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Le boucher

Prénom inconnu. Cinquante-cinq ans, peut-être soixante. Tient l’étal de viande au marché du samedi, deuxième rangée depuis l’entrée principale.
Visage étroit, front bas, lèvres minces et rentrées — une bouche faite pour sourire sans que ça engage rien. Les yeux bougent vite, calculent, reviennent au client avec une expression d’attention feinte. Il penche légèrement la tête quand il parle, ce qui passe pour de l’écoute.
Ses mains sont nettes. Trop nettes pour l’heure, pour le métier. Il essuie après chaque découpe. Besoin d’apparaître propre.
La mesquinerie n’est pas dans les actes — rien à reprocher : il rend la monnaie juste, il emballe bien. Elle est dans la texture du sourire, dans cette façon de prolonger légèrement le remerciement quand le client est connu, de l’abréger quand il ne l’est pas.
Petite clientèle de fidèles à qui il réserve les bons morceaux. Pas ostensiblement. Juste assez pour qu’on le remarque si on y fait attention.