Je n’ai jamais dit.
Je n’ai jamais dit : « Je ne t’aime plus. » Cela m’a toujours paru idiot, et faux surtout. J’ai plutôt dit : « Tu m’ennuies, tu me mets à bout, tu m’emmerdes », des choses de ce genre, pas vraiment sympathiques, mais qui me semblent plus justes, plus spontanément justes, sans réfléchir. Parce qu’au-delà de cet apparent manque de respect, je t’aime depuis toujours, je ne peux faire autrement ; autrement ce ne serait pas toi, ce ne serait pas moi. Je pourrais m’excuser, dire que c’est à cause de la pudeur : ça ne raviverait pas les cendres des illusions perdues. Je n’ai jamais dit : « Je ne t’aime plus », non par manque de courage ni par peur de te blesser, comme tu n’as pas, toi, hésité à le dire pour te blesser. Il fallait que tu le dises pour te libérer de quelque chose d’insupportable, je l’ai compris. Celui que tu aimes est toujours au-delà de celui que tu aimais, et peu importe qu’il soit au-dessus ou au-dessous : il n’y a pas de points cardinaux dans mon amour pour toi. Je ne peux que me souvenir de cette fenêtre ouverte comme la porte d’une cage et de l’oiseau qui s’envole vers un ciel incolore. Ce n’est pas à moi de dire si cette idée est bonne ou mauvaise, tu sais. D’ailleurs, tu l’as compris après toutes ces années, et sans doute même avant : je ne dis que des choses sans importance véritable pour ne jamais parler de l’essentiel. Je n’ai jamais cru dans l’essentiel, usé par tant de bouches, usé comme ces amours que l’on se jure, comme des promesses intenables. Et si je jure, ce n’est pas ainsi. J’ai toujours préféré la grossièreté au mensonge. Parce que celle-ci me libère, me fait rire ou sourire du mensonge justement. J’allais dire : la grossièreté se rit de la vulgarité ; tu vois, je n’ai pas changé. Je n’ai jamais dit : « Je ne t’aime plus », parce que je préfère l’idée d’une cage réelle à toutes les illusions de liberté.