Mensonge et politique
Il y a ce paradoxe : on voudrait bien que les politiques nous disent la vérité alors que nous savons très bien que leur fonds de commerce n’est bâti que sur le mensonge. C’est sûrement le mot « vérité » qui pêche dans cette histoire. Quelle vérité, sinon celle qui plaira statistiquement à l’audience de chacun… Ainsi l’un propose un programme pour continuer les croisades tandis qu’un autre propose de recycler les déchets, un autre veut bannir toutes les inégalités sociales, etc. Du coup, la valse des sondages repart de plus belle sur des sujets de plus en plus anecdotiques. Sondages commandés dans le seul but, finalement, de créer une opinion plutôt que de la recueillir. Car franchement qu’en avons-nous à battre de la couleur d’une cravate ou d’un caleçon ? C’est à peu près de ce niveau-là. Le sondage, ainsi, n’est qu’un mensonge supplémentaire s’ajoutant à toute la chaîne. Ainsi, par ce jeu de mensonge et de vérité, la vision de la politique n’est plus perçue que dans une vision grotesque, infantile, d’un point de vue d’adulte. Car les enfants auraient de bien meilleures idées, c’est évident, si on les laissait s’exprimer. Mais nous sommes désormais dans une gigantesque cour d’école où les grands jouent à des jeux très sérieux, ce fameux sérieux qui sert à évincer les petits, les plus faibles, les sans-voix. Au bout du compte, toutes les institutions finissent par être vides de sens par manque de confiance de la part des petits et des grands. On peut chercher des responsables, des fautifs comme toujours, mais je crois que ce sera encore du temps de perdu. Il faudrait sans doute se tourner vers la science et notamment ses avancées dans le domaine du quantique, des particules. Depuis que l’on sait qu’il n’existe pas de mensonge, non plus que de vérité, sur ce qu’est une particule, et surtout que l’observateur fait partie intégrante de toute expérience, toute observation. Certains en sont venus à s’en aller garder des chèvres, ou planter des choux, à abandonner la scène scientifique ou politique pour bien moins que ça. Limites du désordre, 100 × 100 cm, huile sur toile, Patrick Blanchon (accidentée, en attente de réparation). Il y a de cela quelques mois, je me revois tenter de ranger l’atelier, de lutter contre le désordre en lui opposant un ordre que j’aurais fantasmé immuable. J’avais réalisé cette grande toile un peu comme on crée un totem. Il y a quelques jours, elle s’est décrochée lors d’une exposition, la toile est crevée, bien abîmée ; je l’ai mise de côté dans la remise en prévision d’une réparation à venir. Et en même temps que je pense à cet article sur le mensonge et la politique, je me demande dans quel but je devrais réparer cette toile. Car finalement c’est une forme de réponse, cet accident. Pourquoi devrait-il y avoir une limite entre l’ordre et le désordre, pas plus qu’entre le mensonge et la vérité, ou la politique ? Comment s’y prendre dans ce cas pour en créer ? Et à partir de quel arbitraire, finalement ?