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21 janvier 2026 — Le dibbouk

21 janvier 2026

Si je devais quantifier l’énergie que je perds à m’occuper de ce qui ne me regarde pas, il me faudrait d’abord la mesurer en Joules, l’unité universelle du travail et de la chaleur. Sur le plan biologique, chaque ingérence constitue une véritable fuite métabolique : mon cerveau dissipe des calories précieuses pour alimenter une charge mentale stérile, détournant l’influx nerveux de mes propres priorités. Au-delà de la thermodynamique, ce gaspillage est un coût d’opportunité : chaque unité de tension investie dans la vie d’autrui est soustraite à mon édification. En physique des systèmes, m’immiscer là où je n’ai aucun levier revient à augmenter mon entropie personnelle, transformant une énergie créatrice en simple agitation thermique. Le silence et la discrétion deviennent alors mes meilleures formes d’efficacité énergétique.

Cette quête d’économie rejoint mon intérêt pour l’évolution de l’alphabet. Je réalise que le passage de l’humanité du hiéroglyphe au signe, puis à la lettre, calque étrangement mon propre parcours entre l’atelier et le premier étage de ma maison. L’atelier est mon espace hiéroglyphique : celui de la matière brute, de l’objet, du geste qui façonne. Monter à l’étage, c’est quitter le figuratif pour l’abstraction, transformer le poids des choses en la légèreté de la lettre. Pourtant, ce passage n’est pas encore aussi « carré » que je le voudrais — si tant est que je veuille vraiment quoi que ce soit. Peut-être que la véritable fluidité réside justement dans l’abandon de cette volonté de contrôle.

Cette recherche de flux guide mes travaux actuels. Hier, j’ai publié cinq nouvelles nées de mes investigations sur le langage et l’alphabet hébraïque, explorant malentendus et théories du complot. Je les ai soumises à une « distillation algorithmique » entre Gemini, Claude et DeepL, une rétro-traduction qui éprouve la solidité de ma pensée. Pour éviter la dispersion, j’ai mis en pause mon second roman pour ados. J’ai décidé d’en supprimer totalement les chapitres pour le refondre en trois actes. C’est une décision d’ingénieur autant que d’écrivain : éliminer les interruptions pour préserver mes Joules et maintenir un flux continu. Le défi reste les dialogues. Privé d’échanges nourris avec M. et L., je dois puiser dans mes souvenirs de cours, des échos d’adolescences lointaines. Il me faudra sans doute styliser ces voix, transformer ces échanges en dynamiques énergétiques plutôt qu’en simples reproductions d’un réel qui se dérobe.

De plus en plus ce soucis de comprendre pour qui j’écris ces fictions semble équilibrer l’indifférence de destination avec laquelle j’écris ces carnets. Je ne peux noter que cette recherche perpétuelle de maintient d’équilibre.

illustration Malevitch, Quelle audace ! 1915

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