L’humour et les montgolfières.

Comme j’habite près d’Annonay, je fais régulièrement ce rêve dans lequel je monte dans une montgolfière. Son enveloppe est fragile toute constituée de papier. Et pour s’élever, pour dépasser les obstacles que forment les collines, les monticules, parfois la flamme du réchaud ne suffit pas, il faut lâcher du lest.

Et voici justement ce qui m’arrive. La bonbonne de gaz est probablement vide et j’ai déjà jeté par dessus la nacelle quantité de sacs de sable.

Que pourrais-je trouver encore pour alléger mon vaisseau ? M’élever plus haut ? Foncer droit vers les étoiles ?

Salvador est ravi, les deux brins de sa moustache laissent dans l’air une fragrance parfumée presque palpable.

— Plus haut dit-il, encore plus haut ! Mais qu’attends-tu ? Jette encore du lest !

Je regarde le plancher et il n’y a plus rien à jeter. Je le regarde avec un air déconfit. Mais il semble ignorer mon désarroi. Il sourit les yeux rivés vers le haut. On dirait une peinture religieuse. Et soudain je crée une sorte de collage imaginaire dans lequel je place sa photographie à la place du visage de Mona Lisa.

—Ton humour nous fait perdre de l’altitude dit-il soudain en me regardant de haut.

Ce qui me fait rapetisser. En contre plongée j’essaie de me raccrocher à ses moustaches pour m’indiquer l’heure, assez précise normalement. Mais là je m’aperçois que les aiguilles sont devenues folles. Les brins de sa moustache font des moulinets.

— Vite imbécile on va s’écraser ! il dit calmement.

Mais comment faire pour balancer mon humour ? C’est sur qu’il ne va plus rester grand chose de moi après cela, je pense.

— Tout le contraire de ce que tu penses justement me dit Salvador qui lit bien sur dans mes pensées.

Ses yeux roulent dans leur orbites et j’aperçois dans leur brillance la jeune fille à la perle. Je peux encore zoomer un peu plus pour examiner l’image à la surface de la perle et je me vois : un tout petit bonhomme grimaçant. Merde, quel rêve à la con !

A peine ai je dit ces mots que j’entends le bruit du moteur, caractéristique d’un Messerschmitt abattu.

La nacelle s’incline dangereusement, Salvador s’agrippe à un filin avec un calme olympien tandis que je roule au sol d’un bord l’autre de notre embarcation.

— Jette ton humour fais moi confiance et je te refilerai un petit bout de chocolat pour te consoler promis.

Je ne savais pas Salvador si proche parent des arracheurs de dents.

Jeter mon humour ? mais ce serait la fin de tout, je ne serais plus rien, une larve, un ectoplasme je pense.

Et aussitôt je me transforme en larve évidemment. Du moins j’ai cette pénible sensation d’être devenu à la fois blanc, minuscule et de m’agiter fébrilement. Un asticot ni plus ni moins.

—Dernière chance avant de s’écraser me lance Salvador toujours très digne.

Est-ce qu’un asticot peut encore se risquer à faire de l’humour je me demande... Et à travers les lattes de bois du plancher je vois les champs de colza se rapprocher de plus en plus vite. J’admire le jaune bon sang qu’il est intense, qu’il est beau. Une vraie fascination !

Mon petit cœur bat dans ma petite poitrine d’asticot. Je suis captivé totalement pas la beauté de ces jaunes. Et au même moment j’ai la sensation d’une bulle de champagne qui sort de ma tête et reste un instant face à moi en suspension comme si elle m’étudiait . Je souffle dessus comme si c’était une bulle de savon. Elle sort de la nacelle et disparait dans le jaune du colza.

—ça y est Salvador, j’y suis arrivé !

Salvador me regarde, moustaches 11h11 il cligne de l’œil, puis tourne son visage vers le soleil, je ne vois plus que son profil, je suis la direction de son regard là haut moi aussi et je vois la belle Gala qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ma Maria.

Je fais woua ! Et là bien sur la montgolfière s’élève , je peux la voir s’élever désormais étant donné que j’ai été déposé au beau milieu d’un champs de colza.

Durant un petit instant je me demande si je rêve encore mais rien n’est moins sur. Car tout est si intense ! Plus intense encore que dans la réalité. C’est à ce moment où le doute s’installe que je vois arriver une énorme boule blanche comme dans le feuilleton "le prisonnier".

Elle me saute dessus et me phagocyte. Et là paf évidemment je me réveille pour de bon avec la sensation désagréable d’avoir encore une fois de plus raté un tableau.

Post-scriptum

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Se lancer

D'après une idée d'atelier d'écriture où je ne pense pas avoir tout compris du premier coup. Mais, je me lance tout de même Photo découverte sur l'excellent site https://www.michellagarde.com/ dans ses dramagraphies Il faut vous lancer… on ne sait pas comment vous le dire… et sur tous les tons… lancez-vous… Je mis un temps avant de comprendre qu’ils s’adressaient à moi. Ou du moins à eux-mêmes au travers de moi. Car il est extrêmement rare que l’on s’adresse vraiment à moi tel que je suis. Moi-même y parvenant une fois tous les dix ans et encore, assez difficilement Il fallait donc se rendre à l’évidence. Il fallait se lancer aussi dans cette approche. Je n’étais ni plus ni moins qu’un épouvantail, un homme de paille, à moitié Turc. Il insistaient sur la tête. Se lancer… ils me la baillaient belle. On ne se lance pas comme ça sans y penser. Sans y réfléchir. Sans établir de plan en tous cas. Peser le pour et le contre en amont mais aussi en aval. On oublie toujours l’aval. Sans compter qu’il faut en premier lieu une rampe de lancement. Une armée d’ingénieurs, des super calculateurs. Sans oublier la matière première, le béton, l’acier, le fer. Sans oublier la bonne volonté, une quantité très précise de hargne, ajouté à quelques soupçons de naïveté. Et puis c’est tellement trivial de le dire mais il faut tout de même le dire, pour se lancer il faut surtout le nerf de la guerre. Ça ne se trouve pas sous le sabot du premier cheval bai cerise venu. Tout une machinerie à mettre en branle, pour dégotter le fameux nerf. Sans oublier tous ces rencards. Rendez-vous chez le banquier avancez de deux. Rendez-vous à l’Urssaf reculez de trois. Sans oublier l’imprimeur, combien pour une publicité de lancement je vous prie. Et si je ne prends que le recto ? Attendez il me reste peut-être quelques pennies pour une ou deux capitales. C’est bien les Capitales pour lancer une campagne de lancement non. Ne pas être trop bégueule. Voir grand. Un flyer format A5. Avec en gros Demain, JE me lance.. Venez assister au spectacle. Deux francs six sous la place. Et ne croyez pas qu’il s’agit de l’homme Canon. Une vieille resucée de Luna parc. Rien de tout ça. Juste une tentative burlesque, tragique, comique ? Ah ah ah mystère et boule de gomme, vous le saurez si vous achetez le billet. Tarif promotionnel pour les Cents premiers : un francs vingt-cinq centimes seulement pour en prendre, EN AVANT PREMIERE , plein les mirettes. Lancez-vous ! laissez-vous tenter ! Venez nombreux assister au lancement.|couper{180}

Se lancer

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Tendre

travail d'élève, stage "oser, hésiter" mai 2023 Il faut tendre, sans être tendre, c’est à dire, ne pas céder comme le beurre cède au couteau qui rabote la motte ( négligemment le plus souvent) Il faut dire au couteau : Ce n’est pas parce que je compte pour du beurre qu’il faut en profiter ! Il faut tendre l’oreille, sans être dur de la feuille. Ceci étant dit si on tend l’oreille, ce n’est pas ce qu’elle va capter qui nous intéressera en premier lieu, mais plutôt se concentrer sur cette action machinale, vous savez, qui consiste à tendre une oreille. Comment tendre une oreille sans se casser les pieds, ou les casser aux autres, un enjeu de taille. Le placement du corps tout entier doit avoir une importance. Selon que l’on se tient de face ou de profil, on ne peut tendre l’oreille de la même façon. Idem si l’on est assis ou debout, voire allongé, et encore vivant ou mort, à dix-huit mètres de profondeur sous l’eau ou au sommet d’un poteau télégraphique. Le son frappe l’oreille suivent une règle de tangentes assez absconse mais bien réelle. Tendre du linge sur un fil demandera aussi un peu d’attention. Ne pas perdre de vue le fil, tout en tenant d’une main l’épingle, de l’autre la chemise— si c’est bien une chemise ( on peut le vérifier et modifier le mot ça ne changera pas grand chose sauf la phrase). Tendre vers le mieux, s’efforcer vers ça est à prendre avec des pincettes, sachant d’une part que le mieux est l’ennemi du bien et que d’autre part il faut savoir d’où l’on vient avant de prétendre se rendre où que ce soit. Mais si c’est vers un mieux, il y a de grandes chances que l’origine soit Un bien que l’on ne saurait supporter en l'étatUn mal que l’on cherche à renommerUne énigme, on ne sait pas d’où l’on part on se contente simplement d’emboîter le pas du plus grand nombre vers le mieux. Il faut noter les pistes consciencieusement pour ne pas s’égarer inutilement. Tendre vers une certaine précision, mais sans jamais l’atteindre de plein fouet, aucun carambolage n’améliore la précision. Aucun carambolage n’apporte quoique ce soit de bien précis si l’on n’en meurt pas, qu’on ne se retrouve pas hémiplégique, amnésique, amputé, groggy ou même indemne. On a juste assisté à un carambolage, peut-être même avoir endossé un rôle de premier plan, mais il ne vaut mieux pas profiter de l’occasion pour tendre vers la célébrité tout de même, où ce qui est la même chose, vers une idée toute faite. La précision ne s’atteint pas plus que la perfection, elle se rumine seulement, elle se rêve, on peut la désirer certes, la convoiter, mais la posséder serait beaucoup trop grossier. Tendre vers un soupçon de modestie à ce moment là si l'on sent que l’on s’égare, si l'on tend vers l'abus, l'extrême. Dans la tendance moderne d’arriver avant d’être parti, tendre est un verbe oublié. Enterré. Mais dont il faudra tout de même faire l'effort se souvenir pour ne pas sombrer à la fin des fins. Et puis par pitié, ne pas s’attendrir pour autant comme un bifteck sous le plat du couteau du boucher. Ne pas se ramollir. Quand bien même l'adversité produirait autant d' efforts démesurés pour nous nous maintenir dans l'ignorance ou dans l'oubli. Se réveiller le matin et toujours voir en premier inscrit sur un post-it qu’on aura collé sur la table de chevet la veille. TENDRE. En lettres capitales . Maître mot d’un début de journée . Ensuite si besoin est, se détendre en se levant, prendre une douche, un café si c’est absolument nécessaire. si l’on a pris l’habitude de s’imposer ce genre d’habitudes. Ce qui n’empêche nullement de tendre à les réduire voire les supprimer si elles ne vous servent à rien, si ce ne sont que de simples programmes installés dans la cervelle pour nous permettre de ne penser à rien.|couper{180}

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un temps pour chaque chose

https://youtu.be/KyORfuSAa74 J’écoute François Bon lire son Rabelais, la généalogie des Géants. Derrière lui un chat se prélasse, ou se redresse tout à coup, comme s’il avait repéré un truc incongru ou inédit à l’intérieur de la maison de Ronsard, mais ça ne dure guère, soudain le voici qui fait sa petite toilette, se lèche le cul. Grand bonheur d’écouter ces textes lus en plein centre de l’œil du cyclone. Apaisant et en même temps inspirant. La généalogie des géants, tous ces sons qui vous dégringolent soudain dans l’oreille et qui vous rappelle autre chose. Non pas l’ancien testament, pas ça. Plutôt de l’eau qui s’écoule paisiblement, un ruisseau, une rivière, un fleuve pourquoi pas. Légèreté et puissance de cette musicalité des mots comme de l’eau et l’idée profonde d’une reliance, d’une alliance générale, d’un chant général à la manière de Pablo Neruda. Mais l’Ancien Testament est tout de même là qu’on le veuille ou pas. L’œil pour œil et le dent pour dent. Et parmi ces réminiscences celle qui rappelle qu’il y a un temps pour chaque chose et qui se confond avec une place pour chaque chose. Je pense à cela ce matin en me souvenant d’un commentaire reçu sur un de mes textes concernant les gros-mots et l’observation donnée que leur utilité serait mineure en poésie. Qu’avec des gros-mots on ne ferait que de petits poèmes. Et encore, qu’avec des mots simples de la grande. Si je suis d’accord avec la seconde assertion, elle coule de source, la première m’intrigue. Pourquoi ne pourrait-on faire des odes bourrées de jurons, fleuries d’insultes, de belles Jérémiades constituée à partir d’une prosopopée laissant s’exprimer la politesse par sa totale absence. Il y a un temps pour chaque chose, la poésie de Ronsard, la prose de Rabelais, les misères de Rutebeuf, de Nerval de Villon, les illuminations de Rimbaud ou Baudelaire et encore tant d’autres qu’un dictionnaire entier n’y suffirait pas - nous disent aussi cela Je veux dire qu’on écrit on parle on s’exprime toujours peu ou prou avec son temps, qu’on n’est pas complètement détaché de celui-ci, ni singleton. Cela se fait sans même y penser. On est si imbibé, en immersion avec un son ambiant qu’on le restitue toujours plus ou moins à travers nos filtres. A moins de n’être pas du temps, à moins de se créer une illusion d’éternité dans laquelle nous nous rapprochons de l’un ou de l’autre précités pour parler la même langue. Mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Etre du temps, ne pas en être, s’obliger au simple de façon violente face au compliqué, à la politesse, face à l’insane, c’est créer des catégories, ou les renforcer encore, c’est établir des camps. Il y a un temps pour chaque chose, cela me semble être une invitation plus qu’un sermon, une injonction. Peut-être que ce qui relie Rabelais à l’aujourd’hui est un chaos semblable se situant dans ce que nous nommons le bons sens ou la raison, ou encore le savoir. En savons nous beaucoup plus aujourd’hui qu’au temps de Joachim du Bellay ? Avons nous progressé d’un pouce sur la compréhension du monde, ou de notre espèce ? C’est à voir mais grande chance qu’on n’y verra pas grand chose de nouveau. Il y a un temps pour chaque chose et pas pour rien sans doute mais pour se rendre compte que l’eau comme la parole, l’écriture empruntent mille formes mais joue toujours la même musique malgré les apparences, l’harmonie, les dissonances, l’illusion de la diversité des paysages qu’elles traversent. https://youtu.be/us8DrqldkaQ|couper{180}

un temps pour chaque chose