Traductions

articles associés

Carnets | février 2026

4 février 2026

THE ancient fable of two antagonistic spirits imprisoned in one body, equally powerful and having the complete mastery by turns — of one man, that is to say, inhabited by both a devil and an angel — seems to have been realized, if all we hear is true, in the character of the extraordinary man whose name we have written above. La légende ancienne de deux êtres d’une puissance similaire, exerçant tour à tour une domination totale sur un même corps — celui d’un être humain, habité à la fois par des forces contradictoires — semble s’être réalisée, si tout ce que nous avons entendu est vrai, dans le caractère de l’individu extraordinaire dont nous avons écrit le nom ci-dessus. En essayant d’adapter cette phrase, quelque chose me gêne. Le point de vue de Willis, datant de 1849, qualifie l’individu d’extraordinaire, alors que je serais tenté de qualifier plutôt le caractère de l’individu, et non l’individu lui-même. Ce qui donnerait : […] si tout ce que nous avons entendu est vrai, dans le caractère extraordinaire de la personne dont nous avons écrit le nom ci-dessus. En outre, le fait de substituer individu par personne me paraît plus juste dans ce contexte, puisqu’il est question d’ange et de démon dans le texte anglais original. La notion de persona — masque, rôle, instance morale traversée par des forces contradictoires — me semble ici plus pertinente. Ce qu’il faut en déduire chez Willis, c’est que l’exception qualifie l’individu dans son entier. On retrouve ici une conception romantique du grand homme, du génie, d’une singularité incarnée et presque essentielle. Pour moi qui traduis ces lignes en 2026, cette vision me paraît peu adaptée si je souhaite moderniser ce texte. L’individu, quel qu’il soit, ne me paraît jamais extraordinaire en soi. J’ai plutôt tendance — sans doute sous l’effet de l’air du temps — à penser que c’est le caractère, c’est-à-dire le lieu de conflits, de tensions et de forces agissantes, qui peut, ou non, devenir extraordinaire. Il s’agit donc d’un choix à opérer dans la traduction : rester fidèle au temps et aux mœurs d’une époque précise — 1849 — ou assumer une lecture située en 2026. Si j’opte pour cette seconde voie, je trahis sans doute l’auteur, mais je ne trahis pas l’idée. Dans le cadre d’une traduction située, pensée depuis 2026, la formulation suivante me paraît donc légitime : La légende ancienne de deux êtres d’une puissance similaire, exerçant tour à tour une domination totale sur un même corps — celui d’un être humain, habité à la fois par des forces contradictoires — semble s’être réalisée, si tout ce que nous avons entendu est vrai, dans le caractère extraordinaire de la personne dont nous avons écrit le nom ci-dessus. Our own impression of the nature of Edgar A. Poe differs in some important degree, however, from that which has been generally conveyed in the notices of his death. Let us, before telling what we personally know of him, copy a graphic and highly finished portraiture, from the pen of Dr. Rufus W. Griswold, which appeared in a recent number of the Tribune : — “EDGAR ALLAN POE is dead.” Premier déblayage : L’idée que nous nous faisons de la nature d’Edgar A. Poe diffère cependant, sur des points importants, de celle qui a été généralement transmise dans les notices publiées à l’occasion de sa mort. Permettons-nous, avant de dire ce que nous savons personnellement de lui, de reproduire un portrait saisissant et très achevé, dû à la plume du Dr Rufus W. Griswold, paru dans un numéro récent du Tribune : — « EDGAR ALLAN POE EST MORT. » He died in Baltimore on Sunday, October 7th. This announcement will startle many, but few will be grieved by it. The poet was well known, personally or by reputation, in all this country ; he had readers in England, and in several of the states of Continental Europe ; but he had few or no friends ; and the regrets for his death will be suggested principally by the consideration that in him literary art has lost one of its most brilliant but erratic stars. Il est mort à Baltimore le dimanche 7 octobre. Cette annonce en surprendra beaucoup, mais peu en seront affligés. Le poète était bien connu, personnellement ou par sa réputation, dans tout ce pays ; il avait des lecteurs en Angleterre, ainsi que dans plusieurs États de l’Europe continentale ; mais il avait peu d’amis, voire aucun ; et les regrets suscités par sa mort tiendront principalement à la considération que, en lui, l’art littéraire a perdu l’une de ses étoiles les plus brillantes, mais aussi des plus erratiques. déplacement 2026. Décédé à Baltimore ce dimanche 7 octobre le poète était connu dans tout le pays et à l'international ; il avait cependant peu d'amis voire pas du tout ; et les regrets suscités par sa disparition porteront sans doute plus sur son abscence des cercles littéraires que sur sa personne. En ce qui concerne ma petite existence, rien de bien particulier à noter sinon que l'extraction de six nouvelles dents dans la machoire inférieure droite ne me laisse pas sans séquelle. S. ce matin est allée à la pharmacie pour m'acheter des produits plus forts que le doliprane qui ne semble plus faire d' effet qu'une heure à peine. L'angoisse m'a terrassé cette nuit ne parvenant pas à dormir en me souvenant d'une erreur commise par un dentiste de Lyon lorsque nous y habitions encore, dentiste ayant pourtant pignon sur rue, et qui m'avait tout simplement "oublié" un morceau de racine dans la gencive. Ce qui avait provoqué une douleur inouïe durant toute une semaine, assez proche de celle qui me traverse en ce moment. Cependant aucune espèce d'envie de remonter sur Lyon pour me faire charcuter de nouveau, je vais patienter jusqu'au prochain rendez-vous. Le fait de traduire ce bouquin des oeuvres complètes de Poe m'oblige à me concentrer et à tenter d'oublier la douleur. Il me semble qu'en cela c'est un fameux remède plus efficace que tous les autres.|couper{180}

Traductions