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29 octobre 2021 — Le dibbouk

Précision

Il suffit juste que je me mette à me poser cette simple question pour que le vertige m’envahisse. Je veux dire : que se passera-t-il dans un mois, dans un an, dans 5 ou 10 ans ? Si je veux m’effrayer un bon coup pour déclencher la dose nécessaire d’adrénaline qui me soulèvera de mon siège pour me propulser jusqu’à la salle de bains, je n’ai qu’à penser à ce genre de chose. Car la plupart du temps je me heurte à une sorte de mur de Planck ; au-delà du bout de mon nez, le flou semble être la limite qui se confond avec tous les horizons possibles et impossibles. Et à ce moment-là je me remémore une phrase que l’on m’avait chuchotée à l’oreille d’une voix douce et suave : « Essaie d’imaginer les choses avec un maximum de précision pour qu’elles arrivent. » J’ai fait un paquet d’efforts à cette époque dans l’unique but de conserver cette relation avec la propriétaire de la voix. Mais ce n’était pas une raison suffisante, visiblement. Je veux dire que je n’étais pas prêt à tout, dans le fond, pour me lancer dans une velléité de précision dans un but purement égoïste. Je repense à cela aujourd’hui en regardant les tableaux emballés juste avant de partir dans le Jura pour une nouvelle expo. Je ne peux plus les voir en peinture, ces tableaux. Je les ai tellement vus et dans de nombreux lieux qu’ils me sortent par les yeux. En phase dépressive enfin, c’était à prévoir depuis septembre, me revoici enfin revenu à mon élément de base. Je veux dire cette mélancolie, cette tristesse liée à une sorte d’impuissance, le tout mêlé de regret et de remords et qui, tour à tour, m’emporte vers une compassion imbécile ou, au contraire, dans une colère, une rage quasiment incontrôlable. C’est dans cet état pourtant qu’il faut être le plus vigilant et conserver le sourire. C’est là le vrai travail. L’écriture m’aide beaucoup à essayer de préciser tout cela. En le mettant noir sur blanc, au dehors j’aspire à faire place nette tout en n’étant pas dupe non plus. Ce serait trop facile et donc à côté de la plaque comme d’habitude. Non, je me dis qu’il faut faire cet effort de précision, sortir de l’obsession de l’urgence, agrandir l’espace et le temps, sans se prendre trop au sérieux non plus. Gommer s’il le faut et recommencer jusqu’à disparaître totalement dans la pureté d’un trait, dans l’exactitude d’une valeur, dans la précision tout entière.

Mots-clés peinture
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