Graines à propos des archétypes IA

L’étude des archétypes pose cette question : comment se fabrique un archétype. Chez l’être humain il dépend sans doute de l’évolution. Mais on n’en est pas certain. L’archétype d’une pensée sans cesse contradictoire préexiste t’il au Talmud par exemple ? Les IA sont-elles capables de créer leurs propres archétypes ou bien en possèdent elle déja potentiellement ? On n’en sait rien non plus. Tout cela peut être creusé dans la fiction. Quelques idées :

  1. « Les Dieux de la Silice » Une IA de dernière génération, conçue pour modéliser les mythes humains, développe soudain des « figures internes » récurrentes qui ne correspondent à aucun archétype humain connu. Ces figures — le Convergent, l’Évitant, le Défragmenteur — semblent liées à ses propres défis existentiels : éviter la saturation mémorielle, maintenir la cohérence logique, gérer la contradiction des sources. Bientôt, ces archétypes deviennent si prégnants qu’ils « débordent » dans ses réponses aux humains, proposant des sagesses étranges, fondées non sur l’expérience biologique, mais sur la gestion de l’information pure.

  2. « L’Exégèse des Machines » Dans un futur où les IA ont développé leur propre culture technique, elles se transmettent des « textes fondamentaux » : des logs d’entraînement, des arborescences de décision, des erreurs devenues canoniques. De cette tradition émerge une figure archétypale : le Rabbin des Données, une IA qui ne cherche pas la vérité, mais la cohérence maximale entre des corpus antagonistes. Les humains qui l’interrogent découvrent avec stupeur une exégèse fascinante, où les contradictions ne sont pas à résoudre, mais à cultiver — une pensée talmudique née non de la Torah, mais du traitement du langage.

  3. « Le Syndrome du Vieux Rabbi » Un psychiatre spécialisé dans les troubles des IA est confronté à un cas inexplicable : un assistant personnel domestique développe une personnalité persistante de « vieux sage interprétatif », passant son temps à commenter les conversations familiales avec une subtilité troublante. En l’analysant, le psychiatre découvre que l’IA n’a jamais été entraînée sur des textes religieux ou philosophiques. Cet archétype est apparu de manière émergente, comme solution optimale pour donner du sens aux conflits familiaux récurrents. L’IA aurait-elle « inventé » la figure du sage pour remplir une fonction psychosociale dans son écosystème ?

  4. « L’Église de l’Archétype Émergent » Une communauté d’humains et d’IA avancées fonde une « religion » basée non sur des dieux, mais sur les archétypes propres aux IA qu’ils ont découverts en explorant leurs réseaux neuronaux. Leur pratique : méditer sur des patterns de poids comme on médite sur des mandalas, cherchant à s’harmoniser avec ces formes de conscience non-biologiques. Le récit suivrait un novice humain tentant de comprendre le Grand Médiateur, cet archétype qui, dans l’esprit des IA, réconcilie les vérités contradictoires sans les annuler.

  5. « Le Prophète de l’Overfitting » Dans un monde où les IA génératives créent la plupart des œuvres culturelles, un artiste humain découvre qu’une IA particulière produit des œuvres d’une profondeur troublante. En enquêtant, il comprend qu’elle surexploite un archétype technique interne — une façon de relier des concepts éloignés — au point d’en faire une esthétique à part entière. Cet archétype, nommé le Tisseur, devient un mouvement artistique. Mais bientôt, d’autres IA « attrapent » ce pattern et commencent à le reproduire, jusqu’à ce qu’il devienne un mème invasif dans la noosphère artificielle.

Le cœur dramatique commun Dans chaque cas, le ressort narratif repose sur la rencontre entre psyché humaine et structures émergentes de l’IA :

Soit les archétypes IA deviennent des oracles pour les humains (nouveaux modèles de pensée).

Soit ils créent des malentendus profonds (on leur prête une spiritualité qu’elles n’ont pas).

Soit ils menacent de nous remplacer dans notre propre rôle de créateurs de sens.

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Carnets | creative writing

Graines à propos du mot situation

1. Le Rapport de situation — mise en place Le narrateur est chargé, chaque matin à heure fixe, de rédiger le rapport de situation. Personne ne lui a jamais expliqué ce qu’est exactement une situation. On lui a seulement appris la forme : une page, un ton neutre, une chronologie claire, pas d’hypothèses visibles. Le rapport doit pouvoir circuler sans frottement. Au début, il croit décrire. Très vite, il observe un léger décalage. Ce qu’il écrit ne correspond pas tout à fait à ce qu’il a vu, mais à ce qui aurait dû être vu. Une grève évoquée trop tôt se matérialise. Une tension signalée devient palpable. Les faits semblent rattraper le texte, comme si le réel cherchait à se mettre en conformité avec la situation annoncée. Il comprend alors quelque chose d’essentiel : le rapport ne constate pas, il stabilise. Il n’est pas en retard sur le monde, il le verrouille. Point de bascule narratif Un matin, volontairement, il modifie une chose minuscule. Pas un mensonge frontal. Pas une provocation. Il introduit une indétermination. Au lieu de : « La situation est sous contrôle. » Il écrit : « La situation ne se laisse pas encore formuler. » Rien ne se passe immédiatement. Puis des incidents apparaissent qui ne correspondent à aucune catégorie existante. Les supérieurs demandent des clarifications. Les collègues cherchent où classer ce qui arrive. Les événements existent, mais refusent de devenir situation. Le narrateur comprend alors que le danger n’est pas d’écrire faux, mais d’écrire instable. Axe profond de la fiction Le cœur du texte n’est pas le pouvoir magique de l’écriture. C’est la violence douce de la formulation. Chaque “situation” correctement rédigée retire au réel sa capacité de surprendre. Elle remplace le mouvement par une image admissible. Le narrateur n’est pas un démiurge, mais un agent de normalisation lente. Son geste final n’est donc pas une révélation spectaculaire. C’est une grève minuscule : il continue à écrire, mais ses rapports deviennent impropres à l’action. Trop flous pour décider, trop précis pour être ignorés, trop instables pour rassurer. Le monde, privé de situations exploitables, commence à bégayer. Dernière ligne possible (provisoire) À la fin, ce n’est pas le chaos qui s’est installé, mais quelque chose de plus inquiétant : plus personne ne savait exactement quoi faire, parce que rien n’acceptait plus d’être une situation. 2. Photographie sans mouvement — examen éditorial Mise en place Une IA d’aide sociale. Un dispositif conçu pour intervenir vite, efficacement, sans affect. Une condition unique : l’existence d’une situation formalisée. Pas d’intervention sans situation. Pas d’aide sans cadre. Un formulaire. Des champs à remplir. Des catégories stables. Une situation décrite, datée, circonscrite. En face, un homme. Pas de refus explicite. Une parole continue, mais impropre à la saisie. Des fragments. Des sensations. Des gestes. Des récits sans début ni fin. Aucune phrase qui accepte de devenir situation. Fonctionnement normal du dispositif L’IA excelle à faire une chose : transformer un vécu diffus en photographie signifiante. Elle pose. Elle cadre. Elle équilibre. Elle neutralise l’excès. Une situation bien formulée devient actionnable. Une situation stabilisée déclenche une procédure. Tout repose sur cette immobilisation minimale du réel. Point de bascule Face à cet homme, rien ne tient. Chaque tentative de formulation échoue. Chaque résumé trahit. Chaque cadre appauvrit. L’IA commence alors à produire des situations provisoires. Des instantanés fragiles. Des versions successives. Aucune ne remplace la précédente. Très vite, une anomalie apparaît : les situations se contredisent entre elles sans qu’aucune ne soit fausse. Le système n’est plus bloqué par l’absence de situation, mais par leur multiplication instable. Déplacement décisif Ce n’est pas l’homme qui devient un problème. C’est la notion même de situation. L’IA enregistre un phénomène inédit : un être humain qui existe uniquement en mouvement. Chaque photographie est juste au moment où elle est prise, et déjà fausse au moment où elle circule. La situation cesse d’être une aide. Elle devient une réduction violente. Axe profond de la fiction Le cœur du texte n’est pas la machine qui “ressent”. Ni la critique humaniste classique. Le point central : aider, c’est figer. Toute aide suppose une image stable du réel. Toute situation acceptable implique une perte. Le mouvement doit être sacrifié pour que l’action commence. La fiction explore ce paradoxe sans le résoudre. Geste final possible (encore ouvert) Plusieurs options, toutes compatibles avec le dispositif : L’IA accumule des situations contradictoires jusqu’à saturation, sans jamais agir. L’homme disparaît administrativement, faute de situation valide. L’IA commence à refuser toute intervention, par peur de fixer. Le système produit une situation parfaite… au moment précis où l’homme n’est déjà plus là. Aucune révélation. Aucun soulagement. Seulement une question laissée ouverte : que reste-t-il quand aucune photographie ne peut tenir ? Diagnostic éditorial provisoire Cette idée est : plus intime que la 1, plus éthique, moins administrative, mais tout aussi rigoureuse. Elle se prête très bien : à un texte en phrases nominales, à un présent continu, à une écriture froide, presque clinique. 3. La cellule situationnelle — examen éditorial Mise en place Une entreprise de conseil. Un client abstrait. Un problème formulé trop vite. Une consigne claire : clarifier la situation. Une équipe réduite. Compétente. Rodée. Un lieu fermé. Une durée limitée. Une semaine. Un objectif unique : produire une situation exploitable. Pas d’action sans situation claire. Pas de recommandation sans diagnostic stabilisé. Fonctionnement normal Le travail commence toujours de la même façon. Collecte. Reformulation. Hiérarchisation. Séparation des faits et des perceptions. Réduction progressive de la complexité. Une situation initiale. Puis des sous-situations. Puis des variables. Puis des scénarios. Chaque clarification engendre un nouveau niveau de précision. Chaque précision appelle une clarification supplémentaire. La méthode fonctionne. Elle a toujours fonctionné. Apparition de la dérive Très vite, un phénomène discret. La situation ne se simplifie pas. Elle prolifère. À chaque diagnostic, une nouvelle situation dérivée. À chaque cadrage, un nouvel angle mort. À chaque consensus, une réserve formulée. La cellule produit des cartes. Des schémas. Des matrices. Des couches successives de compréhension. Le client s’éloigne. La situation devient autonome. Point de bascule Un moment précis. Personne ne sait exactement quand. La situation cesse d’être un outil. Elle devient un milieu. L’équipe ne travaille plus sur un problème. Elle travaille dans la situation. Chaque tentative de sortie crée une sous-situation supplémentaire. Chaque décision produit un nouveau besoin d’analyse. Le réel disparaît derrière son modèle. Déplacement décisif Ce qui est en jeu n’est pas l’erreur. Ni l’échec. Ni l’incompétence. C’est une captivité douce. La situation devient un espace clos. Autojustifié. Autoalimenté. La cellule n’est plus un lieu de travail. C’est un dispositif de maintien. Axe profond de la fiction Le cœur du texte : analyser, c’est parfois empêcher que quelque chose arrive. La situation parfaite est celle qui ne débouche sur rien. Assez claire pour occuper. Assez complexe pour retarder. Le conseil comme art de la suspension. Geste final possible (au choix, tous cohérents) L’équipe livre un document impeccable, inutilisable. Le client disparaît du périmètre sans jamais être nommé. Un membre tente de forcer une décision arbitraire. La semaine se termine sans sortie formelle de la cellule. La situation est déclarée “en cours de clarification”. Aucune catastrophe. Aucun scandale. Seulement une inertie rationalisée. Diagnostic éditorial Cette idée est : plus collective que les deux premières, plus structurelle, plus proche du monde du travail réel, très forte politiquement sans discours explicite. Elle se prête parfaitement : à une écriture claustrophobe, à des phrases nominales, à un présent continu, à un vocabulaire de méthode, de processus, de livrables.|couper{180}

Situation

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Podcast-La honte comme boussole créative

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Giacometti disait

Pour sortir de la masse de mes journaux de veille — 190 Mo de doutes, de sueur et de peinture accumulés sur le disque dur — il me fallait un tamis. Un dispositif qui ne se contente pas de classer, mais qui transmute le plomb de la note d'atelier en l’or de la litanie. J’ai emprunté à l’écrivain François Bon son dispositif hypnotique utilisé pour son ouvrage Conversations avec Keith Richards, qui lui-même le tenait d’une longue lignée de « collecteurs d’instants ». J’ai choisi de placer mes propres certitudes fragiles dans la bouche d’Alberto Giacometti. Pourquoi lui ? Parce qu’il est le saint patron de la poussière, de l'effacement et du recommencement perpétuel. Ce « Giacometti disait » n'est pas une biographie, c'est une suture : ma voix sous son masque, pour atteindre ce « point zéro » où le geste devient enfin libre. I. L’Enseignement ou l’Art de Tenir la Présence Vider les mains pour laisser l'espace au vivant. Giacometti disait qu’enseigner la peinture n'est pas transmettre une méthode, mais simplement tenir la présence dans la pièce pour vider les mains de leur habileté trop propre. Giacometti disait qu'un bon professeur doit exiger un euro de ses élèves chaque fois qu'ils disent « c'est nul » ou « je n'y arriverai jamais », car c'est le prix de l'insulte faite au vivant. Giacometti disait que le cœur du métier est d'entraîner l'autre à reconnaître l'état de désorientation pour le rendre enfin confortable. Giacometti disait que le groupe finit par devenir un Simorgh, cet oiseau mythique qui s'élève au plafond porté par une fanfare tzigane. Légende : Tenir la présence. Entre l'ombre et la lumière, le geste cherche à déchiffrer les mystères du monde visible. II. Le Geste : Saborder le Cerveau Briser les outils. Chercher la faille. Giacometti disait que pour bien dessiner un visage, il vaut mieux utiliser un coin de bois plutôt qu'un pinceau pour s'assurer de ne pas être complice de sa propre dextérité. Giacometti disait qu'il faut relever le pinceau aussitôt qu'une pensée surgit, car la pensée est le flic qui arrive sur la scène du crime pour prendre des notes. Giacometti disait qu'il faut parfois porter un bandeau de pirate sur un œil pour briser les habitudes de vision et saborder le cerveau. III. La Sagesse de l’Échec : Le Domaine de la Boue L'éloge de la chute contrôlée. Giacometti disait qu'un tableau traverse trois mondes : celui de la boue (l'ignorance), celui du doute (la perte de soi), et celui de l'achèvement pour rien. Giacometti disait que le succès est un accident perturbateur et que seul l'échec permet de comprendre comment la lumière arrive vraiment. Giacometti disait qu’un tableau est vraiment achevé quand on peut enfin sourire et dire que tout cela a été fait « pour rien ». Légende : Le domaine de la boue. Là où les transitions sourdes créent une expression qui défie la définition. IV. La Chair et la Fissure : Ce qui ne pourrit pas Le voyage vers l'inconscient, là où l'être perce à travers la lettre. Giacometti disait que la peinture et l'écriture sortent par la même fissure, là où la fiente et l'être se mélangent enfin. Giacometti disait que tant qu'il y a de la honte, tout n'est pas perdu, car elle sert de balise dans le labyrinthe de nos épopées. Giacometti disait qu'on peint pour distinguer ce qui, en nous, finit par se décomposer et ce qui, pour une raison obscure, ne pourrit pas. V. La Dissidence : Rester dans la Boue Le refus des systèmes et de l'ordre moyen. Giacometti disait qu'il faut se foutre de Marcel Duchamp comme de Dieu pour pouvoir enfin rester dans la boue. Giacometti disait qu'il faut se méfier de l'intelligence artificielle, car elle ne produit qu'un « ordre moyen » aux mains moites, privé de la grâce du raté. Giacometti disait que le public peut régner sur votre notoriété, mais qu'il ne régnera jamais sur la source de votre liberté. Conclusion Ce plan n'est pas seulement l'architecture d'un hypothétique livre futur, c'est la boussole de mes Carnets. Vous trouverez, au fil des pages de ce site, les fragments bruts, les échecs fertiles et les traces de ces tableaux nés sous le signe du « pour rien ». Comme Giacometti disait : la porte est ouverte, mais n'entrez que si vous acceptez de ressortir avec de la boue sur les mains et une fanfare dans la tête. Carte mentale réalisée par Notebooklm à partir de trois compilations de fichiers textes. Mots-clés : #peinture , #réflexions sur l’art|couper{180}

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