Cette voix ne va pas. Elle me fait mal. Elle touche en moi quelque chose de souffrant, que je ne veux pas entendre. Pour m’extraire de cette vulnérabilité, je choisis la solution la plus simple : je dis que sa voix est fausse. C’est plus facile comme ça. Ça ne rend pas le geste moins lâche, simplement plus clair.
Le fait d’en prendre conscience maintenant devrait me suffire. Au lieu de ça, je m’en afflige. « Non, voilà comme elle est », écrit Michaux. Je n’en suis pas là.
Ces textes ne sont pas « aboutis ». Je ne sais même plus ce que ce mot peut vouloir dire. Tout ce que je repère désormais, ce sont leurs faux-plis, leurs fuites, leurs arrangements avec ce que j’appelle maintenant la réalité.
Je triche en tentant de réécrire des conneries sur des conneries. Je fais tout le contraire de ce que je fais en peinture. Ces textes avaient disparu ; je suis allé les repêcher dans une vieille sauvegarde. Je n’ai pas su les laisser morts.
Ou alors je peux prendre les choses autrement : mesurer à quel point je ne me porte aucune sympathie.
Ce manque de sympathie n’est même pas une tragédie, c’est tout simplement puéril.
En vérité, je ne pousse pas les textes à bout, je me pousse moi, et c’est moi qui lâche le premier.
Quant à ce que j’appelle ma ténacité, mon obstination, j’ai bien peur que ce soit simplement une obstination bornée à persister dans la même erreur.