Tu peux m’obséder, visage d’un autre bonheur ! Vous pouvez moduler vos incantations, voix amoureuses ! Je regarde ce que j’ai choisi et j’écoute ce qui m’a déjà bercé. On me dit : « Allah te pardonnera. » Je refuse ce pardon que je ne demande pas. Jeune homme, je nourrissais pour la tristesse des désirs dignes des amants les plus fougueux. Je rêvais secrètement de la prendre et la pénétrer si profondément que, nul doute, alors sa source s’en trouverait anéantie de plaisir. Orgueilleux fou que j’étais. Je rêvais de voir la tristesse sourire enfin vraiment et ainsi devenir libre. Puis le temps est passé et, après de nombreuses tentatives, je n’ai jamais vu la tristesse se métamorphoser comme je le souhaitais si ardemment. Alors, amant vaincu, je me suis détourné d’elle et j’ai cheminé vers la joie. J’imaginais déjà devoir faire preuve de tant d’assauts comme autrefois, mais ce fut vain. Car vois-tu, ami, la joie n’a pas besoin d’être pénétrée ni libérée, il lui suffit seulement d’être ressentie comme une douce caresse dans les cheveux. Et alors j’ai compris que ce n’était que moi, l’errant, qui cherchait une issue à mon errance pour naviguer plus loin vers les immensités du cœur.

*reprise novembre 2025**

On me dit : « Allah te pardonnera. » Je refuse ce pardon que je ne demande pas. Jeune homme, je traitais la tristesse comme une amante à conquérir. Je nourrissais pour elle des désirs de roman : je rêvais de la prendre, de la pénétrer si profondément qu’à force de lui faire plaisir, sa source se tarirait d’elle-même. Orgueilleux fou que j’étais : je voulais coucher avec la tristesse pour la faire disparaître. Je l’imaginais sourire enfin, se retourner vers moi, délivrée, et me remercier au passage de l’avoir libérée. Le temps est passé, j’ai insisté, j’ai remis le couvert sous d’autres formes, et je n’ai jamais vu la tristesse se métamorphoser autrement qu’en elle-même. Elle restait là, entière, indifférente à mes efforts d’amant appliqué. Alors, vaincu, je me suis détourné d’elle et j’ai tourné mon regard vers la joie, en m’attendant au même combat. J’imaginais déjà devoir l’assaillir, lui prouver ma valeur, forcer encore une porte. Il ne s’est rien passé de tout ça. La joie ne se laissait ni forcer ni délivrer ; elle apparaissait par moments, comme une main qui passe dans les cheveux, sans raison. Ce jour-là, j’ai compris que ce n’était pas elle qui manquait, ni la tristesse qui résistait, mais moi qui tournais en rond dans ma manière de vouloir les posséder toutes les deux. Je n’étais pas un libérateur, juste un errant qui cherchait une sortie à sa propre errance et qui commence à peine à voir que certaines choses n’ont pas besoin d’être sauvées pour être ressenties.

résumé l’homme de 2019 est quelqu’un qui veut sincèrement comprendre son rapport à la tristesse et à la joie, qui a déjà des éclats de lucidité, mais qui reste pris dans une manière théâtralisée de se raconter, avec beaucoup de pose, de métaphores lourdes et d’orgueil affectif.