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26 janvier 2026 — Le dibbouk

26 janvier 2026

Le pouvoir du plus fort, du plus armé, du plus grossier, contient en lui-même sa propre destruction. En attendant, il faut le subir et l’étudier. Ça ressemble à un de ces parcours périlleux tout au fond d’une mine d’or aztèque : discernement, attention, vigilance, et réactivité bien sûr, sous peine de se faire découper par des haches pendulaires, transpercer par des lances empoisonnées au curare, sentir le sol s’effondrer et atterrir au beau milieu d’un nid de serpents venimeux.

L’affrontement direct ne vaut pas grand-chose ; presque toujours poussé par l’émotion incontrôlée, pas de plan, pas de structures, aucune solution B, le risque de foirade totale augmente à proportion de l’impréparation.

À la question « Voulez-vous tuer le Président ? », que tout le monde considère comme une blague, il vaut mieux répondre non, et de la façon la plus naturelle possible.

Pour vaincre les serpents, je ne fais pas de dessin, il faut du sang-froid.

Je me demande s’il ne faudrait pas ouvrir une station radio pirate. La seule chose embêtante, c’est le : « Allo, ici le Péage de Roussillon. » Beaucoup moins prestigieux que « Ici Londres ».
Ils ont des soucis à Londres. Ils se mettent à prévoir des krachs boursiers liés à l’arrivée d’extraterrestres. Ce qui, il y a encore dix ans, était considéré comme un fake est désormais entré dans les mœurs, ou presque.

Si ça se trouve, dans moins de cinq ans, entre les IA qui bosseront pour nous et les extraterrestres qui nous auront offert l’abondance illimitée, on aura tous un revenu minimum obligatoire et on s’emmerdera comme des rats morts. Tu ne pourras plus toucher à rien sous peine de quoi, on se demande : être réexpédié dans les années 80 ? Ils maîtriseraient en outre le voyage spatio-temporel. Ce serait cool comme punition, pensez-vous ? Revivre à tire-larigot les mêmes conneries ad vitam aeternam ? Pas certain.

J’essaie de me projeter dans cinq ans, mais c’est encore escompter sans la rapidité à laquelle se déplace la connerie. Si ça se trouve, l’an prochain j’aurai mon propre assistant IA (je préfèrerais une assistante si ça ne vous dérange pas, et si j’ai encore mon mot à dire — et oui, si elle sait faire l’authentique Paris-Brest avec de la vraie crème au beurre, je ne dis pas non, bien sûr je ne demande pas la lune).

Évidemment, on n’en est pas encore là. Tout à l’heure, c’est un vrai toubib, avec la tronche du Dr Folamour, qui va s’occuper de mes canines et de mes molaires. J’espère qu’il m’endormira avant ; tarif Sécu de base oblige, on ne sait jamais.

En attendant, le pôle Nord fait des incursions jusqu’à Washington, ayant l’air de dire : « Oh, mais trop c’est trop, je vais refroidir vos ardeurs. » Pour un qui est con, tout le monde trinque et dit : « Ça caille jusqu’à Sacramento ! » Ou ça crame de temps à autre ; quand il n’y a pas ça jusqu’à Los Angeles, on se les gèle.

Le fait est que le danger ultime est de déclarer à voix haute : « Plus rien ne m’étonne. » Même si on peut parfois le penser tellement fort, il vaut mieux résister aussi contre ça.

Hier pris toute la journée par les nuages pas eu le temps d’écrire beaucoup plus qu’aujourd’hui, je le crains. Ce qui doit absolument être considéré comme une chance à la fois par certain(es) de mes lecteur(esses ou ice mais ice ça fait tâche en ce moment ) Mais surtout pour moi-même car le fait de se retenir aussi a du bon, même dans une époque où on se lamente de la chute de la natalité.

Ce serait marrant de se poser la question : Que ferait Ulysse dans cette mélasse, le Capitaine Némo, Thierry La fronde, Le marsupilami, Mister BEans, Homer Simpsons, La reine d’Angleterre, Mario Puzzo etc etc

Homer Simpson ne ferait rien. Absolument rien. Il s’assoirait dans son canapé avec une Duff, regarderait la télé, et attendrait que ça passe. "Marge, j’ai pas envie d’aller manifester, y a les Simpson à la télé." Le pouvoir du plus fort finirait par s’effondrer tout seul parce que personne ne le prendrait au sérieux. Homer incarnerait l’inertie absolue comme forme de résistance passive — pas par principe gandhien, juste par flemme existentielle. Et paradoxalement, ça marcherait : on ne peut pas tyranniser quelqu’un qui refuse même de reconnaître qu’il est tyrannisé. "D’oh !" serait sa seule réaction politique. Le système s’épuiserait à essayer de le mobiliser, de le faire réagir, delui faire peur. Mais Homer aurait déjà oublié le problème entre deux gorgées de bière. C’est peut-être la stratégie la plus subversive de toutes : l’indifférence totale, non militante, juste organique.

Dans un autre monde certainement.

illustration Matt Groening le créateur des Simpson

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