Planche 6-bis -Musique
Montage par accrochage. Les extraits dialoguent par tensions, échos, retournements.
La musique n’est pas le contraire du silence, c’est son révélateur. Comme l’accent de Valentine : ce n’est pas du français raté, c’est une langue autre qui pointe vers l’origine.
…disparaître, parce que la musique, dans cette région de source et d’origine, avait elle-même disparu plus complètement qu’en aucun autre endroit du monde…
Et puis, il y a la musique. Une musique que je n’ai pas choisie, qui s’infiltre dans la cour, qui s’impose. Un coup de poing sonore. Du rap. Des basses qui cognent. Une voix saccadée, mâchée, agressive.
Quand je me suis tourné vers la musique, c’est l’étrangeté qui m’a retenu, sa texture, sa forme, la surprise qu’elle déposait en moi. Une musique sans instrument, apaisante, sensée.
Quand il descend il la prend dans ses bras et ils restent ainsi un petit moment bien au chaud l’un dans l’autre. Elle ne dit rien, elle fourre sa tête sous son bras à lui et ils dansent un peu sans musique.
Cet excessif respect face à toute musique désormais après en avoir tâté et reconnu cette inaptitude. Après m’être fourré cette sensation d’inaptitude.
Emprunter la musique me procure l’illusion de pouvoir y poser mes propres paroles. La musique aide à exprimer l’imagination sur des thèmes communs en espérant trouver une mélodie personnelle.
Ce qui manque au bruit pour devenir musique, c’est la promotion.
Je passais là des journées entières, vides au bon sens du mot. J’écoutais sans choisir : les cris des enfants, le roulement des poussettes sur le gravier, le jet d’eau qui insistait au milieu comme une respiration régulière. Et dans ce demi-sommeil une autre musique apparaissait, faite de tout ça ensemble.
Grande musique, chansonnette à cinq sous, quelle différence vraiment ? Il arrive un moment où plus rien ne se distingue. En animant des ateliers de dessin, je suis parvenu à un plateau où tous les critères s’étaient effondrés. Ce qui comptait : qu’un geste ait eu lieu.
Au fil des années, j’ai réduit mon vocabulaire à trois mots pour parler de peinture : copier, interpréter, créer. De temps à autre, l’un ou l’autre des deux techniciens émet des bruits que je ne comprends pas. Ce qui m’intéresse, c’est le moment où, dans l’atelier, un silence se fait. Sans lui, aucune musique ne se compose, aucun tableau ne prend forme.
Hier soir, achevé de recopier l’atelier été 2023. En le relisant : c’est un type énervé qui écrit. L’énervement tient à la musique des phrases.
Parfois je met de la musique et je joue sur le volume… Dérouter l’attention pour qu’elle laisse l’inconscient s’exprimer dans la peinture.
D. avait de ces silences qui sont parfois plus terribles que les mots. Le boulot principal du studio était la photographie d’instruments de musique. C’est comme ça que j’ai appris l’éclairage des instruments de musique, exactement.
Composer, sachant que la salle est vide, une musique si obstinée qu’elle fait presque oublier le silence.
La salle est vraiment sombre, la musique sirupeuse, ça sent la sueur, le parfum et, je crois bien, encore un peu le tabac. Des oiseaux se tenaient comme des griffures mobiles, et leurs cris, stridents mais non sans une musique d’enfance, zébraient l’air.
Entre les notes le silence qui permet la musique. Entre les espaces le vide qui est aussi un espace.