lieux communs
Le beau est beau, l’argent fait le bonheur, il faut souffrir pour être heureux, les enfants sont l’avenir, tout s’explique, ceux qui ne disent rien n’ont rien à dire, les chiffres ne mentent pas, la Terre est le centre de l’univers (et nous, au centre de la Terre), les grandes choses viennent toujours du passé, on ne revient jamais en arrière, l’amour dure toujours, la technologie nous libère, chacun est maître de son destin, travailler plus, c’est gagner plus, la nature est bien faite, le silence est d’or, ceux qui réussissent l’ont mérité, les autres savent mieux que nous ce qui est bon pour nous, ce qui est neuf est mieux que ce qui est ancien, la neutralité existe, les morts ne reviennent jamais, une promesse est une dette, les "on-dit" ne comptent pas, la vérité triomphe toujours, la justice est aveugle, les enfants disent toujours la vérité, les riches sont plus heureux que les pauvres, l’art est inutile, le temps guérit tout, l’histoire ne se répète pas, on peut tout oublier, ce qui est écrit est vrai, la beauté intérieure compte plus que la beauté extérieure, les animaux ne mentent pas, tous les rêves sont réalisables, la démocratie est le moins mauvais des systèmes, une photo ne ment pas, le progrès est inévitable, les mauvaises choses n’arrivent qu’aux autres, on a toujours le choix, les étoiles sont éternelles, le hasard n’existe pas, il faut croire en quelque chose, ce qui est rare est précieux, il n’y a qu’une seule manière d’aimer, la mer est infinie, les idées survivent à ceux qui les portent, on peut se réconcilier avec tout, les murs ne parlent pas, ce qui brille vaut quelque chose, le soleil se lève à l’est, tout finit par s’arranger, la musique adoucit les mœurs, l’histoire est écrite par les vainqueurs, on récolte ce que l’on sème, il n’est jamais trop tard, la parole est d’argent, on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, chaque problème a une solution, les chiens ne font pas des chats, le client est roi, les absents ont toujours tort, le temps, c’est de l’argent, la santé est la priorité absolue, ce qui ne te tue pas te rend plus fort, les amis, c’est pour la vie, les licornes sont invisibles mais bien réelles, la patience est une vertu, la foi soulève les montagnes, il n’y a pas de fumée sans feu, l’intelligence est innée, les bonnes choses ont une fin, l’eau, c’est la vie, les plats réchauffés ont meilleur goût que les frais, le hasard fait bien les choses, les femmes parlent plus que les hommes, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, on apprend de ses erreurs, tous les goûts sont dans la nature, l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, la liberté n’a pas de prix, qui aime bien châtie bien, la force réside dans l’union, le pardon est une libération, le travail ennoblit l’homme, les frontières protègent les peuples, les enfants sont innocents, chaque vote compte, les yeux sont le miroir de l’âme, une fois, c’est une erreur ; deux fois, c’est une habitude, tout vient à point à qui sait attendre, la paix est un état naturel, les livres rendent sage, les pizzas froides soignent les cœurs brisés, l’humanité progresse chaque jour, la vieillesse est un naufrage, l’habit ne fait pas le moine, les traditions doivent être respectées, une image vaut mille mots, les rêves prédisent l’avenir, le savoir est une arme, les poissons rouges ont des souvenirs infinis, la vérité sort de la bouche des enfants, le cœur a ses raisons que la raison ignore, la jeunesse est une richesse, les premiers seront les derniers, les opposés s’attirent, tout est écrit d’avance, les grands esprits se rencontrent, l’ignorance est une bénédiction, l’honnêteté est toujours récompensée, on est tous égaux, la fin justifie les moyens, il faut tourner la page, ce qui est naturel est meilleur, la science a réponse à tout, l’union fait la force, ce qui est simple est vrai, les gens heureux n’ont pas d’histoire, les tartes tombent toujours face confiture, tout le monde a une vocation, le hasard n’existe pas, la vérité est toujours bonne à dire, le bonheur est dans le pré, les poètes sont inutiles, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, l’innocence protège, on ne peut rien contre le destin, un secret bien gardé est un secret mort, les bons comptes font les bons amis, on n’échappe pas à son passé, le travail paye toujours, la pauvreté est une fatalité, l’exception confirme la règle, une guerre propre est possible, le hasard favorise les audacieux, la lumière jaillit des ténèbres, on ne peut pas plaire à tout le monde, les hommes sont des loups pour les hommes, les rêves ne meurent jamais, la victoire est l’unique preuve de la valeur, l’espoir fait vivre, on peut traverser Paris à la nage, la vérité finit toujours par éclater, il n’y a pas de génie sans un grain de folie, chaque être humain est unique, il n’y a pas de liberté sans règles, les petites causes font les grands effets, les adultes comprennent mieux la vie, les mythes sont des mensonges utiles, un esprit sain dans un corps sain, tout le monde mérite une seconde chance, les enfants ne mentent jamais, les livres détiennent la vérité, il faut mourir pour vivre éternellement, ce qui commence bien finit bien, la justice est la même pour tous, les erreurs se pardonnent, les choses arrivent pour une raison, l’histoire avance toujours dans la bonne direction, les miracles existent, on récolte toujours ce que l’on sème, une bonne action en appelle une autre, rien ne sert de courir, il faut partir à point, la vie est un cadeau, l’amour ne connaît pas de frontières, l’argent ne dort jamais, les parapluies n’ont pas d’âme, ce qui est perdu est perdu pour toujours, le meilleur reste à venir, la peur protège, un nom porte toujours un destin, les âmes sœurs existent, tout est possible, il n’y a pas de fumée sans feu, le temps finit par tout réparer, l’artiste voit ce que les autres ne voient pas, les nuages savent garder des secrets, les horloges ne mentent jamais.
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Lectures
Le Monde Ultime et Absolument Réconfortant
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Lectures
Comment la comtesse de Ségur m’a pourri la vie
Il m’a fallu longtemps pour comprendre ce que certaines lectures d’enfance avaient fait de moi. Longtemps pour admettre qu’un livre peut agir à retardement, non pas comme un souvenir attendri, mais comme une disposition durable face au monde. Parmi ces lectures, il y a les livres de la Comtesse de Ségur, et en particulier Un bon petit diable. Je les ai lus avec plaisir, avec une forme de jubilation tranquille, sans imaginer qu’ils déposaient en moi quelque chose qui ne se refermerait pas. Ce que j’y ai trouvé, je le formulerais aujourd’hui ainsi : une connivence silencieuse contre le monde des adultes. Non pas une révolte ouverte, ni une haine déclarée, mais une intelligence partagée de leur bêtise, de leur rigidité, de leur suffisance. Les adultes y parlent beaucoup, punissent souvent, moralisent à tout va. Et pourtant, on sent bien que l’autrice ne se tient pas vraiment de leur côté. Elle regarde avec l’enfant, pas au-dessus de lui. Elle ne protège pas. Elle n’explique pas. Elle constate. Cette position est redoutable. Elle n’apprend pas à devenir sage. Elle apprend à devenir lucide. Et la lucidité, lorsqu’elle arrive trop tôt, n’est pas toujours un cadeau facile à porter. Elle oblige à composer. À faire semblant parfois. À parler une langue que l’on comprend très bien, mais que l’on n’habite jamais complètement. À accepter que beaucoup de discours adultes soient moins des paroles que des dispositifs. Je crois que c’est là que la comtesse de Ségur m’a, au sens propre, pourri la vie. Elle m’a rendu incapable d’adhérer franchement. Incapable de croire à la maturité comme valeur suprême. Incapable aussi de mépriser complètement. Elle m’a appris l’hypocrisie non comme vice, mais comme stratégie. Non pas mentir, mais masquer. Non pas contester, mais attendre. Regarder. Tenir. L’institution scolaire, elle, n’y a vu que des livres pour enfants. Une morale apparente. Des punitions, des récompenses, un ordre rétabli. Elle s’est peut-être laissée leurrer. Ou elle a fait semblant. Toujours est-il qu’elle a neutralisé ce qu’il y avait de plus dangereux dans ces textes : la confiance accordée à l’intelligence du lecteur enfant, sans filet, sans commentaire, sans discours surplombant. Avec le temps, je me suis aperçu que cette manière de lire avait façonné ma manière d’écrire. Une écriture sans destination claire, sans public désigné, sans volonté d’enseigner. Une écriture qui suppose une complicité préalable, ou rien. Qui fait le pari que le lecteur saura voir ce qu’il y a à voir, ou qu’il passera son chemin. Une écriture qui ne cherche pas à convaincre, mais à tenir une position légèrement décalée. On pourrait objecter que tout cela paraît dérisoire aujourd’hui. Les enfants et les adolescents lisent désormais des livres bien plus vastes, plus sombres, plus complexes que ceux de mon enfance. Des sagas entières, peuplées de morts, de guerres, de responsabilités écrasantes. Ils traversent des mondes où l’on affronte le mal, où l’on choisit son camp, où l’on apprend à devenir quelqu’un. Mais il me semble que ces lectures, si puissantes soient-elles, relèvent d’un autre régime. Elles accompagnent un passage. Elles racontent une initiation. Elles promettent, d’une manière ou d’une autre, une appartenance future. Les livres de la comtesse de Ségur, eux, ne promettaient rien. Ils n’ouvraient pas sur un monde plus vaste, mais sur un regard plus étroit, plus précis, plus ironique sur le monde tel qu’il est. Ils n’enseignaient pas à grandir, mais à observer. À composer. À survivre dans un univers adulte déjà là, sans croire entièrement à ce qu’il affirme être. La différence n’est pas une question de maturité du contenu, mais de position dans la langue. Ce que j’y ai appris n’était pas de l’ordre de l’aventure, mais de la défiance. Et cela, quelle que soit l’époque, reste une expérience minoritaire. En ce sens, la comtesse de Ségur ne m’a pas transmis une enfance. Elle m’a transmis une distance. Une politesse ironique face au monde adulte. Et cela ne se perd pas. Cela ne se répare pas non plus. Ce n’est pas une plainte. C’est un constat. Certaines lectures ne vous élèvent pas, elles vous déplacent. Et une fois déplacé, on ne revient pas exactement au point de départ. On vit un peu à côté. On parle la langue commune, mais on n’y habite jamais tout à fait. Si c’est cela avoir été pourri, alors je le dois en grande partie à elle. Et je ne suis pas certain, malgré tout, d’avoir envie de m’en plaindre.|couper{180}
Lectures
Moutarde après dîner
Il y a des réflexions qui vous montent au nez avec un temps de retard. On lit une phrase le matin, on croit l’avoir oubliée à midi, et puis, le soir venu, elle pique encore. J’ai croisé ainsi l’idée — que l’on retrouve parfois chez Paul Valéry ou d'autres esprits jaloux de leur pureté — que l’histoire de nos aïeux serait un territoire interdit à la haute littérature, une sorte de facilité pour esprits en mal d’inspiration. Sur le moment, la sentence m'a fait l'effet d'une porte que l'on ferme. On nous suggère, du haut d'un certain piédestal intellectuel, que se pencher sur ses racines serait un exercice « mineur », une nostalgie de notaire dont l'écrivain véritable devrait s'écarter par principe. Certes, l’homme de métier en ferait ses choux gras. Il y chercherait l'anecdote, le décor, la petite émotion bien ficelée pour remplir ses pages. Mais l’homme de l’art, lui ? Le poète ? Bien sûr que non. Le poète ne se rue sur rien. Il ne cherche pas à exploiter un héritage comme une matière première, il essaie d'habiter un silence. Écrire sur ceux qui nous ont précédés n'est pas une manœuvre, c'est une respiration nécessaire pour celui qui refuse de marcher seul dans le vide. C'est ramasser une pierre que les siècles ont polie pour voir si elle a encore quelque chose à nous dire de notre propre chair. On peut trouver cela démodé, ou sans intérêt pour le présent. On peut s'en détourner, et même s'en désabonner. Mais le murmure des anciens reste plus profond que le bruit des sentences. J’ai refermé l’article, j’ai souri à mon fantôme, et j’ai repris ma plume. Il y a des fidélités qui se passent très bien de l’approbation des vivants.|couper{180}
