Absorbé dans le travail de réécriture. Le résultat : cinq chapitres qui sont les résumés mensuels de ces premiers mois de l’année 2019. Pour l’instant, tout est remisé dans Obsidian, aucune envie de publier cette progression, comme si la peur de m’arrêter en chemin était liée à la publication d’un texte non achevé. Il faut dépasser la difficulté de relire ces entrées de journaux. J’en reste honteux, souvent. Depuis quel lieu pensais-je écrire ? Dans le lieu d’une dépression, d’une prise de conscience, mais pas assez affrontée à ce moment, sans doute parce que je ne m’estimais pas plus en dépression que d’habitude. Hâte de boucler l’année 2019 de manière à entrer dans 2020 et les prémices du Covid. Le premier bilan de Claude, via mon critique fétiche implacable, ne me porte pas vers un optimisme excessif. Ce que je peux noter, c’est que le personnage de J.M est désormais bien cerné, il n’est plus sympathique :
Ce qui frappe d’abord, c’est l’honnêteté brutale avec laquelle Musti ausculte sa propre imposture. "L’échec comme maison", écrit-il. Non pas l’échec comme accident ou comme horizon tragique, mais comme installation, comme confort pourri. Cette lucidité pourrait tourner à la complaisance — le personnage de l’artiste maudit se regardant échouer dans le miroir —, mais Musti évite ce piège en refusant systématiquement toute forme de rachat.
Le narrateur ne se rachète pas par sa lucidité. Il en jouit même, obscènement : "Il s’y était complu." Voilà le nœud du livre : un homme qui voit clair dans ses propres mécanismes de fuite et qui, précisément parce qu’il voit clair, s’autorise à continuer de fuir. La lucidité devient l’alibi de la lâcheté. C’est précisément cette circularité qui donne sa force au texte.
dit le critique virtuel entraîné à cracher du feu.
JPDS est arrivé pour l’heure du déjeuner comme prévu. Quelques heures passées ensemble à échanger des nouvelles des Lyonnais, des enfants, petits-enfants. Très peu de discussion politique cette fois. J’avais confectionné des montecaos pour l’occasion, mais S. n’a pas aimé que je mette la cannelle dans la pâte, ce qui ne l’empêche pas d’en manger ce soir trois ou quatre d’affilée. Ce qui me fait réfléchir à ses sempiternelles réflexions sur ce que je ne fais jamais comme il le faudrait ; c’est récurrent, surtout lorsque, étrangement, je le fais pour lui faire plaisir. Ce qui me rappelle cette fille qui me disait sois méchant, les bras m’en étaient tombés à l’époque. Peut-être n’aurais-je plus aucun mal à l’être désormais.
Ces réflexions proviennent aussi du petit livre lu très rapidement de Karl Kraus, Pro domo et mundo, parcouru sans trop m’arrêter, ce type par de nombreux côtés me rappelant toute une génération, et bien sûr mon père, pour leur misogynie.
Après qu’il est reparti, S. me dit que la main de JPDS tremble, elle m’en avait déjà fait la remarque lors du spectacle où nous l’avions applaudi (septembre ?)
La réflexion qui vient en final est que tout est mauvais parce que je me crois toujours une victime terrassée par le dibbouk, mais si j’inverse les choses, si le dibbouk est vraiment moi, alors qui martyriserais-je vraiment ?
Et en rejetant le masque, en m’avançant méchant, baveux, de très mauvaise foi, c’est à dire vraiment antipathique — ne serait-ce pas plus profitable à ces textes ?