{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/30-juin-2019.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/30-juin-2019.html", "title": "30 juin 2019", "date_published": "2019-06-30T04:27:00Z", "date_modified": "2025-11-27T06:50:48Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
\u00c0 la rencontre des piraillons. \u00c0 la Tontine, premier repas : pizza, ros\u00e9 frais sous l\u2019auvent, chaleur \u00e9crasante, Gr\u00e9gory de Maleval, un autre venu d\u2019Ard\u00e8che. Les voix se l\u00e2chent, je commence \u00e0 les conna\u00eetre. Quelques mois plus t\u00f4t, \u00e0 la Maison du Ch\u00e2telet, \u00e0 Bourg-Argental, Yannick m\u2019a propos\u00e9 le festival In & Off de Saint-Julien. Cette fois, ce sera en plein village, place des 6 Fontaines, dans l\u2019ancien atelier des Curieux, une ancienne verrerie devenue cuisine puis remise. Lors de la visite, la salle est sombre, poussi\u00e9reuse, sans lumi\u00e8re ; je me demande comment accrocher l\u00e0-dedans. Le jour venu, je nettoie, j\u2019installe les premiers tableaux presque \u00e0 l\u2019aveugle. Yannick trouve un arrangement, Pascal vient apr\u00e8s son travail, tire un c\u00e2ble, serre les vis. La veille du vernissage, la lumi\u00e8re s\u2019allume et l\u2019atelier crade devient, d\u2019un coup, un lieu d\u2019exposition au milieu des piraillons.<\/p>", "content_text": " \u00c0 la rencontre des piraillons. \u00c0 la Tontine, premier repas : pizza, ros\u00e9 frais sous l\u2019auvent, chaleur \u00e9crasante, Gr\u00e9gory de Maleval, un autre venu d\u2019Ard\u00e8che. Les voix se l\u00e2chent, je commence \u00e0 les conna\u00eetre. Quelques mois plus t\u00f4t, \u00e0 la Maison du Ch\u00e2telet, \u00e0 Bourg-Argental, Yannick m\u2019a propos\u00e9 le festival In & Off de Saint-Julien. Cette fois, ce sera en plein village, place des 6 Fontaines, dans l\u2019ancien atelier des Curieux, une ancienne verrerie devenue cuisine puis remise. Lors de la visite, la salle est sombre, poussi\u00e9reuse, sans lumi\u00e8re ; je me demande comment accrocher l\u00e0-dedans. Le jour venu, je nettoie, j\u2019installe les premiers tableaux presque \u00e0 l\u2019aveugle. Yannick trouve un arrangement, Pascal vient apr\u00e8s son travail, tire un c\u00e2ble, serre les vis. La veille du vernissage, la lumi\u00e8re s\u2019allume et l\u2019atelier crade devient, d\u2019un coup, un lieu d\u2019exposition au milieu des piraillons. ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/img_20190627_191736.jpg?1764221218", "tags": [] } ,{ "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/20-juin-2019.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/20-juin-2019.html", "title": "20 juin 2019", "date_published": "2019-06-20T04:22:00Z", "date_modified": "2025-11-27T06:50:27Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
Ces derniers jour , des \u00e9missions sur le pranisme, ces gens qui disent pouvoir vivre sans nourriture solide. Au d\u00e9part, c\u2019\u00e9tait du folklore de trajet en Kangoo, comme l\u2019Atlantide ou les extraterrestres. Puis l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde sans abattoirs ni supermarch\u00e9s, d\u2019une nourriture directe, sans viande ni farine, m\u2019a bri\u00e8vement s\u00e9duit. Tout \u00e0 coup, j\u2019ai vu le prix : abandonner la mati\u00e8re alors qu\u2019on s\u2019est incarn\u00e9 dedans. Je me suis surtout rendu compte que je mange rarement par faim. Ce sont les \u00e9motions qui appellent, comme des loups, et on les fait taire \u00e0 coups de bouch\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la torpeur. J\u2019ai \u00e9cart\u00e9 une partie de ce que je mangeais, la viande rouge d\u2019abord. Chez mes parents, la viande faisait office de langage : mon p\u00e8re, de bonne humeur, revenait de la boucherie les bras charg\u00e9s ; \u00e0 table, on se taisait, on m\u00e2chait. En pensant \u00e0 \u00e7a, une envie de frugalit\u00e9 s\u2019est install\u00e9e, pas pour devenir pranique, mais pour manger moins et regarder enfin ce que je fais. Cette attention se glisse dans ma peinture : poser une touche, d\u00e9cider de son poids, de sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, change la toile enti\u00e8re. Le chemin vers l\u2019\u00e9tat pranique, tel qu\u2019ils le racontent, ressemble \u00e0 celui de l\u2019atelier : l\u00e2cher prise et rester pr\u00e9sent au moindre geste. La diff\u00e9rence, pour moi, c\u2019est que je garde la mati\u00e8re et j\u2019essaie seulement de cesser de la manger pour fuir les loups.<\/p>", "content_text": " Ces derniers jour , des \u00e9missions sur le pranisme, ces gens qui disent pouvoir vivre sans nourriture solide. Au d\u00e9part, c\u2019\u00e9tait du folklore de trajet en Kangoo, comme l\u2019Atlantide ou les extraterrestres. Puis l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde sans abattoirs ni supermarch\u00e9s, d\u2019une nourriture directe, sans viande ni farine, m\u2019a bri\u00e8vement s\u00e9duit. Tout \u00e0 coup, j\u2019ai vu le prix : abandonner la mati\u00e8re alors qu\u2019on s\u2019est incarn\u00e9 dedans. Je me suis surtout rendu compte que je mange rarement par faim. Ce sont les \u00e9motions qui appellent, comme des loups, et on les fait taire \u00e0 coups de bouch\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la torpeur. J\u2019ai \u00e9cart\u00e9 une partie de ce que je mangeais, la viande rouge d\u2019abord. Chez mes parents, la viande faisait office de langage : mon p\u00e8re, de bonne humeur, revenait de la boucherie les bras charg\u00e9s ; \u00e0 table, on se taisait, on m\u00e2chait. En pensant \u00e0 \u00e7a, une envie de frugalit\u00e9 s\u2019est install\u00e9e, pas pour devenir pranique, mais pour manger moins et regarder enfin ce que je fais. Cette attention se glisse dans ma peinture : poser une touche, d\u00e9cider de son poids, de sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, change la toile enti\u00e8re. Le chemin vers l\u2019\u00e9tat pranique, tel qu\u2019ils le racontent, ressemble \u00e0 celui de l\u2019atelier : l\u00e2cher prise et rester pr\u00e9sent au moindre geste. La diff\u00e9rence, pour moi, c\u2019est que je garde la mati\u00e8re et j\u2019essaie seulement de cesser de la manger pour fuir les loups. ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/img_20190619_183433.jpg?1764220879", "tags": [] } ,{ "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/16-juin-2019.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/16-juin-2019.html", "title": "16 juin 2019", "date_published": "2019-06-16T04:12:00Z", "date_modified": "2025-11-27T05:15:20Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
Les ann\u00e9es 90. Une fois encore, je tra\u00eene dans la ville, sans but. Le temps fiche le camp. La radio en bruit de fond. Julien Clerc chante qu\u2019il veut \u00eatre utile. La phrase me tombe dessus. Trente ans, parfaitement inutile. Autour, les amis s\u2019installent : CDI, appartements, maisons, enfants. Ils quittent l\u2019errance, je reste seul sur le pont. Le mot « utile » revient partout. Plus tard, dans les lettres de Van Gogh \u00e0 son fr\u00e8re, la m\u00eame obsession : \u00eatre utile, justifier la peinture, l\u2019argent, les toiles. Lui au bord de la faillite, moi d\u2019emplois pr\u00e9caires en ateliers : beaucoup d\u2019errance, peu de preuves. On me demande \u00e0 quoi \u00e7a sert, tout \u00e7a. Qui me le demande vraiment ? Je ne sais pas. Ce qui me g\u00eane, ce n\u2019est pas l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre utile, c\u2019est ce qu\u2019elle \u00e9crase de po\u00e9sie, d\u2019imagination. L\u2019utilit\u00e9, ma petite dictature de poche.<\/p>", "content_text": " Les ann\u00e9es 90. Une fois encore, je tra\u00eene dans la ville, sans but. Le temps fiche le camp. La radio en bruit de fond. Julien Clerc chante qu\u2019il veut \u00eatre utile. La phrase me tombe dessus. Trente ans, parfaitement inutile. Autour, les amis s\u2019installent : CDI, appartements, maisons, enfants. Ils quittent l\u2019errance, je reste seul sur le pont. Le mot \u00ab utile \u00bb revient partout. Plus tard, dans les lettres de Van Gogh \u00e0 son fr\u00e8re, la m\u00eame obsession : \u00eatre utile, justifier la peinture, l\u2019argent, les toiles. Lui au bord de la faillite, moi d\u2019emplois pr\u00e9caires en ateliers : beaucoup d\u2019errance, peu de preuves. On me demande \u00e0 quoi \u00e7a sert, tout \u00e7a. Qui me le demande vraiment ? Je ne sais pas. Ce qui me g\u00eane, ce n\u2019est pas l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre utile, c\u2019est ce qu\u2019elle \u00e9crase de po\u00e9sie, d\u2019imagination. L\u2019utilit\u00e9, ma petite dictature de poche. ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/img_20190619_181734.jpg?1764220322", "tags": [] } ,{ "id": "https:\/\/ledibbouk.net\/15-juin-2019.html", "url": "https:\/\/ledibbouk.net\/15-juin-2019.html", "title": "15 juin 2019", "date_published": "2019-06-15T03:39:00Z", "date_modified": "2025-11-27T04:40:07Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
Bien s\u00fbr, l\u2019importance. Aujourd\u2019hui, « La Recherche » pos\u00e9e sur une \u00e9tag\u00e8re, et il y a longtemps que je ne l\u2019ai plus ouverte. Sur YouTube, quelqu\u2019un d\u00e9taille le prix de chaque minute de vie, revenu annuel divis\u00e9 par 525 600, temps perdu reconverti en chiffres. Je fais le calcul : mon temps \u00e0 moi ne vaut pas assez pour que je me prive de lire, et pourtant quelque chose s\u2019y oppose encore. Alors reviennent le fleuve, la pierre, une autre patience immobile. J\u2019habite cet entre-deux.<\/p>", "content_text": " Bien s\u00fbr, l\u2019importance. Aujourd\u2019hui, \u00ab La Recherche \u00bb pos\u00e9e sur une \u00e9tag\u00e8re, et il y a longtemps que je ne l\u2019ai plus ouverte. Sur YouTube, quelqu\u2019un d\u00e9taille le prix de chaque minute de vie, revenu annuel divis\u00e9 par 525 600, temps perdu reconverti en chiffres. Je fais le calcul : mon temps \u00e0 moi ne vaut pas assez pour que je me prive de lire, et pourtant quelque chose s\u2019y oppose encore. Alors reviennent le fleuve, la pierre, une autre patience immobile. J\u2019habite cet entre-deux. ", "image": "https:\/\/ledibbouk.net\/IMG\/logo\/img_20210815_085334-2.jpg?1764218388", "tags": [] } ] }