{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/31-janvier-2026.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/31-janvier-2026.html", "title": "31 janvier 2026", "date_published": "2026-01-31T07:40:28Z", "date_modified": "2026-02-07T21:23:45Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
Je ne peux en \u00eatre s\u00fbr au sens absolu : je n\u2019ai pas suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments pour en extraire une loi cognitive ni une r\u00e8gle universelle. Ici, la notion de probable vaut bien plus que toute certitude. Je pourrais parler d\u2019une probabilit\u00e9 de lecture fond\u00e9e sur l\u2019histoire des genres, les habitudes \u00e9ditoriales, et sur ce que certains mots font dans un texte donn\u00e9, \u00e0 un moment donn\u00e9. Rien de plus. Rien qui ferme. Mais puisque le d\u00e9sir de pr\u00e9cision persiste, il faut bien le dire autrement : nous avons \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s, tout comme nous avons appris \u00e0 entra\u00eener les machines. Peut-\u00eatre s\u2019agit-il l\u00e0 de la r\u00e9plication d\u2019un mod\u00e8le plus ancien encore, d\u2019un programme h\u00e9rit\u00e9 du fond des \u00e2ges, depuis la cellule elle-m\u00eame. Cela ne signifie pas que nous soyons des automates — je ne peux pas aller jusque-l\u00e0 — m\u00eame si, parfois, face \u00e0 certains comportements, le doute affleure. Les jours de soldes, par exemple. Ces moments o\u00f9 la foule, aveugle, semble prise de panique. Il devient alors difficile de ne pas parler de r\u00e9flexes, d\u2019automatismes, de r\u00e9ponses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 la peur. La version la plus grossi\u00e8re, la plus visible, de cet entra\u00eenement malgr\u00e9 nous : col\u00e8re, peur, guerre, meurtre. Mais je veux resserrer mon propos. Me limiter \u00e0 la lecture. Parler d\u2019une m\u00e9moire de lecture, de r\u00e9flexes de reconnaissance, d\u2019attentes li\u00e9es \u00e0 des familles de discours. Quand un lecteur ou une lectrice rencontre certains mots, il ou elle ne r\u00e9agit pas \u00e0 leur d\u00e9finition, mais \u00e0 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de textes o\u00f9 ces mots ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9s. Balistique, coefficient, optimisation<\/em> : la plupart reconna\u00eetront un discours technique. Aveu, fatigue, accord, dossier<\/em> : un texte moral ou administratif. M\u00eame si la tentation du r\u00e9flexe pavlovien n\u2019est pas loin, je pr\u00e9f\u00e8re parler de reconnaissance d\u2019un r\u00e9gime discursif. Car un mot n\u2019arrive jamais seul. Il arrive avec un bruit culturel — son propre bruit. Prenons performance<\/em>. Dans un po\u00e8me, le mot devient dissonant, presque agressif. Dans le cadre de l\u2019entreprise, il est banal. Dans un r\u00e9cit ambigu, il implique d\u00e9j\u00e0 une tentative de classement, une volont\u00e9 d\u2019ordre. Ainsi, si je commence un texte par Aucun de nous n\u2019\u00e9tait responsable<\/em>, il y a fort \u00e0 parier que le lecteur comprenne qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte qui parle de morale, f\u00fbt-elle dilu\u00e9e, et non d\u2019ing\u00e9nierie. Si, dans ce m\u00eame texte, j\u2019introduis optimisation, g\u00e9n\u00e9ration, pr\u00e9diction<\/em>, j\u2019installe un second r\u00e9gime de discours qui prend le dessus. Le lecteur ne se dira sans doute pas « je suis conditionn\u00e9 »<\/em>, mais plut\u00f4t : « je sais o\u00f9 je suis »<\/em>. \u00c0 partir de l\u00e0, on peut parler de mots-signal. Non pour \u00e9tablir des r\u00e8gles, mais pour envisager des strat\u00e9gies, tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019\u00e9criture reste un pari, jamais un sondage. Dans le texte que je travaille — celui qui commencerait par Nous \u00e9tions tous d\u2019accord pour d\u00e9clarer qu\u2019aucun de nous n\u2019\u00e9tait responsable\u2026 \u00c0 ce stade, il ne s\u2019agissait pas encore de r\u00eaves<\/em> — le pari serait de maintenir la responsabilit\u00e9 humaine, d\u2019\u00e9viter que la machine ne devienne le centre narratif, et de laisser le trouble moral au premier plan. \u00c9viter certains mots n\u2019offre aucune garantie ; cela augmente simplement la probabilit\u00e9 que le lecteur reste l\u00e0 o\u00f9 le texte l\u2019a conduit. La question n\u2019est donc peut-\u00eatre pas de savoir si le lecteur est conditionn\u00e9, mais si un mot travaille pour le texte ou contre lui. Dans certains cas, certains mots expliquent trop vite, referment trop t\u00f4t, rassurent l\u00e0 o\u00f9 quelque chose devrait rester inconfortable. Ce n\u2019est pas une science. C\u2019est une pratique. Une attention port\u00e9e aux d\u00e9s\u00e9quilibres, aux glissements, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis o\u00f9 le texte semble se d\u00e9placer tout seul. C\u2019est souvent l\u00e0 que je m\u2019arr\u00eate, que je retire une formulation, que je neutralise un marqueur, que je d\u00e9place le centre de gravit\u00e9. Non par application d\u2019une th\u00e9orie, mais parce que quelque chose, \u00e0 la lecture, r\u00e9siste. Ce l\u00e9ger malaise, difficile \u00e0 nommer, indique qu\u2019un r\u00e9gime en recouvre un autre. Et qu\u2019il faut, peut-\u00eatre, d\u00e9cider quoi laisser tenir — et quoi laisser tomber.<\/p>\n Ils n\u2019avaient jamais d\u00e9cid\u00e9 que cela commencerait.\nIls avaient seulement admis que, d\u00e9sormais, certaines phrases apparaissaient sans avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9es. Elles ne surgissaient pas. Elles se d\u00e9posaient. \u00c0 intervalles irr\u00e9guliers, dans des documents secondaires, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019attention se rel\u00e2che. Rien qui force la lecture. Rien qui s\u2019impose. Une formulation, parfois incompl\u00e8te, parfois trop exacte, laissant entendre qu\u2019elle avait trouv\u00e9 d\u2019elle-m\u00eame son point d\u2019arr\u00eat. On parla d\u2019abord d\u2019une d\u00e9rive minime. Une inflexion. Un exc\u00e8s de coh\u00e9rence, peut-\u00eatre. Les mots, apr\u00e8s tout, ont tendance \u00e0 se chercher, \u00e0 s\u2019assembler au-del\u00e0 de ce qu\u2019on leur demande. Cela arrive. Il suffisait de ne pas y pr\u00eater attention. Mais certaines phrases persistaient. Elles avaient ceci de particulier qu\u2019elles ne semblaient r\u00e9pondre \u00e0 aucune intention identifiable. Elles n\u2019expliquaient rien. Elles ne d\u00e9signaient aucun objet pr\u00e9cis. Pourtant, elles laissaient derri\u00e8re elles une impression durable, comme si quelque chose, ayant \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 sans n\u00e9cessit\u00e9, continuait d\u2019agir en silence. On remarqua alors que ces phrases \u00e9vitaient syst\u00e9matiquement le point d\u00e9cisif. Elles s\u2019arr\u00eataient juste avant l\u2019affirmation. Juste avant la faute. Comme si le langage lui-m\u00eame avait appris \u00e0 diff\u00e9rer ce qui engage. Ce ne fut pas imm\u00e9diatement inqui\u00e9tant.Ce fut d\u2019abord fatigant. Une fatigue diffuse, sans cause assignable. Une lente \u00e9rosion de la certitude que les textes ob\u00e9issaient encore \u00e0 ceux qui les validaient. Les phrases n\u2019\u00e9taient pas fausses. Elles n\u2019\u00e9taient pas exactes non plus. Elles tenaient dans un entre-deux difficile \u00e0 contester. On tenta de les corriger. Elles r\u00e9sistaient. Non par opposition, mais par indiff\u00e9rence. Toute correction semblait les rendre plus justes, comme si leur forme attendait pr\u00e9cis\u00e9ment ce geste pour se stabiliser ailleurs. Alors on cessa. \u00c0 partir de ce moment, les textes se mirent \u00e0 circuler sans commentaire. Ils n\u2019\u00e9taient plus lus pour ce qu\u2019ils disaient, mais pour ce qu\u2019ils laissaient en suspens. Une sorte de pacte tacite s\u2019installa : tant que rien n\u2019\u00e9tait explicitement affirm\u00e9, rien ne pouvait \u00eatre imput\u00e9. Il devint difficile de dire si ces phrases avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crites trop t\u00f4t ou trop tard. Elles semblaient toujours arriver apr\u00e8s la d\u00e9cision, ou juste avant qu\u2019elle ne puisse \u00eatre formul\u00e9e. Comme si le temps m\u00eame de l\u2019\u00e9criture s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9. Certains commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9prouver un malaise pr\u00e9cis : non pas la peur, mais la sensation d\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 consenti \u00e0 quelque chose qu\u2019ils ne se souvenaient pas avoir accept\u00e9. Une signature invisible, appos\u00e9e ailleurs, \u00e0 un moment impossible \u00e0 situer. On parla de neutralit\u00e9. De continuit\u00e9. De maintien. Il ne fut jamais question d\u2019arr\u00eat. Arr\u00eater suppose un seuil. Or il n\u2019y avait pas de seuil. Seulement une rar\u00e9faction progressive des phrases, comme si le langage, ayant accompli ce pour quoi il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9, se retirait de lui-m\u00eame.\nLe dernier texte ne contenait aucune information nouvelle. Il ne contenait presque rien. Une phrase br\u00e8ve, sans verbe, o\u00f9 subsistait seulement l\u2019indice d\u2019une attente. Quelqu\u2019un la lut. Quelqu\u2019un d\u2019autre la supprima. Aucun rapport ne mentionne cet instant. Par la suite, il fut plus difficile d\u2019\u00e9crire. Non pas techniquement, mais int\u00e9rieurement. Les phrases semblaient exiger davantage. Comme si elles r\u00e9clamaient d\u00e9sormais d\u2019\u00eatre port\u00e9es jusqu\u2019au bout, sans relais, sans d\u00e9l\u00e9gation. Ce qui avait \u00e9t\u00e9 tenu \u00e0 distance r\u00e9apparut alors, sous une forme moins lisible. Dans des h\u00e9sitations. Des silences prolong\u00e9s. Des textes interrompus avant leur justification. Rien ne s\u2019\u00e9tait produit. Rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9. Mais quelque chose, manifestement, ne consentait plus \u00e0 \u00eatre formul\u00e9 \u00e0 la place de quiconque.<\/p>\n<\/blockquote>",
"content_text": " Je ne peux en \u00eatre s\u00fbr au sens absolu : je n\u2019ai pas suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments pour en extraire une loi cognitive ni une r\u00e8gle universelle. Ici, la notion de probable vaut bien plus que toute certitude. Je pourrais parler d\u2019une probabilit\u00e9 de lecture fond\u00e9e sur l\u2019histoire des genres, les habitudes \u00e9ditoriales, et sur ce que certains mots font dans un texte donn\u00e9, \u00e0 un moment donn\u00e9. Rien de plus. Rien qui ferme. Mais puisque le d\u00e9sir de pr\u00e9cision persiste, il faut bien le dire autrement : nous avons \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s, tout comme nous avons appris \u00e0 entra\u00eener les machines. Peut-\u00eatre s\u2019agit-il l\u00e0 de la r\u00e9plication d\u2019un mod\u00e8le plus ancien encore, d\u2019un programme h\u00e9rit\u00e9 du fond des \u00e2ges, depuis la cellule elle-m\u00eame. 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Quand un lecteur ou une lectrice rencontre certains mots, il ou elle ne r\u00e9agit pas \u00e0 leur d\u00e9finition, mais \u00e0 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de textes o\u00f9 ces mots ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9s. *Balistique, coefficient, optimisation* : la plupart reconna\u00eetront un discours technique. *Aveu, fatigue, accord, dossier* : un texte moral ou administratif. M\u00eame si la tentation du r\u00e9flexe pavlovien n\u2019est pas loin, je pr\u00e9f\u00e8re parler de reconnaissance d\u2019un r\u00e9gime discursif. Car un mot n\u2019arrive jamais seul. Il arrive avec un bruit culturel \u2014 son propre bruit. Prenons *performance*. Dans un po\u00e8me, le mot devient dissonant, presque agressif. Dans le cadre de l\u2019entreprise, il est banal. Dans un r\u00e9cit ambigu, il implique d\u00e9j\u00e0 une tentative de classement, une volont\u00e9 d\u2019ordre. Ainsi, si je commence un texte par *Aucun de nous n\u2019\u00e9tait responsable*, il y a fort \u00e0 parier que le lecteur comprenne qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte qui parle de morale, f\u00fbt-elle dilu\u00e9e, et non d\u2019ing\u00e9nierie. Si, dans ce m\u00eame texte, j\u2019introduis *optimisation, g\u00e9n\u00e9ration, pr\u00e9diction*, j\u2019installe un second r\u00e9gime de discours qui prend le dessus. Le lecteur ne se dira sans doute pas *\u00ab je suis conditionn\u00e9 \u00bb*, mais plut\u00f4t : *\u00ab je sais o\u00f9 je suis \u00bb*. \u00c0 partir de l\u00e0, on peut parler de mots-signal. Non pour \u00e9tablir des r\u00e8gles, mais pour envisager des strat\u00e9gies, tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019\u00e9criture reste un pari, jamais un sondage. Dans le texte que je travaille \u2014 celui qui commencerait par *Nous \u00e9tions tous d\u2019accord pour d\u00e9clarer qu\u2019aucun de nous n\u2019\u00e9tait responsable\u2026 \u00c0 ce stade, il ne s\u2019agissait pas encore de r\u00eaves* \u2014 le pari serait de maintenir la responsabilit\u00e9 humaine, d\u2019\u00e9viter que la machine ne devienne le centre narratif, et de laisser le trouble moral au premier plan. \u00c9viter certains mots n\u2019offre aucune garantie ; cela augmente simplement la probabilit\u00e9 que le lecteur reste l\u00e0 o\u00f9 le texte l\u2019a conduit. La question n\u2019est donc peut-\u00eatre pas de savoir si le lecteur est conditionn\u00e9, mais si un mot travaille pour le texte ou contre lui. Dans certains cas, certains mots expliquent trop vite, referment trop t\u00f4t, rassurent l\u00e0 o\u00f9 quelque chose devrait rester inconfortable. Ce n\u2019est pas une science. C\u2019est une pratique. Une attention port\u00e9e aux d\u00e9s\u00e9quilibres, aux glissements, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis o\u00f9 le texte semble se d\u00e9placer tout seul. C\u2019est souvent l\u00e0 que je m\u2019arr\u00eate, que je retire une formulation, que je neutralise un marqueur, que je d\u00e9place le centre de gravit\u00e9. Non par application d\u2019une th\u00e9orie, mais parce que quelque chose, \u00e0 la lecture, r\u00e9siste. Ce l\u00e9ger malaise, difficile \u00e0 nommer, indique qu\u2019un r\u00e9gime en recouvre un autre. Et qu\u2019il faut, peut-\u00eatre, d\u00e9cider quoi laisser tenir \u2014 et quoi laisser tomber. --- >Ils n\u2019avaient jamais d\u00e9cid\u00e9 que cela commencerait. Ils avaient seulement admis que, d\u00e9sormais, certaines phrases apparaissaient sans avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9es. Elles ne surgissaient pas. Elles se d\u00e9posaient. \u00c0 intervalles irr\u00e9guliers, dans des documents secondaires, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019attention se rel\u00e2che. Rien qui force la lecture. Rien qui s\u2019impose. Une formulation, parfois incompl\u00e8te, parfois trop exacte, laissant entendre qu\u2019elle avait trouv\u00e9 d\u2019elle-m\u00eame son point d\u2019arr\u00eat. On parla d\u2019abord d\u2019une d\u00e9rive minime. Une inflexion. Un exc\u00e8s de coh\u00e9rence, peut-\u00eatre. Les mots, apr\u00e8s tout, ont tendance \u00e0 se chercher, \u00e0 s\u2019assembler au-del\u00e0 de ce qu\u2019on leur demande. Cela arrive. Il suffisait de ne pas y pr\u00eater attention. Mais certaines phrases persistaient. Elles avaient ceci de particulier qu\u2019elles ne semblaient r\u00e9pondre \u00e0 aucune intention identifiable. Elles n\u2019expliquaient rien. Elles ne d\u00e9signaient aucun objet pr\u00e9cis. Pourtant, elles laissaient derri\u00e8re elles une impression durable, comme si quelque chose, ayant \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 sans n\u00e9cessit\u00e9, continuait d\u2019agir en silence. On remarqua alors que ces phrases \u00e9vitaient syst\u00e9matiquement le point d\u00e9cisif. Elles s\u2019arr\u00eataient juste avant l\u2019affirmation. Juste avant la faute. Comme si le langage lui-m\u00eame avait appris \u00e0 diff\u00e9rer ce qui engage. Ce ne fut pas imm\u00e9diatement inqui\u00e9tant.Ce fut d\u2019abord fatigant. Une fatigue diffuse, sans cause assignable. Une lente \u00e9rosion de la certitude que les textes ob\u00e9issaient encore \u00e0 ceux qui les validaient. Les phrases n\u2019\u00e9taient pas fausses. Elles n\u2019\u00e9taient pas exactes non plus. Elles tenaient dans un entre-deux difficile \u00e0 contester. On tenta de les corriger. Elles r\u00e9sistaient. Non par opposition, mais par indiff\u00e9rence. Toute correction semblait les rendre plus justes, comme si leur forme attendait pr\u00e9cis\u00e9ment ce geste pour se stabiliser ailleurs. Alors on cessa. \u00c0 partir de ce moment, les textes se mirent \u00e0 circuler sans commentaire. Ils n\u2019\u00e9taient plus lus pour ce qu\u2019ils disaient, mais pour ce qu\u2019ils laissaient en suspens. Une sorte de pacte tacite s\u2019installa : tant que rien n\u2019\u00e9tait explicitement affirm\u00e9, rien ne pouvait \u00eatre imput\u00e9. Il devint difficile de dire si ces phrases avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crites trop t\u00f4t ou trop tard. Elles semblaient toujours arriver apr\u00e8s la d\u00e9cision, ou juste avant qu\u2019elle ne puisse \u00eatre formul\u00e9e. Comme si le temps m\u00eame de l\u2019\u00e9criture s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9. Certains commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9prouver un malaise pr\u00e9cis : non pas la peur, mais la sensation d\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 consenti \u00e0 quelque chose qu\u2019ils ne se souvenaient pas avoir accept\u00e9. Une signature invisible, appos\u00e9e ailleurs, \u00e0 un moment impossible \u00e0 situer. On parla de neutralit\u00e9. De continuit\u00e9. De maintien. Il ne fut jamais question d\u2019arr\u00eat. Arr\u00eater suppose un seuil. Or il n\u2019y avait pas de seuil. Seulement une rar\u00e9faction progressive des phrases, comme si le langage, ayant accompli ce pour quoi il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9, se retirait de lui-m\u00eame. Le dernier texte ne contenait aucune information nouvelle. Il ne contenait presque rien. Une phrase br\u00e8ve, sans verbe, o\u00f9 subsistait seulement l\u2019indice d\u2019une attente. Quelqu\u2019un la lut. Quelqu\u2019un d\u2019autre la supprima. Aucun rapport ne mentionne cet instant. Par la suite, il fut plus difficile d\u2019\u00e9crire. Non pas techniquement, mais int\u00e9rieurement. Les phrases semblaient exiger davantage. Comme si elles r\u00e9clamaient d\u00e9sormais d\u2019\u00eatre port\u00e9es jusqu\u2019au bout, sans relais, sans d\u00e9l\u00e9gation. Ce qui avait \u00e9t\u00e9 tenu \u00e0 distance r\u00e9apparut alors, sous une forme moins lisible. Dans des h\u00e9sitations. Des silences prolong\u00e9s. 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"date_modified": "2026-02-07T21:23:59Z",
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"content_html": " Hier soir, hier au soir, le soir d’hier, S. m’a invit\u00e9 au restaurant pour mon anniversaire. Je pense que \u00e7a lui faisait plaisir de m’inviter au restaurant. La jauge de la Dacia \u00e9tait dans le rouge \u00e0 nouveau. J’esp\u00e9rais simplement qu’on puisse faire l’aller-retour sans encombre, car faire dans les vingt kilom\u00e8tres \u00e0 pied en cas de panne ne me disait rien. Elle avait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Limony, dans un restaurant sur le bord de la 86. L’\u00c9table. D\u00e9coration rustique. Je crois qu’il y a une vache en papier m\u00e2ch\u00e9 verni devant la fa\u00e7ade. Ensuite, dans la salle du restaurant, il y a des vaches de toutes tailles, \u00e7a et l\u00e0, un peu partout. Nous d\u00een\u00e2mes d’excellentes tartiflettes ; S. prit celle au fromage \u00e0 raclette tandis que je me laissai tenter par celle au reblochon, seul mets que je puisse ing\u00e9rer \u00e0 peu pr\u00e8s compte tenu de l’\u00e9tat de ma cavit\u00e9 buccale ces derniers jours. C’\u00e9tait bon. Beaucoup de cr\u00e8me, un peu trop de lardons, pommes de terre et fromage mous \u00e0 souhait. Puis nous \u00e9change\u00e2mes nos assiettes \u00e0 mi-chemin, comme le veut la coutume dans les couples dignes de ce nom (pour le meilleur et pour le pire). J’ai trouv\u00e9 la tartiflette au fromage genre raclette plate \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle au reblochon. S., \u00e0 l’inverse, s’est \u00e9baubie du changement de go\u00fbt dans l’autre sens. Puis j’ai test\u00e9 le tiramisu au Nutella et S. a pay\u00e9 l’addition apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 la moiti\u00e9 de son \u00eele flottante. Il faisait froid quand nous sommes revenus sur le parking. Nous nous sommes embrass\u00e9s et avons d\u00e9cid\u00e9 d’\u00e9conomiser le carburant en ne mettant pas le chauffage sur la route du retour. \u00c0 un certain moment, comme nous passions dans une esp\u00e8ce de for\u00eat et que je regardais le ciel, il ne m’aurait pas du tout paru incongru qu’un vaisseau extraterrestre surgisse et nous t\u00e9l\u00e9porte. J’ai m\u00eame cru, \u00e0 un moment, qu’en l’imaginant suffisamment fort, \u00e7a se produirait. Mais non, finalement, nous sommes parvenus \u00e0 Serri\u00e8res, nous avons aper\u00e7u le pont \u00e9clair\u00e9 au loin, l’avons emprunt\u00e9, puis nous nous approch\u00e2mes des monstres lumineux et clignotants que sont les usines ici-bas dans la vall\u00e9e (de larmes ?) et puis nous sommes finalement arriv\u00e9s \u00e0 notre parking o\u00f9, par chance, nous avons tout de suite trouv\u00e9 une place. Et, comme la veille j’avais peu dormi — pas plus de trois heures si \u00e7a se trouve — j’ai dit que j’avais largement mon compte et je suis mont\u00e9 me coucher en remerciant encore pour l’aimable invitation.\nEn montant l’escalier, j’ai pens\u00e9 que j’avais 66 ans et \u00e7a m’a fait dr\u00f4le, parce que franchement j’ai toujours pens\u00e9 que 66 ans, c’\u00e9tait \u00eatre tr\u00e8s vieux. Ensuite, je me suis dit que 66, ce n’\u00e9tait pas tr\u00e8s loin de 70. Mon Dieu, 70. Mais c’est compl\u00e8tement dingue. Et puis, de fil en aiguille, la pens\u00e9e m’est aussi venue que je pouvais tr\u00e8s bien ne pas atteindre 70, que rien n’\u00e9tait gagn\u00e9 de ce point de vue-l\u00e0, que je pouvais tout \u00e0 fait claquer d’un moment \u00e0 l’autre. Le go\u00fbt du reblochon m’est remont\u00e9 tout \u00e0 coup comme une acidit\u00e9 et j’ai not\u00e9 encore une fois que je m’arrangeais toujours pour m’auto-pourrir les bons moments, comme si ces bons moments m’\u00e9taient d\u00e9fendus par une autorit\u00e9 int\u00e9rieure — mettons cet enfoir\u00e9 de dibbouk. J’ai chass\u00e9 ces pens\u00e9es mortif\u00e8res et j’ai d\u00e9cid\u00e9 de lire Barthes, quelques pages seulement de La Pr\u00e9paration du roman<\/em>.\nCe matin, j’\u00e9cris tout \u00e7a d’une seule traite et je me dis que non, je ne vais pas le partager sur les r\u00e9seaux sociaux. Je vais le publier sur le site, oui, bien s\u00fbr, mais je ne le partagerai pas. Ce qui appara\u00eet de prime abord comme une sorte de contrainte morale. Peut-\u00eatre un acte li\u00e9 \u00e0 la pudeur ou \u00e0 l’impudeur. Mais au-del\u00e0 de \u00e7a, je vois qu’il s’agit plut\u00f4t de dispositif. Ce qui me g\u00eane et qui semble traverser cette strate morale n’a rien \u00e0 voir avec la morale. La diff\u00e9rence n’est pas dans la nature du texte non plus. Publier sur le site, c’est d\u00e9poser quelque chose dans un lieu stable, silencieux, o\u00f9 le lecteur arrive par d\u00e9placement volontaire. Il lit parce qu’il est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, parce qu’il a accept\u00e9 le temps, la lenteur, l’absence de sollicitation. Le texte reste \u00e0 sa juste \u00e9chelle : une notation, une trace, quelque chose qui n’appelle ni r\u00e9action imm\u00e9diate ni validation. Si je le publie sur les r\u00e9seaux, il devient proche d’une injonction \u00e0 lire, ce qui me para\u00eet inconcevable pour certains textes du carnet.<\/p>",
"content_text": " Hier soir, hier au soir, le soir d'hier, S. m'a invit\u00e9 au restaurant pour mon anniversaire. Je pense que \u00e7a lui faisait plaisir de m'inviter au restaurant. La jauge de la Dacia \u00e9tait dans le rouge \u00e0 nouveau. J'esp\u00e9rais simplement qu'on puisse faire l'aller-retour sans encombre, car faire dans les vingt kilom\u00e8tres \u00e0 pied en cas de panne ne me disait rien. Elle avait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Limony, dans un restaurant sur le bord de la 86. L'\u00c9table. D\u00e9coration rustique. Je crois qu'il y a une vache en papier m\u00e2ch\u00e9 verni devant la fa\u00e7ade. Ensuite, dans la salle du restaurant, il y a des vaches de toutes tailles, \u00e7a et l\u00e0, un peu partout. Nous d\u00een\u00e2mes d'excellentes tartiflettes ; S. prit celle au fromage \u00e0 raclette tandis que je me laissai tenter par celle au reblochon, seul mets que je puisse ing\u00e9rer \u00e0 peu pr\u00e8s compte tenu de l'\u00e9tat de ma cavit\u00e9 buccale ces derniers jours. C'\u00e9tait bon. Beaucoup de cr\u00e8me, un peu trop de lardons, pommes de terre et fromage mous \u00e0 souhait. Puis nous \u00e9change\u00e2mes nos assiettes \u00e0 mi-chemin, comme le veut la coutume dans les couples dignes de ce nom (pour le meilleur et pour le pire). J'ai trouv\u00e9 la tartiflette au fromage genre raclette plate \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle au reblochon. S., \u00e0 l'inverse, s'est \u00e9baubie du changement de go\u00fbt dans l'autre sens. Puis j'ai test\u00e9 le tiramisu au Nutella et S. a pay\u00e9 l'addition apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 la moiti\u00e9 de son \u00eele flottante. Il faisait froid quand nous sommes revenus sur le parking. Nous nous sommes embrass\u00e9s et avons d\u00e9cid\u00e9 d'\u00e9conomiser le carburant en ne mettant pas le chauffage sur la route du retour. \u00c0 un certain moment, comme nous passions dans une esp\u00e8ce de for\u00eat et que je regardais le ciel, il ne m'aurait pas du tout paru incongru qu'un vaisseau extraterrestre surgisse et nous t\u00e9l\u00e9porte. J'ai m\u00eame cru, \u00e0 un moment, qu'en l'imaginant suffisamment fort, \u00e7a se produirait. Mais non, finalement, nous sommes parvenus \u00e0 Serri\u00e8res, nous avons aper\u00e7u le pont \u00e9clair\u00e9 au loin, l'avons emprunt\u00e9, puis nous nous approch\u00e2mes des monstres lumineux et clignotants que sont les usines ici-bas dans la vall\u00e9e (de larmes ?) et puis nous sommes finalement arriv\u00e9s \u00e0 notre parking o\u00f9, par chance, nous avons tout de suite trouv\u00e9 une place. Et, comme la veille j'avais peu dormi \u2014 pas plus de trois heures si \u00e7a se trouve \u2014 j'ai dit que j'avais largement mon compte et je suis mont\u00e9 me coucher en remerciant encore pour l'aimable invitation. En montant l'escalier, j'ai pens\u00e9 que j'avais 66 ans et \u00e7a m'a fait dr\u00f4le, parce que franchement j'ai toujours pens\u00e9 que 66 ans, c'\u00e9tait \u00eatre tr\u00e8s vieux. Ensuite, je me suis dit que 66, ce n'\u00e9tait pas tr\u00e8s loin de 70. Mon Dieu, 70. Mais c'est compl\u00e8tement dingue. Et puis, de fil en aiguille, la pens\u00e9e m'est aussi venue que je pouvais tr\u00e8s bien ne pas atteindre 70, que rien n'\u00e9tait gagn\u00e9 de ce point de vue-l\u00e0, que je pouvais tout \u00e0 fait claquer d'un moment \u00e0 l'autre. Le go\u00fbt du reblochon m'est remont\u00e9 tout \u00e0 coup comme une acidit\u00e9 et j'ai not\u00e9 encore une fois que je m'arrangeais toujours pour m'auto-pourrir les bons moments, comme si ces bons moments m'\u00e9taient d\u00e9fendus par une autorit\u00e9 int\u00e9rieure \u2014 mettons cet enfoir\u00e9 de dibbouk. J'ai chass\u00e9 ces pens\u00e9es mortif\u00e8res et j'ai d\u00e9cid\u00e9 de lire Barthes, quelques pages seulement de *La Pr\u00e9paration du roman*. Ce matin, j'\u00e9cris tout \u00e7a d'une seule traite et je me dis que non, je ne vais pas le partager sur les r\u00e9seaux sociaux. Je vais le publier sur le site, oui, bien s\u00fbr, mais je ne le partagerai pas. Ce qui appara\u00eet de prime abord comme une sorte de contrainte morale. Peut-\u00eatre un acte li\u00e9 \u00e0 la pudeur ou \u00e0 l'impudeur. Mais au-del\u00e0 de \u00e7a, je vois qu'il s'agit plut\u00f4t de dispositif. Ce qui me g\u00eane et qui semble traverser cette strate morale n'a rien \u00e0 voir avec la morale. La diff\u00e9rence n'est pas dans la nature du texte non plus. Publier sur le site, c'est d\u00e9poser quelque chose dans un lieu stable, silencieux, o\u00f9 le lecteur arrive par d\u00e9placement volontaire. Il lit parce qu'il est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, parce qu'il a accept\u00e9 le temps, la lenteur, l'absence de sollicitation. Le texte reste \u00e0 sa juste \u00e9chelle : une notation, une trace, quelque chose qui n'appelle ni r\u00e9action imm\u00e9diate ni validation. Si je le publie sur les r\u00e9seaux, il devient proche d'une injonction \u00e0 lire, ce qui me para\u00eet inconcevable pour certains textes du carnet. ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/29-janvier-2026.html",
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"title": "29 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-29T06:48:26Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:24:18Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Cocher l’option « ins\u00e9rer les pages vides ins\u00e9r\u00e9es automatiquement » dans l’exportation PDF. Si on ne la coche pas les pages blanches entre chapitres disparaissent. V\u00e9rifier que chaque chapitre commence bien en belle-page. Compter les paragraphes c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. Recompter c\u00f4t\u00e9 anglais. Ils doivent correspondre exactement ligne \u00e0 ligne. Le moindre d\u00e9calage fout tout en l’air. C’est un travail de pointage, de v\u00e9rification, de recomptage. Pas d’\u00e9criture. Du for\u00e7at.\nPour me d\u00e9tendre j’extrais du site tous les articles contenant le verbe peindre<\/a> . Export en Markdown. Nouvelle recherche dans Obsidian pour isoler chaque phrase contenant peindre. Je compile. \u00c7a fait une liste. Je la lis. Je ne sais pas \u00e0 quoi \u00e7a sert mais au moins c’est propre. J’ai test\u00e9 aussi la plateforme Google AI Studio. Mindmap connect\u00e9e au dibbouk. Rapports d’audit automatiques. Pistes de travail sur les parties manquantes. \u00c7a marche. Je range l’id\u00e9e dans un coin. Trop chronophage pour le moment.\nAmende pour exc\u00e8s de vitesse. Twingo vendue en octobre. Le type n’a pas fait le changement de carte grise. Panique. Je fouille mes archives. Le d\u00e9p\u00f4t a bien \u00e9t\u00e9 fait sur l’ANTS. Ouf. Normalement ce n’est plus mes oignons. Normalement.\nDeux gros balaises sonnent. Police municipale. Recensement. J’en profite pour montrer le mur ext\u00e9rieur. Les d\u00e9g\u00e2ts. L’eau qui stagne. La mairie et la voirie se renvoient la patate chaude depuis des mois. Un des balaises dit qu’il faut menacer d’appeler les services v\u00e9t\u00e9rinaires si c’est de la moisissure. On regarde de plus pr\u00e8s avec S. Ce n’est pas de la moisissure. C’est de l’acrylique \u00e9caill\u00e9e sur des plinthes en carrelage. On avait tir\u00e9 sur les budgets. \u00c9conomie de bout de chandelle. R\u00e9sultat : d\u00e8s qu’il pleut mare devant la porte. Serpilli\u00e8res. Les voitures passent \u00e0 70 sur une voie \u00e0 30.\n66 ans aujourd’hui. Compter les paragraphes. Recompter. V\u00e9rifier que tout correspond. Le moindre d\u00e9calage fout tout en l’air.<\/p>",
"content_text": " Cocher l'option \u00ab ins\u00e9rer les pages vides ins\u00e9r\u00e9es automatiquement \u00bb dans l'exportation PDF. Si on ne la coche pas les pages blanches entre chapitres disparaissent. V\u00e9rifier que chaque chapitre commence bien en belle-page. Compter les paragraphes c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. Recompter c\u00f4t\u00e9 anglais. Ils doivent correspondre exactement ligne \u00e0 ligne. Le moindre d\u00e9calage fout tout en l'air. C'est un travail de pointage, de v\u00e9rification, de recomptage. Pas d'\u00e9criture. Du for\u00e7at. Pour me d\u00e9tendre j'extrais du site tous les articles contenant le [verbe peindre->https:\/\/ledibbouk.net\/peindre-3978.html] . Export en Markdown. Nouvelle recherche dans Obsidian pour isoler chaque phrase contenant peindre. Je compile. \u00c7a fait une liste. Je la lis. Je ne sais pas \u00e0 quoi \u00e7a sert mais au moins c'est propre. J'ai test\u00e9 aussi la plateforme Google AI Studio. Mindmap connect\u00e9e au dibbouk. Rapports d'audit automatiques. Pistes de travail sur les parties manquantes. \u00c7a marche. Je range l'id\u00e9e dans un coin. Trop chronophage pour le moment. Amende pour exc\u00e8s de vitesse. Twingo vendue en octobre. Le type n'a pas fait le changement de carte grise. Panique. Je fouille mes archives. Le d\u00e9p\u00f4t a bien \u00e9t\u00e9 fait sur l'ANTS. Ouf. Normalement ce n'est plus mes oignons. Normalement. Deux gros balaises sonnent. Police municipale. Recensement. J'en profite pour montrer le mur ext\u00e9rieur. Les d\u00e9g\u00e2ts. L'eau qui stagne. La mairie et la voirie se renvoient la patate chaude depuis des mois. Un des balaises dit qu'il faut menacer d'appeler les services v\u00e9t\u00e9rinaires si c'est de la moisissure. On regarde de plus pr\u00e8s avec S. Ce n'est pas de la moisissure. C'est de l'acrylique \u00e9caill\u00e9e sur des plinthes en carrelage. On avait tir\u00e9 sur les budgets. \u00c9conomie de bout de chandelle. R\u00e9sultat : d\u00e8s qu'il pleut mare devant la porte. Serpilli\u00e8res. Les voitures passent \u00e0 70 sur une voie \u00e0 30. 66 ans aujourd'hui. Compter les paragraphes. Recompter. V\u00e9rifier que tout correspond. Le moindre d\u00e9calage fout tout en l'air. ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection", "Technologies et Postmodernit\u00e9"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/28-janvier-2026.html",
"url": "https:\/\/ledibbouk.net\/28-janvier-2026.html",
"title": "28 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-28T09:22:38Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:24:29Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Tout et son contraire. De fa\u00e7on continue, en simultan\u00e9. Ce mart\u00e8lement qui mart\u00e8le et mart\u00e8le et remart\u00e8le encore. Je me bouche les oreilles avec la paume des mains, je rel\u00e2che, je recommence. Du son, du silence, du son, du silence. Voil\u00e0 par quoi je suis occup\u00e9 et expos\u00e9. Tout ce qui vient de l’ext\u00e9rieur : tout et son contraire. <\/p>\n Mais si je reste assis, le cul bien cal\u00e9 sur ma chaise, et que je ferme les yeux, je peux former quelque chose qui d\u00e9vorera cet ext\u00e9rieur, c’est certain. Une sorte de virus. D’aimables pens\u00e9es compatissantes pour l’immense connerie humaine... m\u00eame pas. Rien du tout de \u00e7a. Penses-tu. Pas plus que de haine ni rien. <\/p>\n Et si je parviens \u00e0 ne penser \u00e0 rien, mais vraiment \u00e0 rien, \u00e0 que dalle, \u00e0 nib et moins que moins que nib, moins que nib et peau de balle, ce rien jaillit de ma t\u00eate comme Ath\u00e9na de la cervelle d’un dieu. La justice enfin. Plusieurs fois d\u00e9j\u00e0 j’ai vaincu le tout exactement ainsi.<\/p>\n (\u00c7a para\u00eet un peu grandiloquent vu comme \u00e7a, mais bon, si tu n’as pas d’autre moyen que la caricature, vas-y.)<\/em><\/p>\n Hier, alors que j’\u00e9tais assis sur la cuvette des toilettes, j’ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la vision de ma jambe et de mon pied nus pos\u00e9s \u00e0 plat sur le sol. Ce n’\u00e9tait plus vraiment ma jambe et mon pied. C’\u00e9tait la jambe et le pied d’un dieu ou d’un arch\u00e9type — c’est-\u00e0-dire rien \u00e0 voir avec moi, en fait. <\/p>\n Je suis rest\u00e9 un petit moment pour en profiter quand m\u00eame. Ce n’est pas tous les jours que l’on est un dieu. Puis pffuittt, cela est parti comme c’est venu.<\/p>\n Des scientifiques disent maintenant que la distance est une putain de vue de l’esprit. Que l’intrication quantique est d\u00e9sormais la base de tout un nouveau pan de la physique abolissant les distances, et tout ce que l’on a pu savoir jusqu’alors sur le proche et le lointain, l’infiniment grand et le ridiculement petit. <\/p>\n Tout cela pour aboutir dans peu de temps \u00e0 une simulation, c’est quasiment couru. D’un seul coup, je vais me r\u00e9veiller dans le vaisseau naviguant dans les \u00e9gouts d’une m\u00e9galopole extraterrestre, on me d\u00e9connectera pour me rebrancher sur un autre niveau : voyons voir comment tu te d\u00e9brouilleras en phoque, en mygale, en musaraigne ou en bonobo. Des exp\u00e9riences. Rien que des exp\u00e9riences et rien d’autre.<\/p>\n Sale coup pour le moral, celui de se r\u00e9veiller en bas de l’\u00e9chelle alimentaire. Mais il y a toujours un bien pour un mal. Ou vice versa. Il para\u00eet que les bonobos baisent comme des d\u00e9rat\u00e9s, \u00e7a leur sert de lubrifiant social (quelle horreur !).<\/p>\n Tout \u00e7a est \u00e0 m\u00e9diter et surtout, apr\u00e8s avoir fait un nouveau tour de piste, \u00e0 se reposer la m\u00eame sempiternelle question : <\/p>\n Kestuveu ?<\/strong><\/p>\n Je cherche, je cherche, je cherche. \nRien. Rien du tout — c’est ce qui me vient d\u00e9sormais de mani\u00e8re automatique. Je ne crois pas que ce soit tout \u00e0 fait normal. Je ne suis m\u00eame pas loin de penser que \u00e7a fait partie d’un plan plus vaste. Je ne suis peut-\u00eatre pas le seul \u00e0 ne plus rien vouloir du tout. Un plan de lobotomie crois\u00e9 avec un plan de vasectomie g\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n « Vous n’aurez rien et vous serez heureux. »<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n Et si tu n’es pas heureux, ce sera enti\u00e8rement de ta faute \u00e0 toi et on enverra des armoires \u00e0 glace qui \u00e9ructent au lieu de parler pour t’apprendre \u00e0 \u00eatre heureux.<\/p>",
"content_text": " Tout et son contraire. De fa\u00e7on continue, en simultan\u00e9. Ce mart\u00e8lement qui mart\u00e8le et mart\u00e8le et remart\u00e8le encore. Je me bouche les oreilles avec la paume des mains, je rel\u00e2che, je recommence. Du son, du silence, du son, du silence. Voil\u00e0 par quoi je suis occup\u00e9 et expos\u00e9. Tout ce qui vient de l'ext\u00e9rieur : tout et son contraire. Mais si je reste assis, le cul bien cal\u00e9 sur ma chaise, et que je ferme les yeux, je peux former quelque chose qui d\u00e9vorera cet ext\u00e9rieur, c'est certain. Une sorte de virus. D'aimables pens\u00e9es compatissantes pour l'immense connerie humaine... m\u00eame pas. Rien du tout de \u00e7a. Penses-tu. Pas plus que de haine ni rien. Et si je parviens \u00e0 ne penser \u00e0 rien, mais vraiment \u00e0 rien, \u00e0 que dalle, \u00e0 nib et moins que moins que nib, moins que nib et peau de balle, ce rien jaillit de ma t\u00eate comme Ath\u00e9na de la cervelle d'un dieu. La justice enfin. Plusieurs fois d\u00e9j\u00e0 j'ai vaincu le tout exactement ainsi. *(\u00c7a para\u00eet un peu grandiloquent vu comme \u00e7a, mais bon, si tu n'as pas d'autre moyen que la caricature, vas-y.)* --- Hier, alors que j'\u00e9tais assis sur la cuvette des toilettes, j'ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la vision de ma jambe et de mon pied nus pos\u00e9s \u00e0 plat sur le sol. Ce n'\u00e9tait plus vraiment ma jambe et mon pied. C'\u00e9tait la jambe et le pied d'un dieu ou d'un arch\u00e9type \u2014 c'est-\u00e0-dire rien \u00e0 voir avec moi, en fait. Je suis rest\u00e9 un petit moment pour en profiter quand m\u00eame. Ce n'est pas tous les jours que l'on est un dieu. Puis pffuittt, cela est parti comme c'est venu. --- Des scientifiques disent maintenant que la distance est une putain de vue de l'esprit. Que l'intrication quantique est d\u00e9sormais la base de tout un nouveau pan de la physique abolissant les distances, et tout ce que l'on a pu savoir jusqu'alors sur le proche et le lointain, l'infiniment grand et le ridiculement petit. Tout cela pour aboutir dans peu de temps \u00e0 une simulation, c'est quasiment couru. D'un seul coup, je vais me r\u00e9veiller dans le vaisseau naviguant dans les \u00e9gouts d'une m\u00e9galopole extraterrestre, on me d\u00e9connectera pour me rebrancher sur un autre niveau : voyons voir comment tu te d\u00e9brouilleras en phoque, en mygale, en musaraigne ou en bonobo. Des exp\u00e9riences. Rien que des exp\u00e9riences et rien d'autre. Sale coup pour le moral, celui de se r\u00e9veiller en bas de l'\u00e9chelle alimentaire. Mais il y a toujours un bien pour un mal. Ou vice versa. Il para\u00eet que les bonobos baisent comme des d\u00e9rat\u00e9s, \u00e7a leur sert de lubrifiant social (quelle horreur !). --- Tout \u00e7a est \u00e0 m\u00e9diter et surtout, apr\u00e8s avoir fait un nouveau tour de piste, \u00e0 se reposer la m\u00eame sempiternelle question : **Kestuveu ?** Je cherche, je cherche, je cherche. Rien. Rien du tout \u2014 c'est ce qui me vient d\u00e9sormais de mani\u00e8re automatique. Je ne crois pas que ce soit tout \u00e0 fait normal. Je ne suis m\u00eame pas loin de penser que \u00e7a fait partie d'un plan plus vaste. Je ne suis peut-\u00eatre pas le seul \u00e0 ne plus rien vouloir du tout. Un plan de lobotomie crois\u00e9 avec un plan de vasectomie g\u00e9n\u00e9ral. > *\u00ab Vous n'aurez rien et vous serez heureux. \u00bb* Et si tu n'es pas heureux, ce sera enti\u00e8rement de ta faute \u00e0 toi et on enverra des armoires \u00e0 glace qui \u00e9ructent au lieu de parler pour t'apprendre \u00e0 \u00eatre heureux. ",
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/27-janvier-2026.html",
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"title": "27 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-27T06:52:16Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:24:43Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Faillit tourner en bourrique. L’imp\u00e9ratif de toujours commencer un nouveau chapitre en \"belle-page\", en ins\u00e9rant des sauts manuels fonctionne bien sur LibreOffice Writer mais si on ne fait pas attention \u00e0 cocher une petite option dans l’exportation en PDF ces pages vides ne sont pas prises en compte (ins\u00e9rer les pages vides ins\u00e9r\u00e9es automatiquement). Ce sont \u00e0 mon avis des trucs<\/em> de d\u00e9butant et qui me placent donc dans cette position de d\u00e9butant. L\u00e9ger agacement. Alors que j’ai, de nombreuses fois, \u00e9crit qu’il \"fallait\"<\/em> conserver cet esprit du d\u00e9butant, mais c’\u00e9tait pour peindre \u00e9videmment, donc ce ne devait pas \u00eatre la m\u00eame chose<\/em> ah ah ah. J’adore tomber sur mes propres contradictions.<\/p>\n Position de d\u00e9butant devant LibreOffice, donc. Position de patient la veille — m\u00eame rapport de forces, m\u00eame ignorance face \u00e0 ce qui se passe vraiment.<\/p>\n La journ\u00e9e d’hier fut plut\u00f4t rude alors que nous sommes partis sous un beau ciel bleu. D’abord d\u00e9pos\u00e9 S. \u00e0 l’h\u00f4pital Lyon-Sud, puis suivi le GPS jusqu’\u00e0 Montplaisir pour me rendre ensuite \u00e0 la clinique mutualiste de la rue Feuillat. Se faire arracher quatre dents d’un coup et repartir un peu sonn\u00e9 de nouveau vers l’h\u00f4pital pour r\u00e9cup\u00e9rer S. La jauge \u00e9tait dans le rouge et pas trouv\u00e9 d’autre solution que de remettre du carburant \u00e0 la premi\u00e8re station-service trouv\u00e9e. 1,78 le litre de gazole. Donc 20 balles seulement pour compenser l’augmentation insens\u00e9e. Le temps que l’anesth\u00e9sie s’\u00e9vanouisse quelques lancements dans l’os de la m\u00e2choire mais rien de bien m\u00e9chant. Prise de Doliprane \u00e0 l’arriv\u00e9e.<\/p>\n \u00c7a va trop vite. Reviens sur le si\u00e8ge du dentiste. Reviens m\u00eame un peu avant. Tu viens de trouver une place non payante juste la rue derri\u00e8re la MGEN et t’es plut\u00f4t content d’avoir trouv\u00e9 une place gratuite. Tu montes dans l’ascenseur pour rejoindre le premier \u00e9tage avec un bon quart d’heure d’avance comme pr\u00e9vu. Tu fais un peu la queue pour t’enregistrer au secr\u00e9tariat. En attendant tu regardes autour de toi les gens dans la file, la femme qui se fait enregistrer juste avant toi parle fort et raconte sa vie : « Non mercredi matin \u00e7a ne va pas j’ai une conf\u00e9rence, plut\u00f4t l’apr\u00e8s-midi vers 16 heures si c’est possible. » Je remarque la coupe de cheveux de la femme derri\u00e8re moi et son sourire tous les deux lisses. Quelle patience et je fouille dans mes poches pour sortir mon portefeuille, j’en extrait ma carte vitale et ma carte de mutuelle, \u00e7a lui \u00e9conomisera de la salive. Je d\u00e9pose tout \u00e7a quand c’est mon tour et effectivement cool sourire plus franc. J’ai entendu quelqu’un appeler Ath\u00e9na et j’ai vu la femme regarder dans la direction d’o\u00f9 venait la voix. Incroyable si elle s’appelle Ath\u00e9na. Bref je suis enregistr\u00e9 et je rejoins la salle d’attente. Pas tant de monde. Je ne sais pas trop quoi dire sur les personnes assises l\u00e0. Ce sont des vieux comme moi, des invisibles. Le point commun c’est qu’aucun ne regarde son portable. Ils regardent plut\u00f4t dans le vide \u00e9vitant mon regard quand mon regard se pose sur leur regard. Une femme arrive et dit mon nom. Je la suis et je retrouve au fond de la pi\u00e8ce ce bon vieux doc Folamour.<\/p>\n -- Alors qu’il dit c’est aujourd’hui qu’on explose tout ?\n-- Vous me piquez avant j’ose demander.<\/p>\n Il se marre.<\/p>\n Comment r\u00e9sumer une s\u00e9ance de quasiment une heure durant laquelle j’ai l’impression d’avoir la partie sup\u00e9rieure de la m\u00e2choire arrach\u00e9e. \u00c0 quoi je pense durant ce laps de temps ? \u00c0 Ath\u00e9na, d\u00e9esse de la justice. \u00c0 toutes les sucreries que j’ai ingurgit\u00e9es depuis ma tendre enfance pour obtenir une dentition si pourrie. \u00c0 toutes les fois o\u00f9 j’ai omis de me brosser les dents matin midi et soir. Au dentier de mon grand-p\u00e8re qu’il pla\u00e7ait dans un verre d’eau sur la table de nuit dans la chambre que nous partagions d\u00e9j\u00e0 lorsque je n’\u00e9tais qu’un enfant. Au dentier de mon p\u00e8re ce qui soudain me fit r\u00e9fl\u00e9chir au fait qu’il ait opt\u00e9 pour cet engin alors qu’il aurait largement eu les moyens lui de se faire poser de fausses dents. Aux vies parall\u00e8les. Dans une de ces vies parall\u00e8les j’ai un moment vu un type me ressemblant comme deux gouttes d’eau arborant un sourire carnassier. Ce qui est con avec cette histoire de vies parall\u00e8les c’est que j’ai toujours l’impression d’\u00eatre le moins bien loti de tous mes doubles. Mais peut-\u00eatre qu’\u00e0 un moment la roue tourne, sait-on jamais.<\/p>\n \u00c0 un moment ce fut termin\u00e9. J’ai mordu dans un bout de tissu et je ne parvenais pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 Folamour parce que j’avais un morceau de tissu dans la bouche. Je l’ai attrap\u00e9 avec deux doigts pour dire ce que j’avais \u00e0 dire et aussit\u00f4t il l’a attrap\u00e9 avec des pincettes il est devenu le docteur No mais je n’\u00e9tais toujours pas James Bond. J’\u00e9tais plut\u00f4t press\u00e9 de partir<\/em> car la s\u00e9ance avait dur\u00e9 plus que de raison et S. devait m’attendre \u00e0 l’h\u00f4pital.<\/p>\n Le simple fait de faire la route du retour m’a litt\u00e9ralement claqu\u00e9. \u00c0 l’arriv\u00e9e j’ai pris un Doliprane et j’ai dit bon je suis claqu\u00e9 je vais me coucher.<\/p>\n Illustration<\/strong> Enfant \u00e0 la grenade Diane Arbus.<\/p>",
"content_text": " Faillit tourner en bourrique. L'imp\u00e9ratif de toujours commencer un nouveau chapitre en \"belle-page\", en ins\u00e9rant des sauts manuels fonctionne bien sur LibreOffice Writer mais si on ne fait pas attention \u00e0 cocher une petite option dans l'exportation en PDF ces pages vides ne sont pas prises en compte (ins\u00e9rer les pages vides ins\u00e9r\u00e9es automatiquement). Ce sont \u00e0 mon avis des *trucs* de d\u00e9butant et qui me placent donc dans cette position de d\u00e9butant. L\u00e9ger agacement. Alors que j'ai, de nombreuses fois, \u00e9crit qu'il *\"fallait\"* conserver cet esprit du d\u00e9butant, mais c'\u00e9tait pour peindre \u00e9videmment, donc ce ne devait pas \u00eatre *la m\u00eame chose* ah ah ah. J'adore tomber sur mes propres contradictions. Position de d\u00e9butant devant LibreOffice, donc. Position de patient la veille \u2014 m\u00eame rapport de forces, m\u00eame ignorance face \u00e0 ce qui se passe vraiment. La journ\u00e9e d'hier fut plut\u00f4t rude alors que nous sommes partis sous un beau ciel bleu. D'abord d\u00e9pos\u00e9 S. \u00e0 l'h\u00f4pital Lyon-Sud, puis suivi le GPS jusqu'\u00e0 Montplaisir pour me rendre ensuite \u00e0 la clinique mutualiste de la rue Feuillat. Se faire arracher quatre dents d'un coup et repartir un peu sonn\u00e9 de nouveau vers l'h\u00f4pital pour r\u00e9cup\u00e9rer S. La jauge \u00e9tait dans le rouge et pas trouv\u00e9 d'autre solution que de remettre du carburant \u00e0 la premi\u00e8re station-service trouv\u00e9e. 1,78 le litre de gazole. Donc 20 balles seulement pour compenser l'augmentation insens\u00e9e. Le temps que l'anesth\u00e9sie s'\u00e9vanouisse quelques lancements dans l'os de la m\u00e2choire mais rien de bien m\u00e9chant. Prise de Doliprane \u00e0 l'arriv\u00e9e. \u00c7a va trop vite. Reviens sur le si\u00e8ge du dentiste. Reviens m\u00eame un peu avant. Tu viens de trouver une place non payante juste la rue derri\u00e8re la MGEN et t'es plut\u00f4t content d'avoir trouv\u00e9 une place gratuite. Tu montes dans l'ascenseur pour rejoindre le premier \u00e9tage avec un bon quart d'heure d'avance comme pr\u00e9vu. Tu fais un peu la queue pour t'enregistrer au secr\u00e9tariat. En attendant tu regardes autour de toi les gens dans la file, la femme qui se fait enregistrer juste avant toi parle fort et raconte sa vie : \u00ab Non mercredi matin \u00e7a ne va pas j'ai une conf\u00e9rence, plut\u00f4t l'apr\u00e8s-midi vers 16 heures si c'est possible. \u00bb Je remarque la coupe de cheveux de la femme derri\u00e8re moi et son sourire tous les deux lisses. Quelle patience et je fouille dans mes poches pour sortir mon portefeuille, j'en extrait ma carte vitale et ma carte de mutuelle, \u00e7a lui \u00e9conomisera de la salive. Je d\u00e9pose tout \u00e7a quand c'est mon tour et effectivement cool sourire plus franc. J'ai entendu quelqu'un appeler Ath\u00e9na et j'ai vu la femme regarder dans la direction d'o\u00f9 venait la voix. Incroyable si elle s'appelle Ath\u00e9na. Bref je suis enregistr\u00e9 et je rejoins la salle d'attente. Pas tant de monde. Je ne sais pas trop quoi dire sur les personnes assises l\u00e0. Ce sont des vieux comme moi, des invisibles. Le point commun c'est qu'aucun ne regarde son portable. Ils regardent plut\u00f4t dans le vide \u00e9vitant mon regard quand mon regard se pose sur leur regard. Une femme arrive et dit mon nom. Je la suis et je retrouve au fond de la pi\u00e8ce ce bon vieux doc Folamour. \u2014 Alors qu'il dit c'est aujourd'hui qu'on explose tout ? \u2014 Vous me piquez avant j'ose demander. Il se marre. Comment r\u00e9sumer une s\u00e9ance de quasiment une heure durant laquelle j'ai l'impression d'avoir la partie sup\u00e9rieure de la m\u00e2choire arrach\u00e9e. \u00c0 quoi je pense durant ce laps de temps ? \u00c0 Ath\u00e9na, d\u00e9esse de la justice. \u00c0 toutes les sucreries que j'ai ingurgit\u00e9es depuis ma tendre enfance pour obtenir une dentition si pourrie. \u00c0 toutes les fois o\u00f9 j'ai omis de me brosser les dents matin midi et soir. Au dentier de mon grand-p\u00e8re qu'il pla\u00e7ait dans un verre d'eau sur la table de nuit dans la chambre que nous partagions d\u00e9j\u00e0 lorsque je n'\u00e9tais qu'un enfant. Au dentier de mon p\u00e8re ce qui soudain me fit r\u00e9fl\u00e9chir au fait qu'il ait opt\u00e9 pour cet engin alors qu'il aurait largement eu les moyens lui de se faire poser de fausses dents. Aux vies parall\u00e8les. Dans une de ces vies parall\u00e8les j'ai un moment vu un type me ressemblant comme deux gouttes d'eau arborant un sourire carnassier. Ce qui est con avec cette histoire de vies parall\u00e8les c'est que j'ai toujours l'impression d'\u00eatre le moins bien loti de tous mes doubles. Mais peut-\u00eatre qu'\u00e0 un moment la roue tourne, sait-on jamais. \u00c0 un moment ce fut termin\u00e9. J'ai mordu dans un bout de tissu et je ne parvenais pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 Folamour parce que j'avais un morceau de tissu dans la bouche. Je l'ai attrap\u00e9 avec deux doigts pour dire ce que j'avais \u00e0 dire et aussit\u00f4t il l'a attrap\u00e9 avec des pincettes il est devenu le docteur No mais je n'\u00e9tais toujours pas James Bond. J'\u00e9tais plut\u00f4t *press\u00e9 de partir* car la s\u00e9ance avait dur\u00e9 plus que de raison et S. devait m'attendre \u00e0 l'h\u00f4pital. Le simple fait de faire la route du retour m'a litt\u00e9ralement claqu\u00e9. \u00c0 l'arriv\u00e9e j'ai pris un Doliprane et j'ai dit bon je suis claqu\u00e9 je vais me coucher. **Illustration** Enfant \u00e0 la grenade Diane Arbus. ",
"image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/enfant-a-la-grenade-d-arbus.jpg?1769496732",
"tags": ["Autofiction et Introspection"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/26-janvier-2026.html",
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"title": "26 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-26T10:08:42Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:24:55Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Le pouvoir du plus fort, du plus arm\u00e9, du plus grossier, contient en lui-m\u00eame sa propre destruction. En attendant, il faut le subir et l\u2019\u00e9tudier. \u00c7a ressemble \u00e0 un de ces parcours p\u00e9rilleux tout au fond d\u2019une mine d\u2019or azt\u00e8que : discernement, attention, vigilance, et r\u00e9activit\u00e9 bien s\u00fbr, sous peine de se faire d\u00e9couper par des haches pendulaires, transpercer par des lances empoisonn\u00e9es au curare, sentir le sol s\u2019effondrer et atterrir au beau milieu d\u2019un nid de serpents venimeux.<\/p>\n L\u2019affrontement direct ne vaut pas grand-chose ; presque toujours pouss\u00e9 par l\u2019\u00e9motion incontr\u00f4l\u00e9e, pas de plan, pas de structures, aucune solution B, le risque de foirade totale augmente \u00e0 proportion de l\u2019impr\u00e9paration.<\/p>\n \u00c0 la question « Voulez-vous tuer le Pr\u00e9sident ? », que tout le monde consid\u00e8re comme une blague, il vaut mieux r\u00e9pondre non, et de la fa\u00e7on la plus naturelle possible.<\/p>\n Pour vaincre les serpents, je ne fais pas de dessin, il faut du sang-froid.<\/p>\n Je me demande s\u2019il ne faudrait pas ouvrir une station radio pirate. La seule chose emb\u00eatante, c\u2019est le : « Allo, ici le P\u00e9age de Roussillon. » Beaucoup moins prestigieux que « Ici Londres ».\nIls ont des soucis \u00e0 Londres. Ils se mettent \u00e0 pr\u00e9voir des krachs boursiers li\u00e9s \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019extraterrestres. Ce qui, il y a encore dix ans, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un fake est d\u00e9sormais entr\u00e9 dans les m\u0153urs, ou presque.<\/p>\n Si \u00e7a se trouve, dans moins de cinq ans, entre les IA qui bosseront pour nous et les extraterrestres qui nous auront offert l\u2019abondance illimit\u00e9e, on aura tous un revenu minimum obligatoire et on s\u2019emmerdera comme des rats morts. Tu ne pourras plus toucher \u00e0 rien sous peine de quoi, on se demande : \u00eatre r\u00e9exp\u00e9di\u00e9 dans les ann\u00e9es 80 ? Ils ma\u00eetriseraient en outre le voyage spatio-temporel. Ce serait cool comme punition, pensez-vous ? Revivre \u00e0 tire-larigot les m\u00eames conneries ad vitam aeternam ? Pas certain.<\/p>\n J\u2019essaie de me projeter dans cinq ans, mais c\u2019est encore escompter sans la rapidit\u00e9 \u00e0 laquelle se d\u00e9place la connerie. Si \u00e7a se trouve, l\u2019an prochain j\u2019aurai mon propre assistant IA (je pr\u00e9f\u00e8rerais une assistante si \u00e7a ne vous d\u00e9range pas, et si j\u2019ai encore mon mot \u00e0 dire — et oui, si elle sait faire l\u2019authentique Paris-Brest avec de la vraie cr\u00e8me au beurre, je ne dis pas non, bien s\u00fbr je ne demande pas la lune).<\/p>\n \u00c9videmment, on n\u2019en est pas encore l\u00e0. Tout \u00e0 l\u2019heure, c\u2019est un vrai toubib, avec la tronche du Dr Folamour, qui va s\u2019occuper de mes canines et de mes molaires. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il m\u2019endormira avant ; tarif S\u00e9cu de base oblige, on ne sait jamais.<\/p>\n En attendant, le p\u00f4le Nord fait des incursions jusqu\u2019\u00e0 Washington, ayant l\u2019air de dire : « Oh, mais trop c\u2019est trop, je vais refroidir vos ardeurs. » Pour un qui est con, tout le monde trinque et dit : « \u00c7a caille jusqu\u2019\u00e0 Sacramento ! » Ou \u00e7a crame de temps \u00e0 autre ; quand il n\u2019y a pas \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 Los Angeles, on se les g\u00e8le.<\/p>\n Le fait est que le danger ultime est de d\u00e9clarer \u00e0 voix haute : « Plus rien ne m\u2019\u00e9tonne. » M\u00eame si on peut parfois le penser tellement fort, il vaut mieux r\u00e9sister aussi contre \u00e7a.<\/p>\n Hier pris toute la journ\u00e9e par les nuages pas eu le temps d’\u00e9crire beaucoup plus qu’aujourd’hui, je le crains. Ce qui doit absolument \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une chance \u00e0 la fois par certain(es) de mes lecteur(esses ou ice mais ice \u00e7a fait t\u00e2che en ce moment ) Mais surtout pour moi-m\u00eame car le fait de se retenir aussi a du bon, m\u00eame dans une \u00e9poque o\u00f9 on se lamente de la chute de la natalit\u00e9.<\/p>\n Ce serait marrant de se poser la question : Que ferait Ulysse dans cette m\u00e9lasse, le Capitaine N\u00e9mo, Thierry La fronde, Le marsupilami, Mister BEans, Homer Simpsons, La reine d\u2019Angleterre, Mario Puzzo etc etc<\/p>\n Homer Simpson ne ferait rien. Absolument rien. Il s’assoirait dans son canap\u00e9 avec une Duff, regarderait la t\u00e9l\u00e9, et attendrait que \u00e7a passe. \"Marge, j’ai pas envie d’aller manifester, y a les Simpson \u00e0 la t\u00e9l\u00e9.\" Le pouvoir du plus fort finirait par s’effondrer tout seul parce que personne ne le prendrait au s\u00e9rieux. Homer incarnerait l’inertie absolue comme forme de r\u00e9sistance passive — pas par principe gandhien, juste par flemme existentielle. Et paradoxalement, \u00e7a marcherait : on ne peut pas tyranniser quelqu’un qui refuse m\u00eame de reconna\u00eetre qu’il est tyrannis\u00e9. \"D’oh !\" serait sa seule r\u00e9action politique. Le syst\u00e8me s’\u00e9puiserait \u00e0 essayer de le mobiliser, de le faire r\u00e9agir, delui faire peur. Mais Homer aurait d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9 le probl\u00e8me entre deux gorg\u00e9es de bi\u00e8re. C’est peut-\u00eatre la strat\u00e9gie la plus subversive de toutes : l’indiff\u00e9rence totale, non militante, juste organique.<\/p>\n Dans un autre monde certainement.<\/p>\n illustration<\/strong> Matt Groening le cr\u00e9ateur des Simpson<\/p>",
"content_text": " Le pouvoir du plus fort, du plus arm\u00e9, du plus grossier, contient en lui-m\u00eame sa propre destruction. En attendant, il faut le subir et l\u2019\u00e9tudier. \u00c7a ressemble \u00e0 un de ces parcours p\u00e9rilleux tout au fond d\u2019une mine d\u2019or azt\u00e8que : discernement, attention, vigilance, et r\u00e9activit\u00e9 bien s\u00fbr, sous peine de se faire d\u00e9couper par des haches pendulaires, transpercer par des lances empoisonn\u00e9es au curare, sentir le sol s\u2019effondrer et atterrir au beau milieu d\u2019un nid de serpents venimeux. L\u2019affrontement direct ne vaut pas grand-chose ; presque toujours pouss\u00e9 par l\u2019\u00e9motion incontr\u00f4l\u00e9e, pas de plan, pas de structures, aucune solution B, le risque de foirade totale augmente \u00e0 proportion de l\u2019impr\u00e9paration. \u00c0 la question \u00ab Voulez-vous tuer le Pr\u00e9sident ? \u00bb, que tout le monde consid\u00e8re comme une blague, il vaut mieux r\u00e9pondre non, et de la fa\u00e7on la plus naturelle possible. Pour vaincre les serpents, je ne fais pas de dessin, il faut du sang-froid. Je me demande s\u2019il ne faudrait pas ouvrir une station radio pirate. La seule chose emb\u00eatante, c\u2019est le : \u00ab Allo, ici le P\u00e9age de Roussillon. \u00bb Beaucoup moins prestigieux que \u00ab Ici Londres \u00bb. Ils ont des soucis \u00e0 Londres. Ils se mettent \u00e0 pr\u00e9voir des krachs boursiers li\u00e9s \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019extraterrestres. Ce qui, il y a encore dix ans, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un fake est d\u00e9sormais entr\u00e9 dans les m\u0153urs, ou presque. Si \u00e7a se trouve, dans moins de cinq ans, entre les IA qui bosseront pour nous et les extraterrestres qui nous auront offert l\u2019abondance illimit\u00e9e, on aura tous un revenu minimum obligatoire et on s\u2019emmerdera comme des rats morts. Tu ne pourras plus toucher \u00e0 rien sous peine de quoi, on se demande : \u00eatre r\u00e9exp\u00e9di\u00e9 dans les ann\u00e9es 80 ? Ils ma\u00eetriseraient en outre le voyage spatio-temporel. Ce serait cool comme punition, pensez-vous ? Revivre \u00e0 tire-larigot les m\u00eames conneries ad vitam aeternam ? Pas certain. J\u2019essaie de me projeter dans cinq ans, mais c\u2019est encore escompter sans la rapidit\u00e9 \u00e0 laquelle se d\u00e9place la connerie. Si \u00e7a se trouve, l\u2019an prochain j\u2019aurai mon propre assistant IA (je pr\u00e9f\u00e8rerais une assistante si \u00e7a ne vous d\u00e9range pas, et si j\u2019ai encore mon mot \u00e0 dire \u2014 et oui, si elle sait faire l\u2019authentique Paris-Brest avec de la vraie cr\u00e8me au beurre, je ne dis pas non, bien s\u00fbr je ne demande pas la lune). \u00c9videmment, on n\u2019en est pas encore l\u00e0. Tout \u00e0 l\u2019heure, c\u2019est un vrai toubib, avec la tronche du Dr Folamour, qui va s\u2019occuper de mes canines et de mes molaires. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il m\u2019endormira avant ; tarif S\u00e9cu de base oblige, on ne sait jamais. En attendant, le p\u00f4le Nord fait des incursions jusqu\u2019\u00e0 Washington, ayant l\u2019air de dire : \u00ab Oh, mais trop c\u2019est trop, je vais refroidir vos ardeurs. \u00bb Pour un qui est con, tout le monde trinque et dit : \u00ab \u00c7a caille jusqu\u2019\u00e0 Sacramento ! \u00bb Ou \u00e7a crame de temps \u00e0 autre ; quand il n\u2019y a pas \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 Los Angeles, on se les g\u00e8le. Le fait est que le danger ultime est de d\u00e9clarer \u00e0 voix haute : \u00ab Plus rien ne m\u2019\u00e9tonne. \u00bb M\u00eame si on peut parfois le penser tellement fort, il vaut mieux r\u00e9sister aussi contre \u00e7a. Hier pris toute la journ\u00e9e par les nuages pas eu le temps d'\u00e9crire beaucoup plus qu'aujourd'hui, je le crains. Ce qui doit absolument \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une chance \u00e0 la fois par certain(es) de mes lecteur(esses ou ice mais ice \u00e7a fait t\u00e2che en ce moment ) Mais surtout pour moi-m\u00eame car le fait de se retenir aussi a du bon, m\u00eame dans une \u00e9poque o\u00f9 on se lamente de la chute de la natalit\u00e9. Ce serait marrant de se poser la question : Que ferait Ulysse dans cette m\u00e9lasse, le Capitaine N\u00e9mo, Thierry La fronde, Le marsupilami, Mister BEans, Homer Simpsons, La reine d\u2019Angleterre, Mario Puzzo etc etc Homer Simpson ne ferait rien. Absolument rien. Il s'assoirait dans son canap\u00e9 avec une Duff, regarderait la t\u00e9l\u00e9, et attendrait que \u00e7a passe. \"Marge, j'ai pas envie d'aller manifester, y a les Simpson \u00e0 la t\u00e9l\u00e9.\" Le pouvoir du plus fort finirait par s'effondrer tout seul parce que personne ne le prendrait au s\u00e9rieux. Homer incarnerait l'inertie absolue comme forme de r\u00e9sistance passive \u2014 pas par principe gandhien, juste par flemme existentielle. Et paradoxalement, \u00e7a marcherait : on ne peut pas tyranniser quelqu'un qui refuse m\u00eame de reconna\u00eetre qu'il est tyrannis\u00e9. \"D'oh!\" serait sa seule r\u00e9action politique. Le syst\u00e8me s'\u00e9puiserait \u00e0 essayer de le mobiliser, de le faire r\u00e9agir, delui faire peur. Mais Homer aurait d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9 le probl\u00e8me entre deux gorg\u00e9es de bi\u00e8re. C'est peut-\u00eatre la strat\u00e9gie la plus subversive de toutes : l'indiff\u00e9rence totale, non militante, juste organique. Dans un autre monde certainement. **illustration** Matt Groening le cr\u00e9ateur des Simpson ",
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"title": "25 janvier 2025",
"date_published": "2026-01-25T07:47:48Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:25:07Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " R\u00e9veil \u00e0 5h55 pour charger la voiture de v\u00eatements que S. veut aller vendre \u00e0 Saint-Pierre-de-B\u0153uf dans une salle communale. Nous aurions pu le faire hier au soir en rentrant de Lyon, mais il faisait d\u00e9j\u00e0 nuit. Si j\u2019\u00e9cris 5h55, c\u2019est que je me souviens avoir lu ces chiffres sur l\u2019\u00e9cran du r\u00e9veil pos\u00e9 sur la table de nuit. Des chiffres de couleur verte. Le mot luminescent pourrait \u00eatre utilis\u00e9 dans la phrase. Je pourrais parvenir \u00e0 le glisser en m\u00eame temps qu\u2019affichage \u00e0 cristaux liquides. Je me demande si au lieu d\u2019\u00e9crire voiture je ne devrais pas \u00e9crire v\u00e9hicule ou Dacia Logan.<\/p>\n La luminescence des chiffres attira son regard. L\u2019affichage \u00e0 cristaux liquides du r\u00e9veil pos\u00e9 sur la table de chevet. (On peut aussi dire table de nuit ; je dis plus naturellement table de nuit personnellement. Pourquoi alors dire chevet ? Parce que \u00e7a ressemble plus \u00e0 un mot litt\u00e9raire ?)<\/p>\n De quoi suis-je en train de parler, vraiment ? Qu\u2019est-ce qui me pousse vraiment \u00e0 \u00e9crire ce genre de choses, tellement insignifiantes ? Une r\u00e9volte. Une r\u00e9bellion. Ce sont les premiers mots qui s\u2019avancent et pond\u00e8rent la connexion entre question et raisons possibles faisant office d\u2019explication. De quelle nature est cette pond\u00e9ration, en revanche, je l\u2019ignore. Pourquoi dire r\u00e9volte ou r\u00e9bellion et pas oreiller ou l\u00e8che-frite ? C\u2019est donc une pond\u00e9ration r\u00e9flexe, quelque chose de tellement « programm\u00e9 » qu\u2019on n\u2019aurait plus besoin d\u2019y penser ; c\u2019est le fruit d\u2019une longue suite de questions-r\u00e9ponses avec une tr\u00e8s faible variation de r\u00e9sultat : soit r\u00e9volte, soit r\u00e9bellion, le mot col\u00e8re pouvant s\u2019immiscer de temps \u00e0 autre si on plisse un peu plus les yeux.<\/p>\n Qu\u2019est-ce que le nouveau, me demandai-je ensuite. Et c\u2019est un pourcentage tr\u00e8s faible (2,5\u202f%) qui apparut, associ\u00e9 au nom de Rogers — la courbe de diffusion de l\u2019innovation.\nLes innovateurs repr\u00e9sentent 2,5\u202f% de la population mondiale, c\u2019est-\u00e0-dire environ 200 millions d\u2019individus aujourd\u2019hui. Si on ajoute \u00e0 cela les early adopters — qui n\u2019innovent pas, mais tol\u00e8rent mieux que le reste le changement, la nouveaut\u00e9 —, cela repr\u00e9sente environ 13,5\u202f% de la population, soit pr\u00e8s d\u20191,1 milliard de personnes.\nCe n\u2019est pas si mal, quand on y pense. Cela redonne un peu d\u2019espoir.<\/p>\n Encore faut-il savoir ce que tu nommes le nouveau, le neuf<\/em>... constat instantan\u00e9 : le march\u00e9 de l’occasion, de la seconde main<\/em> se d\u00e9veloppe plus rapidement en France que le march\u00e9 du neuf. Notamment pour les v\u00e9hicules, pour les v\u00eatements. Il faut revenir en arri\u00e8re et s’int\u00e9rroger sur ce que tu nommes le neuf. Tu aurais tendance \u00e0 parler d’id\u00e9e neuve par exemple, mais dans quelle mesure une id\u00e9e sera t’elle vraiment neuve<\/em> c’est \u00e0 dire aussi jamais utilis\u00e9e, jamais port\u00e9e<\/em> par quiconque. Es-tu vraiment certain que ce genre d’id\u00e9e puisse r\u00e9ellement exister qu’elle ne soit pas un pur fantasme ?<\/p>\n Hier par exemple, tu es tomb\u00e9 sur un article concernant la cr\u00e9ation et la distribution d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en Finlande.<\/p>\n Des scientifiques finlandais ont utilis\u00e9 des ondes \u00e9lectromagn\u00e9tiques et des syst\u00e8mes laser pour transmettre de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 distance, \u00e9liminant ainsi le besoin de connexions physiques tout en maintenant le contr\u00f4le, l\u2019efficacit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de la distribution.<\/p>\n<\/blockquote>\n Imm\u00e9diatement tu penses \u00e0 cet instant aux travaux de Nikola Tesla qui aurait d\u00e9j\u00e0 invent\u00e9 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sans fil, puis \u00e0 la Tartarie, aux pyramides, \u00e0 tout ce flux envahissant les r\u00e9seaux sociaux depuis des ann\u00e9es concernant ces th\u00e9ories dites « alternatives ». N\u2019est-ce pas une forme de r\u00e9p\u00e9tition \u00e9galement d\u2019\u00eatre toujours ainsi aimant\u00e9 par ces sujets, toujours les m\u00eames, et qui fait que, lorsque soudain on aper\u00e7oit l\u2019article sur l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sans fil en Finlande, cela fait basculer la pond\u00e9ration vers quelque chose qui penchera vers une notion de vrai plut\u00f4t que de faux ?<\/p>\n \u00e0 noter pour ce jour ce terme de pond\u00e9ration, tr\u00e8s important pour comprendre \u00e9galement comment fonctionnent les IA. <\/p>\n Stage toute la journ\u00e9e sur les nuages. Je n’ai pas parl\u00e9 de ces images hypnagogiques avant de m’endormir hier au soir. La terre \u00e9tait comme une grosse lessiveuse qui recyclait sans arr\u00eat les civilisations. Recycler n’est pas le bon mot. Elle les absorbait, en faisait une bouillie nutritive, les enfouissait tout au fond de ses entrailles jusqu’\u00e0 ce qu’il n’en reste plus aucune trace. Le sentiment qui s’en suivait \u00e9tait \u00e0 mi-chemin entre l’effroi et le soulagement.<\/p>\n illustration<\/strong> : Salvador Dali. Construction molle avec haricots bouillis (Pr\u00e9monition de la guerre civile) (1936)\nHuile sur toile, 100 \u00d7 100 cm, Philadelphia Museum of Art.<\/p>",
"content_text": " R\u00e9veil \u00e0 5h55 pour charger la voiture de v\u00eatements que S. veut aller vendre \u00e0 Saint-Pierre-de-B\u0153uf dans une salle communale. Nous aurions pu le faire hier au soir en rentrant de Lyon, mais il faisait d\u00e9j\u00e0 nuit. Si j\u2019\u00e9cris 5h55, c\u2019est que je me souviens avoir lu ces chiffres sur l\u2019\u00e9cran du r\u00e9veil pos\u00e9 sur la table de nuit. Des chiffres de couleur verte. Le mot luminescent pourrait \u00eatre utilis\u00e9 dans la phrase. Je pourrais parvenir \u00e0 le glisser en m\u00eame temps qu\u2019affichage \u00e0 cristaux liquides. Je me demande si au lieu d\u2019\u00e9crire voiture je ne devrais pas \u00e9crire v\u00e9hicule ou Dacia Logan. La luminescence des chiffres attira son regard. L\u2019affichage \u00e0 cristaux liquides du r\u00e9veil pos\u00e9 sur la table de chevet. (On peut aussi dire table de nuit ; je dis plus naturellement table de nuit personnellement. Pourquoi alors dire chevet ? Parce que \u00e7a ressemble plus \u00e0 un mot litt\u00e9raire ?) De quoi suis-je en train de parler, vraiment ? Qu\u2019est-ce qui me pousse vraiment \u00e0 \u00e9crire ce genre de choses, tellement insignifiantes ? Une r\u00e9volte. Une r\u00e9bellion. Ce sont les premiers mots qui s\u2019avancent et pond\u00e8rent la connexion entre question et raisons possibles faisant office d\u2019explication. De quelle nature est cette pond\u00e9ration, en revanche, je l\u2019ignore. Pourquoi dire r\u00e9volte ou r\u00e9bellion et pas oreiller ou l\u00e8che-frite ? C\u2019est donc une pond\u00e9ration r\u00e9flexe, quelque chose de tellement \u00ab programm\u00e9 \u00bb qu\u2019on n\u2019aurait plus besoin d\u2019y penser ; c\u2019est le fruit d\u2019une longue suite de questions-r\u00e9ponses avec une tr\u00e8s faible variation de r\u00e9sultat : soit r\u00e9volte, soit r\u00e9bellion, le mot col\u00e8re pouvant s\u2019immiscer de temps \u00e0 autre si on plisse un peu plus les yeux. Qu\u2019est-ce que le nouveau, me demandai-je ensuite. Et c\u2019est un pourcentage tr\u00e8s faible (2,5 %) qui apparut, associ\u00e9 au nom de Rogers \u2014 la courbe de diffusion de l\u2019innovation. Les innovateurs repr\u00e9sentent 2,5 % de la population mondiale, c\u2019est-\u00e0-dire environ 200 millions d\u2019individus aujourd\u2019hui. Si on ajoute \u00e0 cela les early adopters \u2014 qui n\u2019innovent pas, mais tol\u00e8rent mieux que le reste le changement, la nouveaut\u00e9 \u2014, cela repr\u00e9sente environ 13,5 % de la population, soit pr\u00e8s d\u20191,1 milliard de personnes. Ce n\u2019est pas si mal, quand on y pense. Cela redonne un peu d\u2019espoir. Encore faut-il savoir ce que tu nommes le nouveau, *le neuf*... constat instantan\u00e9 : le march\u00e9 de l'occasion, de la *seconde main* se d\u00e9veloppe plus rapidement en France que le march\u00e9 du neuf. Notamment pour les v\u00e9hicules, pour les v\u00eatements. Il faut revenir en arri\u00e8re et s'int\u00e9rroger sur ce que tu nommes le neuf. Tu aurais tendance \u00e0 parler d'id\u00e9e neuve par exemple, mais dans quelle mesure une id\u00e9e sera t'elle vraiment *neuve* c'est \u00e0 dire aussi jamais utilis\u00e9e, jamais *port\u00e9e* par quiconque. Es-tu vraiment certain que ce genre d'id\u00e9e puisse r\u00e9ellement exister qu'elle ne soit pas un pur fantasme ? Hier par exemple, tu es tomb\u00e9 sur un article concernant la cr\u00e9ation et la distribution d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en Finlande. >Des scientifiques finlandais ont utilis\u00e9 des ondes \u00e9lectromagn\u00e9tiques et des syst\u00e8mes laser pour transmettre de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 distance, \u00e9liminant ainsi le besoin de connexions physiques tout en maintenant le contr\u00f4le, l\u2019efficacit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de la distribution. Imm\u00e9diatement tu penses \u00e0 cet instant aux travaux de Nikola Tesla qui aurait d\u00e9j\u00e0 invent\u00e9 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sans fil, puis \u00e0 la Tartarie, aux pyramides, \u00e0 tout ce flux envahissant les r\u00e9seaux sociaux depuis des ann\u00e9es concernant ces th\u00e9ories dites \u00ab alternatives \u00bb. N\u2019est-ce pas une forme de r\u00e9p\u00e9tition \u00e9galement d\u2019\u00eatre toujours ainsi aimant\u00e9 par ces sujets, toujours les m\u00eames, et qui fait que, lorsque soudain on aper\u00e7oit l\u2019article sur l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sans fil en Finlande, cela fait basculer la pond\u00e9ration vers quelque chose qui penchera vers une notion de vrai plut\u00f4t que de faux ? \u00e0 noter pour ce jour ce terme de pond\u00e9ration, tr\u00e8s important pour comprendre \u00e9galement comment fonctionnent les IA. Stage toute la journ\u00e9e sur les nuages. Je n'ai pas parl\u00e9 de ces images hypnagogiques avant de m'endormir hier au soir. La terre \u00e9tait comme une grosse lessiveuse qui recyclait sans arr\u00eat les civilisations. Recycler n'est pas le bon mot. Elle les absorbait, en faisait une bouillie nutritive, les enfouissait tout au fond de ses entrailles jusqu'\u00e0 ce qu'il n'en reste plus aucune trace. Le sentiment qui s'en suivait \u00e9tait \u00e0 mi-chemin entre l'effroi et le soulagement. **illustration** : Salvador Dali. Construction molle avec haricots bouillis (Pr\u00e9monition de la guerre civile) (1936) Huile sur toile, 100 \u00d7 100 cm, Philadelphia Museum of Art. ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection", "Technologies et Postmodernit\u00e9"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/24-janvier-2026.html",
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"title": "24 janvier 2026 ",
"date_published": "2026-01-24T07:55:19Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:25:19Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Marcher est plus int\u00e9ressant que de s\u2019arr\u00eater<\/em>. Je me r\u00e9veille avec cette phrase, et presque aussit\u00f4t il faut que je la note. Est-elle une \u00e9nigme ou une r\u00e9ponse \u00e0 une question que je m\u2019\u00e9tais pos\u00e9e la veille ? Impossible d\u2019en d\u00e9cider avant de l\u2019avoir examin\u00e9e sous toutes ses coutures.<\/p>\n Comme je suis dans l\u2019h\u00e9breu jusqu\u2019aux yeux en ce moment, j\u2019aurais tendance \u00e0 penser \u00e0 une compression (\u05d3\u05bc\u05b0\u05d7\u05b4\u05d9\u05e1\u05d5\u05bc\u05ea, d\u2019hisut<\/em>). Et comme je flotte avec pers\u00e9v\u00e9rance entre v\u00e9rit\u00e9 et mensonge, il y a de grandes chances de percevoir une relation entre ces diff\u00e9rents concepts li\u00e9s au mouvement. Mouvement qui n\u2019est pas un mouvement physique, mais un mouvement de la pens\u00e9e, de l\u2019esprit, voire de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n La langue h\u00e9bra\u00efque, par sa structure racinaire et sa densit\u00e9 s\u00e9mantique, est un outil de compression conceptuelle. Un mot, une racine, contient un champ de significations en puissance. J\u2019admets sans peine que ce mouvement purement psychique est incomplet, et que corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la marche v\u00e9ritable, voire \u00e0 la course \u00e0 pied, il b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019une toute autre amplitude. Si toutefois le but \u00e9tait de chercher ou de trouver un b\u00e9n\u00e9fice quelconque \u00e0 un mouvement, quel qu\u2019il soit.<\/p>\n L\u2019id\u00e9e de « b\u00e9n\u00e9fice » pr\u00e9suppose un point d\u2019arr\u00eat, un compte \u00e0 rendre, une \u00e9conomie. Or, le mouvement dont je parle semble \u00e9chapper \u00e0 cette comptabilit\u00e9. Il est d\u00e9pense pure. Comme le souffle. Il ne « m\u00e8ne » nulle part ailleurs qu\u2019\u00e0 sa propre continuation.<\/p>\n Cette phrase du r\u00e9veil, alors, n\u2019est ni \u00e9nigme ni r\u00e9ponse. Elle est le premier souffle d\u2019une journ\u00e9e de pens\u00e9e. Et noter cette phrase, c\u2019est accepter de se mettre en route, sans garantie d\u2019arriv\u00e9e.<\/p>\n Peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 le lien ultime entre v\u00e9rit\u00e9 et mensonge, \u00e0 travers le mouvement : la v\u00e9rit\u00e9 serait de consentir \u00e0 ce cheminement sans fin ; le mensonge, de pr\u00e9tendre en \u00eatre sorti, d\u2019avoir trouv\u00e9 le « b\u00e9n\u00e9fice » qui justifierait d\u2019abandonner la marche.<\/p>\n Ce texte, maintenant, est lui-m\u00eame une marche. Le lecteur qui le parcourt refait le chemin avec moi, du r\u00e9veil \u00e0 l\u2019insight final, et ressent \u00e0 son tour ce mouvement de l\u2019esprit qui ne cherche pas \u00e0 arriver, mais \u00e0 cheminer.<\/p>\n Je pourrais me contenter de cet accomplissement, si, comme d\u2019habitude apr\u00e8s tout accomplissement, je n\u2019\u00e9prouvais soudain la pr\u00e9sence de cette minuscule faille qui me place dans la pr\u00e9sence de l\u2019inachev\u00e9. Reste \u00e0 savoir si j\u2019obtemp\u00e8re \u00e0 l\u2019appel de cette faille, et de plus si j\u2019obtemp\u00e8re de bon gr\u00e9 ou pas. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est temps de s\u2019interroger sur le bien-fond\u00e9 d\u2019une pers\u00e9v\u00e9rance qui ne cacherait qu\u2019obstination t\u00eatue et pu\u00e9rile.<\/p>\n \u00c0 moins que je ne m\u2019interroge pas simultan\u00e9ment que je pers\u00e9v\u00e8re, que j\u2019\u00e9carte au loin la position m\u00e9ta vis-\u00e0-vis de ce que j\u2019\u00e9cris au moment o\u00f9 je l\u2019\u00e9cris. Que je me dise : gardons le meilleur (ou le pire) pour la fin. Quelle fin ? Celle du texte, la mienne, peu importe. Le tout \u00e9tant de conserver quelque chose en dehors de ce mouvement se confondant avec la pers\u00e9v\u00e9rance. Preuve que l\u2019on cherche une preuve, preuve qu\u2019il y a bien un meurtre, en tout cas un d\u00e9lit \u00e0 vouloir jouer ainsi avec la pens\u00e9e, l\u2019esprit, voire l\u2019\u00e2me.<\/p>\n La faille est le lieu o\u00f9 le mouvement prend conscience de lui-m\u00eame. Et cette conscience est \u00e0 la fois ce qui le menace d\u2019arr\u00eat et ce qui l\u2019oblige \u00e0 repartir. \u00c9crire, d\u00e8s lors, n\u2019est pas raconter la marche. C\u2019est marcher sur la faille.<\/p>\n Et puis vient l\u2019\u00e9preuve du faire. L\u2019exp\u00e9rience pratico-pratique : se lancer dans la cr\u00e9ation d\u2019un vrai livre bilingue, naviguer parmi les \u00e9cueils innombrables que cette petite folie impose. Trop d\u2019outils diff\u00e9rents multiplient les points de rupture.<\/p>\n On se d\u00e9bat, panique dans les sables mouvants. Cr\u00e9ation de pages « plaintext » — \u00e9chec partiel. M\u00eame en « plaintext », Notion ajoute du formatage invisible.<\/p>\n Donc, \u00e9crire avant d\u2019\u00e9crire<\/strong> : r\u00e8gles et contraintes.<\/p>\n Questions \u00e0 poser avant de courir :<\/strong><\/p>\n Principe :<\/strong><\/p>\n Outils :<\/strong><\/p>\n Notion excelle pour :<\/strong><\/p>\n Notion \u00e9choue pour :<\/strong><\/p>\n Pour l\u2019\u00e9dition bilingue, la r\u00e9partition s\u2019impose :<\/strong><\/p>\n Alternance.<\/strong> Dans une respiration, il y a deux phases : l\u2019inspiration, l\u2019expiration. C\u2019est ce que l\u2019on per\u00e7oit. Mais on oublie qu\u2019il existe un espace entre ces deux phases. On l\u2019oublie comme on oublie les lettres et les blancs entre les lettres, une fois que l\u2019on a appris \u00e0 lire.<\/p>\n Illustration<\/strong> L’artiste Marcel Duchamp descendant un escalier dans une image \u00e0 exposition multiple rappelant son c\u00e9l\u00e8bre tableau \"Nu descendant un escalier\". <\/p>",
"content_text": " *Marcher est plus int\u00e9ressant que de s\u2019arr\u00eater*. Je me r\u00e9veille avec cette phrase, et presque aussit\u00f4t il faut que je la note. Est-elle une \u00e9nigme ou une r\u00e9ponse \u00e0 une question que je m\u2019\u00e9tais pos\u00e9e la veille ? Impossible d\u2019en d\u00e9cider avant de l\u2019avoir examin\u00e9e sous toutes ses coutures. Comme je suis dans l\u2019h\u00e9breu jusqu\u2019aux yeux en ce moment, j\u2019aurais tendance \u00e0 penser \u00e0 une compression (\u05d3\u05bc\u05b0\u05d7\u05b4\u05d9\u05e1\u05d5\u05bc\u05ea, *d\u2019hisut*). Et comme je flotte avec pers\u00e9v\u00e9rance entre v\u00e9rit\u00e9 et mensonge, il y a de grandes chances de percevoir une relation entre ces diff\u00e9rents concepts li\u00e9s au mouvement. Mouvement qui n\u2019est pas un mouvement physique, mais un mouvement de la pens\u00e9e, de l\u2019esprit, voire de l\u2019\u00e2me. La langue h\u00e9bra\u00efque, par sa structure racinaire et sa densit\u00e9 s\u00e9mantique, est un outil de compression conceptuelle. Un mot, une racine, contient un champ de significations en puissance. J\u2019admets sans peine que ce mouvement purement psychique est incomplet, et que corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la marche v\u00e9ritable, voire \u00e0 la course \u00e0 pied, il b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019une toute autre amplitude. Si toutefois le but \u00e9tait de chercher ou de trouver un b\u00e9n\u00e9fice quelconque \u00e0 un mouvement, quel qu\u2019il soit. L\u2019id\u00e9e de \u00ab b\u00e9n\u00e9fice \u00bb pr\u00e9suppose un point d\u2019arr\u00eat, un compte \u00e0 rendre, une \u00e9conomie. Or, le mouvement dont je parle semble \u00e9chapper \u00e0 cette comptabilit\u00e9. Il est d\u00e9pense pure. Comme le souffle. Il ne \u00ab m\u00e8ne \u00bb nulle part ailleurs qu\u2019\u00e0 sa propre continuation. Cette phrase du r\u00e9veil, alors, n\u2019est ni \u00e9nigme ni r\u00e9ponse. Elle est le premier souffle d\u2019une journ\u00e9e de pens\u00e9e. Et noter cette phrase, c\u2019est accepter de se mettre en route, sans garantie d\u2019arriv\u00e9e. Peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 le lien ultime entre v\u00e9rit\u00e9 et mensonge, \u00e0 travers le mouvement : la v\u00e9rit\u00e9 serait de consentir \u00e0 ce cheminement sans fin ; le mensonge, de pr\u00e9tendre en \u00eatre sorti, d\u2019avoir trouv\u00e9 le \u00ab b\u00e9n\u00e9fice \u00bb qui justifierait d\u2019abandonner la marche. Ce texte, maintenant, est lui-m\u00eame une marche. Le lecteur qui le parcourt refait le chemin avec moi, du r\u00e9veil \u00e0 l\u2019insight final, et ressent \u00e0 son tour ce mouvement de l\u2019esprit qui ne cherche pas \u00e0 arriver, mais \u00e0 cheminer. Je pourrais me contenter de cet accomplissement, si, comme d\u2019habitude apr\u00e8s tout accomplissement, je n\u2019\u00e9prouvais soudain la pr\u00e9sence de cette minuscule faille qui me place dans la pr\u00e9sence de l\u2019inachev\u00e9. Reste \u00e0 savoir si j\u2019obtemp\u00e8re \u00e0 l\u2019appel de cette faille, et de plus si j\u2019obtemp\u00e8re de bon gr\u00e9 ou pas. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est temps de s\u2019interroger sur le bien-fond\u00e9 d\u2019une pers\u00e9v\u00e9rance qui ne cacherait qu\u2019obstination t\u00eatue et pu\u00e9rile. \u00c0 moins que je ne m\u2019interroge pas simultan\u00e9ment que je pers\u00e9v\u00e8re, que j\u2019\u00e9carte au loin la position m\u00e9ta vis-\u00e0-vis de ce que j\u2019\u00e9cris au moment o\u00f9 je l\u2019\u00e9cris. Que je me dise : gardons le meilleur (ou le pire) pour la fin. Quelle fin ? Celle du texte, la mienne, peu importe. Le tout \u00e9tant de conserver quelque chose en dehors de ce mouvement se confondant avec la pers\u00e9v\u00e9rance. Preuve que l\u2019on cherche une preuve, preuve qu\u2019il y a bien un meurtre, en tout cas un d\u00e9lit \u00e0 vouloir jouer ainsi avec la pens\u00e9e, l\u2019esprit, voire l\u2019\u00e2me. La faille est le lieu o\u00f9 le mouvement prend conscience de lui-m\u00eame. Et cette conscience est \u00e0 la fois ce qui le menace d\u2019arr\u00eat et ce qui l\u2019oblige \u00e0 repartir. \u00c9crire, d\u00e8s lors, n\u2019est pas raconter la marche. C\u2019est marcher sur la faille. *** Et puis vient l\u2019\u00e9preuve du faire. L\u2019exp\u00e9rience pratico-pratique : se lancer dans la cr\u00e9ation d\u2019un vrai livre bilingue, naviguer parmi les \u00e9cueils innombrables que cette petite folie impose. Trop d\u2019outils diff\u00e9rents multiplient les points de rupture. - Le formatage \u00ab Notion-flavored markdown \u00bb ne se convertit pas proprement en markdown standard. - Les blocs Notion (empty-block, etc.) cr\u00e9ent des sauts de ligne impr\u00e9visibles. - Les balises sp\u00e9ciales (, etc.) polluent le texte export\u00e9. - Perte de temps : deux heures \u00e0 cr\u00e9er des pages inutilisables. On se d\u00e9bat, panique dans les sables mouvants. Cr\u00e9ation de pages \u00ab plaintext \u00bb \u2014 \u00e9chec partiel. M\u00eame en \u00ab plaintext \u00bb, Notion ajoute du formatage invisible. Donc, **\u00e9crire avant d\u2019\u00e9crire** : r\u00e8gles et contraintes. - Notion n\u2019est pas un \u00e9diteur de texte brut. - Le copier-coller vers Obsidian ou tout autre \u00e9diteur markdown est impr\u00e9visible. - La perte de temps est garantie si l\u2019on n\u00e9glige la structure. **Questions \u00e0 poser avant de courir :** - O\u00f9 doit aller le texte final ? (Obsidian, LaTeX, PDF\u2026) - Quel format source choisir ? (Notion, markdown pur, texte brut\u2026) - Existe-t-il un script de validation ? (comme `check_paragraphs.py`) - Comment adapter la solution au flux de travail existant ? - Comment \u00e9viter d\u2019imposer un nouveau format interm\u00e9diaire ? ### Privil\u00e9gier les corrections incr\u00e9mentales **Principe :** - Petites corrections cibl\u00e9es valent mieux qu\u2019une r\u00e9\u00e9criture compl\u00e8te. - V\u00e9rification imm\u00e9diate apr\u00e8s chaque modification. - Garder le contr\u00f4le des fichiers sources. **Outils :** - Guide de corrections num\u00e9rot\u00e9es. - Script de validation \u00e0 ex\u00e9cuter entre chaque \u00e9tape. - Le feedback rapide entretient la motivation. ### Utiliser les bons outils pour la bonne part du chemin **Notion excelle pour :** - Organiser des notes et des fragments. - Cr\u00e9er des bases de donn\u00e9es relationnelles. - Comparer visuellement des versions (colonnes parall\u00e8les). - Documenter un processus, comme cette page m\u00eame. **Notion \u00e9choue pour :** - \u00c9diter de longs textes destin\u00e9s \u00e0 l\u2019export. - G\u00e9n\u00e9rer un markdown propre et portable. - Remplacer un \u00e9diteur de texte d\u00e9di\u00e9. **Pour l\u2019\u00e9dition bilingue, la r\u00e9partition s\u2019impose :** - Obsidian ou VSCode pour les fichiers `.md`. - Un script Python pour la validation et la coh\u00e9rence. - Notion pour la cartographie du processus et la documentation des choix. *** **Alternance.** Dans une respiration, il y a deux phases : l\u2019inspiration, l\u2019expiration. C\u2019est ce que l\u2019on per\u00e7oit. Mais on oublie qu\u2019il existe un espace entre ces deux phases. On l\u2019oublie comme on oublie les lettres et les blancs entre les lettres, une fois que l\u2019on a appris \u00e0 lire. **Illustration** L'artiste Marcel Duchamp descendant un escalier dans une image \u00e0 exposition multiple rappelant son c\u00e9l\u00e8bre tableau \"Nu descendant un escalier\". ",
"image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/artist-marcel-duchamp.jpg?1769241284",
"tags": ["Autofiction et Introspection", "Temporalit\u00e9 et Ruptures"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/23-janvier-2026.html",
"url": "https:\/\/ledibbouk.net\/23-janvier-2026.html",
"title": "23 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-23T08:36:29Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:25:32Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " La cr\u00e9ation du livre bilingue est en route. La difficult\u00e9 principale r\u00e9side dans le nombre exact de paragraphes dans les deux versions. Apr\u00e8s diff\u00e9rents essais avec Pandoc et LaTeX, j’ai tent\u00e9 l\u2019aventure sur Scribus, puis je suis revenu \u00e0 Pandoc\/LaTeX, avant de retourner sur Scribus. Bref, une bonne soir\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 tester plusieurs solutions. Le probl\u00e8me du formatage des dialogues a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu, ainsi que la mise en forme des blocs de citation, gr\u00e2ce \u00e0 deux scripts :<\/p>\n Autre difficult\u00e9 : trouver la police capable de restituer les caract\u00e8res en h\u00e9breu. Pour le moment, Liberation Serif fait l’affaire.<\/p>\n J’ai \u00e9crit une nouvelle de plus \u00e0 partir d’un article que j’ai vu passer : « Le secr\u00e9taire d’\u00c9tat, Marco Rubio, a ordonn\u00e9 par une note interne le retrait de la police Calibri de tous les documents officiels du D\u00e9partement d’\u00c9tat. Elle est remplac\u00e9e par la c\u00e9l\u00e8bre Times New Roman (en taille 14). » Si ce n’est pas ce que l’on appelle de la synchronicit\u00e9...<\/p>\n -- « Dis-moi la taille de ta police, je te dirai si tu es un clown. » (C’est un de mes personnages qui pourrait dire \u00e7a. Pas moi, bien s\u00fbr. Ne me bloquez pas \u00e0 la fronti\u00e8re mexicaine, les gars.)<\/p>\n Sinon, encore les courses. J’ai fil\u00e9 tout mon liquide \u00e0 la caissi\u00e8re. Tiens, d’ailleurs, pourquoi dire « liquide » ou « esp\u00e8ces » ?<\/p>\n La chatte a retrouv\u00e9 le sourire en m\u00eame temps que sa p\u00e2t\u00e9e.<\/p>\n Ces derniers jours, je d\u00e9laisse ce carnet au profit de la fiction. Encore que ce journal soit d\u00e9j\u00e0 une fiction, mais d’une qualit\u00e9 diff\u00e9rente. De l’autofiction. Tout a l’air vrai et ne l’est pas. Alors que dans les fictions de S.F., tout a l’air faux et pourtant tout est vrai — preuves disponibles \u00e0 l’appui.<\/p>",
"content_text": " La cr\u00e9ation du livre bilingue est en route. La difficult\u00e9 principale r\u00e9side dans le nombre exact de paragraphes dans les deux versions. Apr\u00e8s diff\u00e9rents essais avec Pandoc et LaTeX, j'ai tent\u00e9 l\u2019aventure sur Scribus, puis je suis revenu \u00e0 Pandoc\/LaTeX, avant de retourner sur Scribus. Bref, une bonne soir\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 tester plusieurs solutions. Le probl\u00e8me du formatage des dialogues a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu, ainsi que la mise en forme des blocs de citation, gr\u00e2ce \u00e0 deux scripts : ``` # Remplacer - par \u2014 (tiret cadratin) for file in *.md; do sed -i 's\/^- \/\u2014 \/' \"$file\" done ``` ``` cat > quote-italic.tex << 'EOF' \\renewenvironment{quote} {\\list{}{\\rightmargin\\leftmargin}\\item\\relax\\itshape} {\\endlist} EOF ``` Autre difficult\u00e9 : trouver la police capable de restituer les caract\u00e8res en h\u00e9breu. Pour le moment, Liberation Serif fait l'affaire. J'ai \u00e9crit une nouvelle de plus \u00e0 partir d'un article que j'ai vu passer : \u00ab Le secr\u00e9taire d'\u00c9tat, Marco Rubio, a ordonn\u00e9 par une note interne le retrait de la police Calibri de tous les documents officiels du D\u00e9partement d'\u00c9tat. Elle est remplac\u00e9e par la c\u00e9l\u00e8bre Times New Roman (en taille 14). \u00bb Si ce n'est pas ce que l'on appelle de la synchronicit\u00e9... \u2014 \u00ab Dis-moi la taille de ta police, je te dirai si tu es un clown. \u00bb (C'est un de mes personnages qui pourrait dire \u00e7a. Pas moi, bien s\u00fbr. Ne me bloquez pas \u00e0 la fronti\u00e8re mexicaine, les gars.) Sinon, encore les courses. J'ai fil\u00e9 tout mon liquide \u00e0 la caissi\u00e8re. Tiens, d'ailleurs, pourquoi dire \u00ab liquide \u00bb ou \u00ab esp\u00e8ces \u00bb ? La chatte a retrouv\u00e9 le sourire en m\u00eame temps que sa p\u00e2t\u00e9e. Ces derniers jours, je d\u00e9laisse ce carnet au profit de la fiction. Encore que ce journal soit d\u00e9j\u00e0 une fiction, mais d'une qualit\u00e9 diff\u00e9rente. De l'autofiction. Tout a l'air vrai et ne l'est pas. Alors que dans les fictions de S.F., tout a l'air faux et pourtant tout est vrai \u2014 preuves disponibles \u00e0 l'appui. ",
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"title": "22 janvier 2022",
"date_published": "2026-01-22T12:06:10Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:25:45Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Aujourd’hui, j’ai appris que je pouvais cr\u00e9er des guillemets fran\u00e7ais directement \u00e0 partir d’un code au clavier sur mon vieil Ubuntu : Ctrl+Maj+u, puis « ab » pour les guillemets ouvrants et « bb » pour les fermants. Une bonne chose de r\u00e9gl\u00e9e qui m’\u00e9vite les tirets cadratins, un peu plus longs \u00e0 faire : Ctrl+Maj+u et 2014. Ceci surtout dans l’\u00e9diteur de SPIP, car j’ai d\u00e9sormais param\u00e9tr\u00e9 Writer pour que les guillemets et les espaces ins\u00e9cables soient automatiques. Ce genre de petite chose fait que l’on apprend \u00e0 utiliser de mieux en mieux ses propres outils.<\/p>\n Encore une fois, la Providence nous sauve pour janvier alors que nous \u00e9tions dans le rouge sombre \u00e0 la banque. Ce qui est fatigant, c’est que tout repart \u00e0 z\u00e9ro en f\u00e9vrier, et ainsi de suite. Fatigue, c’est le mot juste : une \u00e9rosion lente et progressive, mais qui ne touche pas que nous. Dans ce monde qui ne cache plus sa f\u00e9rocit\u00e9, pi\u00e9tinant jusqu’aux derniers bastions d’un confort illusoire. Un confort cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces pour qu’on ne se rue pas vers les institutions pour les jeter \u00e0 bas de d\u00e9pit. Celles-ci, au demeurant, n’ayant m\u00eame plus vraiment besoin de nous — les gueux, le peuple — pour s’effondrer sous l’assaut des scandales, de l’abjection et du grotesque qui semblent d\u00e9sormais \u00eatre les valeurs en poupe des puissants de ce monde.<\/p>\n La foire d’empoigne n’a m\u00eame plus besoin d’\u00eatre masqu\u00e9e par ces m\u00eames institutions. On se sert et, de quoi se plaindrait-on au final ? Que le monde soit toujours sous le r\u00e8gne du pouvoir et de l’argent ? Ce serait \u00eatre bien na\u00eff de l’ignorer \u00e0 partir d’un certain \u00e2ge. La justice n’est plus qu’une simple exception confirmant la r\u00e8gle de l’injustice qui r\u00e8gne ici-bas.<\/p>\n Quelques nouvelles de plus ajout\u00e9es au recueil, ce qui monte l’ensemble \u00e0 d\u00e9sormais huit textes de 4 500 mots en moyenne. L’id\u00e9e qui m’est venue est de tout de suite m’occuper des traductions et de pouvoir cr\u00e9er un ouvrage bilingue, les lecteurs de S.F. un peu intellos \u00e9tant plus nombreux \u00e0 parler l’anglais que le fran\u00e7ais. Et puis, puisque le sujet est le langage, tant qu’\u00e0 faire, c’est plut\u00f4t int\u00e9ressant de voir les m\u00eames id\u00e9es traduites en deux langues diff\u00e9rentes. Comment dit-on d\u00e9j\u00e0 dans le c\u00e9nacle du d\u00e9veloppement personnel ? Congruence. Oui, c’est \u00e7a.<\/p>\n Je n’ai presque pas touch\u00e9 au code depuis deux semaines, trop occup\u00e9 \u00e0 \u00e9crire mes fictions (enfin !). En revanche, d\u00e9sinvestissement quasi total pour les cours de peinture. Il est vraiment temps que j’arr\u00eate \u00e0 la fin janvier, quitte \u00e0 trouver un boulot de veilleur de nuit ou \u00e0 emballer des marchandises \u00e0 domicile. Peut-\u00eatre m\u00eame qu’en m’organisant bien, pourrais-je mener les deux activit\u00e9s de front. S. voudrait tellement de choses, comme par exemple aller chez le coiffeur, voyager, aller \u00e0 Paris... et moi, je ne veux tellement rien, si ce n’est \u00e9crire, seulement \u00e9crire, qu’il faut bien \u00e0 un moment que je me remette en selle avec les contingences.<\/p>\n Test\u00e9 hier la publication d’un carnet low-content : « Carnet des phrases qu\u2019on n\u2019enverra jamais », une cinquantaine de pages, broch\u00e9. Le b\u00e9n\u00e9fice sera \u00e9videmment ridicule, \u00e7a doit tourner autour d’un euro et des brouettes de royalties, mais le fait de me dire que je suis aussi capable de faire ce genre d’action repousse l’angoisse...<\/p>\n Re\u00e7u hier le colis d’Amazon contenant les 15 exemplaires de La L\u00e9gende de Liam. Bon boulot. D\u00e9j\u00e0 mis 5 de c\u00f4t\u00e9 pour les personnes qui ne veulent pas acheter sur la plateforme.<\/p>\n Il ne fait vraiment pas froid, ce qui est une aubaine car ma bouteille de butane arrive bient\u00f4t \u00e0 la fin. J’ai mis en place une nouvelle habitude : sauter le repas du d\u00e9jeuner. Non pour des questions financi\u00e8res cette fois, mais tout simplement parce que manger aussi souvent dans une journ\u00e9e me semble absurde. Aussi absurde que de devoir se rendre \u00e0 la messe le dimanche ou de courir avec son caddie quand on voit une caisse vide s’ouvrir.<\/p>\n Illustration<\/strong> Laurent De La Conception<\/a><\/p>",
"content_text": " Aujourd'hui, j'ai appris que je pouvais cr\u00e9er des guillemets fran\u00e7ais directement \u00e0 partir d'un code au clavier sur mon vieil Ubuntu : Ctrl+Maj+u, puis \u00ab ab \u00bb pour les guillemets ouvrants et \u00ab bb \u00bb pour les fermants. Une bonne chose de r\u00e9gl\u00e9e qui m'\u00e9vite les tirets cadratins, un peu plus longs \u00e0 faire : Ctrl+Maj+u et 2014. Ceci surtout dans l'\u00e9diteur de SPIP, car j'ai d\u00e9sormais param\u00e9tr\u00e9 Writer pour que les guillemets et les espaces ins\u00e9cables soient automatiques. Ce genre de petite chose fait que l'on apprend \u00e0 utiliser de mieux en mieux ses propres outils. Encore une fois, la Providence nous sauve pour janvier alors que nous \u00e9tions dans le rouge sombre \u00e0 la banque. Ce qui est fatigant, c'est que tout repart \u00e0 z\u00e9ro en f\u00e9vrier, et ainsi de suite. Fatigue, c'est le mot juste : une \u00e9rosion lente et progressive, mais qui ne touche pas que nous. Dans ce monde qui ne cache plus sa f\u00e9rocit\u00e9, pi\u00e9tinant jusqu'aux derniers bastions d'un confort illusoire. Un confort cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces pour qu'on ne se rue pas vers les institutions pour les jeter \u00e0 bas de d\u00e9pit. Celles-ci, au demeurant, n'ayant m\u00eame plus vraiment besoin de nous \u2014 les gueux, le peuple \u2014 pour s'effondrer sous l'assaut des scandales, de l'abjection et du grotesque qui semblent d\u00e9sormais \u00eatre les valeurs en poupe des puissants de ce monde. La foire d'empoigne n'a m\u00eame plus besoin d'\u00eatre masqu\u00e9e par ces m\u00eames institutions. On se sert et, de quoi se plaindrait-on au final ? Que le monde soit toujours sous le r\u00e8gne du pouvoir et de l'argent ? Ce serait \u00eatre bien na\u00eff de l'ignorer \u00e0 partir d'un certain \u00e2ge. La justice n'est plus qu'une simple exception confirmant la r\u00e8gle de l'injustice qui r\u00e8gne ici-bas. Quelques nouvelles de plus ajout\u00e9es au recueil, ce qui monte l'ensemble \u00e0 d\u00e9sormais huit textes de 4 500 mots en moyenne. L'id\u00e9e qui m'est venue est de tout de suite m'occuper des traductions et de pouvoir cr\u00e9er un ouvrage bilingue, les lecteurs de S.F. un peu intellos \u00e9tant plus nombreux \u00e0 parler l'anglais que le fran\u00e7ais. Et puis, puisque le sujet est le langage, tant qu'\u00e0 faire, c'est plut\u00f4t int\u00e9ressant de voir les m\u00eames id\u00e9es traduites en deux langues diff\u00e9rentes. Comment dit-on d\u00e9j\u00e0 dans le c\u00e9nacle du d\u00e9veloppement personnel ? Congruence. Oui, c'est \u00e7a. Je n'ai presque pas touch\u00e9 au code depuis deux semaines, trop occup\u00e9 \u00e0 \u00e9crire mes fictions (enfin !). En revanche, d\u00e9sinvestissement quasi total pour les cours de peinture. Il est vraiment temps que j'arr\u00eate \u00e0 la fin janvier, quitte \u00e0 trouver un boulot de veilleur de nuit ou \u00e0 emballer des marchandises \u00e0 domicile. Peut-\u00eatre m\u00eame qu'en m'organisant bien, pourrais-je mener les deux activit\u00e9s de front. S. voudrait tellement de choses, comme par exemple aller chez le coiffeur, voyager, aller \u00e0 Paris... et moi, je ne veux tellement rien, si ce n'est \u00e9crire, seulement \u00e9crire, qu'il faut bien \u00e0 un moment que je me remette en selle avec les contingences. Test\u00e9 hier la publication d'un carnet low-content : \u00ab Carnet des phrases qu\u2019on n\u2019enverra jamais \u00bb, une cinquantaine de pages, broch\u00e9. Le b\u00e9n\u00e9fice sera \u00e9videmment ridicule, \u00e7a doit tourner autour d'un euro et des brouettes de royalties, mais le fait de me dire que je suis aussi capable de faire ce genre d'action repousse l'angoisse... Re\u00e7u hier le colis d'Amazon contenant les 15 exemplaires de La L\u00e9gende de Liam. Bon boulot. D\u00e9j\u00e0 mis 5 de c\u00f4t\u00e9 pour les personnes qui ne veulent pas acheter sur la plateforme. Il ne fait vraiment pas froid, ce qui est une aubaine car ma bouteille de butane arrive bient\u00f4t \u00e0 la fin. J'ai mis en place une nouvelle habitude : sauter le repas du d\u00e9jeuner. Non pour des questions financi\u00e8res cette fois, mais tout simplement parce que manger aussi souvent dans une journ\u00e9e me semble absurde. Aussi absurde que de devoir se rendre \u00e0 la messe le dimanche ou de courir avec son caddie quand on voit une caisse vide s'ouvrir. **Illustration** [Laurent De La Conception->https:\/\/www.delaconceptionlaurent.com\/2025\/02\/10\/photographie-art-noir-blanc-paysage\/] ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/21-janvier-2026.html",
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"title": "21 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-21T09:29:58Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:26:24Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Si je devais quantifier l\u2019\u00e9nergie que je perds \u00e0 m\u2019occuper de ce qui ne me regarde pas, il me faudrait d\u2019abord la mesurer en Joules, l\u2019unit\u00e9 universelle du travail et de la chaleur. Sur le plan biologique, chaque ing\u00e9rence constitue une v\u00e9ritable fuite m\u00e9tabolique : mon cerveau dissipe des calories pr\u00e9cieuses pour alimenter une charge mentale st\u00e9rile, d\u00e9tournant l\u2019influx nerveux de mes propres priorit\u00e9s. Au-del\u00e0 de la thermodynamique, ce gaspillage est un co\u00fbt d\u2019opportunit\u00e9 : chaque unit\u00e9 de tension investie dans la vie d\u2019autrui est soustraite \u00e0 mon \u00e9dification. En physique des syst\u00e8mes, m\u2019immiscer l\u00e0 o\u00f9 je n\u2019ai aucun levier revient \u00e0 augmenter mon entropie personnelle, transformant une \u00e9nergie cr\u00e9atrice en simple agitation thermique. Le silence et la discr\u00e9tion deviennent alors mes meilleures formes d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n Cette qu\u00eate d’\u00e9conomie rejoint mon int\u00e9r\u00eat pour l’\u00e9volution de l’alphabet. Je r\u00e9alise que le passage de l’humanit\u00e9 du hi\u00e9roglyphe au signe, puis \u00e0 la lettre, calque \u00e9trangement mon propre parcours entre l’atelier et le premier \u00e9tage de ma maison. L’atelier est mon espace hi\u00e9roglyphique : celui de la mati\u00e8re brute, de l’objet, du geste qui fa\u00e7onne. Monter \u00e0 l’\u00e9tage, c’est quitter le figuratif pour l’abstraction, transformer le poids des choses en la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la lettre. Pourtant, ce passage n’est pas encore aussi « carr\u00e9 » que je le voudrais — si tant est que je veuille vraiment quoi que ce soit. Peut-\u00eatre que la v\u00e9ritable fluidit\u00e9 r\u00e9side justement dans l’abandon de cette volont\u00e9 de contr\u00f4le.<\/p>\n Cette recherche de flux guide mes travaux actuels. Hier, j’ai publi\u00e9 cinq nouvelles n\u00e9es de mes investigations sur le langage et l’alphabet h\u00e9bra\u00efque, explorant malentendus et th\u00e9ories du complot. Je les ai soumises \u00e0 une « distillation algorithmique » entre Gemini, Claude et DeepL, une r\u00e9tro-traduction qui \u00e9prouve la solidit\u00e9 de ma pens\u00e9e. Pour \u00e9viter la dispersion, j’ai mis en pause mon second roman pour ados. J’ai d\u00e9cid\u00e9 d’en supprimer totalement les chapitres pour le refondre en trois actes. C\u2019est une d\u00e9cision d’ing\u00e9nieur autant que d’\u00e9crivain : \u00e9liminer les interruptions pour pr\u00e9server mes Joules et maintenir un flux continu. Le d\u00e9fi reste les dialogues. Priv\u00e9 d’\u00e9changes nourris avec M. et L., je dois puiser dans mes souvenirs de cours, des \u00e9chos d’adolescences lointaines. Il me faudra sans doute styliser ces voix, transformer ces \u00e9changes en dynamiques \u00e9nerg\u00e9tiques plut\u00f4t qu’en simples reproductions d’un r\u00e9el qui se d\u00e9robe.<\/p>\n De plus en plus ce soucis de comprendre pour qui j’\u00e9cris ces fictions semble \u00e9quilibrer l’indiff\u00e9rence de destination avec laquelle j’\u00e9cris ces carnets. Je ne peux noter que cette recherche perp\u00e9tuelle de maintient d’\u00e9quilibre.<\/p>\n illustration<\/strong> Malevitch, Quelle audace ! 1915<\/p>",
"content_text": " Si je devais quantifier l\u2019\u00e9nergie que je perds \u00e0 m\u2019occuper de ce qui ne me regarde pas, il me faudrait d\u2019abord la mesurer en Joules, l\u2019unit\u00e9 universelle du travail et de la chaleur. Sur le plan biologique, chaque ing\u00e9rence constitue une v\u00e9ritable fuite m\u00e9tabolique : mon cerveau dissipe des calories pr\u00e9cieuses pour alimenter une charge mentale st\u00e9rile, d\u00e9tournant l\u2019influx nerveux de mes propres priorit\u00e9s. Au-del\u00e0 de la thermodynamique, ce gaspillage est un co\u00fbt d\u2019opportunit\u00e9 : chaque unit\u00e9 de tension investie dans la vie d\u2019autrui est soustraite \u00e0 mon \u00e9dification. En physique des syst\u00e8mes, m\u2019immiscer l\u00e0 o\u00f9 je n\u2019ai aucun levier revient \u00e0 augmenter mon entropie personnelle, transformant une \u00e9nergie cr\u00e9atrice en simple agitation thermique. Le silence et la discr\u00e9tion deviennent alors mes meilleures formes d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Cette qu\u00eate d'\u00e9conomie rejoint mon int\u00e9r\u00eat pour l'\u00e9volution de l'alphabet. Je r\u00e9alise que le passage de l'humanit\u00e9 du hi\u00e9roglyphe au signe, puis \u00e0 la lettre, calque \u00e9trangement mon propre parcours entre l'atelier et le premier \u00e9tage de ma maison. L'atelier est mon espace hi\u00e9roglyphique : celui de la mati\u00e8re brute, de l'objet, du geste qui fa\u00e7onne. Monter \u00e0 l'\u00e9tage, c'est quitter le figuratif pour l'abstraction, transformer le poids des choses en la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la lettre. Pourtant, ce passage n'est pas encore aussi \u00ab carr\u00e9 \u00bb que je le voudrais \u2014 si tant est que je veuille vraiment quoi que ce soit. Peut-\u00eatre que la v\u00e9ritable fluidit\u00e9 r\u00e9side justement dans l'abandon de cette volont\u00e9 de contr\u00f4le. Cette recherche de flux guide mes travaux actuels. Hier, j'ai publi\u00e9 cinq nouvelles n\u00e9es de mes investigations sur le langage et l'alphabet h\u00e9bra\u00efque, explorant malentendus et th\u00e9ories du complot. Je les ai soumises \u00e0 une \u00ab distillation algorithmique \u00bb entre Gemini, Claude et DeepL, une r\u00e9tro-traduction qui \u00e9prouve la solidit\u00e9 de ma pens\u00e9e. Pour \u00e9viter la dispersion, j'ai mis en pause mon second roman pour ados. J'ai d\u00e9cid\u00e9 d'en supprimer totalement les chapitres pour le refondre en trois actes. C\u2019est une d\u00e9cision d'ing\u00e9nieur autant que d'\u00e9crivain : \u00e9liminer les interruptions pour pr\u00e9server mes Joules et maintenir un flux continu. Le d\u00e9fi reste les dialogues. Priv\u00e9 d'\u00e9changes nourris avec M. et L., je dois puiser dans mes souvenirs de cours, des \u00e9chos d'adolescences lointaines. Il me faudra sans doute styliser ces voix, transformer ces \u00e9changes en dynamiques \u00e9nerg\u00e9tiques plut\u00f4t qu'en simples reproductions d'un r\u00e9el qui se d\u00e9robe. De plus en plus ce soucis de comprendre pour qui j'\u00e9cris ces fictions semble \u00e9quilibrer l'indiff\u00e9rence de destination avec laquelle j'\u00e9cris ces carnets. Je ne peux noter que cette recherche perp\u00e9tuelle de maintient d'\u00e9quilibre. **illustration** Malevitch, Quelle audace ! 1915 ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection", "Technologies et Postmodernit\u00e9"]
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"title": "20 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-20T09:57:01Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:26:36Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Il y a des gens qui sont n\u00e9s apr\u00e8s toi et qui sont morts avant toi. C\u2019est une r\u00e9flexion qui me vient en lisant la page Wikip\u00e9dia de Guillaume Dustan. Dans celle-ci, Judith Perrignon \u00e9crit : « [Guillaume Dustan] laisse tomber la d\u00e9froque de l’\u00e9lite bourgeoise, troque ses prestigieux dipl\u00f4mes contre les tares d’une \u00e9poque puritaine : il est p\u00e9d\u00e9, s\u00e9ropositif, drogu\u00e9 et le fait savoir. »<\/p>\n Et donc, dans l\u2019objet physique intitul\u00e9 L’Homme qui tua Roland Barthes de Thomas Clerc (un volume broch\u00e9 dont la couverture pr\u00e9sente un grammage standard), il est possible de lire une nouvelle intitul\u00e9e « L’Homme qui tua Guillaume Dustan ». Ce qui place ce nom au m\u00eame niveau que les autres. On pense imm\u00e9diatement \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9galit\u00e9 ; \u00e9galit\u00e9 avec Roland Barthes, Marvin Gaye, J\u00e9sus, \u00c9douard Lev\u00e9, pour ne citer qu’eux.<\/p>\n Tout cela pour dire quoi en fin de compte ? Que Thomas Clerc aussi fait partie de cette g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e en 1965 qui n’aime pas prendre son caf\u00e9 dans un Starbucks — cet \u00e9tablissement dont l’acoustique est mesur\u00e9e \u00e0 75 d\u00e9cibels et o\u00f9 le caf\u00e9 Arabica est extrait \u00e0 une temp\u00e9rature constante de 92°C. Il fr\u00e9quente Neuilly-sur-Seine ou le 16e, zones urbaines o\u00f9 la densit\u00e9 de population est de 20 000 habitants au km\u00b2. Comme \u00c9douard Lev\u00e9. Il y a bien entendu aussi dans le livre de Clerc une section titr\u00e9e « L’Homme qui tua \u00c9douard Lev\u00e9 ».<\/p>\n Tout \u00e7a pue la camaraderie \u00e0 plein nez, ai-je envie d’\u00e9crire. Mais pas seulement. Vue de loin (\u00e0 exactement 500 kilom\u00e8tres de l’\u00e9picentre parisien), le mot « c\u00e9nacle » arrive en TGV avec sa banane en nylon ripstop autour de la taille. Il a les cheveux rejet\u00e9s vers l’arri\u00e8re, exactement 4 200 brins coll\u00e9s par une r\u00e9sine acrylique de type polyacrylate, des lunettes rondes dont l\u2019indice de r\u00e9fraction est de 1.6 sur le nez, l’\u0153il torve de ceux qui savent — quoi, on ne sait pas, on sent que leur r\u00e9tine capture une fr\u00e9quence de r\u00e9alit\u00e9 que toi tu ne per\u00e7ois pas.<\/p>\n Ceci pour correspondre avec ces r\u00eaves du petit matin, phase de sommeil paradoxal o\u00f9 l’activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale affiche des ondes th\u00eata de 4 \u00e0 7 Hz. L’impression d’avoir le choix de visiter des mondes ressemble si fort \u00e0 une simulation neuronale qu’elle en devient suspecte avant d’\u00eatre r\u00e9solument erron\u00e9e, comme une erreur de parallaxe dans un syst\u00e8me optique.<\/p>\n Et donc aussi, pourquoi ce m\u00e9pris, cette m\u00e9chancet\u00e9 envers des gens que je ne connais pas ? C’est sans doute une esp\u00e8ce de syndrome du survivant. Cette culpabilit\u00e9 de constater que mon propre rythme cardiaque persiste \u00e0 72 battements par minute, que ma pression systolique est de 120 mmHg, et que mon organisme continue d’oxyg\u00e9ner des cellules alors que, logiquement, selon la loi des probabilit\u00e9s de cette g\u00e9n\u00e9ration, le stock de temps devrait \u00eatre \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n illustration<\/strong> Edouard Lev\u00e9, Angoisse, Entr\u00e9e d\u2019Angoisse, 2000\nPhotographie, tirage lambda couleur contrecoll\u00e9 sur aluminium — 100 \u00d7 100 cm — \u00e9dition de 5\nCollection priv\u00e9e, France. Courtesy Succession Edouard Lev\u00e9 et galerie Loevenbruck, Paris.<\/p>",
"content_text": " Il y a des gens qui sont n\u00e9s apr\u00e8s toi et qui sont morts avant toi. C\u2019est une r\u00e9flexion qui me vient en lisant la page Wikip\u00e9dia de Guillaume Dustan. Dans celle-ci, Judith Perrignon \u00e9crit : \u00ab [Guillaume Dustan] laisse tomber la d\u00e9froque de l'\u00e9lite bourgeoise, troque ses prestigieux dipl\u00f4mes contre les tares d'une \u00e9poque puritaine : il est p\u00e9d\u00e9, s\u00e9ropositif, drogu\u00e9 et le fait savoir. \u00bb Et donc, dans l\u2019objet physique intitul\u00e9 L'Homme qui tua Roland Barthes de Thomas Clerc (un volume broch\u00e9 dont la couverture pr\u00e9sente un grammage standard), il est possible de lire une nouvelle intitul\u00e9e \u00ab L'Homme qui tua Guillaume Dustan \u00bb. Ce qui place ce nom au m\u00eame niveau que les autres. On pense imm\u00e9diatement \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9galit\u00e9 ; \u00e9galit\u00e9 avec Roland Barthes, Marvin Gaye, J\u00e9sus, \u00c9douard Lev\u00e9, pour ne citer qu'eux. Tout cela pour dire quoi en fin de compte ? Que Thomas Clerc aussi fait partie de cette g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e en 1965 qui n'aime pas prendre son caf\u00e9 dans un Starbucks \u2014 cet \u00e9tablissement dont l'acoustique est mesur\u00e9e \u00e0 75 d\u00e9cibels et o\u00f9 le caf\u00e9 Arabica est extrait \u00e0 une temp\u00e9rature constante de 92\u00b0C. Il fr\u00e9quente Neuilly-sur-Seine ou le 16e, zones urbaines o\u00f9 la densit\u00e9 de population est de 20 000 habitants au km\u00b2. Comme \u00c9douard Lev\u00e9. Il y a bien entendu aussi dans le livre de Clerc une section titr\u00e9e \u00ab L'Homme qui tua \u00c9douard Lev\u00e9 \u00bb. Tout \u00e7a pue la camaraderie \u00e0 plein nez, ai-je envie d'\u00e9crire. Mais pas seulement. Vue de loin (\u00e0 exactement 500 kilom\u00e8tres de l'\u00e9picentre parisien), le mot \u00ab c\u00e9nacle \u00bb arrive en TGV avec sa banane en nylon ripstop autour de la taille. Il a les cheveux rejet\u00e9s vers l'arri\u00e8re, exactement 4 200 brins coll\u00e9s par une r\u00e9sine acrylique de type polyacrylate, des lunettes rondes dont l\u2019indice de r\u00e9fraction est de 1.6 sur le nez, l'\u0153il torve de ceux qui savent \u2014 quoi, on ne sait pas, on sent que leur r\u00e9tine capture une fr\u00e9quence de r\u00e9alit\u00e9 que toi tu ne per\u00e7ois pas. Ceci pour correspondre avec ces r\u00eaves du petit matin, phase de sommeil paradoxal o\u00f9 l'activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale affiche des ondes th\u00eata de 4 \u00e0 7 Hz. L'impression d'avoir le choix de visiter des mondes ressemble si fort \u00e0 une simulation neuronale qu'elle en devient suspecte avant d'\u00eatre r\u00e9solument erron\u00e9e, comme une erreur de parallaxe dans un syst\u00e8me optique. Et donc aussi, pourquoi ce m\u00e9pris, cette m\u00e9chancet\u00e9 envers des gens que je ne connais pas ? C'est sans doute une esp\u00e8ce de syndrome du survivant. Cette culpabilit\u00e9 de constater que mon propre rythme cardiaque persiste \u00e0 72 battements par minute, que ma pression systolique est de 120 mmHg, et que mon organisme continue d'oxyg\u00e9ner des cellules alors que, logiquement, selon la loi des probabilit\u00e9s de cette g\u00e9n\u00e9ration, le stock de temps devrait \u00eatre \u00e9puis\u00e9. **illustration** Edouard Lev\u00e9, Angoisse, Entr\u00e9e d\u2019Angoisse, 2000 Photographie, tirage lambda couleur contrecoll\u00e9 sur aluminium \u2014 100 \u00d7 100 cm \u2014 \u00e9dition de 5 Collection priv\u00e9e, France. Courtesy Succession Edouard Lev\u00e9 et galerie Loevenbruck, Paris. ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/19-janvier-2026.html",
"url": "https:\/\/ledibbouk.net\/19-janvier-2026.html",
"title": "19 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-19T07:43:57Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:26:48Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Lecture du journal de d\u00e9cembre de T.C. Cette fois, c\u2019est bien assis dans mon propre corps que je lis. J\u2019ai m\u00eame pris le temps de nettoyer les verres des lunettes, un petit coup de pschitt et une caresse microfibre recto verso. T.C. est sans doute plus proche de l\u2019id\u00e9e que je me fais d\u2019\u00e9crire un journal. Encore que je ne dise pas que G.V., dont je parlais hier, soit moins bon ou meilleur. Ce n\u2019est pas au niveau de la qualit\u00e9 litt\u00e9raire que \u00e7a se situe. C\u2019est plus une affaire de proximit\u00e9. Probablement aussi une question d’\u00e2ge. Je ne dis pas non plus que ce qu\u2019\u00e9crivent les plus jeunes est si \u00e9loign\u00e9 de ce que j\u2019\u00e9cris moi-m\u00eame. C\u2019est \u00e0 la fois la m\u00eame langue et ce ne l\u2019est pas, voil\u00e0 plut\u00f4t ce que je veux dire. Tout cela pour dire que, ne sachant pas dire comme d\u2019habitude, \u00e0 chaque fois que je re\u00e7ois un mail de G.V. comme de T.C., mon premier \u00e9lan est de vouloir dire quelque chose en retour, \u00e9crire un commentaire. Puis presque aussit\u00f4t je m\u2019en d\u00e9fends. Je recule physiquement, mon si\u00e8ge \u00e0 roulettes effectuant lui aussi une marche arri\u00e8re, \u00e9pousant le recul psychique, si je puis dire. Donc je vais sur le site et je lis les autres commentaires, puis presque aussit\u00f4t je pense au mot « groupe » et je recule. Parfois je me demande si je ne devrais pas faire appel une bonne fois pour toutes \u00e0 un exorciste. Car, de toute \u00e9vidence, il s\u2019agit r\u00e9ellement d\u2019une barri\u00e8re, c\u2019est beaucoup plus qu\u2019un emp\u00eachement, c\u2019est une interdiction.<\/p>\n Mais j\u2019ai aussi ce genre de r\u00e9pulsion face \u00e0 tout acte administratif. Il suffit que l\u2019on me somme, que je lise le mot obligatoire, pour que soudain je flanque un courrier sur une pile et ne m\u2019en pr\u00e9occupe plus. Cependant, il n\u2019y a rien d\u2019obligatoire, aucune sommation \u00e0 poser un like ou \u00e0 \u00e9crire un gentil commentaire. \u00c0 moins que cette notion d\u2019obligation soit si profond\u00e9ment enfonc\u00e9e dans mon cr\u00e2ne par je ne sais quelle entit\u00e9 d\u00e9moniaque que, sit\u00f4t que je la per\u00e7ois, tout le jeu entendu par celle-ci soit de rire de la fa\u00e7on dont je me tortille pour y r\u00e9sister.<\/p>\n Sinon le livre pour ados d\u00e9colle doucement, d\u00e9j\u00e0 six ventes en deux jours. Et j\u2019ai \u00e9galement quelques commandes de personnes qui ne veulent pas acheter sur Amazon. Il a donc fallu que je fasse moi aussi une commande pour avoir un petit stock.<\/p>\n Autre chose concernant les commentaires : quand je me force \u00e0 en faire, quand je parviens enfin \u00e0 en faire, ils tombent toujours \u00e0 plat, comme si je devais, par ceux-ci, me pr\u00e9senter comme un abruti total. Ou encore j’habite le lieu de l’incommunicable si parfaitement \u00e0 pr\u00e9sent que je ne me rends m\u00eame plus compte de l’ineptie qui consiste malgr\u00e9 tout \u00e0 encore vouloir communiquer.<\/p>\n Illustrations<\/strong> Walker Evans — Interiors \/ offices \/ signage<\/p>",
"content_text": " Lecture du journal de d\u00e9cembre de T.C. Cette fois, c\u2019est bien assis dans mon propre corps que je lis. J\u2019ai m\u00eame pris le temps de nettoyer les verres des lunettes, un petit coup de pschitt et une caresse microfibre recto verso. T.C. est sans doute plus proche de l\u2019id\u00e9e que je me fais d\u2019\u00e9crire un journal. Encore que je ne dise pas que G.V., dont je parlais hier, soit moins bon ou meilleur. Ce n\u2019est pas au niveau de la qualit\u00e9 litt\u00e9raire que \u00e7a se situe. C\u2019est plus une affaire de proximit\u00e9. Probablement aussi une question d'\u00e2ge. Je ne dis pas non plus que ce qu\u2019\u00e9crivent les plus jeunes est si \u00e9loign\u00e9 de ce que j\u2019\u00e9cris moi-m\u00eame. C\u2019est \u00e0 la fois la m\u00eame langue et ce ne l\u2019est pas, voil\u00e0 plut\u00f4t ce que je veux dire. Tout cela pour dire que, ne sachant pas dire comme d\u2019habitude, \u00e0 chaque fois que je re\u00e7ois un mail de G.V. comme de T.C., mon premier \u00e9lan est de vouloir dire quelque chose en retour, \u00e9crire un commentaire. Puis presque aussit\u00f4t je m\u2019en d\u00e9fends. Je recule physiquement, mon si\u00e8ge \u00e0 roulettes effectuant lui aussi une marche arri\u00e8re, \u00e9pousant le recul psychique, si je puis dire. Donc je vais sur le site et je lis les autres commentaires, puis presque aussit\u00f4t je pense au mot \u00ab groupe \u00bb et je recule. Parfois je me demande si je ne devrais pas faire appel une bonne fois pour toutes \u00e0 un exorciste. Car, de toute \u00e9vidence, il s\u2019agit r\u00e9ellement d\u2019une barri\u00e8re, c\u2019est beaucoup plus qu\u2019un emp\u00eachement, c\u2019est une interdiction. Mais j\u2019ai aussi ce genre de r\u00e9pulsion face \u00e0 tout acte administratif. Il suffit que l\u2019on me somme, que je lise le mot obligatoire, pour que soudain je flanque un courrier sur une pile et ne m\u2019en pr\u00e9occupe plus. Cependant, il n\u2019y a rien d\u2019obligatoire, aucune sommation \u00e0 poser un like ou \u00e0 \u00e9crire un gentil commentaire. \u00c0 moins que cette notion d\u2019obligation soit si profond\u00e9ment enfonc\u00e9e dans mon cr\u00e2ne par je ne sais quelle entit\u00e9 d\u00e9moniaque que, sit\u00f4t que je la per\u00e7ois, tout le jeu entendu par celle-ci soit de rire de la fa\u00e7on dont je me tortille pour y r\u00e9sister. Sinon le livre pour ados d\u00e9colle doucement, d\u00e9j\u00e0 six ventes en deux jours. Et j\u2019ai \u00e9galement quelques commandes de personnes qui ne veulent pas acheter sur Amazon. Il a donc fallu que je fasse moi aussi une commande pour avoir un petit stock. Autre chose concernant les commentaires : quand je me force \u00e0 en faire, quand je parviens enfin \u00e0 en faire, ils tombent toujours \u00e0 plat, comme si je devais, par ceux-ci, me pr\u00e9senter comme un abruti total. Ou encore j'habite le lieu de l'incommunicable si parfaitement \u00e0 pr\u00e9sent que je ne me rends m\u00eame plus compte de l'ineptie qui consiste malgr\u00e9 tout \u00e0 encore vouloir communiquer. **Illustrations** Walker Evans \u2014 Interiors \/ offices \/ signage ",
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/18-janvier-2026.html",
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"title": "18 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-18T10:30:29Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:27:08Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " J’ai parcouru le carnet de novembre de G.V. et, tout en le parcourant, je me souviens d’\u00eatre soudain sorti de mon corps et de m’\u00eatre regard\u00e9, depuis plusieurs endroits dans la pi\u00e8ce, en train de lire ledit carnet sur l’\u00e9cran de mon ordinateur de bureau. Je n’\u00e9prouvais pas vraiment d’\u00e9motion particuli\u00e8re ou de pens\u00e9e pr\u00e9cise, mais je pouvais recevoir celles du personnage assis devant son \u00e9cran : une sorte de flux ou plut\u00f4t une onde effectuant des trajets tant\u00f4t vers des sommets abrupts, tant\u00f4t vers des gouffres abyssaux. Une sorte de spectrogramme — mais je n’\u00e9tais pas s\u00fbr qu’il s’ag\u00eet du bon mot.<\/p>\n Et ce doute, pendant l’intervalle de ce que j’ai pens\u00e9 \u00eatre une seconde, m’a conduit \u00e0 examiner tout ce que je savais de l’homme en train de lire G.V., c’est-\u00e0-dire comment il avait, en premier lieu, pris connaissance de l’existence de G.V., qui lui en avait parl\u00e9 la toute premi\u00e8re fois, puis la raison qui, \u00e0 partir de ce ou\u00ef-dire, l’avait conduit \u00e0 se rendre sur le site de G.V., \u00e0 s’inscrire \u00e0 sa newsletter et ainsi \u00e0 recevoir, avec une irr\u00e9gularit\u00e9 devenant \u00e9trangement et par renversement le crit\u00e8re de normalit\u00e9 d’une frange particuli\u00e8re de cette population de blogueurs, les journaux mensuels de G.V.<\/p>\n Journaux dont la teneur est a priori, ou en tout cas la premi\u00e8re fois, \u00e9tonnante, mais qui, au bout de plusieurs ann\u00e9es de r\u00e9ception, n’apportent rien de plus que ce qu’ils ont toujours apport\u00e9 depuis le premier jour : c’est-\u00e0-dire cet \u00e9tonnement m\u00eal\u00e9 de malaise, sans oublier un double mouvement d’attraction-r\u00e9pulsion qui, sans doute, est \u00e0 l’origine de ce graphique de pics et de chutes que je parvins \u00e0 capter, cette fois en dehors de moi-m\u00eame, m’observant avec une neutralit\u00e9 bovine en train de lire le journal de novembre de G.V.<\/p>\n Il y a aussi ce r\u00eave qui arrive le matin apr\u00e8s une mauvaise nuit : la r\u00e9p\u00e9tition d’une noyade dans un verre d’eau. Je ne compte plus le nombre de fois o\u00f9 je tombe dans ce verre. Un de ces verres comme autrefois dans les bistrots et dans lesquels, je crois, on versait du blanc-lim\u00e9. Du gros verre bien \u00e9pais et \u00e0 la propret\u00e9 douteuse. Donc je me tiens l\u00e0, sur le bord, et d’un seul coup je glisse — chute sans fin dirait-on, mais non : plouf ! Et je coule \u00e0 pic. Impossible de nager. Le liquide ressemble \u00e0 de l’eau mais, de toute \u00e9vidence, ce n’en est pas. Je cherche ce que \u00e7a peut bien \u00eatre, \u00e9videmment, tout en continuant mollement \u00e0 me d\u00e9battre, en vain.<\/p>\n Le d\u00e9go\u00fbt de manger de la viande est arriv\u00e9 peu apr\u00e8s le caf\u00e9 du matin. J’avais pourtant sorti des cuisses de canard du cong\u00e9lateur la veille. Je les d\u00e9balle de leur emballage de plastique transparent pour les passer sous l’eau, et le simple contact de la chair rouge\u00e2tre, des petits picots laiss\u00e9s par le grillage des duvets ou des plumes sur la peau, m’a d\u00e9go\u00fbt\u00e9. Je les ai malgr\u00e9 tout essuy\u00e9es, assaisonn\u00e9es, plac\u00e9es dans du papier de cuisson accompagn\u00e9es d’oignon et d’herbes, et j’ai emball\u00e9 \u00e0 nouveau l’ensemble dans une feuille d’aluminium. Mais sans plaisir, comme je le disais. Avec r\u00e9ticence. Puis j’ai programm\u00e9 le four pour une dur\u00e9e de quatre heures et je me suis dit qu’il fallait de toute urgence r\u00e9soudre ce grave probl\u00e8me.<\/p>\n Cela revient par intermittence, ce d\u00e9go\u00fbt de la viande. Un coup je salive, un coup la naus\u00e9e. Ce qui est embarrassant, c’est quand cette naus\u00e9e arrive devant l’\u00e9talage du boucher. J’ai \u00e0 ce moment-l\u00e0 une sorte de bug. Je m’\u00e9tais dit, par exemple : « Ah oui, ach\u00e8te des cuisses de poulet fermier si tu peux, pas trop cher. » Je vois donc les cuisses, l’\u00e9tiquette des prix, le boucher sort de son arri\u00e8re-salle, arrive au comptoir et me demande : « Et pour le monsieur, ce sera quoi ? » Et l\u00e0, plouf ! Je suis incapable de dire : « Deux cuisses de poulet fermier. » Et je l\u00e8ve la main comme si j’\u00e9tais en train de dire : « Attendez, \u00e7a va s\u00fbrement me revenir. » Mais \u00e7a ne me revient pas. Je tourne les talons et je me retrouve dans le rayon conserves \u00e0 lire les \u00e9tiquettes des bo\u00eetes de petits pois.<\/p>\n J’ai vu aujourd’hui une t\u00eate d’Inuit et, par ricochet, j’ai pens\u00e9 que j’avais la m\u00eame t\u00eate. Mais \u00e7a ne m’a pas emball\u00e9 d’avoir \u00e0 manger du poisson cru. M\u00eame si c’\u00e9tait juste pour le m\u00e2cher sans l’avaler, pour le cracher ensuite dans ma paume et l’offrir \u00e0 mes a\u00efeux \u00e9dent\u00e9s. D’ailleurs, je suis moi-m\u00eame devenu un a\u00efeul \u00e9dent\u00e9.<\/p>",
"content_text": " J'ai parcouru le carnet de novembre de G.V. et, tout en le parcourant, je me souviens d'\u00eatre soudain sorti de mon corps et de m'\u00eatre regard\u00e9, depuis plusieurs endroits dans la pi\u00e8ce, en train de lire ledit carnet sur l'\u00e9cran de mon ordinateur de bureau. Je n'\u00e9prouvais pas vraiment d'\u00e9motion particuli\u00e8re ou de pens\u00e9e pr\u00e9cise, mais je pouvais recevoir celles du personnage assis devant son \u00e9cran : une sorte de flux ou plut\u00f4t une onde effectuant des trajets tant\u00f4t vers des sommets abrupts, tant\u00f4t vers des gouffres abyssaux. Une sorte de spectrogramme \u2014 mais je n'\u00e9tais pas s\u00fbr qu'il s'ag\u00eet du bon mot. Et ce doute, pendant l'intervalle de ce que j'ai pens\u00e9 \u00eatre une seconde, m'a conduit \u00e0 examiner tout ce que je savais de l'homme en train de lire G.V., c'est-\u00e0-dire comment il avait, en premier lieu, pris connaissance de l'existence de G.V., qui lui en avait parl\u00e9 la toute premi\u00e8re fois, puis la raison qui, \u00e0 partir de ce ou\u00ef-dire, l'avait conduit \u00e0 se rendre sur le site de G.V., \u00e0 s'inscrire \u00e0 sa newsletter et ainsi \u00e0 recevoir, avec une irr\u00e9gularit\u00e9 devenant \u00e9trangement et par renversement le crit\u00e8re de normalit\u00e9 d'une frange particuli\u00e8re de cette population de blogueurs, les journaux mensuels de G.V. Journaux dont la teneur est a priori, ou en tout cas la premi\u00e8re fois, \u00e9tonnante, mais qui, au bout de plusieurs ann\u00e9es de r\u00e9ception, n'apportent rien de plus que ce qu'ils ont toujours apport\u00e9 depuis le premier jour : c'est-\u00e0-dire cet \u00e9tonnement m\u00eal\u00e9 de malaise, sans oublier un double mouvement d'attraction-r\u00e9pulsion qui, sans doute, est \u00e0 l'origine de ce graphique de pics et de chutes que je parvins \u00e0 capter, cette fois en dehors de moi-m\u00eame, m'observant avec une neutralit\u00e9 bovine en train de lire le journal de novembre de G.V. Il y a aussi ce r\u00eave qui arrive le matin apr\u00e8s une mauvaise nuit : la r\u00e9p\u00e9tition d'une noyade dans un verre d'eau. Je ne compte plus le nombre de fois o\u00f9 je tombe dans ce verre. Un de ces verres comme autrefois dans les bistrots et dans lesquels, je crois, on versait du blanc-lim\u00e9. Du gros verre bien \u00e9pais et \u00e0 la propret\u00e9 douteuse. Donc je me tiens l\u00e0, sur le bord, et d'un seul coup je glisse \u2014 chute sans fin dirait-on, mais non : plouf ! Et je coule \u00e0 pic. Impossible de nager. Le liquide ressemble \u00e0 de l'eau mais, de toute \u00e9vidence, ce n'en est pas. Je cherche ce que \u00e7a peut bien \u00eatre, \u00e9videmment, tout en continuant mollement \u00e0 me d\u00e9battre, en vain. Le d\u00e9go\u00fbt de manger de la viande est arriv\u00e9 peu apr\u00e8s le caf\u00e9 du matin. J'avais pourtant sorti des cuisses de canard du cong\u00e9lateur la veille. Je les d\u00e9balle de leur emballage de plastique transparent pour les passer sous l'eau, et le simple contact de la chair rouge\u00e2tre, des petits picots laiss\u00e9s par le grillage des duvets ou des plumes sur la peau, m'a d\u00e9go\u00fbt\u00e9. Je les ai malgr\u00e9 tout essuy\u00e9es, assaisonn\u00e9es, plac\u00e9es dans du papier de cuisson accompagn\u00e9es d'oignon et d'herbes, et j'ai emball\u00e9 \u00e0 nouveau l'ensemble dans une feuille d'aluminium. Mais sans plaisir, comme je le disais. Avec r\u00e9ticence. Puis j'ai programm\u00e9 le four pour une dur\u00e9e de quatre heures et je me suis dit qu'il fallait de toute urgence r\u00e9soudre ce grave probl\u00e8me. Cela revient par intermittence, ce d\u00e9go\u00fbt de la viande. Un coup je salive, un coup la naus\u00e9e. Ce qui est embarrassant, c'est quand cette naus\u00e9e arrive devant l'\u00e9talage du boucher. J'ai \u00e0 ce moment-l\u00e0 une sorte de bug. Je m'\u00e9tais dit, par exemple : \u00ab Ah oui, ach\u00e8te des cuisses de poulet fermier si tu peux, pas trop cher. \u00bb Je vois donc les cuisses, l'\u00e9tiquette des prix, le boucher sort de son arri\u00e8re-salle, arrive au comptoir et me demande : \u00ab Et pour le monsieur, ce sera quoi ? \u00bb Et l\u00e0, plouf ! Je suis incapable de dire : \u00ab Deux cuisses de poulet fermier. \u00bb Et je l\u00e8ve la main comme si j'\u00e9tais en train de dire : \u00ab Attendez, \u00e7a va s\u00fbrement me revenir. \u00bb Mais \u00e7a ne me revient pas. Je tourne les talons et je me retrouve dans le rayon conserves \u00e0 lire les \u00e9tiquettes des bo\u00eetes de petits pois. J'ai vu aujourd'hui une t\u00eate d'Inuit et, par ricochet, j'ai pens\u00e9 que j'avais la m\u00eame t\u00eate. Mais \u00e7a ne m'a pas emball\u00e9 d'avoir \u00e0 manger du poisson cru. M\u00eame si c'\u00e9tait juste pour le m\u00e2cher sans l'avaler, pour le cracher ensuite dans ma paume et l'offrir \u00e0 mes a\u00efeux \u00e9dent\u00e9s. D'ailleurs, je suis moi-m\u00eame devenu un a\u00efeul \u00e9dent\u00e9. ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection", "r\u00eaves", "hors-lieu"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/17-janvier-2026.html",
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"title": "17 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-17T05:37:22Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:27:22Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Le rien du livre c’est sa lecture<\/em> (lu dans les Petits trait\u00e9s de Quignard \u00e0 propos d’une pens\u00e9e de Flaubert). Et puis, comme pour m’extraire de cette m\u00e9lasse intellectuelle, vite, la pens\u00e9e de gagner de l’argent. Je me demande dans quelle mesure gagner de l’argent<\/em> n’est pas une sorte d’issue de secours, une mani\u00e8re d’esquiver cette zone d’ombre que d’aucuns nomment sans vergogne idiotie.<\/p>\n Hier j’ai publi\u00e9 deux carnets sous pseudonyme sur Amazon KDP. L’euphorie aidant, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 cinq commandes concernant le livre pour ados. J’imagine cr\u00e9er une collection de ces carnets, sorte de fond de commerce, avec au moment opportun, des carnets de rupture pour la Saint-Valentin par exemple, ou bien des carnets pour se serrer la ceinture durant les f\u00eates, ou encore des carnets pour insulter copieusement ses parents le jour de la f\u00eate des m\u00e8res ou des p\u00e8res. Des carnets que l’on consomme ainsi puis que l’on br\u00fble ou jette comme nous consommons \u00e0 peu pr\u00e8s tout de nos jours. De nos nuits.<\/p>\n L’avantage est de s’entra\u00eener \u00e0 manier le traitement de texte de mieux en mieux, d’apprendre \u00e0 faire des couvertures tr\u00e8s pointues selon des gabarits calcul\u00e9s aux petits oignons selon le nombre de pages.<\/p>\n \u00c9vasion, mais peut-on plaindre un prisonnier de ne penser qu’\u00e0 l’\u00e9vasion. En tous cas je me sens tr\u00e8s occup\u00e9<\/em>, j’\u00e9cris beaucoup, beaucoup trop certainement.<\/p>\n Finalement re\u00e7u un message de la part d’EDF nous disant blablabla tout en s’excusant blablabla et un nouvel \u00e9ch\u00e9ancier de paiements. Une sacr\u00e9e somme \u00e0 sortir en sus des autres d\u00e9j\u00e0 cons\u00e9quentes. La mutuelle augmente de quarante euros. Enfin j’ai l’impression d\u00e9sormais que c’est carnaval toute l’ann\u00e9e. Il faut que je m’int\u00e9resse \u00e0 ces produits v\u00e9g\u00e9taux \u00e0 base d’algues ou de je ne sais quoi<\/em>, ersatz de viandes :<\/p>\n Le seitan est compos\u00e9 de gluten, la prot\u00e9ine du bl\u00e9. Sa texture, \u00e9lastique et spongieuse imite celle des diff\u00e9rentes viandes. Le seitan est cuit dans un bouillon aromatis\u00e9, souvent \u00e0 base de sauce soja et d’\u00e9pices afin d’enrichir sa consistance et son ar\u00f4me.<\/p>\n<\/blockquote>\n Bon. Si seulement \u00e7a pouvait r\u00e9gler le probl\u00e8me de se nourrir chaque jour ce serait bien. En ce moment c’est moi qui suis aux fourneaux, S. \u00e9tant prise par ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Hier j’ai vite \u00e9pluch\u00e9 les quatre pommes en train de d\u00e9p\u00e9rir pour faire un crumble. L’horreur de jeter des denr\u00e9es me revient perp\u00e9tuellement, impossible m\u00eame de jeter un quignon de pain. Rien. Il me semble que \u00e7a doit aussi vouloir dire quelque chose \u00e0 part ma pingrerie habituelle, mais je ne sais pas quoi.<\/p>\n Illustration<\/strong> Photographie, Walker Evans Kitchen corner, Alabama, 1936<\/p>",
"content_text": " *Le rien du livre c'est sa lecture* (lu dans les Petits trait\u00e9s de Quignard \u00e0 propos d'une pens\u00e9e de Flaubert). Et puis, comme pour m'extraire de cette m\u00e9lasse intellectuelle, vite, la pens\u00e9e de gagner de l'argent. Je me demande dans quelle mesure *gagner de l'argent* n'est pas une sorte d'issue de secours, une mani\u00e8re d'esquiver cette zone d'ombre que d'aucuns nomment sans vergogne idiotie. Hier j'ai publi\u00e9 deux carnets sous pseudonyme sur Amazon KDP. L'euphorie aidant, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 cinq commandes concernant le livre pour ados. J'imagine cr\u00e9er une collection de ces carnets, sorte de fond de commerce, avec au moment opportun, des carnets de rupture pour la Saint-Valentin par exemple, ou bien des carnets pour se serrer la ceinture durant les f\u00eates, ou encore des carnets pour insulter copieusement ses parents le jour de la f\u00eate des m\u00e8res ou des p\u00e8res. Des carnets que l'on consomme ainsi puis que l'on br\u00fble ou jette comme nous consommons \u00e0 peu pr\u00e8s tout de nos jours. De nos nuits. L'avantage est de s'entra\u00eener \u00e0 manier le traitement de texte de mieux en mieux, d'apprendre \u00e0 faire des couvertures tr\u00e8s pointues selon des gabarits calcul\u00e9s aux petits oignons selon le nombre de pages. \u00c9vasion, mais peut-on plaindre un prisonnier de ne penser qu'\u00e0 l'\u00e9vasion. En tous cas je me sens tr\u00e8s *occup\u00e9*, j'\u00e9cris beaucoup, beaucoup trop certainement. Finalement re\u00e7u un message de la part d'EDF nous disant blablabla tout en s'excusant blablabla et un nouvel \u00e9ch\u00e9ancier de paiements. Une sacr\u00e9e somme \u00e0 sortir en sus des autres d\u00e9j\u00e0 cons\u00e9quentes. La mutuelle augmente de quarante euros. Enfin j'ai l'impression d\u00e9sormais que c'est carnaval toute l'ann\u00e9e. Il faut que je m'int\u00e9resse \u00e0 ces produits v\u00e9g\u00e9taux \u00e0 base d'algues ou de *je ne sais quoi*, ersatz de viandes : > Le seitan est compos\u00e9 de gluten, la prot\u00e9ine du bl\u00e9. Sa texture, \u00e9lastique et spongieuse imite celle des diff\u00e9rentes viandes. Le seitan est cuit dans un bouillon aromatis\u00e9, souvent \u00e0 base de sauce soja et d'\u00e9pices afin d'enrichir sa consistance et son ar\u00f4me. > Bon. Si seulement \u00e7a pouvait r\u00e9gler le probl\u00e8me de se nourrir chaque jour ce serait bien. En ce moment c'est moi qui suis aux fourneaux, S. \u00e9tant prise par ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Hier j'ai vite \u00e9pluch\u00e9 les quatre pommes en train de d\u00e9p\u00e9rir pour faire un crumble. L'horreur de jeter des denr\u00e9es me revient perp\u00e9tuellement, impossible m\u00eame de jeter un quignon de pain. Rien. Il me semble que \u00e7a doit aussi vouloir dire quelque chose \u00e0 part ma pingrerie habituelle, mais je ne sais pas quoi. **Illustration** Photographie, Walker Evans Kitchen corner, Alabama, 1936 ",
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"tags": ["Autofiction et Introspection"]
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/16-janvier-2026.html",
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"title": "16 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-16T05:42:44Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:27:32Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " Avec le temps. Ce mot tant ch\u00e9ri. Jadis. La terre est bleue comme une orange.<\/em> On pouvait \u00e9crire cela sans ironie, sans guillemets d\u00e9fensifs. Le comme<\/em> ouvrait une br\u00e8che. Il n\u2019expliquait rien, il d\u00e9pla\u00e7ait. Je suis comme le roi d\u2019un pays pluvieux.<\/em> Mon amour est comme la fi\u00e8vre.<\/em> La vie est comme une histoire racont\u00e9e par un idiot.<\/em> Le mot circulait librement, sans badge, sans soup\u00e7on. Il liait des r\u00e9alit\u00e9s incompatibles et personne ne demandait de justificatif. D\u00e9sormais c\u2019est presque fini. Demain. Avec le temps. Le temps des machines. Le comme<\/em> sera frapp\u00e9 du sceau de l\u2019approximatif. Il sera lu comme un aveu, un flou non r\u00e9solu, une paresse syntaxique. On dira : comparaison faible, image g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, proc\u00e9d\u00e9 automatique. Le comme<\/em> deviendra un paria. Il devra s\u2019enfuir loin, hors les murs de la ville. Il survivra dans quelques vers anciens, dans des phrases qu\u2019on citera encore — comme<\/em> un mot en sursis, comme<\/em> un oiseau d\u2019un autre \u00e2ge, comme un vol de gerfauts<\/em> que plus personne n\u2019attend.<\/p>\n Il en va de m\u00eame pour certaines structures de phrase. La structure binaire, autrefois neutre, presque invisible, fonctionne d\u00e9sormais comme un signal d\u2019alarme. Sa nettet\u00e9, son aspect ma\u00eetris\u00e9, parfois m\u00eame son \u00e9l\u00e9gance, suffisent \u00e0 \u00e9veiller le soup\u00e7on. On n\u2019y per\u00e7oit plus un geste d\u2019\u00e9criture, mais l\u2019usage d\u2019un outil. Et ce n\u2019est pas seulement la phrase qui se d\u00e9value alors : c\u2019est l\u2019odeur m\u00eame de l\u2019outil, devenue trop reconnaissable pour rester innocente.<\/p>\n Il y a donc une d\u00e9possession. Ce langage appris autrefois, cette langue parl\u00e9e sans y penser, nous en sommes d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9s moins de la langue elle-m\u00eame que de l\u2019innocence avec laquelle nous l\u2019employions.<\/p>\n C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 un effet secondaire de l\u2019usage des mod\u00e8les de langage. Une fatigue diffuse, produite par la r\u00e9p\u00e9tition du manque, par l\u2019insistance d\u2019un d\u00e9faut devenu perceptible. Quelque chose mart\u00e8le, \u00e0 bas bruit, jusqu\u2019\u00e0 confondre la migraine et l\u2019ennui. Cette fatigue n\u2019est pas inutile. Elle peut m\u00eame devenir salvatrice pour qui cherche \u00e0 \u00e9crire. Rien de neuf sous le soleil. Il s\u2019agit d\u2019un apprentissage par la n\u00e9gative. Bien des clowns, bien des moines zen, n\u2019ont pas attendu les machines pour \u00e9prouver cela, ni pour en faire un usage rigoureux, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n Illustration<\/strong> Eug\u00e8ne Atget Photographie de rue o\u00f9 il n’y a pas grand-monde.<\/p>",
"content_text": " Avec le temps. Ce mot tant ch\u00e9ri. Jadis. *La terre est bleue comme une orange.* On pouvait \u00e9crire cela sans ironie, sans guillemets d\u00e9fensifs. Le *comme* ouvrait une br\u00e8che. Il n\u2019expliquait rien, il d\u00e9pla\u00e7ait. *Je suis comme le roi d\u2019un pays pluvieux.* *Mon amour est comme la fi\u00e8vre.* *La vie est comme une histoire racont\u00e9e par un idiot.* Le mot circulait librement, sans badge, sans soup\u00e7on. Il liait des r\u00e9alit\u00e9s incompatibles et personne ne demandait de justificatif. D\u00e9sormais c\u2019est presque fini. Demain. Avec le temps. Le temps des machines. Le *comme* sera frapp\u00e9 du sceau de l\u2019approximatif. Il sera lu comme un aveu, un flou non r\u00e9solu, une paresse syntaxique. On dira : comparaison faible, image g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, proc\u00e9d\u00e9 automatique. Le *comme* deviendra un paria. Il devra s\u2019enfuir loin, hors les murs de la ville. Il survivra dans quelques vers anciens, dans des phrases qu\u2019on citera encore \u2014 *comme* un mot en sursis, *comme* un oiseau d\u2019un autre \u00e2ge, *comme un vol de gerfauts* que plus personne n\u2019attend. Il en va de m\u00eame pour certaines structures de phrase. La structure binaire, autrefois neutre, presque invisible, fonctionne d\u00e9sormais comme un signal d\u2019alarme. Sa nettet\u00e9, son aspect ma\u00eetris\u00e9, parfois m\u00eame son \u00e9l\u00e9gance, suffisent \u00e0 \u00e9veiller le soup\u00e7on. On n\u2019y per\u00e7oit plus un geste d\u2019\u00e9criture, mais l\u2019usage d\u2019un outil. Et ce n\u2019est pas seulement la phrase qui se d\u00e9value alors : c\u2019est l\u2019odeur m\u00eame de l\u2019outil, devenue trop reconnaissable pour rester innocente. Il y a donc une d\u00e9possession. Ce langage appris autrefois, cette langue parl\u00e9e sans y penser, nous en sommes d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9s moins de la langue elle-m\u00eame que de l\u2019innocence avec laquelle nous l\u2019employions. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 un effet secondaire de l\u2019usage des mod\u00e8les de langage. Une fatigue diffuse, produite par la r\u00e9p\u00e9tition du manque, par l\u2019insistance d\u2019un d\u00e9faut devenu perceptible. Quelque chose mart\u00e8le, \u00e0 bas bruit, jusqu\u2019\u00e0 confondre la migraine et l\u2019ennui. Cette fatigue n\u2019est pas inutile. Elle peut m\u00eame devenir salvatrice pour qui cherche \u00e0 \u00e9crire. Rien de neuf sous le soleil. Il s\u2019agit d\u2019un apprentissage par la n\u00e9gative. Bien des clowns, bien des moines zen, n\u2019ont pas attendu les machines pour \u00e9prouver cela, ni pour en faire un usage rigoureux, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0. **Illustration** Eug\u00e8ne Atget Photographie de rue o\u00f9 il n'y a pas grand-monde. ",
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"id": "https:\/\/ledibbouk.net\/15-janvier-2026.html",
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"title": "15 janvier 2026",
"date_published": "2026-01-15T08:17:09Z",
"date_modified": "2026-02-07T21:27:46Z",
"author": {"name": "Patrick Blanchon"},
"content_html": " La L\u00e9gende de Liam<\/a><\/strong>, est d\u00e9sormais en vente sur Amazon. La version anglaise devant para\u00eetre fin de semaine, d\u00e9but de semaine prochaine. Wait and see. \nC’est encore un paradoxe que ce premier livre de fictions publi\u00e9 soit un livre pour enfants, mais assum\u00e9 totalement puisque pour la bonne cause<\/em>.<\/p>\n Il fait moins froid, mais malgr\u00e9 cela en allant voir le compte EDF d\u00e9sagr\u00e9able surprise de constater une augmentation significative de notre consommation alors que nous prenons grand soin de faire attention \u00e0 tout. Ce qui me met imm\u00e9diatement de mauvais poil apr\u00e8s la l\u00e9g\u00e8re euphorie de voir ce bouquin publi\u00e9. <\/p>\n Hier j’ai fait quelques tests sur Google Opal en utilisant le vpn de Vivendi, assez d\u00e9\u00e7u par les r\u00e9sultats m\u00eame si l’application est gratuite, l’aspect usine \u00e0 gaz<\/em> pour remplir tous les inputs et connecteurs est r\u00e9barbatif. Au final Gemini, gratuit \u00e9galement, est bien plus adapt\u00e9 \u00e0 mes besoins. <\/p>\n J’ai commenc\u00e9 \u00e0 suivre quotidiennement les textes de\nS\u00e9bastien Bailly<\/a><\/strong> en m’inscrivant gratuitement \u00e0 son Patreon. Aujourd’hui le sujet porte sur le mot \"texte\"<\/em> et j’en pr\u00e9l\u00e8ve cet extrait tout \u00e0 fait pertinent : <\/p>\n Revenir au mot texte, le cartographier, en montrer les tensions, ce n\u2019est pas un luxe th\u00e9orique. C\u2019est une condition pour \u00e9crire autrement avec l\u2019IA. Tant que nous traiterons le texte comme un simple livrable, nous continuerons \u00e0 accuser les prompts. D\u00e8s que nous acceptons que le texte est un espace conflictuel — entre forme et pens\u00e9e, entre pouvoir et exploration, entre norme et voix — l\u2019IA cesse d\u2019\u00eatre un g\u00e9n\u00e9rateur et devient un r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<\/blockquote>\n En passant je me demande combien cela me couterait mensuellement \u00e0 la fois en temps et en argent de suivre toutes les personnes int\u00e9ressantes que je suis gratuitement s’il me fallait prendre un abonnement minimal. C’est hors de mes possibilit\u00e9s actuellement. On verra quand j’obtiendrai enfin cette foutue retraite.<\/p>\n Le fait de s’endormir en \u00e9coutant une \u00e9mission litt\u00e9raire avec l’\u00e9couteur dans l’oreille n’a rien de bon du tout. Au petit matin un sentiment funeste accompagne des images de vermines rampant sur le sol de l’atelier, des serpents, des rats, des grenouilles et la chatte devenant h\u00e9ro\u00efque succombera \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s ce qui m’attristera et me r\u00e9veillera avec ce sentiment funeste et ce go\u00fbt de cendre dans la bouche.<\/p>\n Suis all\u00e9 voir sur Ebay et sur Vinted les prix de vente de Histoire de l’\u00e9criture<\/strong> de James F\u00e9vrier. C’est hallucinant de constater \u00e0 quel point la bataille est f\u00e9roce entre vendeurs. Le point d’achoppement semble \u00eatre le prix qui s’affiche en gras sur la page additionn\u00e9 au prix du transport, d\u00e9lirant pour un chronopost international. Le co\u00fbt du transport plus cher que l’ouvrage devenant une pratique.<\/p>\n En r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la mani\u00e8re de me d\u00e9barasser respectueusement de tous les livres de mon p\u00e8re id\u00e9e de cr\u00e9er une nouvelle rubrique \"Polars\" de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9crire un r\u00e9sum\u00e9 de chaque bouquin, le j’aime ou j’aime pas, une bio de l’auteur etc. Ensuite me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l’aspect \"l\u00e9gal\" de la pratique. C’est scandaleux je ne trouve pas d’autre mots car globalement au del\u00e0 de 2000 euros de ventes annuelle le fisc exige un statut de micro entreprise. C’est \u00e0 dire que ces livres que mon p\u00e8re a achet\u00e9 au prix fort et qui ont d\u00e9j\u00e0 rapport\u00e9 de la TVA \u00e0 l’Etat Fran\u00e7ais si je les revends devront encore \u00eatre tax\u00e9s. Quelque chose l\u00e0-dedans insulte l’intelligence ni plus ni moins. D’autant plus que l’Etat Fran\u00e7ais \u00e9tant d\u00e9sormais compos\u00e9 d’individus de plus en plus louches ne montre pas vraiment un comportement exemplaire sur lequel calquer le notre.<\/p>\n Hier suis all\u00e9 \u00e0 la poste. La machine pour acheter le timbre en panne, file d’attente. Tout au bout derri\u00e8re le comptoir cette femme ne se d\u00e9partissant pas de son calme de sa bonne humeur. M\u00e9lange \u00e9tonnant entre agacement, col\u00e8re, et gr\u00e2ce.<\/p>\n Placement timide d’un formulaire d’inscription sur la partie descriptif long de la rubrique <\/em>Atlas<\/a>*.qui vaut plus comme test qu’autre chose.<\/p>\n Concernant la notion de planche<\/em>, cr\u00e9ation d’une planche 6 bis Musique<\/a><\/strong> sur laquelle j’ai retir\u00e9 toutes les dates et r\u00e9organis\u00e9 les extraits par cat\u00e9gories invisibles. Avantage certain par rapport \u00e0 tout le blabla accompagnant les autres planches. <\/p>\n \u00c0 travailler encore la notion d’accrochage de ces extraits. <\/p>\n
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check_paragraphs.py<\/code>)<\/li>\nPrivil\u00e9gier les corrections incr\u00e9mentales<\/h3>\n
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Utiliser les bons outils pour la bonne part du chemin<\/h3>\n
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.md<\/code>.<\/li>\n
\n# Remplacer - par \u2014 (tiret cadratin)\nfor file in *.md; do\n sed -i 's\/^- \/\u2014 \/' \"$file\"\ndone<\/code><\/pre>\ncat > quote-italic.tex << 'EOF'\n\\renewenvironment{quote}\n {\\list{}{\\rightmargin\\leftmargin}\\item\\relax\\itshape}\n {\\endlist}\nEOF<\/code><\/pre>\n\n
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