23 janvier 2026
La création du livre bilingue est en route. La difficulté principale réside dans le nombre exact de paragraphes dans les deux versions. Après différents essais avec Pandoc et LaTeX, j’ai tenté l’aventure sur Scribus, puis je suis revenu à Pandoc/LaTeX, avant de retourner sur Scribus. Bref, une bonne soirée passée à tester plusieurs solutions. Le problème du formatage des dialogues a été résolu, ainsi que la mise en forme des blocs de citation, grâce à deux scripts :
# Remplacer - par — (tiret cadratin)
for file in *.md; do
sed -i 's/^- /— /' "$file"
done
cat > quote-italic.tex << 'EOF'
\renewenvironment{quote}
{\list{}{\rightmargin\leftmargin}\item\relax\itshape}
{\endlist}
EOF
Autre difficulté : trouver la police capable de restituer les caractères en hébreu. Pour le moment, Liberation Serif fait l’affaire.
J’ai écrit une nouvelle de plus à partir d’un article que j’ai vu passer : « Le secrétaire d’État, Marco Rubio, a ordonné par une note interne le retrait de la police Calibri de tous les documents officiels du Département d’État. Elle est remplacée par la célèbre Times New Roman (en taille 14). » Si ce n’est pas ce que l’on appelle de la synchronicité...
-- « Dis-moi la taille de ta police, je te dirai si tu es un clown. » (C’est un de mes personnages qui pourrait dire ça. Pas moi, bien sûr. Ne me bloquez pas à la frontière mexicaine, les gars.)
Sinon, encore les courses. J’ai filé tout mon liquide à la caissière. Tiens, d’ailleurs, pourquoi dire « liquide » ou « espèces » ?
La chatte a retrouvé le sourire en même temps que sa pâtée.
Ces derniers jours, je délaisse ce carnet au profit de la fiction. Encore que ce journal soit déjà une fiction, mais d’une qualité différente. De l’autofiction. Tout a l’air vrai et ne l’est pas. Alors que dans les fictions de S.F., tout a l’air faux et pourtant tout est vrai — preuves disponibles à l’appui.
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Pour continuer
Carnets | janvier 2026
25 janvier 2025
Réveil à 5h55 pour charger la voiture de vêtements que S. veut aller vendre à Saint-Pierre-de-Bœuf dans une salle communale. Nous aurions pu le faire hier au soir en rentrant de Lyon, mais il faisait déjà nuit. Si j’écris 5h55, c’est que je me souviens avoir lu ces chiffres sur l’écran du réveil posé sur la table de nuit. Des chiffres de couleur verte. Le mot luminescent pourrait être utilisé dans la phrase. Je pourrais parvenir à le glisser en même temps qu’affichage à cristaux liquides. Je me demande si au lieu d’écrire voiture je ne devrais pas écrire véhicule ou Dacia Logan. La luminescence des chiffres attira son regard. L’affichage à cristaux liquides du réveil posé sur la table de chevet. (On peut aussi dire table de nuit ; je dis plus naturellement table de nuit personnellement. Pourquoi alors dire chevet ? Parce que ça ressemble plus à un mot littéraire ?) De quoi suis-je en train de parler, vraiment ? Qu’est-ce qui me pousse vraiment à écrire ce genre de choses, tellement insignifiantes ? Une révolte. Une rébellion. Ce sont les premiers mots qui s’avancent et pondèrent la connexion entre question et raisons possibles faisant office d’explication. De quelle nature est cette pondération, en revanche, je l’ignore. Pourquoi dire révolte ou rébellion et pas oreiller ou lèche-frite ? C’est donc une pondération réflexe, quelque chose de tellement « programmé » qu’on n’aurait plus besoin d’y penser ; c’est le fruit d’une longue suite de questions-réponses avec une très faible variation de résultat : soit révolte, soit rébellion, le mot colère pouvant s’immiscer de temps à autre si on plisse un peu plus les yeux. Qu’est-ce que le nouveau, me demandai-je ensuite. Et c’est un pourcentage très faible (2,5 %) qui apparut, associé au nom de Rogers — la courbe de diffusion de l’innovation. Les innovateurs représentent 2,5 % de la population mondiale, c’est-à-dire environ 200 millions d’individus aujourd’hui. Si on ajoute à cela les early adopters — qui n’innovent pas, mais tolèrent mieux que le reste le changement, la nouveauté —, cela représente environ 13,5 % de la population, soit près d’1,1 milliard de personnes. Ce n’est pas si mal, quand on y pense. Cela redonne un peu d’espoir. Encore faut-il savoir ce que tu nommes le nouveau, le neuf... constat instantané : le marché de l'occasion, de la seconde main se développe plus rapidement en France que le marché du neuf. Notamment pour les véhicules, pour les vêtements. Il faut revenir en arrière et s'intérroger sur ce que tu nommes le neuf. Tu aurais tendance à parler d'idée neuve par exemple, mais dans quelle mesure une idée sera t'elle vraiment neuve c'est à dire aussi jamais utilisée, jamais portée par quiconque. Es-tu vraiment certain que ce genre d'idée puisse réellement exister qu'elle ne soit pas un pur fantasme ? Hier par exemple, tu es tombé sur un article concernant la création et la distribution d’électricité en Finlande. Des scientifiques finlandais ont utilisé des ondes électromagnétiques et des systèmes laser pour transmettre de l’énergie à distance, éliminant ainsi le besoin de connexions physiques tout en maintenant le contrôle, l’efficacité et la sécurité de la distribution. Immédiatement tu penses à cet instant aux travaux de Nikola Tesla qui aurait déjà inventé l’électricité sans fil, puis à la Tartarie, aux pyramides, à tout ce flux envahissant les réseaux sociaux depuis des années concernant ces théories dites « alternatives ». N’est-ce pas une forme de répétition également d’être toujours ainsi aimanté par ces sujets, toujours les mêmes, et qui fait que, lorsque soudain on aperçoit l’article sur l’électricité sans fil en Finlande, cela fait basculer la pondération vers quelque chose qui penchera vers une notion de vrai plutôt que de faux ? à noter pour ce jour ce terme de pondération, très important pour comprendre également comment fonctionnent les IA. Stage toute la journée sur les nuages. Je n'ai pas parlé de ces images hypnagogiques avant de m'endormir hier au soir. La terre était comme une grosse lessiveuse qui recyclait sans arrêt les civilisations. Recycler n'est pas le bon mot. Elle les absorbait, en faisait une bouillie nutritive, les enfouissait tout au fond de ses entrailles jusqu'à ce qu'il n'en reste plus aucune trace. Le sentiment qui s'en suivait était à mi-chemin entre l'effroi et le soulagement. illustration : Salvador Dali. Construction molle avec haricots bouillis (Prémonition de la guerre civile) (1936) Huile sur toile, 100 × 100 cm, Philadelphia Museum of Art.|couper{180}
Carnets | janvier 2026
24 janvier 2026
Marcher est plus intéressant que de s’arrêter. Je me réveille avec cette phrase, et presque aussitôt il faut que je la note. Est-elle une énigme ou une réponse à une question que je m’étais posée la veille ? Impossible d’en décider avant de l’avoir examinée sous toutes ses coutures. Comme je suis dans l’hébreu jusqu’aux yeux en ce moment, j’aurais tendance à penser à une compression (דְּחִיסוּת, d’hisut). Et comme je flotte avec persévérance entre vérité et mensonge, il y a de grandes chances de percevoir une relation entre ces différents concepts liés au mouvement. Mouvement qui n’est pas un mouvement physique, mais un mouvement de la pensée, de l’esprit, voire de l’âme. La langue hébraïque, par sa structure racinaire et sa densité sémantique, est un outil de compression conceptuelle. Un mot, une racine, contient un champ de significations en puissance. J’admets sans peine que ce mouvement purement psychique est incomplet, et que corrélé à la marche véritable, voire à la course à pied, il bénéficierait d’une toute autre amplitude. Si toutefois le but était de chercher ou de trouver un bénéfice quelconque à un mouvement, quel qu’il soit. L’idée de « bénéfice » présuppose un point d’arrêt, un compte à rendre, une économie. Or, le mouvement dont je parle semble échapper à cette comptabilité. Il est dépense pure. Comme le souffle. Il ne « mène » nulle part ailleurs qu’à sa propre continuation. Cette phrase du réveil, alors, n’est ni énigme ni réponse. Elle est le premier souffle d’une journée de pensée. Et noter cette phrase, c’est accepter de se mettre en route, sans garantie d’arrivée. Peut-être est-ce là le lien ultime entre vérité et mensonge, à travers le mouvement : la vérité serait de consentir à ce cheminement sans fin ; le mensonge, de prétendre en être sorti, d’avoir trouvé le « bénéfice » qui justifierait d’abandonner la marche. Ce texte, maintenant, est lui-même une marche. Le lecteur qui le parcourt refait le chemin avec moi, du réveil à l’insight final, et ressent à son tour ce mouvement de l’esprit qui ne cherche pas à arriver, mais à cheminer. Je pourrais me contenter de cet accomplissement, si, comme d’habitude après tout accomplissement, je n’éprouvais soudain la présence de cette minuscule faille qui me place dans la présence de l’inachevé. Reste à savoir si j’obtempère à l’appel de cette faille, et de plus si j’obtempère de bon gré ou pas. C’est-à-dire qu’il est temps de s’interroger sur le bien-fondé d’une persévérance qui ne cacherait qu’obstination têtue et puérile. À moins que je ne m’interroge pas simultanément que je persévère, que j’écarte au loin la position méta vis-à-vis de ce que j’écris au moment où je l’écris. Que je me dise : gardons le meilleur (ou le pire) pour la fin. Quelle fin ? Celle du texte, la mienne, peu importe. Le tout étant de conserver quelque chose en dehors de ce mouvement se confondant avec la persévérance. Preuve que l’on cherche une preuve, preuve qu’il y a bien un meurtre, en tout cas un délit à vouloir jouer ainsi avec la pensée, l’esprit, voire l’âme. La faille est le lieu où le mouvement prend conscience de lui-même. Et cette conscience est à la fois ce qui le menace d’arrêt et ce qui l’oblige à repartir. Écrire, dès lors, n’est pas raconter la marche. C’est marcher sur la faille. Et puis vient l’épreuve du faire. L’expérience pratico-pratique : se lancer dans la création d’un vrai livre bilingue, naviguer parmi les écueils innombrables que cette petite folie impose. Trop d’outils différents multiplient les points de rupture. Le formatage « Notion-flavored markdown » ne se convertit pas proprement en markdown standard. Les blocs Notion (empty-block, etc.) créent des sauts de ligne imprévisibles. Les balises spéciales (, etc.) polluent le texte exporté. Perte de temps : deux heures à créer des pages inutilisables. On se débat, panique dans les sables mouvants. Création de pages « plaintext » — échec partiel. Même en « plaintext », Notion ajoute du formatage invisible. Donc, écrire avant d’écrire : règles et contraintes. Notion n’est pas un éditeur de texte brut. Le copier-coller vers Obsidian ou tout autre éditeur markdown est imprévisible. La perte de temps est garantie si l’on néglige la structure. Questions à poser avant de courir : Où doit aller le texte final ? (Obsidian, LaTeX, PDF…) Quel format source choisir ? (Notion, markdown pur, texte brut…) Existe-t-il un script de validation ? (comme check_paragraphs.py) Comment adapter la solution au flux de travail existant ? Comment éviter d’imposer un nouveau format intermédiaire ? Privilégier les corrections incrémentales Principe : Petites corrections ciblées valent mieux qu’une réécriture complète. Vérification immédiate après chaque modification. Garder le contrôle des fichiers sources. Outils : Guide de corrections numérotées. Script de validation à exécuter entre chaque étape. Le feedback rapide entretient la motivation. Utiliser les bons outils pour la bonne part du chemin Notion excelle pour : Organiser des notes et des fragments. Créer des bases de données relationnelles. Comparer visuellement des versions (colonnes parallèles). Documenter un processus, comme cette page même. Notion échoue pour : Éditer de longs textes destinés à l’export. Générer un markdown propre et portable. Remplacer un éditeur de texte dédié. Pour l’édition bilingue, la répartition s’impose : Obsidian ou VSCode pour les fichiers .md. Un script Python pour la validation et la cohérence. Notion pour la cartographie du processus et la documentation des choix. Alternance. Dans une respiration, il y a deux phases : l’inspiration, l’expiration. C’est ce que l’on perçoit. Mais on oublie qu’il existe un espace entre ces deux phases. On l’oublie comme on oublie les lettres et les blancs entre les lettres, une fois que l’on a appris à lire. Illustration L'artiste Marcel Duchamp descendant un escalier dans une image à exposition multiple rappelant son célèbre tableau "Nu descendant un escalier".|couper{180}
Carnets | janvier 2026
22 janvier 2022
Aujourd'hui, j'ai appris que je pouvais créer des guillemets français directement à partir d'un code au clavier sur mon vieil Ubuntu : Ctrl+Maj+u, puis « ab » pour les guillemets ouvrants et « bb » pour les fermants. Une bonne chose de réglée qui m'évite les tirets cadratins, un peu plus longs à faire : Ctrl+Maj+u et 2014. Ceci surtout dans l'éditeur de SPIP, car j'ai désormais paramétré Writer pour que les guillemets et les espaces insécables soient automatiques. Ce genre de petite chose fait que l'on apprend à utiliser de mieux en mieux ses propres outils. Encore une fois, la Providence nous sauve pour janvier alors que nous étions dans le rouge sombre à la banque. Ce qui est fatigant, c'est que tout repart à zéro en février, et ainsi de suite. Fatigue, c'est le mot juste : une érosion lente et progressive, mais qui ne touche pas que nous. Dans ce monde qui ne cache plus sa férocité, piétinant jusqu'aux derniers bastions d'un confort illusoire. Un confort créé de toutes pièces pour qu'on ne se rue pas vers les institutions pour les jeter à bas de dépit. Celles-ci, au demeurant, n'ayant même plus vraiment besoin de nous — les gueux, le peuple — pour s'effondrer sous l'assaut des scandales, de l'abjection et du grotesque qui semblent désormais être les valeurs en poupe des puissants de ce monde. La foire d'empoigne n'a même plus besoin d'être masquée par ces mêmes institutions. On se sert et, de quoi se plaindrait-on au final ? Que le monde soit toujours sous le règne du pouvoir et de l'argent ? Ce serait être bien naïf de l'ignorer à partir d'un certain âge. La justice n'est plus qu'une simple exception confirmant la règle de l'injustice qui règne ici-bas. Quelques nouvelles de plus ajoutées au recueil, ce qui monte l'ensemble à désormais huit textes de 4 500 mots en moyenne. L'idée qui m'est venue est de tout de suite m'occuper des traductions et de pouvoir créer un ouvrage bilingue, les lecteurs de S.F. un peu intellos étant plus nombreux à parler l'anglais que le français. Et puis, puisque le sujet est le langage, tant qu'à faire, c'est plutôt intéressant de voir les mêmes idées traduites en deux langues différentes. Comment dit-on déjà dans le cénacle du développement personnel ? Congruence. Oui, c'est ça. Je n'ai presque pas touché au code depuis deux semaines, trop occupé à écrire mes fictions (enfin !). En revanche, désinvestissement quasi total pour les cours de peinture. Il est vraiment temps que j'arrête à la fin janvier, quitte à trouver un boulot de veilleur de nuit ou à emballer des marchandises à domicile. Peut-être même qu'en m'organisant bien, pourrais-je mener les deux activités de front. S. voudrait tellement de choses, comme par exemple aller chez le coiffeur, voyager, aller à Paris... et moi, je ne veux tellement rien, si ce n'est écrire, seulement écrire, qu'il faut bien à un moment que je me remette en selle avec les contingences. Testé hier la publication d'un carnet low-content : « Carnet des phrases qu’on n’enverra jamais », une cinquantaine de pages, broché. Le bénéfice sera évidemment ridicule, ça doit tourner autour d'un euro et des brouettes de royalties, mais le fait de me dire que je suis aussi capable de faire ce genre d'action repousse l'angoisse... Reçu hier le colis d'Amazon contenant les 15 exemplaires de La Légende de Liam. Bon boulot. Déjà mis 5 de côté pour les personnes qui ne veulent pas acheter sur la plateforme. Il ne fait vraiment pas froid, ce qui est une aubaine car ma bouteille de butane arrive bientôt à la fin. J'ai mis en place une nouvelle habitude : sauter le repas du déjeuner. Non pour des questions financières cette fois, mais tout simplement parce que manger aussi souvent dans une journée me semble absurde. Aussi absurde que de devoir se rendre à la messe le dimanche ou de courir avec son caddie quand on voit une caisse vide s'ouvrir. Illustration Laurent De La Conception|couper{180}