qui lui souriait en retour, l’homme qui d\u00e9tournait les yeux, l’homme qui sortait du caf\u00e9 sans rien dire.<\/p>\n

Mais cette fois, quelque chose d’\u00e9trange s’\u00e9tait produit.<\/p>\n

La femme avait continu\u00e9 de le regarder. Dans les trois versions. Comme si elle le voyait, lui, pas juste une des versions.<\/p>\n

Il s’\u00e9tait assis en face d’elle. Ou il \u00e9tait parti. Ou il avait command\u00e9 un caf\u00e9 au comptoir. Les trois en m\u00eame temps.<\/p>\n

Elle avait dit : \"Vous aussi ?\"<\/p>\n

Elle s’appelait Claire. Ou L\u00e9a. Ou Anne. Trois pr\u00e9noms, selon la version. Mais c’\u00e9tait la m\u00eame femme.<\/p>\n

Elle voyait ce qu’il voyait. Les versions multiples. Les vies parall\u00e8les. Le vertige des choix qui n’en sont plus.<\/p>\n

\"\u00c7a a commenc\u00e9 quand ?\" avait-il demand\u00e9.<\/p>\n

\"Il y a deux ans. Ou cinq. Ou dix. Je ne sais plus.\"<\/p>\n

Elle parlait lentement, comme si chaque mot pouvait cr\u00e9er une nouvelle bifurcation.<\/p>\n

\"Est-ce que \u00e7a s’arr\u00eate ?\"<\/p>\n

\"Je ne crois pas.\"<\/p>\n

Ils s’\u00e9taient revus. Ou pas. Ou une seule fois. Ou des dizaines de fois.<\/p>\n

Dans certaines versions, ils restaient ensemble. Dans d’autres, ils se s\u00e9paraient apr\u00e8s quelques jours. Dans d’autres encore, ils ne se revoyaient jamais apr\u00e8s cette premi\u00e8re rencontre.<\/p>\n

Mais toutes les versions existaient.<\/p>\n

Il vivait la relation qui durait et celle qui s’arr\u00eatait. Il vivait le bonheur et la rupture. Il vivait l’amour et l’absence.<\/p>\n

Et Claire — ou L\u00e9a, ou Anne — vivait la m\u00eame chose de son c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n

\"On ne peut pas vraiment \u00eatre ensemble\", avait-elle dit. Ou : \"On est ensemble dans toutes les versions.\" Ou : \"\u00c7a ne change rien, de toute fa\u00e7on.\"<\/p>\n

Les trois phrases \u00e0 la fois.<\/p>\n

Il avait fini par accepter.<\/p>\n

Il \u00e9tait l’homme qui travaillait et l’homme qui avait d\u00e9missionn\u00e9. L’homme qui vivait avec Claire et l’homme qui vivait seul. L’homme qui avait pris le bus et l’homme qui avait march\u00e9. L’homme qui avait souri et l’homme qui avait d\u00e9tourn\u00e9 les yeux.<\/p>\n

Toutes ces vies existaient. Aucune n’\u00e9tait plus vraie que les autres.<\/p>\n

Il n’avait plus de vie unique. Il avait un nuage de vies, une constellation de possibles qui se d\u00e9ployaient en permanence, se ramifiaient, se multipliaient.<\/p>\n

Chaque matin, en se r\u00e9veillant, il voyait des dizaines de versions de lui-m\u00eame se lever, se rendormir, rester au lit, se lever puis se recoucher.<\/p>\n

Chaque soir, en s’endormant, il voyait des centaines de versions de sa journ\u00e9e — toutes v\u00e9cues, toutes r\u00e9elles, toutes aussi insignifiantes.<\/p>\n

Un jour, il avait eu une id\u00e9e.<\/p>\n

Et si toutes les versions finissaient par converger ? Si, \u00e0 force de se multiplier, il revenait au m\u00eame point ?<\/p>\n

Il avait essay\u00e9 de trouver une d\u00e9cision qui aurait la m\u00eame cons\u00e9quence dans toutes les versions. Un point fixe. Un ancrage.<\/p>\n

Mais il n’y en avait pas.<\/p>\n

M\u00eame mourir cr\u00e9ait des versions. L’homme qui mourait, l’homme qui survivait, l’homme qui \u00e9tait presque mort mais s’en sortait.<\/p>\n

Il n’y avait pas de fin. Juste une multiplication infinie.<\/p>\n

Aujourd’hui, il ne sait plus qui il est.<\/p>\n

Il est l’homme qui \u00e9crit cette histoire et l’homme qui ne l’\u00e9crit pas. L’homme qui la lit et l’homme qui ne la lira jamais. L’homme qui comprend et l’homme qui ne comprend rien.<\/p>\n

Il est tous les hommes qu’il aurait pu \u00eatre. Et aucun en particulier.<\/p>\n

Le pouvoir de choisir s’est dissous dans l’infinit\u00e9 des possibles.<\/p>\n

Il vit toutes les vies. Mais il n’en vit aucune vraiment.<\/p>\n

C’est \u00e7a, le multivers. Pas un don. Une paralysie.<\/p>\n


\n

Version 2 :<\/h2>\n

C’\u00e9tait un mardi. Il s’\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 devant le caf\u00e9. La main sur la poign\u00e9e, une seconde d’h\u00e9sitation. Puis il \u00e9tait entr\u00e9.<\/p>\n

Mais il s’\u00e9tait aussi vu rester dehors. Pas une image mentale. Une vision nette, pr\u00e9cise. L’homme qui entrait commandait un expresso. L’autre remontait vers la gare, col relev\u00e9.<\/p>\n

Les deux hommes \u00e9taient lui.<\/p>\n

Il avait secou\u00e9 la t\u00eate. Rien \u00e0 faire. L’expresso fumait entre ses mains et l’autre version marchait toujours vers la gare.<\/p>\n

\u00c7a ne passait pas.<\/p>\n

Chaque d\u00e9cision le d\u00e9doublait. Le bus ou la marche. R\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone ou non. Pain ou pas de pain. Les versions s’accumulaient comme des calques superpos\u00e9s. Il voyait tout, vivait tout.<\/p>\n

\u00c7a avait commenc\u00e9 petit. Maintenant c’\u00e9tait devenu ing\u00e9rable.<\/p>\n

Il avait consult\u00e9. M\u00e9decin, psychiatre, neurologue. Rien au scanner. \"Stress\", diagnostic vague. Mais les versions continuaient de prolif\u00e9rer. Chaque consultation en avait produit trois nouvelles.<\/p>\n

Le pire, c’\u00e9taient les petites d\u00e9cisions. Chemise bleue, grise ou blanche : trois versions. Plat du jour : cinq. Synonymes dans une phrase : dix. Multiplication exponentielle.<\/p>\n

Il avait tent\u00e9 l’immobilit\u00e9. Une semaine identique. Caf\u00e9 noir, m\u00eame trajet, m\u00eame repas. R\u00e9ponse unique : je ne sais pas. \u00c9chec. M\u00eame ne pas choisir cr\u00e9ait des versions.<\/p>\n

Puis il avait rencontr\u00e9 Claire dans un caf\u00e9.<\/p>\n

Elle avait souri. Trois sc\u00e9narios : il souriait, d\u00e9tournait les yeux, sortait. Mais elle continuait de le regarder. Dans les trois versions.<\/p>\n

\"Vous aussi ?\"<\/p>\n

Elle voyait. Claire, L\u00e9a ou Anne selon les versions. M\u00eame femme. Elle vivait \u00e7a depuis deux, cinq ou dix ans. Elle ne savait plus.<\/p>\n

\"\u00c7a s’arr\u00eate ?\"<\/p>\n

\"Non.\"<\/p>\n

Ils s’\u00e9taient revus ou pas. Ensemble ou s\u00e9par\u00e9s. Toutes les versions existaient. Il vivait la relation qui durait et celle qui s’arr\u00eatait. Le bonheur et la rupture.<\/p>\n

Il avait fini par accepter. Travail ou d\u00e9mission. Claire ou solitude. Bus ou marche. Tout existait. Rien ne comptait plus que le reste.<\/p>\n

Chaque matin : dix versions de lui se levaient ou restaient au lit.<\/p>\n

Chaque soir : cent versions de la journ\u00e9e. Toutes v\u00e9cues. Toutes insignifiantes.<\/p>\n

Il avait cherch\u00e9 une convergence. Un point fixe. Aucun. M\u00eame la mort se multipliait. L’homme qui mourait, survivait, s’en sortait de justesse.<\/p>\n

Multiplication infinie.<\/p>\n

Aujourd’hui il ne savait plus. Il \u00e9crivait cette histoire ou non. La lisait ou non. Comprenait ou non.<\/p>\n

Le pouvoir de choisir s’\u00e9tait dissous dans l’infinit\u00e9 des possibles.<\/p>\n

C’\u00e9tait \u00e7a, le multivers. Une paralysie.<\/p>\n


\n

Version 3 :<\/h2>\n

C’\u00e9tait un mardi matin.<\/p>\n

Il s’\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 devant le caf\u00e9. La main sur la poign\u00e9e. Il regardait la poign\u00e9e.<\/p>\n

Puis il \u00e9tait entr\u00e9.<\/p>\n

Mais il s’\u00e9tait aussi vu rester dehors. Tr\u00e8s nettement. L’homme qui \u00e9tait entr\u00e9 commandait un caf\u00e9. L’homme qui \u00e9tait rest\u00e9 dehors remontait la rue.<\/p>\n

C’\u00e9taient deux versions de lui-m\u00eame.<\/p>\n

Il avait ferm\u00e9 les yeux. Puis les avait rouverts. L’expresso \u00e9tait l\u00e0, entre ses mains. L’autre version marchait toujours vers la gare.<\/p>\n

Cela avait continu\u00e9.<\/p>\n

Chaque d\u00e9cision le multipliait. Le bus. La marche. R\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone. Ne pas r\u00e9pondre. Il voyait les deux versions. Puis les vivait.<\/p>\n

C’\u00e9tait devenu difficile.<\/p>\n

Il avait consult\u00e9 un m\u00e9decin. Le m\u00e9decin ne voyait rien. Puis un psychiatre. Le psychiatre ne voyait rien non plus. Puis un neurologue. Le scanner \u00e9tait normal.<\/p>\n

Mais lui continuait de se multiplier.<\/p>\n

Le pire, c’\u00e9taient les petites choses. Le matin, choisir une chemise. Trois couleurs possibles. Trois versions. Au restaurant, cinq plats. Cinq versions.<\/p>\n

Il s’accumulait.<\/p>\n

Il avait essay\u00e9 de ne plus choisir. Pendant une semaine il avait fait exactement la m\u00eame chose. Caf\u00e9 noir. M\u00eame trajet. M\u00eame repas. \u00c0 chaque question il r\u00e9pondait : je ne sais pas.<\/p>\n

Mais m\u00eame cela cr\u00e9ait des versions.<\/p>\n

Un jour, dans un caf\u00e9, une femme lui avait souri.<\/p>\n

Il avait vu trois versions. Lui qui souriait. Lui qui d\u00e9tournait les yeux. Lui qui sortait.<\/p>\n

Mais elle continuait de le regarder. Dans les trois versions.<\/p>\n

Elle avait dit : vous aussi ?<\/p>\n

Elle s’appelait Claire. Ou L\u00e9a. Ou Anne. C’\u00e9tait la m\u00eame femme. Elle voyait ce qu’il voyait. Depuis deux ans. Ou cinq. Ou dix.<\/p>\n

Ils s’\u00e9taient revus. Ou pas.<\/p>\n

Dans certaines versions ils restaient ensemble. Dans d’autres ils se s\u00e9paraient. Dans d’autres encore ils ne se revoyaient pas.<\/p>\n

Il vivait toutes ces versions.<\/p>\n

Il avait fini par accepter. Il \u00e9tait l’homme qui travaillait et l’homme qui avait d\u00e9missionn\u00e9. L’homme avec Claire et l’homme seul.<\/p>\n

Chaque matin il voyait des dizaines de versions de lui se lever. Ou rester au lit. Ou se lever puis se recoucher.<\/p>\n

Chaque soir il voyait des centaines de versions de sa journ\u00e9e.<\/p>\n

Il avait cherch\u00e9 un point fixe. Une d\u00e9cision qui aurait la m\u00eame cons\u00e9quence dans toutes les versions.<\/p>\n

Il n’y en avait pas.<\/p>\n

M\u00eame mourir cr\u00e9ait des versions.<\/p>\n

Aujourd’hui il ne savait plus qui il \u00e9tait.<\/p>\n

Il \u00e9tait l’homme qui \u00e9crivait cette histoire. Et l’homme qui ne l’\u00e9crivait pas. Et l’homme qui la lisait. Et l’homme qui ne la lisait pas.<\/p>\n

Le pouvoir de choisir s’\u00e9tait dissous.<\/p>\n

Il vivait toutes les vies. Mais aucune vraiment.<\/p>\n


\n

Version 4 :<\/h2>\n

Ce que je m’appr\u00eate \u00e0 consigner ici d\u00e9passera, j’en ai la certitude terrible, les limites de ce que l’esprit humain peut concevoir sans sombrer dans l’ab\u00eeme de la d\u00e9mence. Et pourtant, il me faut t\u00e9moigner de l’horreur indicible qui s’est abattue sur moi ce mardi matin, devant l’entr\u00e9e d’un caf\u00e9 dont je tairai le nom par \u00e9gard pour ceux qui pourraient \u00eatre tent\u00e9s d’y retourner.<\/p>\n

J’avais pos\u00e9 la main sur la poign\u00e9e de cuivre — ce d\u00e9tail anodin me hante encore — lorsque la R\u00e9v\u00e9lation s’est produite. Non pas une vision, non pas une hallucination passag\u00e8re telle que peuvent en conna\u00eetre les esprits affaiblis par la fatigue ou l’abus de substances d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, mais une d\u00e9chirure dans le voile m\u00eame de la r\u00e9alit\u00e9, une fissure \u00e0 travers laquelle j’ai pu contempler l’architecture abominable de l’univers.<\/p>\n

Car je me suis vu — et ce verbe lui-m\u00eame trahit l’inad\u00e9quation du langage humain face \u00e0 ce que j’ai per\u00e7u — je me suis vu franchir le seuil, commander un expresso au comptoir avec cette banalit\u00e9 horrifiante du quotidien. Et simultan\u00e9ment, avec une clart\u00e9 qui me glace encore le sang, je me suis vu faire demi-tour, remonter la rue vers la gare, le col relev\u00e9 contre un froid qui n’\u00e9tait pas celui de janvier mais celui des espaces intersid\u00e9raux.<\/p>\n

Les deux hommes \u00e9taient moi. Les deux sc\u00e8nes coexistaient dans une g\u00e9om\u00e9trie non-euclidienne de la r\u00e9alit\u00e9 que je n’aurais jamais d\u00fb pouvoir percevoir.<\/p>\n

J’ai tent\u00e9, dans les jours qui suivirent, de me convaincre qu’il ne s’agissait l\u00e0 que d’un incident isol\u00e9, d’une anomalie passag\u00e8re dans le fonctionnement de ma conscience. Vaine illusion ! Car la mal\u00e9diction — et je ne peux employer d’autre terme — ne fit que s’amplifier. Chaque d\u00e9cision, du plus insignifiant choix vestimentaire \u00e0 la plus grave r\u00e9solution professionnelle, me confrontait \u00e0 cette multiplication obsc\u00e8ne de moi-m\u00eame.<\/p>\n

Les m\u00e9decins que j’ai consult\u00e9s — pauvres cr\u00e9atures limit\u00e9es par leur rationalisme \u00e9troit — n’ont rien trouv\u00e9. Leurs instruments grossiers ne peuvent mesurer ce qui se situe au-del\u00e0 des dimensions perceptibles par nos sens atrophi\u00e9s. \"Stress\", ont-ils diagnostiqu\u00e9 avec cette suffisance qui caract\u00e9rise ceux qui n’ont jamais entrevu les abysses.<\/p>\n

Mais ce qui me terrorise le plus, ce qui m’arrache des cris silencieux dans la nuit lorsque je contemple l’\u00e9tendue de mon affliction, c’est la compr\u00e9hension progressive qui s’est empar\u00e9e de mon esprit : je ne suis pas victime d’un dysfonctionnement. Je per\u00e7ois simplement ce qui a toujours exist\u00e9. L’univers n’est pas une ligne narrative, une succession lin\u00e9aire d’\u00e9v\u00e9nements. C’est un grouillement infini de possibilit\u00e9s simultan\u00e9es, un pand\u00e9monium de r\u00e9alit\u00e9s qui coexistent dans une cacophonie cosmique.<\/p>\n

Et nous, pauvres humains, nous ne percevons qu’une seule ligne, croyant en notre arrogance que nos choix ont un sens, que notre volont\u00e9 fa\u00e7onne la r\u00e9alit\u00e9. Quelle risible pr\u00e9tention ! Tous les choix existent d\u00e9j\u00e0, se d\u00e9ploient simultan\u00e9ment dans les dimensions que notre cerveau primitif ne peut appr\u00e9hender.<\/p>\n

J’ai rencontr\u00e9 une femme — Claire, L\u00e9a ou Anne selon la version que l’on consid\u00e8re — qui partage cette mal\u00e9diction. Ou cette r\u00e9v\u00e9lation. La distinction m\u00eame entre ces deux termes s’est dissoute dans l’horreur de notre condition. Elle voyait ce que je voyais. Nous \u00e9tions deux t\u00e9moins d’une v\u00e9rit\u00e9 cosmique que l’humanit\u00e9 n’aurait jamais d\u00fb d\u00e9couvrir.<\/p>\n

Nous nous sommes revus, ou pas, ou une fois, ou mille fois. Toutes ces versions coexistent dans le maelstr\u00f6m de possibilit\u00e9s. Et cette coexistence m\u00eame, cette impossibilit\u00e9 de distinguer une r\u00e9alit\u00e9 unique, constitue peut-\u00eatre la v\u00e9ritable mal\u00e9diction : non pas de percevoir les multivers, mais de r\u00e9aliser que le concept m\u00eame d’identit\u00e9, de continuit\u00e9, de choix, n’est qu’une illusion rassurante que notre esp\u00e8ce s’est construite pour ne pas sombrer dans la folie.<\/p>\n

Car si tous les choix existent, si toutes les versions de moi-m\u00eame vivent simultan\u00e9ment leurs vies divergentes, alors qu’est-ce que \"je\" ? O\u00f9 se situe le si\u00e8ge de ma conscience ? Suis-je l’observateur de ce pand\u00e9monium ou suis-je le pand\u00e9monium lui-m\u00eame ?<\/p>\n

J’\u00e9cris ces lignes en sachant qu’elles ne seront peut-\u00eatre jamais lues, ou qu’elles le seront par des milliers de versions de lecteurs dans des milliers d’univers divergents. J’\u00e9cris pour t\u00e9moigner de l’horreur cosmique qui se cache derri\u00e8re le voile rassurant de la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne.<\/p>\n

Le pouvoir de choisir n’existe pas. Il n’a jamais exist\u00e9. Nous sommes les marionnettes d’une m\u00e9canique universelle infiniment plus complexe et plus terrible que tout ce que nos philosophes ont jamais imagin\u00e9.<\/p>\n

Ce n’est pas une paralysie. C’est pire. C’est la r\u00e9v\u00e9lation que la paralysie et le mouvement, le choix et l’absence de choix, coexistent dans une dimension que nous ne devrions pas pouvoir percevoir.<\/p>\n

Que Dieu — s’il existe, et dans combien d’univers existe-t-il ? — nous pr\u00e9serve de cette lucidit\u00e9.<\/p>\n


\n

Version 5 :<\/h2>\n

Je ne demande pas qu’on me croie. Je ne demande m\u00eame pas qu’on me comprenne. Mon esprit — ce pauvre esprit qui fut autrefois le mien — est d\u00e9sormais si fragment\u00e9, si dispers\u00e9 dans les m\u00e9andres de ces r\u00e9alit\u00e9s parall\u00e8les, que je doute moi-m\u00eame de la v\u00e9racit\u00e9 de ce que je vais relater. Et pourtant, il me faut \u00e9crire. Il me faut fixer sur le papier l’histoire de ma damnation avant que la derni\u00e8re parcelle de raison ne m’abandonne d\u00e9finitivement.<\/p>\n

Cela commen\u00e7a — si tant est qu’on puisse parler de commencement lorsqu’il s’agit d’un ph\u00e9nom\u00e8ne qui semble avoir toujours exist\u00e9, latent, tapi dans les recoins les plus obscurs de mon \u00eatre — cela commen\u00e7a, dis-je, par un malaise d’abord imperceptible. Un mardi matin, devant l’entr\u00e9e d’un caf\u00e9 que je fr\u00e9quentais depuis des ann\u00e9es, j’\u00e9prouvai soudain une \u00e9trange h\u00e9sitation. Ma main, pos\u00e9e sur la poign\u00e9e de la porte, refusait d’accomplir le geste familier. Ce n’\u00e9tait pas une paralysie physique. C’\u00e9tait quelque chose de plus profond, de plus insidieux : une multiplication vertigineuse de ma volont\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n

Car je me vis — et ici commence le v\u00e9ritable cauchemar — je me vis franchir le seuil et commander mon habituel expresso. Mais dans le m\u00eame instant, avec une nettet\u00e9 qui me fit vaciller, je me vis \u00e9galement faire demi-tour et remonter la rue vers la gare. Ces deux actions, ces deux destin\u00e9es, ces deux moi<\/em>, coexistaient avec une \u00e9gale r\u00e9alit\u00e9. Je n’\u00e9tais plus un. J’\u00e9tais deux. Et bient\u00f4t, je le compris avec effroi, je serais l\u00e9gion.<\/p>\n

Au d\u00e9but, je me persuadai qu’il ne s’agissait l\u00e0 que d’une fatigue passag\u00e8re, d’un d\u00e9doublement visuel sans cons\u00e9quence. Mais l’illusion ne pouvait durer. Chaque choix, du plus insignifiant au plus grave, me multipliait. Je me voyais prendre le bus et marcher. R\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone et laisser sonner. Sourire et d\u00e9tourner les yeux. Et ce qui rendait cette mal\u00e9diction insupportable, c’est que je ne me contentais pas de voir<\/em> ces versions de moi-m\u00eame : je les vivais<\/em>. Je sentais le froid sur le visage de celui qui marchait pendant que celui qui prenait le bus ressentait la chaleur \u00e9touffante de l’habitacle. J’\u00e9tais tous ces hommes \u00e0 la fois. J’\u00e9tais un essaim, un grouillement d’identit\u00e9s qui se ramifiaient \u00e0 l’infini.<\/p>\n

Les nuits devinrent un supplice. Car m\u00eame le sommeil ne m’apportait aucun r\u00e9pit. Je me voyais m’endormir, me r\u00e9veiller, rester \u00e9veill\u00e9, me lever, me recoucher. Chaque possibilit\u00e9 se d\u00e9roulait dans ma conscience fractur\u00e9e. Je vivais toutes les nuits en m\u00eame temps. Et chaque matin, lorsque j’ouvrais les yeux — mais lesquels ? ceux de quelle version ? — je d\u00e9couvrais avec horreur que le nombre de mes doubles s’\u00e9tait encore accru pendant mon sommeil.<\/p>\n

Je consultai des m\u00e9decins. Ils ne trouv\u00e8rent rien. Comment auraient-ils pu ? Leurs instruments ne mesurent que le corps. Ils ignorent tout des m\u00e9andres de l’\u00e2me, de ces d\u00e9doublements monstrueux qui sont peut-\u00eatre le prix secret que nous payons pour l’illusion du libre arbitre. Car c’est cela, n’est-ce pas, que j’avais d\u00e9couvert : le libre arbitre n’est qu’un mensonge. Chaque choix que nous croyons faire existe d\u00e9j\u00e0, s’est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 dans quelque dimension parall\u00e8le de l’\u00eatre. Nous ne choisissons pas. Nous nous contentons de prendre conscience, fugitivement, d’une des mille voies que nous empruntons simultan\u00e9ment.<\/p>\n

Mais ce qui acheva de me pr\u00e9cipiter dans l’ab\u00eeme — et je dois l’avouer, m\u00eame si cet aveu me co\u00fbte les derniers lambeaux de ma dignit\u00e9 — ce fut la rencontre avec cette femme. Elle s’appelait Claire. Ou L\u00e9a. Ou Anne. Son nom lui-m\u00eame semblait fluctuer selon les versions de la r\u00e9alit\u00e9. Mais ce n’\u00e9tait pas cela qui me troubla le plus. Non. Ce qui me gla\u00e7a le sang, ce fut de r\u00e9aliser qu’elle voyait ce que je voyais. Qu’elle vivait ce que je vivais. Que nous \u00e9tions deux damn\u00e9s contemplant ensemble l’architecture maudite de l’univers.<\/p>\n

\"Depuis combien de temps ?\" lui demandai-je, ou plut\u00f4t, l’une de mes versions lui demanda, car d\u00e9j\u00e0 je ne savais plus lequel de mes doubles parlait vraiment.<\/p>\n

\"Je ne sais plus. Deux ans ? Cinq ans ? Dix ans ? Le temps lui-m\u00eame s’est fragment\u00e9. Je vis toutes les dur\u00e9es \u00e0 la fois.\"<\/p>\n

Nous dev\u00eenmes amants. Ou nous ne nous rev\u00eemes jamais. Ou nous nous quitt\u00e2mes apr\u00e8s quelques jours. Toutes ces histoires se d\u00e9roul\u00e8rent simultan\u00e9ment. J’aimais cette femme dans certaines versions et la d\u00e9testais dans d’autres. Je vivais avec elle et je vivais seul. Je la voyais vieillir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s et je la voyais dispara\u00eetre le lendemain de notre premi\u00e8re rencontre. Et elle, de son c\u00f4t\u00e9, subissait le m\u00eame supplice : elle m’aimait et me ha\u00efssait, restait et partait, vivait et mourait, dans un tourbillon de possibilit\u00e9s qui nous emportait tous les deux vers une dissolution compl\u00e8te de nos identit\u00e9s.<\/p>\n

Je cherchai d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un point fixe, une d\u00e9cision qui aurait la m\u00eame cons\u00e9quence dans toutes les versions. Une ancre dans ce maelstr\u00f6m de r\u00e9alit\u00e9s. Mais il n’y en avait pas. M\u00eame la mort — cette ultime certitude que l’humanit\u00e9 s’est toujours offerte comme consolation — m\u00eame la mort se multipliait. Je me voyais mourir de mille fa\u00e7ons diff\u00e9rentes. Et dans chacune de ces morts, une partie de moi survivait, continuait de se ramifier, de se multiplier, de vivre toutes les vies que je n’avais pas v\u00e9cues.<\/p>\n

Alors j’ai compris. J’ai compris que je n’avais jamais \u00e9t\u00e9 un. Que l’unit\u00e9 du moi n’\u00e9tait qu’une fiction, une illusion n\u00e9cessaire pour ne pas sombrer dans la folie. Mais cette illusion, je l’avais perdue. Ou plut\u00f4t, le voile s’\u00e9tait d\u00e9chir\u00e9, et j’avais aper\u00e7u ce qui se cachait derri\u00e8re : un grouillement infini de possibilit\u00e9s, une multiplication monstrueuse de l’\u00eatre, un essaim d’identit\u00e9s dont aucune ne pouvait pr\u00e9tendre \u00eatre la v\u00e9ritable, l’originale, l’authentique.<\/p>\n

Je suis l’homme qui \u00e9crit ces lignes. Mais je suis aussi l’homme qui ne les \u00e9crit pas. Je suis celui qui les lit et celui qui ne les lira jamais. Je suis celui qui comprend et celui qui refuse de comprendre. Je suis tous ces hommes \u00e0 la fois, et je n’en suis aucun vraiment.<\/p>\n

Le pouvoir de choisir ? Il s’est dissous dans l’infinit\u00e9 des choix simultan\u00e9s. Et avec lui s’est dissoute mon identit\u00e9, ma conscience, mon \u00e2me m\u00eame. Je ne suis plus qu’un \u00e9cho, une r\u00e9verb\u00e9ration infinie de possibilit\u00e9s qui se r\u00e9percutent dans les chambres vides de mon esprit fractur\u00e9.<\/p>\n

Et le plus terrible — car il y a toujours quelque chose de plus terrible encore — c’est que je soup\u00e7onne que nous sommes tous ainsi. Que chaque \u00eatre humain est cette multiplication monstrueuse de possibilit\u00e9s. Mais que la plupart ont la gr\u00e2ce de ne percevoir qu’une seule version, une seule ligne narrative. Moi, j’ai \u00e9t\u00e9 maudit avec la vision de toutes. Et cette vision m’a d\u00e9truit.<\/p>\n

Que celui qui lit ces lignes — si quelqu’un les lit jamais, dans quelque version de la r\u00e9alit\u00e9 — se d\u00e9tourne rapidement. Qu’il n’approfondisse pas ces pens\u00e9es. Qu’il ne cherche pas \u00e0 percer le voile. Car derri\u00e8re l’illusion r\u00e9confortante de l’unit\u00e9 du moi, il n’y a que le chaos, la multiplication infinie, la dissolution dans le n\u00e9ant des possibles.<\/p>\n

Je suis le multivers. Et le multivers est ma tombe.<\/p>\n


\n

Note de l’auteur<\/h2>\n

Gen\u00e8se<\/h3>\n

Ce texte s’inscrit dans le travail en cours sur Pouvoir<\/a><\/strong>, une exploration syst\u00e9matique du mot \"pouvoir\" dans huit ann\u00e9es d’\u00e9criture autofictive (2018-2026). L’analyse des occurrences a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un m\u00e9canisme r\u00e9current : la multiplication des possibles jusqu’\u00e0 la paralysie. Si tous les choix existent simultan\u00e9ment, alors aucun ne compte vraiment. Le pouvoir de choisir se dissout dans l’infinit\u00e9 des versions.<\/p>\n

Plut\u00f4t que de rester dans l’analyse, j’ai voulu transposer ce m\u00e9canisme en fiction — transformer la d\u00e9couverte critique en r\u00e9cit. Le personnage de l’homme du multivers incarne litt\u00e9ralement ce que les textes des carnets ne faisaient qu’esquisser : voir tous les chemins possibles et ne pouvoir en emprunter aucun.<\/p>\n

La variation stylistique n’est pas un simple habillage : chaque style transforme<\/strong> l’histoire. Le multivers vu par Toussaint (lenteur, neutralit\u00e9) n’est pas le m\u00eame que le multivers vu par Poe (damnation gothique) ou par Lovecraft (horreur cosmique). La forme modifie le sens.<\/p>\n

Lien avec l’Atlas Mn\u00e9mosyne<\/h3>\n

Ce texte croise plusieurs planches de l’Atlas :<\/p>\n