J’aurais mis extrêmement longtemps à accepter deux choses dans la vie, la première est que je suis un peintre véritable et la seconde que je suis aussi un chaman véritable. Je ne voulais pas paraître orgueilleux ou prétentieux, en fait. Et puis cela me paraissait tellement extraordinaire de voir mes deux rêves se réaliser que je n’acceptais pas vraiment d’y croire. Il y a seulement quelques mois que je me suis mis à ouvrir les bras, deux années tout au plus. Et encore aujourd’hui je fais à peu près tout pour banaliser ce constat, pour ne pas revenir en 1988 où l’orgueil m’a fait monter si haut que la chute qui s’en est suivie a duré tant d’années. Ma conclusion temporaire est que l’on ne peut pas se vanter de ses dons ni en tirer profit de façon personnelle. C’est là-dessus que je m’appuie en même temps que je bute. En fait, il faudrait encore aller plus loin et se moquer de ce petit moi qui croit tirer les ficelles et me mettre dans la file d’attente pour faire de la pub pour le chocolat. J’adore le chocolat Milka, allez… et je me fais pousser les moustaches en pointe.

reprise nov.2025

Il m’a fallu longtemps pour accepter deux choses simples : je peins vraiment, et ce que je fais avec certaines personnes touche parfois à ce qu’on appelle, faute de mieux, du chamanisme. Pendant des années, je n’ai pas voulu le formuler. J’avais trop peur de m’entendre dire ça à voix haute, d’avoir l’air de me prendre pour plus que je ne suis. Et puis l’idée que deux vieux fantasmes d’adolescent — le peintre, le chaman — puissent s’être réalisés me paraissait tellement extravagante que je préférais continuer à douter plutôt que d’y croire.

Ce n’est que depuis un ou deux ans que j’ai commencé à ouvrir les bras un peu plus franchement à ce constat. Et, dans le même mouvement, je passe mon temps à le banaliser, à le minimiser, comme si le simple fait de reconnaître ce que je fais risquait de me renvoyer en arrière, vers 1988. Cette période où, porté par l’orgueil, je me suis cru intouchable, avant de me vautrer pour de bon, au point que la chute a tenu lieu de biographie pendant des années. Je sais ce que ça coûte de monter trop haut dans sa propre tête.

Ma conclusion provisoire, c’est qu’on ne gagne rien à se vanter de ses aptitudes, ni à les transformer en fonds de commerce personnel. C’est sur cette idée que je m’appuie, et c’est aussi là que je bute : comment assumer ce que je sais faire sans le transformer en légende sur mes « dons » ? Au fond, il faudrait aller plus loin et se moquer de ce petit moi qui se croit indispensable, qui veut tirer les ficelles, qui se rêve en figure à part. Le remettre dans la file avec les autres, à attendre son tour pour vanter une tablette de chocolat en jouant les inspirés devant la caméra. J’adore le Milka, je pourrais très bien faire ça. Me pousser les moustaches en pointe, prendre la pose et me rappeler que, si je ne fais pas attention, je redeviens exactement ce clown-là.

résumé l’homme de 2019 est un type qui sait qu’il a des capacités réelles, qui sent qu’il a enfin rejoint des rêves anciens, mais qui vit encore ça comme une zone dangereuse. Il avance avec le frein à main, partagé entre la peur de se re-gonfler comme en 1988 et le besoin de se reconnaître sans se fabriquer une légende.