5 mars 2026
L’écriture du "noir" n’est pas qu’une affaire de genre ; c’est une riposte contre l’érosion du réel. En travaillant sur ce décor de 1995, je me heurte à mes propres zones d’ombre : le sentiment d’une bêtise persistante, moteur d’une imagination qui cherche désespérément à simuler l’intelligence dans un monde qui y renonce. En détournant le mot de Descartes, je constate que la bêtise est devenue la chose la mieux partagée au monde. Si le bon sens se croit universel, c’est que la bêtise est l’ombre portée de cette certitude. Cette "bêtise" n’est pas une absence de facultés, mais un renoncement, une peur de l’inconnu qui prend le pas sur la colère et la honte.
Mon soulagement de voir Marcel Duhamel épargné par la généalogie des Duhamel médiatiques souligne une fracture insurmontable. Aujourd’hui, suivre un journal télévisé relève du supplice. Le mensonge y est omniprésent, mais l’horreur réside ailleurs : dans la certitude que les spectateurs savent qu’on leur ment, tout en faisant semblant de l’ignorer.
C’est le résultat d’un embrasement médiatique amorcé dans les années 50. Nous avons été nourris au sein d’une réalité factice, au point que la vérité nous semble désormais plus menaçante que la duperie.
La littérature me tue à petit feu, dit la petite voix. Mais le Dibbouk ordonne la riposte. Revenir à 1995, à cette grève qui fut un "embrasement" réel avant le grand gel médiatique, c’est confronter une nostalgie paradoxale. C’est tenter de participer, enfin, à un événement qui a glissé entre les doigts du temps : mai 68. La nostalgie est une arnaque, mais le "noir" est peut-être le bon outil pour briser le vernis.
