Passer par le corps
Tous se seront apaisés, leurs colères, leurs rages, leur désir en somme et en creux l’impuissance à me faire entendre raison et en barrière mon corps arqué-bouté j’oppose depuis toujours. Ce corps battu, mordu, déchiqueté, caressé puis pincé, ce corps éviscéré, désorganisé. Et encore n’oublions rien de chaque blessure subie, les brûlures, les liens l’enserrant, le ligotant, l’ensanglantant, toutes tentatives vaines de le rendre immobile et muet, ce qu’il ne sera jamais.
Même au fond d’un trou, le corps continuera à vivre envers et contre tout, rejoignant le silex, tutoyant l’étoile depuis les plus hautes cimes des cerisiers chéris.
Passer par le corps lui recrée depuis l’argile des limbes une mémoire nouvelle par la lorgnette du pardon et du je-m’en-foutisme ultime. Passer par le corps plutôt que n’importe quel autre pour se sentir en vie sans autre.
Abandonner l’immortalité des goules et des vampires.
Tant pis ! Une seule minute vraie vaut bien toute une éternité de mensonges.