survivre à sa propre lucidité
Je lis quelques articles des Chroniques de Manchette, il écrivait pour Polar. Je relève ceci : le roman noir a choisi de se replier sur les acquis stylistiques du XIXe siècle, de tomber en dehors de l’honorabilité littéraire — sauf exceptions. Manchette cherche ces exceptions, cite Schmidt, se situe dans un débat. Il n’est pas seul. Il fait partie d’une communauté, d’une revue, d’un moment politique et littéraire précis.
Ce qui me vient immédiatement c’est le contraste avec ma propre situation. Je suis seul. Pas de revue, pas de mouvement, pas de camarades de génération qui posent les mêmes questions.
Dans un premier temps je me sens beaucoup plus isolé et inculte que Manchette. Puis je me dis que peut-être — soit à cause de cette inculture, soit à cause d’une force que je ne connais pas encore — j’ai réussi à survivre plus longtemps que lui à ma propre lucidité.
Il est mort à 53 ans en laissant un roman inachevé.