Ce que croit Alceste
Alceste ne sait pas ce qu’il veut vraiment. Il s’invente en permanence des raisons de vivre, ou plutôt de survivre à quelque chose qui lui a détruit tout espoir en la vie. À chaque étape il surjoue l’enthousiasme comme le malheur. Il n’a pas d’autre possibilité que ce mensonge pour se donner l’illusion d’appartenir à l’espèce.
Les phrases l’emportent vers une idée, c’est-à-dire un idéal inatteignable que représente le roman. Mais le roman est désormais une forme du passé qui n’intéresse plus personne vraiment, sauf s’il s’agit d’une lecture distrayante, d’une évasion rassurante.
Ce que ressent le lecteur n’est pas ce que ressent Alceste. Lui se raconte son histoire aimanté par l’idée qu’il se fait d’un roman, tout en n’y parvenant jamais réellement. Quelque chose résiste à cela dont il ignore la présence — il ne peut qu’éprouver le malaise à se souvenir correctement de l’histoire. Au besoin il l’arrange, l’amplifie ou au contraire l’amoindrit. Ce sont les seuls moyens dont il dispose dans sa naïveté, qu’il confond souvent avec sa fameuse lucidité.