Drag Queen.

Trinakria, emblème de la Sicile

Une chaleur suffocante règne dans ce que j’imagine être la salle du trône. Vaste espace dont les parois luisent doucement d’un vert émeraude. L’odeur est plus répugnante que jamais, et cependant peu à peu il semble que je parvienne à m’y habituer étonnement.

Le trône est au centre sur un monticule de ce que je perçois comme étant des ossements soudés les uns avec les autres. Ils sont si vieux qu’ils paraissent minéral voire métallique.

J’aperçois la silhouette gigantesque de dos car nous débouchons par une galerie à l’arrière de la vaste salle.

Elle doit mesurer approximativement 5 mètres de haut. Encore que je ne la vois pas encore debout puisqu’elle est assise sur le trône. Mes gardiens contournent celui-ci et nous nous engageons au travers d’une double rangée de soldats blancs qui s’écartent pour nous laisser passer.

Enfin tout s’immobilise et je me retrouve face à la bête immonde.

Je reconnais immédiatement son regard. Celui de la bête du Gévaudan qui venait hanter mes nuits lorsque j’étais enfant. Un regard fou remplit de sang et d’avidité. Le regard de la faim et de la soif. Le regard de l’affreux manque qui déclenche toutes les sauvageries.

Elle fait un geste et les gardiens répercutent l’ordre aussitôt en faisant basculer le plateau à la verticale sur lequel je suis retenu prisonnier.

Je suis totalement paralysé par la peur car je sais qu’à n’importe quel instant le monstre peut fondre sur moi et me dévorer. Il peut dévorer bien plus que mon corps éthérique, je le sens , c’est mon âme qui l’intéresse.

Un nouveau geste de la part de la reine reptilienne et aussitôt une torpeur m’envahit, je sombre dans le sommeil, puis dans le rêve.

Alors elle se métamorphose soudain en se levant de son trône. Elle n’est plus ce monstre horrible qui un instant auparavant me terrifiait.

C’est une femme, une humaine qui descend doucement les marches. Et quelle femme ! A priori je dirais qu’elle est splendide. Une brune aux cheveux longs, athlétique aux formes généreuses. La peur s’est éloignée pour laisser la place à la surprise puis réveille soudain le désir. L’idée du reflexe pavlovien m’agace en parallèle au plus haut point.

Et c’est justement grâce à cet agacement que j’arrive à retrouver mes esprits au sein même du rêve.

Presque immédiatement le souvenir de Maria s’interpose et je l’entends qui me rappelle encore une fois à la notion d’équilibre.

— Trouve ton point d’équilibre et conserve le en n’importe quelles circonstances, bonne ou mauvaise.

Nous nous sommes beaucoup entrainés à ce sujet Maria et moi. Notamment lorsque le désir est au paroxysme de l’excitation, lorsque le corps exulte à un point tel qu’il tente de se fondre en l’autre par la sécrétion, la propagation de l’humeur la plus intime, la plus précieuse de l’homme, son sperme.

J’ai appris à patienter, à retenir l’humeur, en me concentrant sur la respiration et en observant le désir s’emparer de tous les plans de mon être pour l’emporter vers la dissolution, l’explosion, la fusion.

Dans le fond il n’y a que cela que j’ai à peu près retenu de tous les cours d’alchimie que m’a prodigués Maria.

La reine est nue. Elle est superbe, désirable mais j’ai atteint la zone de calme au moment où elle s’arrête devant moi.

J’inspire j’expire, j’observe toutes les pensées fougueuses qui s’enchevêtrent dans mon esprit comme une colonie de serpents.

J’éprouve même une nostalgie étrange de cet entremêlement. Je peux me souvenir du contact de ces peaux étroitement liées les unes aux autres dans une froideur sous laquelle palpite un désir sauvage.

La peau des serpents les armures d’écailles et de métal forment la cuirasse des plus hautes folies qui nous emportent vers la dévoration ultime de l’autre. Et lorsqu’on y parvient le mirage s’évanouit et on se retrouve face à l’égarement, à la séparation radicale de Soi.

— Ne sois pas rigide dans le contrôle me disait Maria. Ne cherche pas à retenir, centre-toi plus sur ta respiration encore et sur l’observation calme de tout ce qui advient. Alors l’énergie ne trouvera pas d’issue immédiate, elle continuera son chemin.

Mon cœur bat plus lentement doucement désormais.

La reine se tient tout contre moi et sa langue pénètre dans le creux de mon oreille.

— N’aie pas peur me dit-elle laisse-toi aller et elle s’empare de mon sexe qu’elle caresse doucement tout en ondulant contre moi.

Je me mets en méta position au plafond pour voir un peu mieux la scène.

Je peux désormais voir la vaste salle de haut, il y a même des gradins comme dans un stade de foot. Des milliers de dacros sont assis là, un public entier avec des femmes des hommes des enfants dracos. Les soldats ont fait un cercle autour de nous. Parmi eux plusieurs filment la scène qui est retransmise sur des écrans géants sur les parois de la salle du trône.

C’est à ce moment là précisément que je peux sur l’un deux à l’occasion d’un zoom indiscret apercevoir les attributs de la femme splendide qui me caresse de plus en plus énergiquement.

Elle possède une bite et des couilles. Merde alors !

C’est une drag queen !

Du coup je ne peux m’empêcher de rire tout seul. Enfin je me crois tout seul. grossière erreur. Mon rire est désormais en gros plan sur les écrans. La foule s’agite et commence à vociférer puis me huer. Une haine comme j’en ai rarement ressentie est désormais palpable.

C’est à ce moment là que choisit le roi-reine reptilien pour retrouver sa forme normale sans pour autant lâcher ma queue.

Et je vois mon intimité disparaitre sous une énorme patte griffue.

—Inspire, expire, observe et reste zen, même et surtout lorsque c’est difficile me rappelle la voix suave de Maria. Tu dois être capable d’accepter même de mourir pour ne pas perdre ce centre.

Justement je suis en train de m’y préparer. Après un tel affront il est fort possible que la monarque moitié male moitié femelle me bouffe tout cru d’un seul coup.

Exactement d’ailleurs comme dans mes cauchemars d’enfant ou les raclées terribles reçues par mon paternel.

C’est à cet instant que je perçois le fil rouge de cette existence terrestre. Un apprentissage permanent pour dépasser la peur de la mort, rester centrer sur l’observation du réel comme des illusions, et laisser l’Energie filer sa quenouille ainsi soit-il afin de libérer l’essence de qui je suis dans le vaste multivers.

Comme une fleur toute simple, pâquerette ou pissenlit.

La reine rit. Elle s’est redressée , monstre effroyable et je comprends qu’elle rit.

Zoom des gardes vidéastes sur son rire.

Soulagement de la foule qui bêtement se met à rire elle aussi.

Je rirais bien de concert moi aussi même si ne sais pas pourquoi.

—Inspire, expire, observe pour le meilleur et pour le pire.

J’ai soudain accès de nouvelles mémoires, le symbole du Baphomet, le symbole à trois jambes de la Sicile, Tinakria, Gorgone et Lilith ressurgissent. De très vieux contes, d’antiques légendes où la dualité féminin masculin se retrouve incarnée par des personnages ambigües.

J’ai toujours apprécié justement cette ambiguïté. Car c’est souvent grâce à celle-ci qui se manifeste toujours par un détail insolite dans un univers apparemment ordinaire ou banal, que l’on peut voyager de rêve en rêve, de mémoire en mémoire, d’idée en idée.

Que je puisse me mettre à songer à une drag queen au moment même où je risque de perdre mon âme entière ne devrait même pas m’étonner.

Où plutôt je devrais me demander ce que je ne comprends pas encore dans l’expression âme entière.

Post-scriptum

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Se lancer

D'après une idée d'atelier d'écriture où je ne pense pas avoir tout compris du premier coup. Mais, je me lance tout de même Photo découverte sur l'excellent site https://www.michellagarde.com/ dans ses dramagraphies Il faut vous lancer… on ne sait pas comment vous le dire… et sur tous les tons… lancez-vous… Je mis un temps avant de comprendre qu’ils s’adressaient à moi. Ou du moins à eux-mêmes au travers de moi. Car il est extrêmement rare que l’on s’adresse vraiment à moi tel que je suis. Moi-même y parvenant une fois tous les dix ans et encore, assez difficilement Il fallait donc se rendre à l’évidence. Il fallait se lancer aussi dans cette approche. Je n’étais ni plus ni moins qu’un épouvantail, un homme de paille, à moitié Turc. Il insistaient sur la tête. Se lancer… ils me la baillaient belle. On ne se lance pas comme ça sans y penser. Sans y réfléchir. Sans établir de plan en tous cas. Peser le pour et le contre en amont mais aussi en aval. On oublie toujours l’aval. Sans compter qu’il faut en premier lieu une rampe de lancement. Une armée d’ingénieurs, des super calculateurs. Sans oublier la matière première, le béton, l’acier, le fer. Sans oublier la bonne volonté, une quantité très précise de hargne, ajouté à quelques soupçons de naïveté. Et puis c’est tellement trivial de le dire mais il faut tout de même le dire, pour se lancer il faut surtout le nerf de la guerre. Ça ne se trouve pas sous le sabot du premier cheval bai cerise venu. Tout une machinerie à mettre en branle, pour dégotter le fameux nerf. Sans oublier tous ces rencards. Rendez-vous chez le banquier avancez de deux. Rendez-vous à l’Urssaf reculez de trois. Sans oublier l’imprimeur, combien pour une publicité de lancement je vous prie. Et si je ne prends que le recto ? Attendez il me reste peut-être quelques pennies pour une ou deux capitales. C’est bien les Capitales pour lancer une campagne de lancement non. Ne pas être trop bégueule. Voir grand. Un flyer format A5. Avec en gros Demain, JE me lance.. Venez assister au spectacle. Deux francs six sous la place. Et ne croyez pas qu’il s’agit de l’homme Canon. Une vieille resucée de Luna parc. Rien de tout ça. Juste une tentative burlesque, tragique, comique ? Ah ah ah mystère et boule de gomme, vous le saurez si vous achetez le billet. Tarif promotionnel pour les Cents premiers : un francs vingt-cinq centimes seulement pour en prendre, EN AVANT PREMIERE , plein les mirettes. Lancez-vous ! laissez-vous tenter ! Venez nombreux assister au lancement.|couper{180}

Se lancer

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Tendre

travail d'élève, stage "oser, hésiter" mai 2023 Il faut tendre, sans être tendre, c’est à dire, ne pas céder comme le beurre cède au couteau qui rabote la motte ( négligemment le plus souvent) Il faut dire au couteau : Ce n’est pas parce que je compte pour du beurre qu’il faut en profiter ! Il faut tendre l’oreille, sans être dur de la feuille. Ceci étant dit si on tend l’oreille, ce n’est pas ce qu’elle va capter qui nous intéressera en premier lieu, mais plutôt se concentrer sur cette action machinale, vous savez, qui consiste à tendre une oreille. Comment tendre une oreille sans se casser les pieds, ou les casser aux autres, un enjeu de taille. Le placement du corps tout entier doit avoir une importance. Selon que l’on se tient de face ou de profil, on ne peut tendre l’oreille de la même façon. Idem si l’on est assis ou debout, voire allongé, et encore vivant ou mort, à dix-huit mètres de profondeur sous l’eau ou au sommet d’un poteau télégraphique. Le son frappe l’oreille suivent une règle de tangentes assez absconse mais bien réelle. Tendre du linge sur un fil demandera aussi un peu d’attention. Ne pas perdre de vue le fil, tout en tenant d’une main l’épingle, de l’autre la chemise— si c’est bien une chemise ( on peut le vérifier et modifier le mot ça ne changera pas grand chose sauf la phrase). Tendre vers le mieux, s’efforcer vers ça est à prendre avec des pincettes, sachant d’une part que le mieux est l’ennemi du bien et que d’autre part il faut savoir d’où l’on vient avant de prétendre se rendre où que ce soit. Mais si c’est vers un mieux, il y a de grandes chances que l’origine soit Un bien que l’on ne saurait supporter en l'étatUn mal que l’on cherche à renommerUne énigme, on ne sait pas d’où l’on part on se contente simplement d’emboîter le pas du plus grand nombre vers le mieux. Il faut noter les pistes consciencieusement pour ne pas s’égarer inutilement. Tendre vers une certaine précision, mais sans jamais l’atteindre de plein fouet, aucun carambolage n’améliore la précision. Aucun carambolage n’apporte quoique ce soit de bien précis si l’on n’en meurt pas, qu’on ne se retrouve pas hémiplégique, amnésique, amputé, groggy ou même indemne. On a juste assisté à un carambolage, peut-être même avoir endossé un rôle de premier plan, mais il ne vaut mieux pas profiter de l’occasion pour tendre vers la célébrité tout de même, où ce qui est la même chose, vers une idée toute faite. La précision ne s’atteint pas plus que la perfection, elle se rumine seulement, elle se rêve, on peut la désirer certes, la convoiter, mais la posséder serait beaucoup trop grossier. Tendre vers un soupçon de modestie à ce moment là si l'on sent que l’on s’égare, si l'on tend vers l'abus, l'extrême. Dans la tendance moderne d’arriver avant d’être parti, tendre est un verbe oublié. Enterré. Mais dont il faudra tout de même faire l'effort se souvenir pour ne pas sombrer à la fin des fins. Et puis par pitié, ne pas s’attendrir pour autant comme un bifteck sous le plat du couteau du boucher. Ne pas se ramollir. Quand bien même l'adversité produirait autant d' efforts démesurés pour nous nous maintenir dans l'ignorance ou dans l'oubli. Se réveiller le matin et toujours voir en premier inscrit sur un post-it qu’on aura collé sur la table de chevet la veille. TENDRE. En lettres capitales . Maître mot d’un début de journée . Ensuite si besoin est, se détendre en se levant, prendre une douche, un café si c’est absolument nécessaire. si l’on a pris l’habitude de s’imposer ce genre d’habitudes. Ce qui n’empêche nullement de tendre à les réduire voire les supprimer si elles ne vous servent à rien, si ce ne sont que de simples programmes installés dans la cervelle pour nous permettre de ne penser à rien.|couper{180}

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un temps pour chaque chose

https://youtu.be/KyORfuSAa74 J’écoute François Bon lire son Rabelais, la généalogie des Géants. Derrière lui un chat se prélasse, ou se redresse tout à coup, comme s’il avait repéré un truc incongru ou inédit à l’intérieur de la maison de Ronsard, mais ça ne dure guère, soudain le voici qui fait sa petite toilette, se lèche le cul. Grand bonheur d’écouter ces textes lus en plein centre de l’œil du cyclone. Apaisant et en même temps inspirant. La généalogie des géants, tous ces sons qui vous dégringolent soudain dans l’oreille et qui vous rappelle autre chose. Non pas l’ancien testament, pas ça. Plutôt de l’eau qui s’écoule paisiblement, un ruisseau, une rivière, un fleuve pourquoi pas. Légèreté et puissance de cette musicalité des mots comme de l’eau et l’idée profonde d’une reliance, d’une alliance générale, d’un chant général à la manière de Pablo Neruda. Mais l’Ancien Testament est tout de même là qu’on le veuille ou pas. L’œil pour œil et le dent pour dent. Et parmi ces réminiscences celle qui rappelle qu’il y a un temps pour chaque chose et qui se confond avec une place pour chaque chose. Je pense à cela ce matin en me souvenant d’un commentaire reçu sur un de mes textes concernant les gros-mots et l’observation donnée que leur utilité serait mineure en poésie. Qu’avec des gros-mots on ne ferait que de petits poèmes. Et encore, qu’avec des mots simples de la grande. Si je suis d’accord avec la seconde assertion, elle coule de source, la première m’intrigue. Pourquoi ne pourrait-on faire des odes bourrées de jurons, fleuries d’insultes, de belles Jérémiades constituée à partir d’une prosopopée laissant s’exprimer la politesse par sa totale absence. Il y a un temps pour chaque chose, la poésie de Ronsard, la prose de Rabelais, les misères de Rutebeuf, de Nerval de Villon, les illuminations de Rimbaud ou Baudelaire et encore tant d’autres qu’un dictionnaire entier n’y suffirait pas - nous disent aussi cela Je veux dire qu’on écrit on parle on s’exprime toujours peu ou prou avec son temps, qu’on n’est pas complètement détaché de celui-ci, ni singleton. Cela se fait sans même y penser. On est si imbibé, en immersion avec un son ambiant qu’on le restitue toujours plus ou moins à travers nos filtres. A moins de n’être pas du temps, à moins de se créer une illusion d’éternité dans laquelle nous nous rapprochons de l’un ou de l’autre précités pour parler la même langue. Mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Etre du temps, ne pas en être, s’obliger au simple de façon violente face au compliqué, à la politesse, face à l’insane, c’est créer des catégories, ou les renforcer encore, c’est établir des camps. Il y a un temps pour chaque chose, cela me semble être une invitation plus qu’un sermon, une injonction. Peut-être que ce qui relie Rabelais à l’aujourd’hui est un chaos semblable se situant dans ce que nous nommons le bons sens ou la raison, ou encore le savoir. En savons nous beaucoup plus aujourd’hui qu’au temps de Joachim du Bellay ? Avons nous progressé d’un pouce sur la compréhension du monde, ou de notre espèce ? C’est à voir mais grande chance qu’on n’y verra pas grand chose de nouveau. Il y a un temps pour chaque chose et pas pour rien sans doute mais pour se rendre compte que l’eau comme la parole, l’écriture empruntent mille formes mais joue toujours la même musique malgré les apparences, l’harmonie, les dissonances, l’illusion de la diversité des paysages qu’elles traversent. https://youtu.be/us8DrqldkaQ|couper{180}

un temps pour chaque chose