Ces derniers jour , des émissions sur le pranisme, ces gens qui disent pouvoir vivre sans nourriture solide. Au départ, c’était du folklore de trajet en Kangoo, comme l’Atlantide ou les extraterrestres. Puis l’idée d’un monde sans abattoirs ni supermarchés, d’une nourriture directe, sans viande ni farine, m’a brièvement séduit. Tout à coup, j’ai vu le prix : abandonner la matière alors qu’on s’est incarné dedans. Je me suis surtout rendu compte que je mange rarement par faim. Ce sont les émotions qui appellent, comme des loups, et on les fait taire à coups de bouchées jusqu’à la torpeur. J’ai écarté une partie de ce que je mangeais, la viande rouge d’abord. Chez mes parents, la viande faisait office de langage : mon père, de bonne humeur, revenait de la boucherie les bras chargés ; à table, on se taisait, on mâchait. En pensant à ça, une envie de frugalité s’est installée, pas pour devenir pranique, mais pour manger moins et regarder enfin ce que je fais. Cette attention se glisse dans ma peinture : poser une touche, décider de son poids, de sa légèreté, change la toile entière. Le chemin vers l’état pranique, tel qu’ils le racontent, ressemble à celui de l’atelier : lâcher prise et rester présent au moindre geste. La différence, pour moi, c’est que je garde la matière et j’essaie seulement de cesser de la manger pour fuir les loups.