Le Dibbouk

Explorations Littéraires • Carnets • Fictions • Réflexions

"Explorations littéraires. Une lecture critique et créative de la littérature contemporaine."

L'Éditorial du moment

Edito de janvier 2026

Janvier 2026 s’est organisé autour d’une découverte simple, mais décisive : la notion d’accrochage. Elle a permis de désamorcer un conflit ancien — peindre ou écrire — en cessant de poser la question en termes de passage, de justification ou de continuité. Il ne s’agissait plus d’expliquer (…)

Fictions

Le carnet et la rivière

>Un village du nord du Portugal. >Un homme qui croit fuir son roman. >Un carnet vide. >Une silhouette qui revient. (…)

L’intention dans la profondeur

On l’appelait Théophane, mais ce n’était pas son vrai nom. Son vrai nom, sa mère le lui avait donné en géorgien, (…)

Carnets

Janvier 2026 Synthèse du mois

## 1er janvier « Je ne sais pas très bien comment en parler sans donner l’impression d’en faire une théorie. Pourtant je le reconnais tout de suite : le silence qui arrive après une phrase de (…)

Septembre 2025

**[1er septembre](https://ledibbouk.net/1-septembre-2025.html)** — J’écris pour fabriquer un (…)

Art

16 janvier 2026

Avec le temps. Ce mot tant chéri. Jadis. *La terre est bleue comme une orange.* On pouvait écrire cela sans ironie, (…)

Planche 6-bis -Musique

Montage par accrochage. Les extraits dialoguent par tensions, échos, retournements. La **musique** n’est pas le (…)

Flux récent

histoire de l’imaginaire

La Porosité des Mondes : Hacker la Membrane

La Porosité des Mondes : Vers une physique de l'imaginaire Préambule : Ce texte est un essai de réflexion transdisciplinaire. Il ne prétend pas exposer des vérités scientifiques démontrées, mais utilise les concepts de la physique quantique contemporaine comme des métaphores fertiles pour explorer les mécanismes de la création et de la perception humaine. C’est une invitation à regarder les fissures de notre réalité non comme des erreurs, mais comme des passages. Introduction : L’illusion de l'étanchéité Pendant près de soixante-dix ans, notre conception des univers parallèles est restée figée dans une structure de cloisonnement. Depuis les travaux de Hugh Everett en 1957, l'interprétation des « mondes multiples » nous décrivait un cosmos se bifurquant à chaque instant en une infinité de branches strictement isolées. Dans ce modèle, l'étanchéité était la règle. Cependant, une intuition nouvelle émerge aujourd'hui à la frontière des mathématiques et de la philosophie des sciences. Des chercheurs, à l'instar de Maria Violaris (Université d'Oxford), explorent les fondements de la physique — la flèche du temps, les paradoxes de la mesure, la non-localité. Si ces travaux ne valident pas encore l'interaction directe entre univers, ils dessinent les contours d'une réalité bien moins rigide qu'on ne le pensait. Et si ces zones d'ombre étaient le siège d'une certaine porosité ? I. La diffraction comme métaphore du réel Maria Violaris s'intéresse à la manière dont l'information quantique se comporte face à la mesure et au temps. Ses recherches sur la flèche du temps et la décohérence interrogent la frontière entre le possible et l'actuel. Pour l'historien de l'imaginaire, ces concepts sont des ponts d'or. Si l'on imagine que les réalités ne sont pas des bulles hermétiques, mais des ondes capables d'interférer, alors le concept de diffraction devient une clé. Imaginez deux ondes à la surface de l'eau : elles créent des zones de renforcement ou d'annulation. Dans cette perspective spéculative, ce que nous percevons comme une « idée surgie de nulle part » pourrait être l'équivalent psychologique d'une interférence : une donnée provenant d'une version alternative ou future de la réalité qui, par un effet de résonance, vient colorer notre propre ligne de temps. II. L’énigme de la « Voix » : Le cas Helen Schucman L'histoire de l'imaginaire possède déjà des manifestations empiriques de cette porosité. Le cas le plus radical reste la genèse de A Course in Miracles (UCEM) par la psychologue Helen Schucman. Pendant sept ans, cette femme de science a transcrit une « voix » intérieure dont la complexité métaphysique dépassait son cadre de pensée habituel. Le plus troublant est la forme : le texte glisse constamment vers le pentamètre iambique (le vers noble de Shakespeare ou Milton). On peut y voir le fruit d'une culture littéraire inconsciente, mais l'énigme demeure : comment un esprit en état de « vacuité » peut-il produire une structure aussi mathématique et poétique en dictée rapide ? Pour nous, Schucman n'était pas une inventrice, mais une antenne. Elle a utilisé les structures harmoniques de sa psyché pour traduire un signal qui ne lui appartenait pas. Elle a été la scribe d'une membrane qui, momentanément, s'était affinée. III. Le Hack Cérébral : Dépasser le point de vue unique S'il est possible de capter ces « fuites » de données, pourquoi notre quotidien nous semble-t-il si étanche ? Parce que notre cerveau fonctionne comme un filtre de survie (un firmware) qui sélectionne une seule ligne de temps pour maintenir notre cohérence. Le « hack » consiste à saboter ce filtrage automatique. C’est le sens de la Leçon 1 du Cours : « Rien de ce que je vois ne signifie quoi que ce soit. » En refusant d'attribuer un sens immédiat aux objets, on vide le cache de notre perception. On crée une zone de silence où l'Ego — notre pare-feu biologique — baisse la garde. C'est dans ce vide que la porosité s'exprime : l'imaginaire n'est plus une fabrication, mais une réception de fréquences jusque-là ignorées. IV. Le Wu Wei : L’alignement dans le flux Cette approche transforme notre manière d'agir. Si l'on accepte l'idée d'un multivers poreux, l'effort acharné pour « faire advenir » une réussite est un contresens. La sagesse taoïste du Wu Wei (le non-agir) devient alors une stratégie de synchronisation. Le Wu Wei est l'action par la moindre résistance. L'écrivain ou l'artisan ne cherche plus l'inspiration ; il pratique une veille technique. Son travail consiste à nettoyer le signal, à polir sa propre membrane pour entrer en résonance avec une version de la réalité déjà existante. Le succès n'est plus une cible, c'est une fréquence sur laquelle on choisit de s'aligner. Conclusion : L’artiste comme récepteur L'imaginaire n'est pas une sortie de secours, c'est un organe de perception. Il est le sens qui nous permet de ressentir les ondes de choc des mondes qui nous frôlent. En apprenant à ne plus se faire d'idée sur ce que nous voyons, nous laissons enfin la place à ce que nous sommes, potentiellement, dans toutes les autres strates du réel. Nous ne sommes pas des navigateurs solitaires sur un océan vide ; nous sommes les points de rencontre d'une infinité de vagues.|couper{180}

imaginaire Propagation du mythe

Carnets | Phrases

Phrases-Février 2026

4 février 2026 Parfois, quand j’ai le temps, j’observe, retenant ma respiration ; à l’affût ; et si je vois quelque chose, je pars comme une balle et saute sur les lieux, mais la tête, car c’est le plus souvent une tête, rentre dans le marais ; je puise vivement, c’est de la boue, de la boue tout à fait ordinaire ou du sable, du sable…Ca ne s’ouvre pas non plus sur un beau ciel. Quoiqu’il n’y ait rien au dessus, semble-t-il, il faut y marcher courbé comme dans un tunnel bas. Henri Michaux , Mes propriétés Extraits de L’espace du dedans [mot-clés : écriture de l'interstice] THE ancient fable of two antagonistic spirits imprisoned in one body, equally powerful and having the complete mastery by turns — of one man, that is to say, inhabited by both a devil and an angel — seems to have been realized, if all we hear is true, in the character of the extraordinary man whose name we have written above. Willis Death Of Edgar A. Poe. By N. P. Willis. Nathaniel Parker Willis, “Death of Edgar Poe,” Home Journal (New York), October 20, 1849. [mots-clés : traduire, trahir, adapter] 5 février 2026 Et puis, entre les deux cours, au printemps 1979 (du 15 avril au 3 juin), c’est l’écriture du livre sur la photographie, La Chambre claire, qui est probablement le roman de Barthes, un roman inouï, totalement novateur, une fiction de la résurrection de l’être aimé dont les rayons qui émanaient de son corps et son visage au moment de la pose rebondissent sur les halogénures d’argent pour venir toucher celui qui regarde l’image. Bernard comment Dans Préparation du Roman ( Barthes) Août 2015 {mot-clés : regard] 11 février 2026 « On ne sait pas ce qu’est le Paradis,à moins de venir d’ailleurs. » Joyce Carol Oates, Hantises : histoires grotesques [mot clé : ailleurs ] 12 février 2026 « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation ». Guy Debord La société du spectacle. Lu dans Diacritik de ce jour 14 février 2026 « L'une des plus grandes ironies de notre situation actuelle est que les modes de communication qui permettent aujourd'hui aux autoritaires d'exercer leur pouvoir ont d'abord été imaginés pour les vaincre » Fred Turner politique des machines [mot-clé : next, boomerang] 15 février 2026 « Plus un film est japonais, plus il est universel. » Akira Kurosawa ( Lu dans Comment écrire de la Fiction de Lionel Davoust) [mots-clés : authentique, singulier] 16 février 2026 « Elles disent qu’elles ont appris à compter sur leurs propres forces. Elles disent qu’elles savent ce qu’ensemble elles signifient. Elles disent, que celles qui revendiquent un langage nouveau apprennent d’abord la violence. Elles disent, que celles qui veulent transformer le monde s’emparent avant tout des fusils. Elles disent qu’elles partent de zéro. Elles disent que c’est un monde nouveau qui commence. » Les Guérillères, Monique Wittig (Lu dans Nos Armes de Marion Brunet) [mots-clés : référence, chaland(e)s] 17 février 2026 La première chose à observer à propos du monde de dix-sept cent quatre-vingt, je pensais prendre l’époque d’un peu plus haut, dix-sept cent trente ou cinquante, mais soit, en route pour la révolution industrielle, l’élan, le décollage ou take-off de l’économie désormais lancée en plein ciel, cette économie du coton soulevée comme un planeur par l’élan du commerce colonial, tout s’ébranle, une révolution capitale venue de Grande-Bretagne mais les idées naissent en France, l’état le plus puissant, le plus peuplé, un Européen sur cinq était français, l’idée de liberté, cette idée terrible et bouleversante d’échapper à l’oppression, Cahiers de doléances, États généraux, tout un peuple séditieux derrière les députés du Tiers et des masses parisiennes affamées, soupçonneuses, enfiévrées, rien n’a plus de force que la chute des symboles, la prise de la Bastille saluée dans le monde entier même par Kant dont le passage donnait l’heure aux habitants de Königsberg, oui, le philosophe lui-même a différé sa promenade à cette nouvelle, un événement mondial, un mouvement irrésistible, enthousiaste, œcuménique pour libérer l’humanité, un élan qui vaut bien le take-off de l’économie cotonnière, nous planons en plein ciel. Marianne Alphant Ces choses-là [mots-clés : construire, geste, angles morts] 21 février 2026 « Il ne demande qu’à jouir. L’impossible est fait pour l’en empêcher. » Samuel Beckett. Le monde et le pantalon [mots-clés : Le métier d'être homme, Marie Iemma Jejcic]|couper{180}

phrases

Carnets | février 2026

21 février 2026

Tambouille Trouvé un site gratuit pour publier en belle qualité des pages de code. Et pour convertir des images qui n’ont pas la qualité requise pour une couverture de livre, j'ai trouvé plusieurs sites à tester. Pour l’instant, je n’en ai testé qu’un seul ; il fait le job. J’ai seulement demandé de doubler la qualité dans la version gratuite et ça suffit amplement. Il me suffit ensuite de charger l’image modifiée dans Gimp, de l’exporter en JPEG 100 %, puis d’aller sur Canva pour créer les titres. J’ai testé la mise à jour SPIP 4.4.9 sur un site local pour vérifier si le dernier bug avait été corrigé et tout a l’air de fonctionner correctement. Je passerai la MAJ en prod ce week-end. J’ai recodé en local une version très allégée du site, à tester aussi ce week-end en distant. Toute la navigation par mots-clés est supprimée pour le moment, ainsi que les outils dérisoires de soutien du site. Il est possible que j’installe un formulaire en page d’accueil où le visiteur devra laisser un e-mail pour avoir accès au contenu. Cela permettra de filtrer plus finement ceux qui sont véritablement intéressés ; j’ai l’impression, en regardant les stats sur OVH, d’être envahi par les robots. Le fait de travailler concrètement à améliorer le code, à épurer la logique du site, semble corrélé à l’envie — ou plutôt au besoin — d’être plus précis dans la façon d’exposer mes idées via l’écriture. La fiction prend du temps pour être acceptée favorablement par les algorithmes d’Amazon. Une fois l’effet « lune de miel » passé, les ventes diminuent drastiquement. Je n’ai vendu que trois livres en février et zéro page lue pour les e-books. Il y a toujours cette phase de découragement à dépasser lorsqu’on a fourni un travail que l’on pense honnête, artisanal, et qu’on n’obtient pas le résultat escompté. Ce sale petit moment à traverser où l’on se dit : à quoi bon, laisse tomber, va chercher un boulot de manutentionnaire ou de gardien de nuit. Les communautés, les groupes, de plus en plus ne me renvoient plus que des reflets, des reproductions du Radeau de la Méduse. Ce genre de boulot où tu n’auras plus à réfléchir et qui t’apportera un salaire minimum, car je n'ai aucune envie de me retrouver déguisé en clown dans un bureau, ni surtout de fréquenter tous ces clowns effroyables qui les hantent. Évidemment, il faudra encore parler un peu, expliquer au minimum, le temps que ça se tasse, que tu passes du statut d’intrus à celui de collègue. Mais quelle tranquillité ensuite, t’en souviens-tu ? Toutes ces semaines, ces mois avalés par le rythme de ces journées d’enfouissement dans l’anonymat, l’incognito des racks, des entrepôts. À la fin, juste un signe de la main pour dire salut, et c’est fini. Et ça n’empêche pas de continuer d’écrire. Rappelle-toi Thierry Metz, par exemple. Bon, peut-être pas le meilleur exemple, ça finit pas très bien quand même. Mort en 1997 à 40 ans. C’est encore cette même culpabilité qui se ramène. Toi, tu aurais dû crever cent fois déjà. Qu’as-tu trahi pour être encore vivant ? Parlons-en, de cette pureté. Bien sûr que tu pourras encore t’en tirer cent fois en l’intellectualisant. En rapprochant le pur du plus haut degré de la saleté, tu pourrais même, comme tant d’autres, virer ta cuti, prôner le pur jusqu’à porter des habits noirs. Tu ferais le chemin inverse de Blanchot. Et alors ? Est-ce que le cosmos se soucie vraiment de ce que tu fais de bien ou de mal dans ta goutte d’eau ? J’en doute. Ce dont il faut se méfier, c’est de ce ressentiment, cette pourriture.|couper{180}

Autofiction et Introspection

Carnets | février 2026

20 février 2026

préambule, échauffement : D'un certain point de vue, tout peut être ridicule : l'agitation des uns, le stoïcisme des autres, l'idée de cheminer seul ou avec n'importe quelle compagnie. De ce même point de vue, tout se vaut et doit être ramené au ridicule, sous peine de sombrer dans je ne sais quelle nouvelle folie qu'on n'aura pas encore explorée. Mais ce point de vue paraît si évident qu'on ne le questionne même plus. Et pourtant, il y aurait fort à en dire puisque c'est ton point de vue, et celui de bon nombre ; enfin, c'est le point de vue de tout un chacun. Celui du petit ego voulant par-dessus tout devenir grand. Insignifiante grenouille désirant se tailler la part du lion en imitant quoi, sinon un être déchu, humilié mais gros — car ce qui compte, c'est la taille, l'espace que l'on remplit. On n'a jamais fini d'étudier la poliorcétique des andouilles. Il faudrait sans doute perdre encore un peu de temps, si ce n'est déjà fait, pour retrouver la loupe tout au fond d'un tiroir et à nouveau examiner cette curiosité qui consiste à dire le plus quand on a le moins à dire, tout comme remplir de vide un espace l'étant déjà par définition. Peut-être en découlerait-il des sciences nouvelles ? Et pourquoi pas, enfin, la fameuse découverte : l'énergie du vide qui éclairerait l'humanité sur son idiotie atavique. Découverte occasionnant à nouveau des guerres, évidemment. Les guerres engendrant des histoires, toujours des histoires, encore des histoires. Des histoires pour se les raconter entre deux guerres, évidemment. Ici, peut-être, enfoui, le cœur d'un texte. Et, sortant de là, la corne d’abondance des collines entières d’oliviers, des pinèdes, des vergers. (P. Michon, L'Iliade) Oui. Même impression, une fois toute avanie bue jusqu'à la lie dans les espiègleries éhontées de ma race : j'enjambai le détroit de Messine et me retrouvai chez moi. En cette terre si violée par tous les pendards qu'elle s'en est peinte sur le front la patience et la fureur des volcans. Pour être allé trois fois en Sicile et m'y reconnaissant à chaque fois de plus en plus sicilien — si ce n'est pas de la folie, ça, il faudra me donner la définition. Ce que j'ai vu ici, c'est une lumière grecque qui persiste encore et qui, des années plus tard, semble vouloir ranimer l'exultation lorsque je m'en souviens. Je ne m'en souviens pas tous les jours. Il faut que j'atteigne le fin fond de la turpitude et que le café que je tiens en main soit fort et amer pour que la mémoire me revienne. Une route sinueuse dans les montagnes hérissées gentiment d'oliveraies, l'obscurité des sous-bois tendus de filets, l'odeur des essences entêtantes relevées par la chaleur du mois d'août... j'allais dire exaucées par le soleil. Un retour. L'impression très nette que le mythe, enfin, trouvera sa graine.|couper{180}

Autofiction et Introspection