Un nouvel exercice
Bien, j’ai acheté un nouveau chauffage — à gaz, cette fois. Vous n’aurez plus ce prétexte de dire que vous n’y arrivez pas à cause du froid. Il fait vingt degrés, le café coule ; on peut travailler. Aujourd’hui, format carte postale : période des étrennes, puis des vœux. On reste propre : scotch autour, marge d’environ cinq millimètres. Si vous n’avez pas de ruban de masquage, prenez un crayon. Pas la règle : on va voir si la main tient la route. Maintenant, un fond à l’acrylique. Deux couleurs maximum. Trois si vous comptez le mélange, je vous le rappelle. Laissez vivre les traces, ne cherchez pas l’aplat impeccable : les coups de pinceau sont les bienvenus. Faites-en trois, ça évite de stagner ; pendant que l’une sèche, vous attaquez l’autre. Avec la chaleur, ça va vite. C’est bon ? Vous avez vos trois fonds ? Parfait. Je vais chercher le café. Voilà des feutres noirs à pointe fine. On regarde ce qu’on a fait, et on entoure tout ce qu’on voit : la moindre forme, le moindre accident, une différence de valeur, un bord, une tache. Il faut y aller franchement mais sans écraser la pointe : on glisse, on n’appuie pas. Non Mireille, on ne décide pas d’avance ce que ça doit devenir. On regarde. Et je te préviens : chaque “je suis perdue”, c’est un euro. Rires. Vous entourez, vous entourez encore. Vous voyez une forme ? Vous en voyez dix autres autour. C’est bon ? Pas encore ? Très bien, je sers le café. Toujours pas de sucre, Simone et Catherine ? Ensuite, on passe à l’intérieur des formes. Avec les mêmes feutres, vous fabriquez les valeurs : hachures, points, ronds, chiffres, lettres, signes bizarres, tout ce qui vous tombe sous la main. Oui Huguette, des étoiles si tu veux. Et n’oubliez pas : quand vous remplissez une forme, vous en faites apparaître une autre à côté ; regardez ce qui se passe entre vos traits autant que vos traits eux-mêmes. Christine demande si ce ne sera pas difficile de trouver le négatif. Rires. Qui a fini ? Lucie ? Attends, je regarde. Non, ce n’est pas fini : tu as laissé des zones muettes. Reprends ton fond, cherche encore. Il reste des choses que tu n’as pas vues. Continue. On prend le temps de regarder jusqu’au bout, même si ça agace, même si ça fatigue. Voilà. On part d’un fond un peu sauvage et on le pousse à parler. Ce n’est pas un tableau à accrocher au musée, on s’en fout. Ici, on travaille. Et si, au passage, ça vous remet à votre place et que vous voyez un peu mieux ce que vous faites, tant mieux. Allez, buvez votre café pendant qu’il est chaud, et reprenez vos feutres.