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22 octobre 2021 — Le dibbouk

La vacuité

Toujours sur la route, je tombe sur cette émission de la chaîne de Damien Maya sur la vacuité, notion qui m’intéresse depuis belle lurette mais pour des raisons différentes tout au long de ma vie. Car que sait-on de la vacuité à 15 ans, à 30 ans, à 60 ans ou encore à 75 ans ? C’est une évidence qu’on interprétera ce mot chaque fois suivant notre propre expérience de la vie à chacune de ces étapes. J’ai lu beaucoup de livres sur le bouddhisme zen à l’âge de 20 ans car j’avais la sensation d’y découvrir des clefs importantes pour me sentir bien. J’avais l’impression qu’ils n’avaient été écrits que pour moi tant je pouvais m’y retrouver. Vers la quarantaine, j’ai renoncé à toute littérature philosophique ou religieuse. J’avais compris confusément que je ne cherchais qu’à me rassurer perpétuellement sur ma propre finitude. Et me rassurer me paraissait vain à cette époque, j’avais le sentiment d’une faiblesse qui ne provenait que de mon égoïsme forcené. J’ai donc navigué entre 40 ans et aujourd’hui en subissant la vie de plein fouet, si je puis dire, c’est-à-dire sans placebo, sans filet, sans filtre. Il n’y avait plus rien qui pouvait vraiment me rassurer, me réconforter, m’émerveiller ou me navrer que chaque instant que je traversais alors avec les moyens du bord. Je voulais juste être honnête avec qui j’étais vraiment, ce qui ne m’empêchait nullement de mentir, de tricher avec les autres car je comprenais leur nécessité de croire en quelque chose, que ce soit l’amour, Dieu, les extraterrestres, j’en passe et des meilleurs. Je m’imaginais encore comme une sorte de guerrier, un survivant de nombreuses guerres qui avait traversé un bon nombre d’illusions. Quelque part, j’étais encore mué par l’orgueil de vouloir savoir plus ou mieux que quiconque quelque chose d’important, on peut appeler ça la vie. Oui, je voulais devenir une sorte de sage qui connaissait la vie. N’est-ce pas totalement absurde ? Et pourtant, à bien regarder tout cela désormais, c’était bien cela mon but. J’avais une très haute importance de moi-même et je ne m’en rendais pas compte, et cette importance exagérée faussait ma vision sans relâche, quoi que je puisse penser ou faire. C’est en travaillant sur cette idée d’importance que j’ai retrouvé la notion de vacuité. Aussi n’est-ce pas étonnant qu’elle m’accompagne sur le chemin qui me mène à mes ateliers de peinture. J’ai écouté Thich Nhat Hanh et, en l’écoutant, une grande partie de mes anciennes croyances, de mes vieilles illusions se sont mises à défiler comme les champs de chaque côté de mon véhicule, comme les bourgs que je traversais. Je ne sais toujours pas ce qu’est la vacuité à la fin de la vidéo. Je ne le sais toujours pas, volontairement je veux dire. Parce que, quelle que soit la définition que je voudrais lui donner, je sais d’avance qu’elle sera erronée, que ce ne sera que ma propre interprétation de ce mot, encore une fois créée par une idée d’importance. Perdre de l’importance et se concentrer sur ce que j’ai simplement à faire, c’est-à-dire être heureux d’être en vie et de pouvoir partager ma passion pour la peinture et le dessin avec de jeunes enfants ou des adultes, n’est-ce pas tout ce que j’ai à faire véritablement ? Même le fait de peindre seul, de réaliser des tableaux, de me dire « je suis artiste » me paraît vain à côté de cet échange. La vacuité, c’est peut-être une piste : elle est liée à la prise de conscience de l’interdépendance. Il s’agit alors de trouver ce que l’on peut partager de mieux avec les autres, se concentrer là-dessus et oublier tout le reste.

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