{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/peindre-3978.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/peindre-3978.html", "title": "## Le verbe peindre #01 | septembre 2018-juillet 2021", "date_published": "2026-01-28T17:59:09Z", "date_modified": "2026-01-28T20:32:39Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
\n

\u00c9couter l’entr\u00e9e du carnet :<\/p>\n

\n

Avant-propos<\/h2>\n
\n

J’ai tent\u00e9 de r\u00e9\u00e9crire mes articles de 2018 et 2019 dans une rubrique \"Palimpsestes\". J\u2019ai laiss\u00e9 tomber. R\u00e9\u00e9crire, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop corriger, trop mentir. J’ai ressenti une g\u00eane \u00e0 vouloir lisser ce qui devait rester brut.\nAlors, j\u2019ai chang\u00e9 de m\u00e9thode. J’ai d\u00e9cid\u00e9 de ne rien changer, mais de tout d\u00e9placer. J’ai fouill\u00e9 dans mes carnets et j’ai extrait chaque bribe, chaque paragraphe o\u00f9 surgit le verbe Peindre. \u00c0 l’infinitif. C\u2019est devenu un inventaire. Une extraction de cette obsession qui me tient debout. \u00c0 la lecture de ces fragments qui courent de septembre 2018 \u00e0 juillet 2021, je m’aper\u00e7ois que le monde ext\u00e9rieur a disparu. Le Covid, le confinement, le bruit des jours... rien de tout cela n’appara\u00eet. Il n’y a que l’atelier, le doute, le d\u00e9sir de vendre pour continuer, la peur de \"faire joli\" et cette n\u00e9cessit\u00e9 de redevenir un gosse devant la toile. C’est une autofiction par le geste. Ici, ce n’est pas moi qui parle, c’est le verbe qui travaille. Ces petites bribes sont des \u00e9clats ramass\u00e9s sur le bord du gouffre. Je les livre ainsi, sans lien vers les articles d’origine, pour ne garder que l’os de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n

3 septembre 2018<\/em> <\/p>\n

Lorsque j\u2019enseigne le dessin et la peinture je mange rarement du chocolat. Par contre je parle de tout et de rien, souvent de sujets en d\u00e9cal\u00e9 qui accrochent l’attention de mes \u00e9l\u00e8ves, plus ou moins. Ou alors je propose soudain de boire un caf\u00e9, un th\u00e9.. ou encore je prends des attitudes bizarres en m\u2019asseyant, en me levant, je joue avec leur attention de telle ou telle fa\u00e7on afin de les divertir, que l\u2019acte de peindre <\/strong> son s\u00e9rieux, s\u2019\u00e9loigne du contr\u00f4le de la pens\u00e9e.<\/p>\n

Les gens qui sont partis \u00e9taient des touristes je crois. Ceux qui sont rest\u00e9s se font une joie de m\u2019apporter leurs travaux chaque semaine. Ils travaillent chez eux parce qu\u2019ils ont trouv\u00e9 l\u2019envie de peindre<\/strong>. Et bien sur nous prenons un caf\u00e9, le th\u00e9 pendant que je commente les travaux. Parfois nous avons m\u00eame droit \u00e0 des gourmandises, des petits g\u00e2teaux.<\/p>\n

22 septembre 2018<\/em><\/p>\n

Ce jour-l\u00e0, exc\u00e9d\u00e9, je me suis lev\u00e9 en disant : « \u00c7a va merde, je retourne en enfance ! » J\u2019ai balay\u00e9 toute la paperasse de la table, tout enfonc\u00e9 \u00e0 coups de talon dans un carton. Scotch\u00e9 cinq fois plut\u00f4t qu\u2019une. Puis je me suis \u00e9tir\u00e9 en b\u00e2illant. Et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 peindre<\/strong> comme un enfant. \u00c0 la gouache, sur du papier bon march\u00e9. Quelle r\u00e9v\u00e9lation ! Ces lignes maladroites, ces p\u00e2t\u00e9s - quelle jouissance ! C\u2019\u00e9tait pour moi seul, pour le pur plaisir. Je peignais le Joueur de fl\u00fbte de Hamelin - allez savoir pourquoi. Des dizaines de petits tableaux en quelques jours. Ce retour \u00e0 l\u2019enfance par la peinture m\u2019a lav\u00e9 de quelque chose de mortif\u00e8re. J\u2019ai tout perdu dans mes d\u00e9m\u00e9nagements - on avance en restant l\u00e9ger. Mais pourquoi ce th\u00e8me ? Je n\u2019en sais toujours rien.<\/p>\n

23 septembre 2018<\/em> <\/p>\n

Lorsque j\u2019enseigne le dessin et la peinture je mange rarement du chocolat. Par contre je parle de tout et de rien, souvent de sujets en d\u00e9cal\u00e9 qui accrochent le conscient de mes \u00e9l\u00e8ves plus ou moins. Ou alors je propose soudain de boire un caf\u00e9, un th\u00e9.. ou encore je prends des attitudes bizarres en m\u2019asseyant, en me levant, je joue avec leur attention de cette fa\u00e7on afin que l\u2019acte de peindre<\/strong> s\u2019\u00e9loigne du contr\u00f4le de la pens\u00e9e. <\/p>\n

25 septembre 2018<\/em> <\/p>\n

De quoi ai je besoin pour vivre ? mais vraiment ? En tant que peintre j\u2019ai besoin de mat\u00e9riel pour peindre<\/strong> et donc d\u2019un peu d\u2019argent pour l\u2019acheter. Il me faut me loger et me nourrir ensuite afin de ne pas me prendre la t\u00eate et de pouvoir continuer \u00e0 peindre<\/strong>. <\/p>\n

27 septembre 2018<\/em><\/p>\n

J\u2019ai beau dire, si vous voulez progresser, prenez une demi heure par jour pour dessiner, peindre<\/strong> ; une demie heure ce n\u2019est pas grand chose, mais si on le fait chaque jour, pendant 365 jours : imaginez\u2026<\/p>\n

10 janvier 2019<\/em> <\/p>\n

A quoi cela sert il en 2019 de peindre<\/strong> de jolis paysages, de jolies fleurs, de beaux portraits, face \u00e0 un monde qui s\u2019enfonce de plus en plus dans la barbarie.<\/p>\n

20 janvier 2019<\/em><\/p>\n

Ce que je cherche, ce n\u2019est pas un mythe, c\u2019est la source de l\u2019envie. Pourquoi peindre<\/strong>, si ce n\u2019est pas pour toucher \u00e0 ce point o\u00f9 le d\u00e9sir, l\u2019amour, la compassion se remettent \u00e0 circuler ? Pourquoi continuer, si ce n\u2019est pas pour approcher une zone qui r\u00e9siste, qui effraie un peu, et qui pourtant est la seule qui compte ? Le Minotaure, je ne sais pas encore s\u2019il est dehors ou dedans. Peut-\u00eatre les deux. Peut-\u00eatre une m\u00eame masse obscure : le monde tel qu\u2019il va, et moi tel que je r\u00e9agis — peur, honte, violence, besoin de sens. Je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019il faille “tuer” quoi que ce soit. Je marche plut\u00f4t pour voir, pour m\u2019approcher, pour comprendre de quelle fa\u00e7on cette b\u00eate et moi sommes li\u00e9s, et ce que cette liaison exige de mes tableaux, de ma vie, et de la place que j\u2019essaie de tenir devant vous.<\/p>\n

23 janvier 2019<\/em><\/p>\n

Je sais seulement ceci : l\u2019art n\u2019a aucun sens s\u2019il s\u2019aligne sur la peur. Peindre<\/strong> des paysages “jolis” comme si le monde n\u2019\u00e9tait pas en train de se durcir, \u00e9crire des textes qui s\u2019excusent d\u2019exister, c\u2019est ajouter une couche de somnif\u00e8re \u00e0 une \u00e9poque d\u00e9j\u00e0 anesth\u00e9si\u00e9e. La d\u00e9sob\u00e9issance artistique n\u2019est pas une posture h\u00e9ro\u00efque ; c\u2019est une obligation minimale : tenir sa place sans se mentir. Faire une \u0153uvre qui refuse la langue des dominants, qui refuse le confort du consensus, qui rend visible ce que tout le monde pr\u00e9f\u00e8re laisser hors champ. Si quelque chose peut encore d\u00e9placer les mentalit\u00e9s, ce ne sera pas une morale de plus. Ce sera une somme de gestes pr\u00e9cis, tenus, risqu\u00e9s, qui cessent de demander la permission.<\/p>\n

29 janvier 2019<\/em> <\/p>\n

Achever, c\u2019est finir, oui. Mais c\u2019est aussi porter le coup de trop, celui qui met d\u00e9finitivement \u00e0 terre ce qui respirait encore. Cette proximit\u00e9 me g\u00eane. Elle \u00e9claire peut-\u00eatre ma mani\u00e8re de peindre<\/strong>. Je laisse tant de toiles \u00e0 demi lev\u00e9es, des pans entiers en suspens, non par paresse mais par refus de la mise \u00e0 mort de l\u2019id\u00e9e. Ne pas fermer trop t\u00f4t. Ne pas tuer ce qui bouge encore. <\/p>\n

3 f\u00e9vrier 2019<\/em> <\/p>\n

Des ann\u00e9es apr\u00e8s sa mort je retrouve cette toile, je la garde, puis un jour je prends un pot de gesso et je la recouvre enti\u00e8rement pour peindre<\/strong> autre chose dessus, et je ne sais plus aujourd\u2019hui ce que j\u2019ai peint, comme si la m\u00e9moire posait un doigt sur les l\u00e8vres, chut. Et au fond c\u2019est l\u00e0 que tout se tient : dans ce geste d\u2019effacer pour continuer, dans l\u2019amour et la honte, dans les p\u00e8res rivaux ou absents, dans la rose noy\u00e9e sous le blanc, et dans ce silence qui recommence d\u00e8s qu\u2019on a trop parl\u00e9.<\/p>\n

4 f\u00e9vrier 2019<\/em><\/p>\n

Car vendre, pour moi, ce n\u2019est rien d\u2019autre que continuer \u00e0 peindre<\/strong> et \u00e0 \u00e9crire, je ne cherche plus la gloire, plus la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, je travaille encore \u00e0 ne pas mendier la reconnaissance, j\u2019ai bient\u00f4t soixante ans, les illusions se sont d\u00e9coll\u00e9es et je respire mieux depuis, la seule chose qui compte est de pouvoir revenir chaque jour \u00e0 l\u2019atelier<\/p>\n

8 f\u00e9vrier 2019<\/em> <\/p>\n

Qu\u2019est-ce qui s\u00e9pare le peintre du dimanche de l\u2019artiste ? Pas la main. J\u2019en ai vu, des amateurs capables de poser une couleur juste, d\u2019\u00e9quilibrer une toile, d\u2019attraper une lumi\u00e8re avec plus de nettet\u00e9 que certains peintres install\u00e9s. Avec du travail, on peut tous faire un tableau qui tient debout. La s\u00e9paration, si elle existe, se fait ailleurs, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019id\u00e9e — et encore, pas l\u2019id\u00e9e comme m\u00e9daille, pas l\u2019id\u00e9e comme slogan, mais l\u2019id\u00e9e comme besoin qui te travaille. Je dis \u00e7a, et pourtant je sais le danger de cette phrase, parce qu\u2019il m\u2019arrive de peindre<\/strong> des semaines sans id\u00e9e v\u00e9ritable, en faisant du correct, du s\u00e9duisant m\u00eame, en avan\u00e7ant \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 et \u00e0 la culture, comme on avance \u00e0 la rame sur un lac trop calme. <\/p>\n

On peut passer des semaines \u00e0 fabriquer du bon go\u00fbt, \u00e0 peindre<\/strong> comme on respire, et puis une id\u00e9e tombe, et tout ce qui pr\u00e9c\u00e9dait para\u00eet soudain \u00eatre une pr\u00e9paration ou un \u00e9vitement. Pourquoi une id\u00e9e vient-elle \u00e0 tel moment ? Kurosawa, explique Deleuze, se sent parent de Dosto\u00efevski parce qu\u2019ils partagent une obsession : l\u2019agitation, le d\u00e9tour, cette mani\u00e8re de courir vers un but en le manquant.<\/p>\n

Tant que ce manque n\u2019est pas l\u00e0, on peut peindre<\/strong> juste, \u00e9crire propre, filmer bien : on reste dans l\u2019ornement, dans l\u2019exercice r\u00e9ussi. D\u00e8s qu\u2019il est l\u00e0, la question “\u00e0 quoi bon ?” cesse d\u2019\u00eatre un mot d\u2019esprit ; elle devient une n\u00e9cessit\u00e9 qui ne te l\u00e2che pas, et qui te fait parfois d\u00e9tester ce que tu faisais la veille. <\/p>\n

16 f\u00e9vrier 2019<\/em> <\/p>\n

je peux peindre<\/strong> sans id\u00e9e, et c\u2019est parfois n\u00e9cessaire pour vivre, mais je ne fais pas \u0153uvre sans elle( l’id\u00e9e). N\u2019importe qui peut s\u2019improviser peintre, exposer, produire du joli ou de l\u2019int\u00e9ressant ; ce qui fait qu\u2019un peintre devient un artiste, c\u2019est la ligne d\u2019id\u00e9es qui le traverse et qu\u2019il accepte de servir. \u00c0 ce point-l\u00e0, le m\u00e9dium devient secondaire : si l\u2019id\u00e9e exige une installation, une vid\u00e9o, un texte, une radio, je la suivrai. La mise en \u0153uvre demande de l\u2019\u00e9nergie, bien s\u00fbr, mais pas l\u2019\u00e9nergie floue du “grand n\u2019importe quoi” ambiant : une \u00e9nergie canalis\u00e9e, tendue vers une forme qui n\u2019est pas n\u00e9gociable.<\/p>\n

21 f\u00e9vrier 2019<\/em><\/p>\n

Or l\u2019\u00e9poque nous vend l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 comme \u00e9mancipation : plus de ma\u00eetres, plus d\u2019\u00e9cole, plus de m\u00e9diation, seulement l\u2019envie brute et le geste “authentique”. J\u2019ai cru \u00e0 cette fable, comme tout le monde. J\u2019ai eu des phases o\u00f9 je me disais : stop aux r\u00e9f\u00e9rences, je vais peindre<\/strong> “direct”, laisser venir, oublier Morandi, oublier tout.<\/p>\n

24 f\u00e9vrier 2019<\/em> <\/p>\n

Cette fa\u00e7on de danser sur le bord du gouffre sans pr\u00e9tendre \u00eatre sauv\u00e9. Je crois que \u00e7a me ressemble. Si on me clouait un jour quelque part, je gigoterais encore. Je me fabriquerais un bouzouki avec du vent et des d\u00e9sirs rest\u00e9s en travers, et je jouerais comme on respire. Quitter le monde sans chanter, sans danser, sans peindre<\/strong> — pour moi c\u2019est la m\u00eame \u00e9nergie — ce serait partir trop t\u00f4t, m\u00eame si c\u2019est la fin. Et pourtant, \u00e0 force de repousser ce qui se pr\u00e9sente, je me demande ce que j\u2019ai fabriqu\u00e9 : une \u00e9quation \u00e0 ma mani\u00e8re, moi qui ai toujours \u00e9t\u00e9 nul en calcul, une loi bancale o\u00f9 l\u2019on esp\u00e8re mieux pour ne jamais rien prendre, o\u00f9 l\u2019on refuse avant d\u2019\u00eatre refus\u00e9. <\/p>\n

26 f\u00e9vrier 2019<\/em><\/p>\n

Une exposition sans suite, deux coups de fil pour demander un rabais, un virement attendu qui ne venait pas. L\u2019argent manquait, l\u2019urgence l\u2019avait fait peindre<\/strong> en roue libre, comme pour boucher un trou avec de la peinture. Il avait d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9 des passages durs, oui, mais cette fois ce qui lui manquait, c\u2019\u00e9tait le petit cr\u00e9dit int\u00e9rieur qu\u2019on se donne pour tenir. Il se regardait travailler avec une lucidit\u00e9 sans piti\u00e9, et la piti\u00e9 ne servait plus \u00e0 rien. <\/p>\n

Il se raccrocha \u00e0 de vieux r\u00e9flexes. Enfant, apr\u00e8s un tour pendable, il r\u00e9citait deux ou trois Notre P\u00e8re et se sentait lav\u00e9. Aujourd\u2019hui \u00e7a ne marchait plus. Alors il rangea. Il balaya l\u2019atelier. Une semaine \u00e0 peindre<\/strong> jour et nuit avait mis une poussi\u00e8re partout, de la couleur s\u00e8che sur le sol, des papiers chiffonn\u00e9s, des id\u00e9es noires aussi, dans les coins. En balayant il se revit gamin, sournois et malheureux, cherchant \u00e0 se faire remarquer pour arracher un peu d\u2019amiti\u00e9. Le p\u00e8re revenait avec son regard. Au mieux l\u2019indiff\u00e9rence, au pire la moquerie qui coupe. « Toi, tu es un artiste. » Il avait pris \u00e7a au s\u00e9rieux. Il avait construit sa vie l\u00e0-dessus, d\u2019abord comme on ob\u00e9it, ensuite comme on d\u00e9fie.<\/p>\n

27 f\u00e9vrier 2019<\/em> <\/p>\n

Dans cette douleur, il recommen\u00e7ait \u00e0 entendre quelque chose de simple : une zone calme, nue, o\u00f9 il respirait mieux. Ce calme n\u2019\u00e9tait pas un trou. Il \u00e9tait une r\u00e9serve. Il donnait envie de peindre<\/strong>, tout de suite, de saisir une toile, de prendre les pinceaux pour attraper ce que cette r\u00e9serve ouvrait en lui. Il se m\u00e9fia une seconde : et si c\u2019\u00e9tait encore une ruse de l\u2019imagination, une fa\u00e7on de se raconter une sortie ? C\u2019est \u00e0 ce moment que le bourdon entra dans l\u2019atelier. Il le suivit des yeux : l\u2019insecte tournait vite, cognait contre une poutre, contre un mur, repartait, puis venait se fracasser obstin\u00e9ment sur les vitres donnant sur la cour. Il alla ouvrir la porte. Encore deux ou trois chocs, puis le bourdon trouva la br\u00e8che et disparut d\u2019un coup dans l\u2019air. Il referma. Quelque chose se mit en place, d\u2019un seul tenant. Il esquissa un sourire, pas joyeux, mais juste. Il remercia en silence ce qui, malgr\u00e9 tout, l\u2019avait maintenu l\u00e0. Puis il se mit au travail.<\/p>\n

28 f\u00e9vrier 2019<\/em> <\/p>\n

Il sentait qu\u2019il pourrait presque peindre<\/strong> les yeux ferm\u00e9s, non par virtuosit\u00e9, mais parce que quelque chose en lui avait cess\u00e9 de forcer. Son \u0153il aussi avait chang\u00e9 : un trait trop fragile, une couleur trop vive le faisait vaciller, alors il allait plus loin dans la concentration, sans juger, et laissait la main faire ce qu\u2019elle savait faire quand elle n\u2019\u00e9tait pas surveill\u00e9e. Quand il recula enfin de quelques pas, comme il le faisait toujours pour voir, il fut arr\u00eat\u00e9 net. Le tableau tenait.<\/p>\n

03 mars 2019<\/em> <\/p>\n

Ces derniers temps, je reviens souvent \u00e0 Manessier et \u00e0 Corneille. L\u2019un m\u2019apprend la densit\u00e9 int\u00e9rieure, la lumi\u00e8re qui monte d\u2019une masse sombre ; l\u2019autre, la libert\u00e9 des couleurs et des formes qui s\u2019\u00e9lancent sans se justifier. J\u2019aimerais trouver un pont entre ces deux rives pour que le plaisir de peindre<\/strong> tienne quand il vacille, quand les doutes me font tr\u00e9bucher, quand la perspective se bouche.<\/p>\n

09 mars 2019<\/em> <\/p>\n

Je me suis remis \u00e0 peindre<\/strong>sans frein, comme si la seule fa\u00e7on de tenir \u00e9tait de revenir \u00e0 l\u2019enfance, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 et au silence. L\u2019\u00e9veil ne m\u2019a pas transform\u00e9 en saint ni en magicien. Il m\u2019a ramen\u00e9 \u00e0 ce que je suis, et c\u2019est l\u00e0 que le travail a commenc\u00e9 : regarder le monde qui se d\u00e9fait et se refait sous nos yeux, pleurer sans raison, sourire pour presque rien, et ne plus appeler \u00e7a une faiblesse.<\/p>\n

16 mars 2019<\/em> <\/p>\n

Ce n\u2019est pas une image de la nature, c\u2019est la nature remise en circuit par un corps humain qui, le temps de peindre<\/strong>, s\u2019est retir\u00e9. Devant ces entrelacs, on cherche d\u2019abord de quoi s\u2019accrocher — une forme, un chemin, une figure — puis \u00e7a c\u00e8de. Il ne reste que cette surface devenue vivante, sans r\u00e9cit, sans visage, et le silence qu\u2019elle impose : un silence qui ne te laisse pas dehors, mais te prend, te garde, et t\u2019oblige \u00e0 regarder encore.<\/p>\n

Je n\u2019ai pas envie de peindre<\/strong> pour convaincre, pour d\u00e9noncer, pour pr\u00eacher, ni pour porter au monde une d\u00e9couverte miraculeuse ; le monde continue sa route, avec ou sans mes tableaux. Alors non, je n\u2019ai pas de message \u00e0 d\u00e9livrer. Ce que j\u2019ai, c\u2019est un chemin. Je peins pour me d\u00e9faire de ce que le monde me jette sans arr\u00eat, pas des choses elles-m\u00eames, mais de la fa\u00e7on dont je les tords en moi. <\/p>\n

31 mars 2019<\/em> <\/p>\n

Quand enfin il pose le pinceau, il n\u2019a plus vraiment l\u2019impression d\u2019\u00eatre “lui” en train de peindre<\/strong> quelque chose ; pendant quelques instants, il y a juste le mouvement, la main, la toile, la couleur, tout m\u00eal\u00e9. Pour lui, la peinture commence l\u00e0 : dans ce temps bref o\u00f9 la s\u00e9paration entre sujet et objet ne s\u2019est pas encore reform\u00e9e. <\/p>\n

[...] Cette id\u00e9e le met dans un \u00e9tat proche de l\u2019ivresse. Il se sent encore ivre de peindre<\/strong>, ivre de comprendre, ivre m\u00eame de vivre, alors que la soci\u00e9t\u00e9 le classe d\u00e9sormais dans la cat\u00e9gorie des “seniors”. Dans un autre temps, pense-t-il, il serait juste un bon apprenti ; aujourd\u2019hui des gens l\u2019appellent “ma\u00eetre” dans les ateliers, ce qui le met mal \u00e0 l\u2019aise. Il voit bien ce qu\u2019ils projettent sur ce mot-l\u00e0 : quelqu\u2019un qui sait, qui a trouv\u00e9, qui peut transmettre un savoir stable. Lui ne reconna\u00eet l\u00e0 ni son travail ni sa position int\u00e9rieure. Il a l\u2019impression au contraire de devoir d\u00e9fendre chaque jour cet esprit de d\u00e9butant dont il sent qu\u2019il d\u00e9pend : la capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9tonner encore, \u00e0 ne pas savoir ce qu\u2019il fait avant de le faire.<\/p>\n

[...] D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ce petit bonhomme debout devant la toile, les mains qui tremblent de col\u00e8re et de peur, de l\u2019autre, la surface blanche qui attend. Entre les deux, il n\u2019y a pas un “projet”, il y a la mort. Tant que tu n\u2019as pas vraiment compris que tu vas crever, tu peux jouer \u00e0 peindre<\/strong>, tu peux faire de jolies choses, mais tu ne touches pas cette zone de folie tranquille qui met l\u2019acte cr\u00e9atif en mouvement.<\/p>\n

11 juillet 2019<\/em> <\/p>\n

[...] Toute l\u2019ann\u00e9e ou presque, j\u2019avais charogn\u00e9 de mon c\u00f4t\u00e9 \u00e0 vouloir donner une mission \u00e0 ma peinture, \u00e0 coller du sens, de la th\u00e8se, sur chaque geste, comme si le simple fait de regarder et de peindre<\/strong> ne suffisait plus. <\/p>\n

17 juillet 2019<\/em> <\/p>\n

[...] Ce que je vois, en revanche, c\u2019est l\u2019\u00e9troitesse du chemin que le march\u00e9 met en avant : une th\u00e8se, un concept, une ligne claire \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter. Pour y entrer, il faudrait que je l\u00e2che encore des choses auxquelles je tiens : la tranquillit\u00e9, la joie de peindre<\/strong> comme un gosse, la libert\u00e9 de suivre le hasard. Me voil\u00e0 encore \u00e0 un carrefour, entre le besoin de vivre de ce que je fais et le refus de me laisser r\u00e9duire \u00e0 une \u00e9tiquette de plus.<\/p>\n

Toute ta vie cr\u00e9atrice semble prise entre deux dangers sym\u00e9triques : le refuge dans un r\u00f4le (\u00e9crivain, artiste) qui t\u2019\u00e9loigne du r\u00e9el, et la dispersion qui te prive d\u2019identit\u00e9 reconnaissable aux yeux des autres. Le c\u0153ur de ce texte, c\u2019est la question : comment rester fid\u00e8le \u00e0 la pulsion de cr\u00e9ation (\u00e9crire, peindre<\/strong>) sans s\u2019en servir pour fuir sa vie, et sans se soumettre aux formes impos\u00e9es de ce que serait un “vrai” artiste ?<\/p>\n

12 ao\u00fbt 2019<\/em> <\/p>\n

Juste une pr\u00e9sence, debout, qui me regardait peindre<\/strong>. Elle ne me sauvait de rien, mais au moins, pour une fois, je n\u2019\u00e9tais plus tout \u00e0 fait seul dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n

[...] un peu facile de me dire ce matin que je fais ce que je veux. Trop facile. C\u2019est-\u00e0-dire peindre<\/strong> \u00e0 la vol\u00e9e des bribes de tout format dans le seul but d\u2019expulser l\u2019\u00e9nergie \u00e9norme qui pousse sans rel\u00e2che \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La volont\u00e9 de vivre est l\u00e0, qui s\u2019\u00e9tale en couleurs, parfois de fa\u00e7on obsc\u00e8ne. Quel probl\u00e8me avec l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 ? C\u2019est le lien que j\u2019y entrevois avec la dispersion. C\u2019est ainsi qu\u2019on a cr\u00e9\u00e9 des tabous, des totems, des pieux comme axe \u00e0 la vie des villages. Pour ne pas se laisser baiser par la dispersion, les pulsions. <\/p>\n

13 ao\u00fbt 2019<\/em> <\/p>\n

Les arches de No\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui sortent elles aussi d\u2019usine. Il ne s\u2019agit plus de choisir entre \u00eatre sauv\u00e9 ou englouti ; seulement de d\u00e9cider si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re finir dans la cale d\u2019un cargo d\u2019images ou accepter de rester sur le rivage, \u00e0 peindre<\/strong> sans garantie d\u2019embarquement.<\/p>\n

Comme le ciel, un coup bleu, gris, mauve ou rouge, les temps sont en train de changer et \u00e7a ne sert \u00e0 rien de ruminer ou de s\u2019en plaindre. Des usines \u00e0 peindre<\/strong> sont d\u00e9j\u00e0 en place en Chine, des tableaux \u00e0 la cha\u00eene, et certaines galeries de ma connaissance en profitent d\u00e9j\u00e0 largement pour acheter par lot des artistes purement imaginaires puisque, comme sur les plateformes de sondages ou de VPC, tout le monde s\u2019appelle Louise, Sylvie ou Chlo\u00e9 suivant les tranches d\u2019\u00e2ge cibl\u00e9es.<\/p>\n

14 ao\u00fbt 2019<\/em><\/p>\n

En 2019, il n\u2019est pas na\u00eff : il sait qu\u2019il y a des contraintes dures. Mais il a encore besoin de cette petite mythologie du « possible malgr\u00e9 tout » pour continuer \u00e0 peindre<\/strong> et \u00e0 se tenir debout.<\/p>\n

Ce n\u2019est pas h\u00e9ro\u00efque, \u00e7a ne fait pas l\u2019Histoire avec un grand H ; c\u2019est juste quelqu\u2019un qui, un jour, d\u00e9cide de peindre<\/strong>, de courir, de changer malgr\u00e9 tout, parce qu\u2019il a laiss\u00e9 tomber, ne serait-ce qu\u2019un instant, la voix qui lui assurait que c\u2019\u00e9tait impossible.<\/p>\n

21 ao\u00fbt 2019<\/em><\/p>\n

Apr\u00e8s 14\u201318, on a vu surgir des couleurs qu\u2019on n\u2019avait jamais vues : comme si, apr\u00e8s la boue et le sang, certains avaient d\u00e9cid\u00e9 que la seule r\u00e9ponse possible serait d\u2019oser enfin peindre<\/strong> violemment vif. Je crois \u00e0 cette logique-l\u00e0 : une violence d\u00e9plac\u00e9e, recycl\u00e9e, tenue dans un cadre. Alors, quand je vois un peintre qui a accroch\u00e9 trois toiles trop vives dans un coin de salle des f\u00eates, avec son petit spot qui gr\u00e9sille et deux verres en plastique sur une table bancale, je ne vois pas un d\u00e9corateur rat\u00e9. Je vois quelqu\u2019un qui, \u00e0 sa mani\u00e8re, tient sa guerre en laisse. <\/p>\n

23 ao\u00fbt 2019<\/em> <\/p>\n

Je suis rest\u00e9 allong\u00e9 \u00e0 \u00e9couter quelque chose de plus bas, plus discret, une source presque \u00e9touff\u00e9e qui continuait \u00e0 couler en moi ; peu \u00e0 peu, la bu\u00e9e sur la vitre s\u2019est effac\u00e9e, dehors la ros\u00e9e quittait les tiges et le jour venait simplement. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai eu envie de peindre<\/strong> : pour avancer un peu plus vers cette douceur-l\u00e0, non pas celle qui cherche \u00e0 plaire, mais celle o\u00f9 je pourrais me perdre, parce que je sais que je ne suis pas doux. Je ne suis que le corps que la douceur traverse quand elle consent \u00e0 passer par moi.<\/p>\n

16 septembre 2019<\/em> <\/p>\n

[...] On pourrait croire cela \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019un De Kooning, \u00e9clatant, satur\u00e9, frontal. Et pourtant, ces deux-l\u00e0 — Patrick le discret, Willem le fracas — me semblent se parler. Champ de bataille d\u2019un c\u00f4t\u00e9, nef de cath\u00e9drale de l\u2019autre. M\u00eame lieu, deux acoustiques. Ce dont ils parlent, en v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est d\u2019une m\u00eame chose : la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019effacer pour peindre<\/strong>.<\/p>\n

[...) D\u2019une part, il faut la faim, celle de peindre<\/strong>, celle de s\u2019exprimer. <\/p>\n

[...] Il reviendra sur la peinture de Bram Van Velde, car il est tard et il doit aller peindre<\/strong>. Et ce besoin soudain de s\u2019\u00e9loigner du sujet lui fait comprendre combien ce peintre a \u00e9t\u00e9 d\u2019une importance capitale dans son parcours.<\/p>\n

28 septembre 2019<\/em> <\/p>\n

Je serais tout \u00e0 fait d\u2019accord d\u2019\u00e9voquer la paresse si celle-ci pouvait \u00e0 elle seule expliquer mes \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Or dans ma vie j\u2019ai d\u00e9couvert que je n\u2019\u00e9tais pas paresseux pour tout, au contraire j\u2019ai d\u00e9ploy\u00e9 des efforts souvent surhumains de patience, de temps et de ruse pour effectuer des travaux qui ne servaient \u00e0 rien. Ainsi ces nombreuses nuits \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019usage de la chambre noire, \u00e0 d\u00e9velopper et tirer des photographies en noir et blanc. Ainsi ces heures pass\u00e9es \u00e0 dessiner et peindre<\/strong> sans jamais vouloir montrer mon travail \u00e0 quiconque. Ainsi les pages et les pages noircies que je n\u2019ai jamais voulu publier.<\/p>\n

03 novembre 2019<\/em> <\/p>\n

Quand je regarde les enfants, je vois la m\u00eame absence de frein, la m\u00eame spontan\u00e9it\u00e9 \u00e0 dessiner, \u00e0 peindre<\/strong> : vive, libre, sans entrave. Il me faut l\u2019admettre : \u00e0 presque soixante ans, je ne suis qu\u2019un enfant mal sevr\u00e9 — et je serais tent\u00e9 de m\u2019en plaindre si une joie bizarre, en moi, ne contredisait pas aussit\u00f4t la plainte. <\/p>\n

15 novembre 2019<\/em> <\/p>\n

Je ne sais pas pourquoi je passe par l\u2019\u00e9criture plut\u00f4t que par la peinture. Je pourrais faire la m\u00eame chose avec le dessin. Me dire : « Allez, \u00e0 table. » Mais je n\u2019y arrive pas. Je me dis que je ne suis ni dessinateur, ni peintre. Que j\u2019ai encore emprunt\u00e9 un personnage. Que ce personnage n\u2019est pas moi. Ces jours-ci, je me pose la question : quoi dessiner ? quoi peindre<\/strong> ? Un vide encore. <\/p>\n

C\u2019est une grande question ces jours derniers de savoir quoi dessiner et quoi peindre<\/strong> d\u00e9sormais.<\/p>\n

1er d\u00e9cembre 2019<\/em> <\/p>\n

De quel exil s\u2019agit-il donc ? De quelle errance est-ce que je ne cesse de parler, d\u2019\u00e9crire, de peindre<\/strong> ?<\/p>\n

02 d\u00e9cembre 2019<\/em><\/p>\n

Est-ce qu\u2019il faut mourir plusieurs fois pour devenir une version plus juste de soi ? Peut-\u00eatre, mais la part irrationnelle r\u00e9siste : elle murmure notre ignorance, elle relance la peur, elle ram\u00e8ne le corps \u00e0 son programme. Alors je reviens \u00e0 ce que je sais faire : peindre<\/strong>. Et l\u00e0, l\u2019\u00e9quilibre n\u2019est jamais un th\u00e9or\u00e8me. Ce n\u2019est pas la sym\u00e9trie qui me touche. C\u2019est le d\u00e9s\u00e9quilibre ajust\u00e9, parfois plusieurs, dont la somme finit par produire une tenue nouvelle. Une sorte d\u2019assiette paradoxale.<\/p>\n

04 d\u00e9cembre 2019<\/em><\/p>\n

Peindre<\/strong>, chez lui, ressemble \u00e0 une corrida silencieuse. L\u2019urgence est le taureau. La toile est l\u2019ar\u00e8ne. Et chaque reprise, chaque variante, est une passe : parfois superbe, parfois inutile, mais toujours n\u00e9cessaire pour ne pas \u00eatre d\u00e9vor\u00e9.<\/p>\n

Sauf que lui vivait de routines. Caf\u00e9, clope, et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019il allait bien pouvoir peindre<\/strong> : une habitude si ancr\u00e9e qu\u2019il se demanda m\u00eame s\u2019il \u00e9tait possible de l\u2019\u00e9carter.<\/p>\n

13 d\u00e9cembre 2019<\/em> <\/p>\n

Depuis que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 peindre<\/strong>, il y a plus de cinquante ans, la peinture en elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9texte : faire de jolis dessins pour obtenir une reconnaissance que je n\u2019imaginais pas pouvoir recevoir autrement. Et puis je me suis aper\u00e7u, plus ou moins, que r\u00e9aliser de jolies peintures canalisait ma volont\u00e9 d\u2019\u00eatre aim\u00e9. Il me fallait m\u2019asseoir, prendre le temps de faire, et pendant ce temps-l\u00e0 je ne me dispersais pas, comme j\u2019en ai toujours eu l\u2019habitude. <\/p>\n

Dessiner et peindre<\/strong> ne pouvaient s\u2019effectuer que dans une dur\u00e9e que j\u2019acceptais comme une concession, un compromis : il y avait un int\u00e9r\u00eat \u00e0 la clef, celui d\u2019\u00eatre accept\u00e9 et aim\u00e9. <\/p>\n

Je me souviens seulement qu\u2019il m\u2019\u00e9tait facile de dessiner ou de peindre<\/strong> pour obtenir un r\u00e9sultat qui semblait plaire aux personnes qui m\u2019entouraient — famille, camarades d\u2019\u00e9cole, professeurs d\u2019arts plastiques qui parfois dressaient mes louanges en montrant mes travaux \u00e0 la classe.<\/p>\n

Il fallait plus que \u00e7a pour continuer \u00e0 peindre. Peindre<\/strong> vraiment.<\/p>\n

19 d\u00e9cembre 2019<\/em><\/p>\n

Je n\u2019ai pas d\u2019id\u00e9e pr\u00e9alable, juste cette envie de peindre et de commencer avec presque rien juste pour voir o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements, les accidents, me m\u00e8neront.<\/p>\n

Peindre est toujours un voyage dans l\u2019inconnu. Sur la feuille de papier de format modeste, j\u2019\u00e9tale des lavis de brou de noix en \u00e9coutant de la musique tandis qu\u2019au dehors la pluie tambourine sur la verri\u00e8re de l\u2019atelier.<\/p>\n

23 d\u00e9cembre 2019<\/em> <\/p>\n

J\u2019avais besoin de la rudesse de l\u2019existence elle-m\u00eame tandis que sit\u00f4t la porte des logis de fortune referm\u00e9e le soir, je m\u2019attablais pour \u00e9crire, ou pour peindre et l\u00e0 je me livrais tout entier au flou artistique comme pour tenter, en vain, de compenser un manque.<\/p>\n

28 d\u00e9cembre 2019<\/em> <\/p>\n

Oui, quelque chose en eux me parle. Je t\u2019\u00e9cris cela rapidement ce matin. Parce qu\u2019au fond, comme je l\u2019ai dit, penser et \u00e9crire ne servent peut-\u00eatre pas \u00e0 grand-chose. Mieux vaut peindre.<\/p>\n

23 janvier 2020<\/em> <\/p>\n

Depuis quelque temps, j\u2019\u00e9cris tous les matins. C\u2019est devenu une n\u00e9cessit\u00e9. Un passage oblig\u00e9. Ce que je nomme un sas. Il faut que j\u2019\u00e9crive avant de faire quoi que ce soit d\u2019autre. Avant d\u2019entrer dans la mati\u00e8re du monde. Avant de peindre<\/strong>. Avant m\u00eame de penser.<\/p>\n

Peindre<\/strong> de fa\u00e7on automatique, comme une addiction — encore une fois : partir dans tous les sens, avec des \u0153uvres aussi h\u00e9t\u00e9roclites que les textes de ce blog ce fut pour moi je crois une fa\u00e7on d\u2019aborder mon d\u00e9sordre int\u00e9rieur sous un angle diff\u00e9rent et, sans doute aussi, le fait d\u2019exposer comme celui de publier me donne l\u2019espoir, inconsciemment (?) , d\u2019en finir avec l\u2019\u00e9ternel panique que provoque ce d\u00e9sordre en moi.<\/p>\n

D\u2019une certaine mani\u00e8re ce blog, comme les toiles que j\u2019ai pu peindre<\/strong> jusqu\u2019\u00e0 ce jour ne sont rien d\u2019autre que des intercesseurs, r\u00e9sidant dans un no man\u2019s land entre deux fronti\u00e8res, celle de la raison et celle de la folie.<\/p>\n

9 f\u00e9vrier 2020<\/em> <\/p>\n

La notion de th\u00e9matique en peinture permettrait de rejoindre une sorte de voie royale, un consensus, qui \u00e9pouserait en apparence cette notion d\u2019utile. Il serait alors utile de peindre<\/strong> suivant des th\u00e9matiques afin d\u2019\u00eatre identifi\u00e9, class\u00e9, \u00e9tiquet\u00e9. Un peu comme sur une pierre tombale on inscrit un ici-g\u00eet. Le peintre serait alors l\u00e0<\/strong> et pas ailleurs<\/strong> ou partout<\/strong>, ce serait plus rassurant<\/em>, et \u00e9videmment ce serait bien utile de savoir o\u00f9 il n\u2019est pas.<\/p>\n

Peindre<\/strong>. Utile \/ inutile. Personne ne demande. Je peins.<\/p>\n

Peindre<\/strong>, c\u2019est non seulement r\u00e9sister, mais aussi utiliser le refus pour cr\u00e9er de l\u2019inutile. D\u2019une certaine fa\u00e7on, c\u2019est une fa\u00e7on d\u2019\u00e9quilibrer les choses.<\/p>\n

Peindre<\/strong> est une forme de r\u00e9sistance. C\u2019est placer un inutile face \u00e0 l\u2019assommoir de l\u2019utile. Peindre, c\u2019est p\u00e9n\u00e9trer dans une ambigu\u00eft\u00e9 entre utile et inutile. La peinture est inutile par essence. Personne ne me demande de peindre. Et cependant, moi-m\u00eame, je trouve tr\u00e8s utile de peindre — avant tout pour moi-m\u00eame.<\/p>\n

11 juin 2020<\/em> <\/p>\n

Ce qu\u2019il sait, en revanche, c\u2019est qu\u2019il se sent terriblement bien \u00e0 peindre<\/strong> des choses qui ne repr\u00e9sentent rien de sp\u00e9cial. Il a juste l\u2019impression d\u2019avoir retrouv\u00e9 un amour de jeunesse perdu depuis des ann\u00e9es. Tant pis si \u00e7a ne se vend pas, se dit-il. C\u2019est juste ce que j\u2019ai envie de faire d\u00e9sormais, pour retrouver ma vie. Et cela vaut bien tout l\u2019or du monde.<\/p>\n

15 d\u00e9cembre 2020<\/em><\/p>\n

Je viens de peindre<\/strong> cette grande toile aujourd\u2019hui. Un grand carr\u00e9 turquoise sur lequel j\u2019ai dessin\u00e9 au brou de noix. Je la laisse ainsi, avec peu de couleur, peu de mati\u00e8re. La laisser reposer, un jour, une semaine ou plus, sans savoir encore si je vais la retoucher. Tout peut changer du jour au lendemain en peinture. Pour moi, c\u2019est cela, la folie d\u2019Hercule. La Folie d\u2019Hercule, acrylique et brou de noix sur toile ch\u00e2ssis 3D.<\/p>\n

7 janvier 2021<\/em> <\/p>\n

La question tout de m\u00eame, importante \u00e0 se poser \u00e0 partir de l\u00e0 c\u2019est pourquoi je continue \u00e0 blogguer ou \u00e0 peindre<\/strong> ?<\/p>\n

Il faut faire tellement d\u2019autres choses que de peindre<\/strong> quand on veut vraiment vivre de sa peinture, et j\u2019avoue que \u00e7a me coupe les bras. Ce qui, convenons-en, est un inconv\u00e9nient majeur pour ma profession.<\/p>\n

En tant que peintre, la plus belle partie du travail est \u00e9videmment de peindre<\/strong><\/p>\n

30 avril 2021<\/em> <\/p>\n

Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0 que j\u2019ai aussi pris conscience que peindre<\/strong> est une fa\u00e7on de recr\u00e9er quelque chose d\u2019oubli\u00e9, o\u00f9 qu\u2019on n\u2019a pas su voir ni comprendre.. <\/p>\n

Encore une r\u00e9flexion de Michel Butor que je rumine depuis quelques jours et qui correspond tout \u00e0 coup \u00e0 une clef permettant d\u2019ouvrir une issue \u00e0 l\u2019aporie des jours qui filent et qui semblent m\u2019\u00e9chapper continuellement. Prendre le temps d\u2019\u00e9crire ou peindre<\/strong> c\u2019est ,en gros, tout ce que j\u2019ai mis en place pour contrer la fuite du temps. Pour lutter contre cette obsession d\u2019an\u00e9antissement toujours pr\u00e9sente, de plus en plus pr\u00e9sente.<\/p>\n

Prendre le temps<\/p>\n

1er juin 2021<\/em> <\/p>\n

La priorit\u00e9 est de peindre et de faire tourner l\u2019atelier pour les cours me concernant et j\u2019ai presque instinctivement d\u00e9clin\u00e9 les propositions de galeries, de salons, d\u2019expositions un peu trop pompeuses afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la kyrielle d\u2019ennuis principalement les mondanit\u00e9s qui s\u2019y attachent dans mon esprit.<\/p>\n

4 juin 2021<\/em> <\/p>\n

[...] alors je me suis mis \u00e0 chercher les exp\u00e9riences auxquelles je pouvais associer ces deux mots et j\u2019ai vu tout naturellement d\u2019abord ma m\u00e8re en train de peindre et moi enfant \u00e0 ses cot\u00e9s.<\/p>\n

Solitude du voir<\/p>\n

5 juillet 2021<\/em> <\/p>\n

La nuit derni\u00e8re j\u2019ai r\u00eav\u00e9 d\u2019un bouchon en Loire Atlantique, le lendemain je me suis d\u00e9p\u00each\u00e9 de peindre<\/strong> un petit 20x20cm pour ne pas l\u2019oublier.<\/p>\n

Avantages et inconv\u00e9nients de la prise de notes<\/p>\n

6 juillet 2021<\/em> <\/p>\n

Donc oui finalement j\u2019ai v\u00e9ritablement un secret pour \u00e9crire et peindre<\/strong>, c\u2019est \u00e0 dire quelque chose que j\u2019ai toujours imagin\u00e9 comme une tare , quelque chose de honteux.<\/p>\n

Ce que je veux dire pour r\u00e9sumer c\u2019est que cette faille, ce soi disant handicap dont je pensais \u00eatre une sorte de victime au bout du compte pourrait bien s\u2019av\u00e9rer mon meilleur atout pour \u00e9crire et peindre<\/strong>.<\/p>\n

Mon manque de confiance dans ma pens\u00e9e pour cr\u00e9er est tel que j\u2019occulte totalement celle ci syst\u00e9matiquement pour \u00e9crire ou peindre<\/strong>.<\/p>\n

Les choses<\/em> viennent seulement lorsque je me mets \u00e0 peindre<\/strong> ou \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n

En fait j\u2019avais toujours imagin\u00e9 qu\u2019il fallait penser avant de faire quelque chose du genre peindre<\/strong> ou \u00e9crire et je me sentais toujours extr\u00eamement mal \u00e0 l\u2019aise, voir coupable de ne jamais parvenir \u00e0 y arriver.<\/p>\n

Le but \u00e9tait juste d\u2019observer ce qui se produit durant l\u2019acte de peindre<\/strong>.<\/p>\n

C’est \u00e0 ce moment que j\u2019ai tout de suite essay\u00e9 de faire une s\u00e9rie de peintures au brou de noix et \u00e0 l\u2019encre de chine sur papier pour observer ce qui se passait \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, c\u2019est \u00e0 dire sans tenter d\u2019arr\u00eater la moindre pens\u00e9e ni chercher \u00e0 peindre<\/strong> \u00e9videmment entre celles ci.<\/p>\n

Je me suis demand\u00e9 si moi aussi j\u2019\u00e9tais capable de peindre entre les pens\u00e9es ?<\/p>\n

12 juillet 2021<\/em> <\/p>\n

\"qu\u2019est ce que je vais bien pouvoir peindre<\/strong>\"<\/p>\n

Le but en peinture<\/p>\n

13 juillet 2021<\/em> <\/p>\n

Exactement la m\u00eame fa\u00e7on que j\u2019emploie pour peindre<\/strong> au hasard en esp\u00e9rant que quelque chose enfin s\u2019ach\u00e8ve. J\u2019ai faim je bouffe j\u2019ai envie de dormir je m\u2019allonge n\u2019importe o\u00f9 , j\u2019ai envie de peindre<\/strong> je peins.\nExemple : j\u2019ai une inextinguible faim de cr\u00e9er, de peindre<\/strong>, <\/p>\n

comment vais-je m\u2019y prendre ?<\/p>\n

Le but c’est quoi ?<\/p>\n

14 juillet 2021<\/em> <\/p>\n

Et l\u00e0 effectivement on pourrait dire que peindre<\/strong> c\u2019est rena\u00eetre. Mais cela ne vaut que si on sait la pr\u00e9sence du d\u00e9sert. L\u2019acte de peindre<\/strong> commence comme la marche du voyageur dans le d\u00e9sert. Aucun chemin n\u2019est indiqu\u00e9, des sables et des dunes \u00e0 perte de vue. Et \u00e0 cette question je ne r\u00e9pondrais comme d\u2019habitude que fort mal, c\u2019est \u00e0 dire que je tenterais de plus en plus maladroitement de l\u00e9gitimiser le fait que je pr\u00e9f\u00e8re peindre.<\/p>\n

Peindre<\/strong> alors c\u2019est p\u00e9n\u00e9trer d\u00e9sarm\u00e9 dans ce d\u00e9sert cette frayeur.<\/p>\n

Se d\u00e9serter<\/p>\n

16 juillet 2021<\/em> <\/p>\n

Qui peut se comparer \u00e0 Picasso qui peut se comparer \u00e0 l\u2019Ogre. Qui aura les couilles ou l\u2019immense vuln\u00e9rabilit\u00e9 de se lancer dans cette folie de peindre<\/strong> ainsi ? Peindre<\/strong> un sujet qui ne soit pas la peinture seule est une perte de temps, comme passer un moment en famille sans prendre un couteau et la d\u00e9pecer totalement virtuellement.<\/p>\n

L’app\u00e9tit de l’ogre<\/p>\n

17 ao\u00fbt 2021<\/em> <\/p>\n

Ainsi cela fait des ann\u00e9es que je pr\u00f4ne la maladresse comme source en dessin et en peinture et voici que je tombe sur ce mot japonais d\u2019ETEGAMI. L\u2019art de dessiner et peindre<\/strong> sans craindre d\u2019\u00eatre maladroit.<\/p>\n

Japonais sans le savoir.<\/p>\n

18 ao\u00fbt 2021<\/em> <\/p>\n

[...] Ce fut bien des ann\u00e9es plus tard que ma m\u00e8re redescendit la boite de couleurs, le chevalet et quelle se mit \u00e0 peindre<\/strong><\/p>\n

La difficult\u00e9 de s’enraciner.<\/p>\n

24 ao\u00fbt 2021<\/em><\/p>\n

Aujourd\u2019hui il va pleuvoir, pas la peine d\u2019arroser, ce qui tombe bien cela me laisse plus de temps pour peindre<\/strong> et \u00e9crire.<\/p>", "content_text": " \n\n\u00c9couter l'entr\u00e9e du carnet : Votre navigateur ne supporte pas ce lecteur. ## Avant-propos >J'ai tent\u00e9 de r\u00e9\u00e9crire mes articles de 2018 et 2019 dans une rubrique \"Palimpsestes\". J\u2019ai laiss\u00e9 tomber. R\u00e9\u00e9crire, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop corriger, trop mentir. J'ai ressenti une g\u00eane \u00e0 vouloir lisser ce qui devait rester brut. Alors, j\u2019ai chang\u00e9 de m\u00e9thode. J'ai d\u00e9cid\u00e9 de ne rien changer, mais de tout d\u00e9placer. J'ai fouill\u00e9 dans mes carnets et j'ai extrait chaque bribe, chaque paragraphe o\u00f9 surgit le verbe Peindre. \u00c0 l'infinitif. C\u2019est devenu un inventaire. Une extraction de cette obsession qui me tient debout. \u00c0 la lecture de ces fragments qui courent de septembre 2018 \u00e0 juillet 2021, je m'aper\u00e7ois que le monde ext\u00e9rieur a disparu. Le Covid, le confinement, le bruit des jours... rien de tout cela n'appara\u00eet. Il n'y a que l'atelier, le doute, le d\u00e9sir de vendre pour continuer, la peur de \"faire joli\" et cette n\u00e9cessit\u00e9 de redevenir un gosse devant la toile. C'est une autofiction par le geste. Ici, ce n'est pas moi qui parle, c'est le verbe qui travaille. Ces petites bribes sont des \u00e9clats ramass\u00e9s sur le bord du gouffre. Je les livre ainsi, sans lien vers les articles d'origine, pour ne garder que l'os de la pens\u00e9e. *3 septembre 2018* Lorsque j\u2019enseigne le dessin et la peinture je mange rarement du chocolat. Par contre je parle de tout et de rien, souvent de sujets en d\u00e9cal\u00e9 qui accrochent l'attention de mes \u00e9l\u00e8ves, plus ou moins. Ou alors je propose soudain de boire un caf\u00e9, un th\u00e9.. ou encore je prends des attitudes bizarres en m\u2019asseyant, en me levant, je joue avec leur attention de telle ou telle fa\u00e7on afin de les divertir, que l\u2019acte de **peindre ** son s\u00e9rieux, s\u2019\u00e9loigne du contr\u00f4le de la pens\u00e9e. Les gens qui sont partis \u00e9taient des touristes je crois. Ceux qui sont rest\u00e9s se font une joie de m\u2019apporter leurs travaux chaque semaine. Ils travaillent chez eux parce qu\u2019ils ont trouv\u00e9 l\u2019envie de **peindre**. Et bien sur nous prenons un caf\u00e9, le th\u00e9 pendant que je commente les travaux. Parfois nous avons m\u00eame droit \u00e0 des gourmandises, des petits g\u00e2teaux. *22 septembre 2018* Ce jour-l\u00e0, exc\u00e9d\u00e9, je me suis lev\u00e9 en disant : \u00ab \u00c7a va merde, je retourne en enfance ! \u00bb J\u2019ai balay\u00e9 toute la paperasse de la table, tout enfonc\u00e9 \u00e0 coups de talon dans un carton. Scotch\u00e9 cinq fois plut\u00f4t qu\u2019une. Puis je me suis \u00e9tir\u00e9 en b\u00e2illant. Et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 **peindre** comme un enfant. \u00c0 la gouache, sur du papier bon march\u00e9. Quelle r\u00e9v\u00e9lation ! Ces lignes maladroites, ces p\u00e2t\u00e9s - quelle jouissance ! C\u2019\u00e9tait pour moi seul, pour le pur plaisir. Je peignais le Joueur de fl\u00fbte de Hamelin - allez savoir pourquoi. Des dizaines de petits tableaux en quelques jours. Ce retour \u00e0 l\u2019enfance par la peinture m\u2019a lav\u00e9 de quelque chose de mortif\u00e8re. J\u2019ai tout perdu dans mes d\u00e9m\u00e9nagements - on avance en restant l\u00e9ger. Mais pourquoi ce th\u00e8me ? Je n\u2019en sais toujours rien. *23 septembre 2018* Lorsque j\u2019enseigne le dessin et la peinture je mange rarement du chocolat. Par contre je parle de tout et de rien, souvent de sujets en d\u00e9cal\u00e9 qui accrochent le conscient de mes \u00e9l\u00e8ves plus ou moins. Ou alors je propose soudain de boire un caf\u00e9, un th\u00e9.. ou encore je prends des attitudes bizarres en m\u2019asseyant, en me levant, je joue avec leur attention de cette fa\u00e7on afin que l\u2019acte de **peindre** s\u2019\u00e9loigne du contr\u00f4le de la pens\u00e9e. *25 septembre 2018* De quoi ai je besoin pour vivre ? mais vraiment ? En tant que peintre j\u2019ai besoin de mat\u00e9riel pour **peindre** et donc d\u2019un peu d\u2019argent pour l\u2019acheter. Il me faut me loger et me nourrir ensuite afin de ne pas me prendre la t\u00eate et de pouvoir continuer \u00e0 **peindre**. *27 septembre 2018* J\u2019ai beau dire, si vous voulez progresser, prenez une demi heure par jour pour dessiner, **peindre** ; une demie heure ce n\u2019est pas grand chose, mais si on le fait chaque jour, pendant 365 jours: imaginez\u2026 *10 janvier 2019* A quoi cela sert il en 2019 de **peindre** de jolis paysages, de jolies fleurs, de beaux portraits, face \u00e0 un monde qui s\u2019enfonce de plus en plus dans la barbarie. *20 janvier 2019* Ce que je cherche, ce n\u2019est pas un mythe, c\u2019est la source de l\u2019envie. Pourquoi **peindre**, si ce n\u2019est pas pour toucher \u00e0 ce point o\u00f9 le d\u00e9sir, l\u2019amour, la compassion se remettent \u00e0 circuler ? Pourquoi continuer, si ce n\u2019est pas pour approcher une zone qui r\u00e9siste, qui effraie un peu, et qui pourtant est la seule qui compte ? Le Minotaure, je ne sais pas encore s\u2019il est dehors ou dedans. Peut-\u00eatre les deux. Peut-\u00eatre une m\u00eame masse obscure : le monde tel qu\u2019il va, et moi tel que je r\u00e9agis \u2014 peur, honte, violence, besoin de sens. Je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019il faille \u201ctuer\u201d quoi que ce soit. Je marche plut\u00f4t pour voir, pour m\u2019approcher, pour comprendre de quelle fa\u00e7on cette b\u00eate et moi sommes li\u00e9s, et ce que cette liaison exige de mes tableaux, de ma vie, et de la place que j\u2019essaie de tenir devant vous. *23 janvier 2019* Je sais seulement ceci : l\u2019art n\u2019a aucun sens s\u2019il s\u2019aligne sur la peur. **Peindre** des paysages \u201cjolis\u201d comme si le monde n\u2019\u00e9tait pas en train de se durcir, \u00e9crire des textes qui s\u2019excusent d\u2019exister, c\u2019est ajouter une couche de somnif\u00e8re \u00e0 une \u00e9poque d\u00e9j\u00e0 anesth\u00e9si\u00e9e. La d\u00e9sob\u00e9issance artistique n\u2019est pas une posture h\u00e9ro\u00efque ; c\u2019est une obligation minimale : tenir sa place sans se mentir. Faire une \u0153uvre qui refuse la langue des dominants, qui refuse le confort du consensus, qui rend visible ce que tout le monde pr\u00e9f\u00e8re laisser hors champ. Si quelque chose peut encore d\u00e9placer les mentalit\u00e9s, ce ne sera pas une morale de plus. Ce sera une somme de gestes pr\u00e9cis, tenus, risqu\u00e9s, qui cessent de demander la permission. *29 janvier 2019* Achever, c\u2019est finir, oui. Mais c\u2019est aussi porter le coup de trop, celui qui met d\u00e9finitivement \u00e0 terre ce qui respirait encore. Cette proximit\u00e9 me g\u00eane. Elle \u00e9claire peut-\u00eatre ma mani\u00e8re de **peindre**. Je laisse tant de toiles \u00e0 demi lev\u00e9es, des pans entiers en suspens, non par paresse mais par refus de la mise \u00e0 mort de l\u2019id\u00e9e. Ne pas fermer trop t\u00f4t. Ne pas tuer ce qui bouge encore. *3 f\u00e9vrier 2019* Des ann\u00e9es apr\u00e8s sa mort je retrouve cette toile, je la garde, puis un jour je prends un pot de gesso et je la recouvre enti\u00e8rement pour **peindre** autre chose dessus, et je ne sais plus aujourd\u2019hui ce que j\u2019ai peint, comme si la m\u00e9moire posait un doigt sur les l\u00e8vres, chut. Et au fond c\u2019est l\u00e0 que tout se tient : dans ce geste d\u2019effacer pour continuer, dans l\u2019amour et la honte, dans les p\u00e8res rivaux ou absents, dans la rose noy\u00e9e sous le blanc, et dans ce silence qui recommence d\u00e8s qu\u2019on a trop parl\u00e9. *4 f\u00e9vrier 2019* Car vendre, pour moi, ce n\u2019est rien d\u2019autre que continuer \u00e0 **peindre** et \u00e0 \u00e9crire, je ne cherche plus la gloire, plus la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, je travaille encore \u00e0 ne pas mendier la reconnaissance, j\u2019ai bient\u00f4t soixante ans, les illusions se sont d\u00e9coll\u00e9es et je respire mieux depuis, la seule chose qui compte est de pouvoir revenir chaque jour \u00e0 l\u2019atelier *8 f\u00e9vrier 2019* Qu\u2019est-ce qui s\u00e9pare le peintre du dimanche de l\u2019artiste ? Pas la main. J\u2019en ai vu, des amateurs capables de poser une couleur juste, d\u2019\u00e9quilibrer une toile, d\u2019attraper une lumi\u00e8re avec plus de nettet\u00e9 que certains peintres install\u00e9s. Avec du travail, on peut tous faire un tableau qui tient debout. La s\u00e9paration, si elle existe, se fait ailleurs, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019id\u00e9e \u2014 et encore, pas l\u2019id\u00e9e comme m\u00e9daille, pas l\u2019id\u00e9e comme slogan, mais l\u2019id\u00e9e comme besoin qui te travaille. Je dis \u00e7a, et pourtant je sais le danger de cette phrase, parce qu\u2019il m\u2019arrive de **peindre** des semaines sans id\u00e9e v\u00e9ritable, en faisant du correct, du s\u00e9duisant m\u00eame, en avan\u00e7ant \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 et \u00e0 la culture, comme on avance \u00e0 la rame sur un lac trop calme. On peut passer des semaines \u00e0 fabriquer du bon go\u00fbt, \u00e0 **peindre** comme on respire, et puis une id\u00e9e tombe, et tout ce qui pr\u00e9c\u00e9dait para\u00eet soudain \u00eatre une pr\u00e9paration ou un \u00e9vitement. Pourquoi une id\u00e9e vient-elle \u00e0 tel moment ? Kurosawa, explique Deleuze, se sent parent de Dosto\u00efevski parce qu\u2019ils partagent une obsession : l\u2019agitation, le d\u00e9tour, cette mani\u00e8re de courir vers un but en le manquant. Tant que ce manque n\u2019est pas l\u00e0, on peut **peindre** juste, \u00e9crire propre, filmer bien : on reste dans l\u2019ornement, dans l\u2019exercice r\u00e9ussi. D\u00e8s qu\u2019il est l\u00e0, la question \u201c\u00e0 quoi bon ?\u201d cesse d\u2019\u00eatre un mot d\u2019esprit ; elle devient une n\u00e9cessit\u00e9 qui ne te l\u00e2che pas, et qui te fait parfois d\u00e9tester ce que tu faisais la veille. *16 f\u00e9vrier 2019* je peux **peindre** sans id\u00e9e, et c\u2019est parfois n\u00e9cessaire pour vivre, mais je ne fais pas \u0153uvre sans elle( l'id\u00e9e). N\u2019importe qui peut s\u2019improviser peintre, exposer, produire du joli ou de l\u2019int\u00e9ressant ; ce qui fait qu\u2019un peintre devient un artiste, c\u2019est la ligne d\u2019id\u00e9es qui le traverse et qu\u2019il accepte de servir. \u00c0 ce point-l\u00e0, le m\u00e9dium devient secondaire : si l\u2019id\u00e9e exige une installation, une vid\u00e9o, un texte, une radio, je la suivrai. La mise en \u0153uvre demande de l\u2019\u00e9nergie, bien s\u00fbr, mais pas l\u2019\u00e9nergie floue du \u201cgrand n\u2019importe quoi\u201d ambiant : une \u00e9nergie canalis\u00e9e, tendue vers une forme qui n\u2019est pas n\u00e9gociable. *21 f\u00e9vrier 2019* Or l\u2019\u00e9poque nous vend l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 comme \u00e9mancipation : plus de ma\u00eetres, plus d\u2019\u00e9cole, plus de m\u00e9diation, seulement l\u2019envie brute et le geste \u201cauthentique\u201d. J\u2019ai cru \u00e0 cette fable, comme tout le monde. J\u2019ai eu des phases o\u00f9 je me disais : stop aux r\u00e9f\u00e9rences, je vais** peindre** \u201cdirect\u201d, laisser venir, oublier Morandi, oublier tout. *24 f\u00e9vrier 2019* Cette fa\u00e7on de danser sur le bord du gouffre sans pr\u00e9tendre \u00eatre sauv\u00e9. Je crois que \u00e7a me ressemble. Si on me clouait un jour quelque part, je gigoterais encore. Je me fabriquerais un bouzouki avec du vent et des d\u00e9sirs rest\u00e9s en travers, et je jouerais comme on respire. Quitter le monde sans chanter, sans danser, sans **peindre** \u2014 pour moi c\u2019est la m\u00eame \u00e9nergie \u2014 ce serait partir trop t\u00f4t, m\u00eame si c\u2019est la fin. Et pourtant, \u00e0 force de repousser ce qui se pr\u00e9sente, je me demande ce que j\u2019ai fabriqu\u00e9 : une \u00e9quation \u00e0 ma mani\u00e8re, moi qui ai toujours \u00e9t\u00e9 nul en calcul, une loi bancale o\u00f9 l\u2019on esp\u00e8re mieux pour ne jamais rien prendre, o\u00f9 l\u2019on refuse avant d\u2019\u00eatre refus\u00e9. *26 f\u00e9vrier 2019* Une exposition sans suite, deux coups de fil pour demander un rabais, un virement attendu qui ne venait pas. L\u2019argent manquait, l\u2019urgence l\u2019avait fait **peindre** en roue libre, comme pour boucher un trou avec de la peinture. Il avait d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9 des passages durs, oui, mais cette fois ce qui lui manquait, c\u2019\u00e9tait le petit cr\u00e9dit int\u00e9rieur qu\u2019on se donne pour tenir. Il se regardait travailler avec une lucidit\u00e9 sans piti\u00e9, et la piti\u00e9 ne servait plus \u00e0 rien. Il se raccrocha \u00e0 de vieux r\u00e9flexes. Enfant, apr\u00e8s un tour pendable, il r\u00e9citait deux ou trois Notre P\u00e8re et se sentait lav\u00e9. Aujourd\u2019hui \u00e7a ne marchait plus. Alors il rangea. Il balaya l\u2019atelier. Une semaine \u00e0 **peindre** jour et nuit avait mis une poussi\u00e8re partout, de la couleur s\u00e8che sur le sol, des papiers chiffonn\u00e9s, des id\u00e9es noires aussi, dans les coins. En balayant il se revit gamin, sournois et malheureux, cherchant \u00e0 se faire remarquer pour arracher un peu d\u2019amiti\u00e9. Le p\u00e8re revenait avec son regard. Au mieux l\u2019indiff\u00e9rence, au pire la moquerie qui coupe. \u00ab Toi, tu es un artiste. \u00bb Il avait pris \u00e7a au s\u00e9rieux. Il avait construit sa vie l\u00e0-dessus, d\u2019abord comme on ob\u00e9it, ensuite comme on d\u00e9fie. *27 f\u00e9vrier 2019* Dans cette douleur, il recommen\u00e7ait \u00e0 entendre quelque chose de simple : une zone calme, nue, o\u00f9 il respirait mieux. Ce calme n\u2019\u00e9tait pas un trou. Il \u00e9tait une r\u00e9serve. Il donnait envie de** peindre**, tout de suite, de saisir une toile, de prendre les pinceaux pour attraper ce que cette r\u00e9serve ouvrait en lui. Il se m\u00e9fia une seconde : et si c\u2019\u00e9tait encore une ruse de l\u2019imagination, une fa\u00e7on de se raconter une sortie ? C\u2019est \u00e0 ce moment que le bourdon entra dans l\u2019atelier. Il le suivit des yeux : l\u2019insecte tournait vite, cognait contre une poutre, contre un mur, repartait, puis venait se fracasser obstin\u00e9ment sur les vitres donnant sur la cour. Il alla ouvrir la porte. Encore deux ou trois chocs, puis le bourdon trouva la br\u00e8che et disparut d\u2019un coup dans l\u2019air. Il referma. Quelque chose se mit en place, d\u2019un seul tenant. Il esquissa un sourire, pas joyeux, mais juste. Il remercia en silence ce qui, malgr\u00e9 tout, l\u2019avait maintenu l\u00e0. Puis il se mit au travail. *28 f\u00e9vrier 2019* Il sentait qu\u2019il pourrait presque **peindre** les yeux ferm\u00e9s, non par virtuosit\u00e9, mais parce que quelque chose en lui avait cess\u00e9 de forcer. Son \u0153il aussi avait chang\u00e9 : un trait trop fragile, une couleur trop vive le faisait vaciller, alors il allait plus loin dans la concentration, sans juger, et laissait la main faire ce qu\u2019elle savait faire quand elle n\u2019\u00e9tait pas surveill\u00e9e. Quand il recula enfin de quelques pas, comme il le faisait toujours pour voir, il fut arr\u00eat\u00e9 net. Le tableau tenait. *03 mars 2019* Ces derniers temps, je reviens souvent \u00e0 Manessier et \u00e0 Corneille. L\u2019un m\u2019apprend la densit\u00e9 int\u00e9rieure, la lumi\u00e8re qui monte d\u2019une masse sombre ; l\u2019autre, la libert\u00e9 des couleurs et des formes qui s\u2019\u00e9lancent sans se justifier. J\u2019aimerais trouver un pont entre ces deux rives pour que le plaisir de **peindre** tienne quand il vacille, quand les doutes me font tr\u00e9bucher, quand la perspective se bouche. *09 mars 2019* Je me suis remis \u00e0 **peindre**sans frein, comme si la seule fa\u00e7on de tenir \u00e9tait de revenir \u00e0 l\u2019enfance, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 et au silence. L\u2019\u00e9veil ne m\u2019a pas transform\u00e9 en saint ni en magicien. Il m\u2019a ramen\u00e9 \u00e0 ce que je suis, et c\u2019est l\u00e0 que le travail a commenc\u00e9 : regarder le monde qui se d\u00e9fait et se refait sous nos yeux, pleurer sans raison, sourire pour presque rien, et ne plus appeler \u00e7a une faiblesse. *16 mars 2019* Ce n\u2019est pas une image de la nature, c\u2019est la nature remise en circuit par un corps humain qui, le temps de **peindre**, s\u2019est retir\u00e9. Devant ces entrelacs, on cherche d\u2019abord de quoi s\u2019accrocher \u2014 une forme, un chemin, une figure \u2014 puis \u00e7a c\u00e8de. Il ne reste que cette surface devenue vivante, sans r\u00e9cit, sans visage, et le silence qu\u2019elle impose : un silence qui ne te laisse pas dehors, mais te prend, te garde, et t\u2019oblige \u00e0 regarder encore. Je n\u2019ai pas envie de **peindre** pour convaincre, pour d\u00e9noncer, pour pr\u00eacher, ni pour porter au monde une d\u00e9couverte miraculeuse ; le monde continue sa route, avec ou sans mes tableaux. Alors non, je n\u2019ai pas de message \u00e0 d\u00e9livrer. Ce que j\u2019ai, c\u2019est un chemin. Je peins pour me d\u00e9faire de ce que le monde me jette sans arr\u00eat, pas des choses elles-m\u00eames, mais de la fa\u00e7on dont je les tords en moi. *31 mars 2019* Quand enfin il pose le pinceau, il n\u2019a plus vraiment l\u2019impression d\u2019\u00eatre \u201clui\u201d en train de **peindre** quelque chose ; pendant quelques instants, il y a juste le mouvement, la main, la toile, la couleur, tout m\u00eal\u00e9. Pour lui, la peinture commence l\u00e0 : dans ce temps bref o\u00f9 la s\u00e9paration entre sujet et objet ne s\u2019est pas encore reform\u00e9e. [...] Cette id\u00e9e le met dans un \u00e9tat proche de l\u2019ivresse. Il se sent encore ivre de **peindre**, ivre de comprendre, ivre m\u00eame de vivre, alors que la soci\u00e9t\u00e9 le classe d\u00e9sormais dans la cat\u00e9gorie des \u201cseniors\u201d. Dans un autre temps, pense-t-il, il serait juste un bon apprenti ; aujourd\u2019hui des gens l\u2019appellent \u201cma\u00eetre\u201d dans les ateliers, ce qui le met mal \u00e0 l\u2019aise. Il voit bien ce qu\u2019ils projettent sur ce mot-l\u00e0 : quelqu\u2019un qui sait, qui a trouv\u00e9, qui peut transmettre un savoir stable. Lui ne reconna\u00eet l\u00e0 ni son travail ni sa position int\u00e9rieure. Il a l\u2019impression au contraire de devoir d\u00e9fendre chaque jour cet esprit de d\u00e9butant dont il sent qu\u2019il d\u00e9pend : la capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9tonner encore, \u00e0 ne pas savoir ce qu\u2019il fait avant de le faire. [...] D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ce petit bonhomme debout devant la toile, les mains qui tremblent de col\u00e8re et de peur, de l\u2019autre, la surface blanche qui attend. Entre les deux, il n\u2019y a pas un \u201cprojet\u201d, il y a la mort. Tant que tu n\u2019as pas vraiment compris que tu vas crever, tu peux jouer \u00e0 **peindre**, tu peux faire de jolies choses, mais tu ne touches pas cette zone de folie tranquille qui met l\u2019acte cr\u00e9atif en mouvement. *11 juillet 2019* [...] Toute l\u2019ann\u00e9e ou presque, j\u2019avais charogn\u00e9 de mon c\u00f4t\u00e9 \u00e0 vouloir donner une mission \u00e0 ma peinture, \u00e0 coller du sens, de la th\u00e8se, sur chaque geste, comme si le simple fait de regarder et de **peindre** ne suffisait plus. *17 juillet 2019* [...] Ce que je vois, en revanche, c\u2019est l\u2019\u00e9troitesse du chemin que le march\u00e9 met en avant : une th\u00e8se, un concept, une ligne claire \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter. Pour y entrer, il faudrait que je l\u00e2che encore des choses auxquelles je tiens : la tranquillit\u00e9, la joie de **peindre** comme un gosse, la libert\u00e9 de suivre le hasard. Me voil\u00e0 encore \u00e0 un carrefour, entre le besoin de vivre de ce que je fais et le refus de me laisser r\u00e9duire \u00e0 une \u00e9tiquette de plus. Toute ta vie cr\u00e9atrice semble prise entre deux dangers sym\u00e9triques : le refuge dans un r\u00f4le (\u00e9crivain, artiste) qui t\u2019\u00e9loigne du r\u00e9el, et la dispersion qui te prive d\u2019identit\u00e9 reconnaissable aux yeux des autres. Le c\u0153ur de ce texte, c\u2019est la question : comment rester fid\u00e8le \u00e0 la pulsion de cr\u00e9ation (\u00e9crire, **peindre**) sans s\u2019en servir pour fuir sa vie, et sans se soumettre aux formes impos\u00e9es de ce que serait un \u201cvrai\u201d artiste ? *12 ao\u00fbt 2019* Juste une pr\u00e9sence, debout, qui me regardait **peindre**. Elle ne me sauvait de rien, mais au moins, pour une fois, je n\u2019\u00e9tais plus tout \u00e0 fait seul dans la pi\u00e8ce. [...] un peu facile de me dire ce matin que je fais ce que je veux. Trop facile. C\u2019est-\u00e0-dire **peindre** \u00e0 la vol\u00e9e des bribes de tout format dans le seul but d\u2019expulser l\u2019\u00e9nergie \u00e9norme qui pousse sans rel\u00e2che \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La volont\u00e9 de vivre est l\u00e0, qui s\u2019\u00e9tale en couleurs, parfois de fa\u00e7on obsc\u00e8ne. Quel probl\u00e8me avec l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 ? C\u2019est le lien que j\u2019y entrevois avec la dispersion. C\u2019est ainsi qu\u2019on a cr\u00e9\u00e9 des tabous, des totems, des pieux comme axe \u00e0 la vie des villages. Pour ne pas se laisser baiser par la dispersion, les pulsions. *13 ao\u00fbt 2019* Les arches de No\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui sortent elles aussi d\u2019usine. Il ne s\u2019agit plus de choisir entre \u00eatre sauv\u00e9 ou englouti ; seulement de d\u00e9cider si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re finir dans la cale d\u2019un cargo d\u2019images ou accepter de rester sur le rivage, \u00e0 **peindre** sans garantie d\u2019embarquement. Comme le ciel, un coup bleu, gris, mauve ou rouge, les temps sont en train de changer et \u00e7a ne sert \u00e0 rien de ruminer ou de s\u2019en plaindre. Des usines \u00e0 **peindre** sont d\u00e9j\u00e0 en place en Chine, des tableaux \u00e0 la cha\u00eene, et certaines galeries de ma connaissance en profitent d\u00e9j\u00e0 largement pour acheter par lot des artistes purement imaginaires puisque, comme sur les plateformes de sondages ou de VPC, tout le monde s\u2019appelle Louise, Sylvie ou Chlo\u00e9 suivant les tranches d\u2019\u00e2ge cibl\u00e9es. *14 ao\u00fbt 2019* En 2019, il n\u2019est pas na\u00eff : il sait qu\u2019il y a des contraintes dures. Mais il a encore besoin de cette petite mythologie du \u00ab possible malgr\u00e9 tout \u00bb pour continuer \u00e0 **peindre** et \u00e0 se tenir debout. Ce n\u2019est pas h\u00e9ro\u00efque, \u00e7a ne fait pas l\u2019Histoire avec un grand H ; c\u2019est juste quelqu\u2019un qui, un jour, d\u00e9cide de **peindre**, de courir, de changer malgr\u00e9 tout, parce qu\u2019il a laiss\u00e9 tomber, ne serait-ce qu\u2019un instant, la voix qui lui assurait que c\u2019\u00e9tait impossible. *21 ao\u00fbt 2019* Apr\u00e8s 14\u201318, on a vu surgir des couleurs qu\u2019on n\u2019avait jamais vues : comme si, apr\u00e8s la boue et le sang, certains avaient d\u00e9cid\u00e9 que la seule r\u00e9ponse possible serait d\u2019oser enfin **peindre** violemment vif. Je crois \u00e0 cette logique-l\u00e0 : une violence d\u00e9plac\u00e9e, recycl\u00e9e, tenue dans un cadre. Alors, quand je vois un peintre qui a accroch\u00e9 trois toiles trop vives dans un coin de salle des f\u00eates, avec son petit spot qui gr\u00e9sille et deux verres en plastique sur une table bancale, je ne vois pas un d\u00e9corateur rat\u00e9. Je vois quelqu\u2019un qui, \u00e0 sa mani\u00e8re, tient sa guerre en laisse. *23 ao\u00fbt 2019* Je suis rest\u00e9 allong\u00e9 \u00e0 \u00e9couter quelque chose de plus bas, plus discret, une source presque \u00e9touff\u00e9e qui continuait \u00e0 couler en moi ; peu \u00e0 peu, la bu\u00e9e sur la vitre s\u2019est effac\u00e9e, dehors la ros\u00e9e quittait les tiges et le jour venait simplement. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai eu envie de **peindre** : pour avancer un peu plus vers cette douceur-l\u00e0, non pas celle qui cherche \u00e0 plaire, mais celle o\u00f9 je pourrais me perdre, parce que je sais que je ne suis pas doux. Je ne suis que le corps que la douceur traverse quand elle consent \u00e0 passer par moi. *16 septembre 2019* [...] On pourrait croire cela \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019un De Kooning, \u00e9clatant, satur\u00e9, frontal. Et pourtant, ces deux-l\u00e0 \u2014 Patrick le discret, Willem le fracas \u2014 me semblent se parler. Champ de bataille d\u2019un c\u00f4t\u00e9, nef de cath\u00e9drale de l\u2019autre. M\u00eame lieu, deux acoustiques. Ce dont ils parlent, en v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est d\u2019une m\u00eame chose : la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019effacer pour **peindre**. [...) D\u2019une part, il faut la faim, celle de **peindre**, celle de s\u2019exprimer. [...] Il reviendra sur la peinture de Bram Van Velde, car il est tard et il doit aller **peindre**. Et ce besoin soudain de s\u2019\u00e9loigner du sujet lui fait comprendre combien ce peintre a \u00e9t\u00e9 d\u2019une importance capitale dans son parcours. *28 septembre 2019* Je serais tout \u00e0 fait d\u2019accord d\u2019\u00e9voquer la paresse si celle-ci pouvait \u00e0 elle seule expliquer mes \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Or dans ma vie j\u2019ai d\u00e9couvert que je n\u2019\u00e9tais pas paresseux pour tout, au contraire j\u2019ai d\u00e9ploy\u00e9 des efforts souvent surhumains de patience, de temps et de ruse pour effectuer des travaux qui ne servaient \u00e0 rien. Ainsi ces nombreuses nuits \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019usage de la chambre noire, \u00e0 d\u00e9velopper et tirer des photographies en noir et blanc. Ainsi ces heures pass\u00e9es \u00e0 dessiner et **peindre** sans jamais vouloir montrer mon travail \u00e0 quiconque. Ainsi les pages et les pages noircies que je n\u2019ai jamais voulu publier. *03 novembre 2019* Quand je regarde les enfants, je vois la m\u00eame absence de frein, la m\u00eame spontan\u00e9it\u00e9 \u00e0 dessiner, \u00e0 **peindre** : vive, libre, sans entrave. Il me faut l\u2019admettre : \u00e0 presque soixante ans, je ne suis qu\u2019un enfant mal sevr\u00e9 \u2014 et je serais tent\u00e9 de m\u2019en plaindre si une joie bizarre, en moi, ne contredisait pas aussit\u00f4t la plainte. *15 novembre 2019* Je ne sais pas pourquoi je passe par l\u2019\u00e9criture plut\u00f4t que par la peinture. Je pourrais faire la m\u00eame chose avec le dessin. Me dire : \u00ab Allez, \u00e0 table. \u00bb Mais je n\u2019y arrive pas. Je me dis que je ne suis ni dessinateur, ni peintre. Que j\u2019ai encore emprunt\u00e9 un personnage. Que ce personnage n\u2019est pas moi. Ces jours-ci, je me pose la question : quoi dessiner ? quoi **peindre** ? Un vide encore. C\u2019est une grande question ces jours derniers de savoir quoi dessiner et quoi **peindre** d\u00e9sormais. *1er d\u00e9cembre 2019* De quel exil s\u2019agit-il donc ? De quelle errance est-ce que je ne cesse de parler, d\u2019\u00e9crire, de **peindre** ? *02 d\u00e9cembre 2019* Est-ce qu\u2019il faut mourir plusieurs fois pour devenir une version plus juste de soi ? Peut-\u00eatre, mais la part irrationnelle r\u00e9siste : elle murmure notre ignorance, elle relance la peur, elle ram\u00e8ne le corps \u00e0 son programme. Alors je reviens \u00e0 ce que je sais faire : **peindre**. Et l\u00e0, l\u2019\u00e9quilibre n\u2019est jamais un th\u00e9or\u00e8me. Ce n\u2019est pas la sym\u00e9trie qui me touche. C\u2019est le d\u00e9s\u00e9quilibre ajust\u00e9, parfois plusieurs, dont la somme finit par produire une tenue nouvelle. Une sorte d\u2019assiette paradoxale. *04 d\u00e9cembre 2019* **Peindre**, chez lui, ressemble \u00e0 une corrida silencieuse. L\u2019urgence est le taureau. La toile est l\u2019ar\u00e8ne. Et chaque reprise, chaque variante, est une passe : parfois superbe, parfois inutile, mais toujours n\u00e9cessaire pour ne pas \u00eatre d\u00e9vor\u00e9. Sauf que lui vivait de routines. Caf\u00e9, clope, et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019il allait bien pouvoir **peindre** : une habitude si ancr\u00e9e qu\u2019il se demanda m\u00eame s\u2019il \u00e9tait possible de l\u2019\u00e9carter. *13 d\u00e9cembre 2019* Depuis que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 **peindre**, il y a plus de cinquante ans, la peinture en elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9texte : faire de jolis dessins pour obtenir une reconnaissance que je n\u2019imaginais pas pouvoir recevoir autrement. Et puis je me suis aper\u00e7u, plus ou moins, que r\u00e9aliser de jolies peintures canalisait ma volont\u00e9 d\u2019\u00eatre aim\u00e9. Il me fallait m\u2019asseoir, prendre le temps de faire, et pendant ce temps-l\u00e0 je ne me dispersais pas, comme j\u2019en ai toujours eu l\u2019habitude. Dessiner et **peindre** ne pouvaient s\u2019effectuer que dans une dur\u00e9e que j\u2019acceptais comme une concession, un compromis : il y avait un int\u00e9r\u00eat \u00e0 la clef, celui d\u2019\u00eatre accept\u00e9 et aim\u00e9. Je me souviens seulement qu\u2019il m\u2019\u00e9tait facile de dessiner ou de **peindre** pour obtenir un r\u00e9sultat qui semblait plaire aux personnes qui m\u2019entouraient \u2014 famille, camarades d\u2019\u00e9cole, professeurs d\u2019arts plastiques qui parfois dressaient mes louanges en montrant mes travaux \u00e0 la classe. Il fallait plus que \u00e7a pour continuer \u00e0 peindre. **Peindre** vraiment. *19 d\u00e9cembre 2019* Je n\u2019ai pas d\u2019id\u00e9e pr\u00e9alable, juste cette envie de peindre et de commencer avec presque rien juste pour voir o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements, les accidents, me m\u00e8neront. Peindre est toujours un voyage dans l\u2019inconnu. Sur la feuille de papier de format modeste, j\u2019\u00e9tale des lavis de brou de noix en \u00e9coutant de la musique tandis qu\u2019au dehors la pluie tambourine sur la verri\u00e8re de l\u2019atelier. *23 d\u00e9cembre 2019* J\u2019avais besoin de la rudesse de l\u2019existence elle-m\u00eame tandis que sit\u00f4t la porte des logis de fortune referm\u00e9e le soir, je m\u2019attablais pour \u00e9crire, ou pour peindre et l\u00e0 je me livrais tout entier au flou artistique comme pour tenter, en vain, de compenser un manque. *28 d\u00e9cembre 2019* Oui, quelque chose en eux me parle. Je t\u2019\u00e9cris cela rapidement ce matin. Parce qu\u2019au fond, comme je l\u2019ai dit, penser et \u00e9crire ne servent peut-\u00eatre pas \u00e0 grand-chose. Mieux vaut peindre. *23 janvier 2020* Depuis quelque temps, j\u2019\u00e9cris tous les matins. C\u2019est devenu une n\u00e9cessit\u00e9. Un passage oblig\u00e9. Ce que je nomme un sas. Il faut que j\u2019\u00e9crive avant de faire quoi que ce soit d\u2019autre. Avant d\u2019entrer dans la mati\u00e8re du monde. Avant de **peindre**. Avant m\u00eame de penser. **Peindre** de fa\u00e7on automatique, comme une addiction \u2014 encore une fois : partir dans tous les sens, avec des \u0153uvres aussi h\u00e9t\u00e9roclites que les textes de ce blog ce fut pour moi je crois une fa\u00e7on d\u2019aborder mon d\u00e9sordre int\u00e9rieur sous un angle diff\u00e9rent et, sans doute aussi, le fait d\u2019exposer comme celui de publier me donne l\u2019espoir, inconsciemment (?) , d\u2019en finir avec l\u2019\u00e9ternel panique que provoque ce d\u00e9sordre en moi. D\u2019une certaine mani\u00e8re ce blog, comme les toiles que j\u2019ai pu **peindre** jusqu\u2019\u00e0 ce jour ne sont rien d\u2019autre que des intercesseurs, r\u00e9sidant dans un no man\u2019s land entre deux fronti\u00e8res, celle de la raison et celle de la folie. *9 f\u00e9vrier 2020* La notion de th\u00e9matique en peinture permettrait de rejoindre une sorte de voie royale, un consensus, qui \u00e9pouserait en apparence cette notion d\u2019utile. Il serait alors utile de **peindre** suivant des th\u00e9matiques afin d\u2019\u00eatre identifi\u00e9, class\u00e9, \u00e9tiquet\u00e9. Un peu comme sur une pierre tombale on inscrit un ici-g\u00eet. Le peintre serait alors **l\u00e0** et pas **ailleurs** ou **partout**, ce serait plus *rassurant*, et \u00e9videmment ce serait bien utile de savoir o\u00f9 il n\u2019est pas. **Peindre**. Utile \/ inutile. Personne ne demande. Je peins. **Peindre**, c\u2019est non seulement r\u00e9sister, mais aussi utiliser le refus pour cr\u00e9er de l\u2019inutile. D\u2019une certaine fa\u00e7on, c\u2019est une fa\u00e7on d\u2019\u00e9quilibrer les choses. **Peindre** est une forme de r\u00e9sistance. C\u2019est placer un inutile face \u00e0 l\u2019assommoir de l\u2019utile. Peindre, c\u2019est p\u00e9n\u00e9trer dans une ambigu\u00eft\u00e9 entre utile et inutile. La peinture est inutile par essence. Personne ne me demande de peindre. Et cependant, moi-m\u00eame, je trouve tr\u00e8s utile de peindre \u2014 avant tout pour moi-m\u00eame. *11 juin 2020* Ce qu\u2019il sait, en revanche, c\u2019est qu\u2019il se sent terriblement bien \u00e0 **peindre** des choses qui ne repr\u00e9sentent rien de sp\u00e9cial. Il a juste l\u2019impression d\u2019avoir retrouv\u00e9 un amour de jeunesse perdu depuis des ann\u00e9es. Tant pis si \u00e7a ne se vend pas, se dit-il. C\u2019est juste ce que j\u2019ai envie de faire d\u00e9sormais, pour retrouver ma vie. Et cela vaut bien tout l\u2019or du monde. *15 d\u00e9cembre 2020* Je viens de **peindre** cette grande toile aujourd\u2019hui. Un grand carr\u00e9 turquoise sur lequel j\u2019ai dessin\u00e9 au brou de noix. Je la laisse ainsi, avec peu de couleur, peu de mati\u00e8re. La laisser reposer, un jour, une semaine ou plus, sans savoir encore si je vais la retoucher. Tout peut changer du jour au lendemain en peinture. Pour moi, c\u2019est cela, la folie d\u2019Hercule. La Folie d\u2019Hercule, acrylique et brou de noix sur toile ch\u00e2ssis 3D. *7 janvier 2021* La question tout de m\u00eame, importante \u00e0 se poser \u00e0 partir de l\u00e0 c\u2019est pourquoi je continue \u00e0 blogguer ou \u00e0 **peindre** ? Il faut faire tellement d\u2019autres choses que de **peindre** quand on veut vraiment vivre de sa peinture, et j\u2019avoue que \u00e7a me coupe les bras. Ce qui, convenons-en, est un inconv\u00e9nient majeur pour ma profession. En tant que peintre, la plus belle partie du travail est \u00e9videmment de **peindre** *30 avril 2021* Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0 que j\u2019ai aussi pris conscience que **peindre** est une fa\u00e7on de recr\u00e9er quelque chose d\u2019oubli\u00e9, o\u00f9 qu\u2019on n\u2019a pas su voir ni comprendre.. Encore une r\u00e9flexion de Michel Butor que je rumine depuis quelques jours et qui correspond tout \u00e0 coup \u00e0 une clef permettant d\u2019ouvrir une issue \u00e0 l\u2019aporie des jours qui filent et qui semblent m\u2019\u00e9chapper continuellement. Prendre le temps d\u2019\u00e9crire ou **peindre** c\u2019est ,en gros, tout ce que j\u2019ai mis en place pour contrer la fuite du temps. Pour lutter contre cette obsession d\u2019an\u00e9antissement toujours pr\u00e9sente, de plus en plus pr\u00e9sente. Prendre le temps *1er juin 2021* La priorit\u00e9 est de peindre et de faire tourner l\u2019atelier pour les cours me concernant et j\u2019ai presque instinctivement d\u00e9clin\u00e9 les propositions de galeries, de salons, d\u2019expositions un peu trop pompeuses afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la kyrielle d\u2019ennuis principalement les mondanit\u00e9s qui s\u2019y attachent dans mon esprit. *4 juin 2021* [...] alors je me suis mis \u00e0 chercher les exp\u00e9riences auxquelles je pouvais associer ces deux mots et j\u2019ai vu tout naturellement d\u2019abord ma m\u00e8re en train de peindre et moi enfant \u00e0 ses cot\u00e9s. Solitude du voir *5 juillet 2021* La nuit derni\u00e8re j\u2019ai r\u00eav\u00e9 d\u2019un bouchon en Loire Atlantique, le lendemain je me suis d\u00e9p\u00each\u00e9 de **peindre** un petit 20x20cm pour ne pas l\u2019oublier. Avantages et inconv\u00e9nients de la prise de notes *6 juillet 2021* Donc oui finalement j\u2019ai v\u00e9ritablement un secret pour \u00e9crire et **peindre**, c\u2019est \u00e0 dire quelque chose que j\u2019ai toujours imagin\u00e9 comme une tare , quelque chose de honteux. Ce que je veux dire pour r\u00e9sumer c\u2019est que cette faille, ce soi disant handicap dont je pensais \u00eatre une sorte de victime au bout du compte pourrait bien s\u2019av\u00e9rer mon meilleur atout pour \u00e9crire et **peindre**. Mon manque de confiance dans ma pens\u00e9e pour cr\u00e9er est tel que j\u2019occulte totalement celle ci syst\u00e9matiquement pour \u00e9crire ou **peindre**. Les *choses* viennent seulement lorsque je me mets \u00e0 **peindre** ou \u00e0 \u00e9crire. En fait j\u2019avais toujours imagin\u00e9 qu\u2019il fallait penser avant de faire quelque chose du genre **peindre** ou \u00e9crire et je me sentais toujours extr\u00eamement mal \u00e0 l\u2019aise, voir coupable de ne jamais parvenir \u00e0 y arriver. Le but \u00e9tait juste d\u2019observer ce qui se produit durant l\u2019acte de **peindre**. C'est \u00e0 ce moment que j\u2019ai tout de suite essay\u00e9 de faire une s\u00e9rie de peintures au brou de noix et \u00e0 l\u2019encre de chine sur papier pour observer ce qui se passait \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, c\u2019est \u00e0 dire sans tenter d\u2019arr\u00eater la moindre pens\u00e9e ni chercher \u00e0 **peindre** \u00e9videmment entre celles ci. Je me suis demand\u00e9 si moi aussi j\u2019\u00e9tais capable de peindre entre les pens\u00e9es ? *12 juillet 2021* \"qu\u2019est ce que je vais bien pouvoir **peindre**\" Le but en peinture *13 juillet 2021* Exactement la m\u00eame fa\u00e7on que j\u2019emploie pour **peindre** au hasard en esp\u00e9rant que quelque chose enfin s\u2019ach\u00e8ve. J\u2019ai faim je bouffe j\u2019ai envie de dormir je m\u2019allonge n\u2019importe o\u00f9 , j\u2019ai envie de **peindre** je peins. Exemple : j\u2019ai une inextinguible faim de cr\u00e9er, de **peindre**, comment vais-je m\u2019y prendre ? Le but c'est quoi ? *14 juillet 2021* Et l\u00e0 effectivement on pourrait dire que **peindre** c\u2019est rena\u00eetre. Mais cela ne vaut que si on sait la pr\u00e9sence du d\u00e9sert. L\u2019acte de **peindre** commence comme la marche du voyageur dans le d\u00e9sert. Aucun chemin n\u2019est indiqu\u00e9, des sables et des dunes \u00e0 perte de vue. Et \u00e0 cette question je ne r\u00e9pondrais comme d\u2019habitude que fort mal, c\u2019est \u00e0 dire que je tenterais de plus en plus maladroitement de l\u00e9gitimiser le fait que je pr\u00e9f\u00e8re peindre. **Peindre** alors c\u2019est p\u00e9n\u00e9trer d\u00e9sarm\u00e9 dans ce d\u00e9sert cette frayeur. Se d\u00e9serter *16 juillet 2021* Qui peut se comparer \u00e0 Picasso qui peut se comparer \u00e0 l\u2019Ogre. Qui aura les couilles ou l\u2019immense vuln\u00e9rabilit\u00e9 de se lancer dans cette folie de **peindre** ainsi ? **Peindre** un sujet qui ne soit pas la peinture seule est une perte de temps, comme passer un moment en famille sans prendre un couteau et la d\u00e9pecer totalement virtuellement. L'app\u00e9tit de l'ogre *17 ao\u00fbt 2021* Ainsi cela fait des ann\u00e9es que je pr\u00f4ne la maladresse comme source en dessin et en peinture et voici que je tombe sur ce mot japonais d\u2019ETEGAMI. L\u2019art de dessiner et **peindre** sans craindre d\u2019\u00eatre maladroit. Japonais sans le savoir. *18 ao\u00fbt 2021* [...] Ce fut bien des ann\u00e9es plus tard que ma m\u00e8re redescendit la boite de couleurs, le chevalet et quelle se mit \u00e0 **peindre** La difficult\u00e9 de s'enraciner. *24 ao\u00fbt 2021* Aujourd\u2019hui il va pleuvoir, pas la peine d\u2019arroser, ce qui tombe bien cela me laisse plus de temps pour **peindre** et \u00e9crire. ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/giacometti_dans_son_atelier.jpg?1769623121", "tags": ["peinture", "Autofiction et Introspection", "Narration et Exp\u00e9rimentation", "r\u00e9flexions sur l'art"] } ] }