Il y a du gigot d’agneau sur la table et le poêle s’éteint doucement, derrière la vitre il pleut et l’herbe est verte.
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le gigot est froid
le poêle s’éteint
herbe verte et pluie
ce que valent les souvenirs
pas mieux que l’armoire de chêne
le bureau Empire, le porte-manteau rigolo
c’est pas bien monnayable
un billet de dix ou vingt et encore
Et entre les souvenirs cet endroit presque vide
combien en voulez-vous
tout n’est pas à vendre voyons
oui voyons (…)
Il faut savoir ce qu’on veut
que ne dirait-on pas pour s’en convaincre
et quelle valeur ont les objets devenus encombrants
on navigue d’un lieu à l’autre
on n’aura plus le même espace
et quand on sera mort
encore moins
voici l’effet de la pluie
elle ajoute
puis durant le reste de (…)
événement : apprendre quelque chose dans une journée. Par exemple, je connaissais Nuages Flottant mais ne savais plus le nom de son auteur. Soudain une photographie de la maison où elle habitait. Peut-être. Je crois que c’est sa maison car le nom est associé à l’image de cette maison. Mais ce (…)
je ne l’attends pas
mais je l’attends
je ne veux pas me dire que je l’attends
mais je le pense
je ne voudrais pas penser que je l’attends
mais je l’écris
Ce livre qui commence
par évoquer le milieu du chemin
m’est tombé des mains
j’ai cherché un événement important
une marque
une pierre blanche
un peu de plomb dans la tête
qui me permette
de dire
voilà c’est là
ça c’était le milieu du chemin
ou à peu près
Non je ne suis pas triste
ce n’est pas ça
ce n’est pas si facile
non je me trompe
vous vous trompez
on se trompe tous
la tristesse est seulement ce réflexe
vous savez
Je marche sur la route goudronnée
trois heures parfois quatre pour me rendre au village
là-bas et voir cette fille.
j’en profite pour acheter du pain
parfois je ne la vois pas
il faut avoir un but c’est ce que je me dis
en déposant ma pièce dans la coupelle
je préfère dire coupelle (…)
un vent froid
ma parka est dans la machine
j’ai repris ma veste et remonté la fermeture éclair jusqu’en haut.
ce n’est pas que j’ai vraiment froid
je constate la présence de ce vent froid
ce n’est pas hostile
pas de quoi non plus en faire une allégorie
il y a ce vent froid qui agite (…)
Ouvrir la boite aux lettres et apercevoir une lettre de l’administration
La nuit boire un grand verre d’eau fraîche
Entendre des chants d’oiseaux très tôt le matin en allant au boulot
L’odeur de pralines qui flotte dans l’air en octobre
Et aussi celle des marrons chauds l’hiver
Entendre (…)
mes patates ont germé
je les range dans une casserole d’eau
quand c’est cuit et épluché
qui le verra
J’ai recherché un autre poème jusqu’en Chine Yu Xiaozhong : Sans titre
Les patates douces que je n’ai pas eu le temps de manger ont germé.
Elles sont devenues des patates douces que l’on (…)
sous la douche
l’eau brûlante
pourquoi je ne chantonne pas
Fernande se verse du gel douche
sur les mamelles et chantonne
je me souviens de ça et du manque d’air
soudain
les gens bons chantonnent-ils toujours
les mauvais jamais
je me lance
mais bon Dieu que c’est faux
je me tais (…)
un jour, j’étais enfant
j’ai ramassé une pastèque pourrie
au marché de Montrouge
je l’ai lancée très haut en l’air
je ne sais pas ce qui m’a pris
un petit noir l’a reçu sur le crâne
ce fut ma fête
mes godasses prennent l’eau
flic floc
les concombres salés rendent l’eau
oh oh
la vieille Fernande astique les couverts
elle a des seins
des pastèques
la chatte sur le rebord d’une fenêtre
s’étire au soleil
elle a failli tomber
quelqu’un frappe à la porte
toc toc toc
il a l’air (…)
Le ciel est blanc — un blanc de craie, comme il vient sur les buttes, à la fin des vacances.
Les charmes et les frênes ne bougent pas. Je marchais entre eux pour me perdre.
L’herbe des prés de fauche est sèche, jaunie là où j’ai posé le pied.
Une vache charolaise mâche. Le bruit monotone accompagne mes errances.
Le chemin creux monte, vide. Il tourne au niveau d’une borne moussue — je ne (…)
Quand la nuit reprendra tout, lasse de ses rêves de lumière
la nuit-femme,
la nuit-mère,
la nuit dévergondée,
la nuit-enfant,
la nuit recyclée,
descendra de son grand vélo.
Elle aura fait un si long tour
qu’elle en rira peut-être.
Et, comme un enfant,
je pénétrerai la nuit
dans un rêve d’homme,
de vieillard,
de moribond.
Et le voyou tutoiera le saint.
Les chiens seront des (…)