Purgatoire
Carnets | Purgatoire
Créer et vendre
Chaque jour je reçois plusieurs emails me proposant des formations pour promouvoir mon travail, des opportunités tout à fait extraordinaires pour participer à des master class afin de mieux tirer partie des réseaux sociaux, et évidemment aussi pour lutter contre les mille et un travers que je peux avoir en tant qu'artiste- la plupart du temps entendez looser- et parmi tout ceux-ci : ma relation avec l'argent. Autrefois on disait le sexe ce n'est pas sale désormais on dit la même chose pour l'argent. Et souvent lorsque je pense à la relation que j'ai moi-même crée entre l'argent et l'art je me dis qu'il doit y avoir un os dans le pâté. Pourquoi est-ce que je ne mets pas tout en œuvre afin de vendre mes tableaux ? Ce n'est pas faute d'avoir essayé mais à chaque fois j'ai l'impression de me mettre tout seul des bâtons dans les roues. Par exemple je ne fais pas grand chose pour développer mon site internet, je crois que je suis totalement bloqué depuis que j'ai imaginé lui ajouter un "shop" comme on dit désormais. J'ai du placer quelques images et prix, et puis pffft comme je voyais que j'y parvenais, j'ai lâché l'affaire. La principale raison pour laquelle j'ai ajouté une extension Woo commerce à ce site était de pouvoir proposer un lien cliquable sur les différents sociaux sur lesquels je sévis. Récupérer des adresses de courriel pour me créer une liste de diffusion et à partir de celle ci essayer de rentabiliser tout ce temps que j'y passe . D'ailleurs mon épouse ne manque pas de me rappeler : Pendant tout ce temps tu ne peins pas. Mon épouse se fiche comme de l'an 40 des réseaux sociaux, des listes de diffusion, comme des artistes looser 2.0, ça ne l'intéresse pas, je crois même que ça l'effraie d'autant plus qu'elle me voit passer tout le temps que j'y mets pour un résultat qu'elle juge insignifiant. Tu ferais mieux de peindre ! Et comme c'est mon épouse je lui donne en grande partie raison. Mais c'est malgré tout "plus fort que moi" j'y retourne, j'écris mes petits textes sur ce blog, je publie des photographies de mes travaux, j'élucubre, je devise, je fais mon philosophe, mon philologue, et je dois dire que tout cela finit par ressembler à une addiction dont j'aurais un mal de chien à me passer désormais. Peut-être à cause de cette solitude essentielle dans laquelle je réside face à mon travail de peintre. Je ne me plains pas de cette solitude pour autant, j'ai compris depuis longtemps à quel point elle m'est nécessaire. Et aussi cette sorte d'enfermement que l'écriture demande. Il y a belle lurette que j'ai compris que ceux que l'on appelle les proches peuvent être ceux dont on se sent le plus éloigné parfois. Monsieur écrit sa vie et se gargarise ajoute mon épouse sur un ton ne cachant pas l'ironie. Et bien sur je me dis mais oui comme elle a raison ! C'est le secret du bonheur en couple que je vous livre tout de go. Toujours laisser l'autre avoir raison. Tout en n'en pensant pas moins et tenir son cap. Disons que publier sur les réseaux sociaux, sur internet c'est mon bol d'air. Est-ce qu'un bol d'air doit rapporter du pognon ? Probablement que certains parviennent à faire de l'argent même avec l'air désormais, mais bon ils sont certainement plus obsédés que je ne le suis sur le sujet. L'argent ne m'a jamais intéressé vraiment en tant que tel, il n'a toujours été qu'un outil pour être tranquille et un sujet d'inquiétude lorsqu'il manque. L'image de Picsou se vautrant sur un tas d'or provoque toujours cette sensation de grotesque. De plus je ne suis jamais parvenu non plus à être envieux. Peut-être que si cela avait été le cas j'aurais pu me servir de l'envie comme moteur. Mais j'étais obsédé par tellement d'autres choses que pas un seul instant l'idée m'est venue à l'esprit. Sauf en fin de mois et encore, depuis que je suis marié, lorsque la cohorte des créanciers de toute nature me dépouille directement par prélèvements en entrainant mon compte courant ( le terme est bien choisie ) vers le rouge. A ces moments là oui je l'avoue il m'arrive de me dire : Comment cela doit être bien de n'avoir pas à compter. Et d'être agacé sitôt que j'aperçois un spot publicitaire me vantant les avantages de la dernière bagnole accompagnée de la superbe rousse ou blonde ou brune qui va généralement avec. Parfois on va même jouer au loto... pour dire à quoi on en est réduit à rêver mon épouse et moi-même... Et dans le laps de temps où nous attendons ensemble le moment du tirage nous nous mettons à délirer sur tout ce que nous pourrions faire de tout cet argent. Généralement elle a beaucoup plus d'idées que moi sur la manière dont nous pourrions dilapider ces sommes fantastiques. En ce qui me concerne je n'ai pas envie d'une nouvelle maison, d'une nouvelle bagnole, de nouvelles godasses, de tout ce qui serait nouveau d'ailleurs. Rien de tout cela ne m'attire de façon excessive. Ce qui signifie et c'est une bonne nouvelle, que ma vie telle qu'elle est me satisfait globalement. Bien sur l'idée de n'avoir plus à compter est séduisante de prime abord. Viens mon amour, partons dans les iles, allons donc au restaurant au lieu de polluer la cambuse de toutes ces odeurs de graillon, Bien sur ...ce serait formidable n'est ce pas. Mais dangereux aussi à mon avis. Serais je dans le même état d'esprit pour peindre ? Serais je dans la même sorte d'urgence ? Cette urgence à laquelle le pauvre type que je suis s'accroche pour ne pas quitter cette terre sans laisser quelque chose derrière lui, mise à part sa bêtise et son orgueil inouï ? Cette urgence d'exister, à survivre tout simplement. Les femmes ne sont pas toutes bêtes j'ai remarqué et elles se fichent la plupart du temps de ce type de préoccupation. Elles sont beaucoup plus pragmatiques. Sans doute parce qu'elles ont une relation privilégiée avec la vie puisqu'elles la donnent savent t'elles aussi la fragilité des choses, ce qui les inclinent à jouir bien plus franchement du moment présent. Et tant mieux si dans le moment présent elles peuvent dépenser de l'argent comme elles le veulent, sans compter. L'argent pour elles est une Energie qui doit ressembler à une sorte de bain de jouvence. En ce qui me concerne je prends des douches. C'est plus rapide, et ça ne fripe pas la peau des doigts. De plus c'est certainement plus économique. Je crois que le pire pour un looser s'est de s'apercevoir que ce qu'il appelait jusque là son intelligence est en fait la pire des conneries du point de vue des autres. C'est explorer la négation dans toute sa splendeur. Et pour être looser jusqu'au bout trouver toutes les circonstances atténuantes à l'autre, lui accorder tout le crédit possible pour renforcer plus encore ce point de vue. Je crois que j'ai toujours pratiquer comme ça dans ma vie. Comme si je n'avais choisi toujours d'être instruit sur mes défauts, mon impuissance que par la bouche de mes proches. Comme si finalement ces proches faisaient office de conscience dont je suis presque totalement dépourvu, baignant comme je ne cesse jamais de le faire dans l'inconscience permanente. Cependant personne n'est parvenu à me changer. Je suis toujours le même contre vent et marée. Je résiste en donnant raison absolument à tout à chacun mais en continuant malgré tout mon petit bonhomme de chemin. Mais revenons à l'argent, à ce point de vue sur l'argent. Et aussi à ce confort de n'en pas posséder qui me place perpétuellement dans une sensation de survie. Survivre plutôt que vivre cela pourrait être la devise. Parce que le verbe vivre lorsque j'examine froidement ce qu'il représente pour la plupart des personnes que je connais cela ne représente pas grand chose pour moi. Je veux dire que je ne me sens pas capable de vivre comme eux surtout. Je me sens d'une vulnérabilité inouïe face à l'idée de vivre "pour rien" c'est à dire en suivant simplement le mouvement, sans y penser. Bien sur personne n'avouera qu'il vit "pour rien". Tout à chacun se donnera si on lui demande de bonnes raisons, comme par exemple élever ses enfants, être présent et ponctuel dans son job, payer rubis sur l'ongle ses dettes, aller voter à chaque fois que l'on y est convié etc etc. Vivre normalement quoi sans emmerder personne de préférence et en attendant la même chose en retour évidemment. Je crois qu'en plus d'être un looser je dois aussi cumuler le rôle d'emmerdeur contre ma volonté. Le seul fait de douter est déjà une provocation, presque une insulte à la normalité désormais. Je me rappelle d'une phrase que Kafka écrivait dans son journal et qui disait que chaque jour une phrase devait pointer sur une des failles qu'il éprouvait entre le monde et lui-même. Et il ajoutait que le monde aurait toujours raison que c'était le monde qui devait inexorablement gagner bien plus que lui Franz Kafka. Elle m'a toujours paru tellement juste cette phrase sans que je ne prenne le temps d'analyser vraiment son pourquoi. D'une façon intuitive je sais pertinemment qu'il faut que le monde ait raison, qu'il a toujours raison face à l'individu seul, cette anomalie de notre époque moderne. Alors ce point de vue confortable de s'imaginer artiste, ou looser convaincu d'une façon encore orgueilleuse, ce point de vue ne peut évidemment pas tenir devant le monde. Il faut vous décomplexer du porte monnaie mon bon ami ! Au mieux il sera ridicule, au pire la plupart resteront indifférents à ce point de vue. Sauf peut-être quelques adolescents effrayés justement par leur entrée dans l'âge adulte, parce qu'ils pressentent déjà du monde, ou des adultes attardés comme vous et moi. Parfois aussi la vérité est dure à dire mais je suis tout à fait semblable à ce Picsou nageant dans son pognon jusqu'à plus soif. Sauf que ce n'est pas de l'or dans lequel je m'ébroue, mais une accumulation de richesses incalculable dont non seulement je ne sais que faire mais dont en outre je me sens tout à fait capable de tuer pour qu'on ne m'en ôte pas la plus infime partie. Ce qui me conduit au bout du compte à penser que si je mets si peu d'entrain à vendre mon travail c'est que je ne veux surtout pas le vendre. Il peut parfois m'arriver de le céder avec difficultés contre un chèque , parce que je veux bien de temps en temps jouer le jeu, vivre comme on dit. Mais au fond de moi je ne peux plus me leurrer : cette transaction créer des ravages fantastiques, un peu comme si on m'amputait d'une part d'âme ... Tu écris encore tes bêtises me dit mon épouse en passant devant mon bureau en pleine nuit, tu ferais mieux d'aller dormir. Et elle a encore raison bien sur.|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Fragment
J'ai découvert l'option "lecteur" de Wordpress... pourtant c'était sous mon nez comme d'habitude. Bref, je visite, je saute, je m'arrête, de blog en blog. Et puis en même temps je pense au zapping puis à la notion de fragment. Je m'aperçois que l'utilisation du fragment dans la photographie comme dans la poésie m'enchante. Cela me rappelle ce que je faisais moi-même lorsque j'allais me promener avec mon vieux Leica. Ce qui m'intéressait alors n'intéressait personne. A cette époque il fallait que l'histoire soit évidente, que la photographie raconte quelque chose. Sans doute que ça n'a pas changé. Mais on a besoin de moins d'éléments désormais pour se construire sa propre histoire, grâce à tous ces fragments. C'est devenu comme un nouveau langage que de plus en plus de personnes parlent ou comprennent.|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Lettre aux menteurs
J'ai attendu longtemps avant de pouvoir l'écrire cette lettre. Le temps nécessaire qu'il faut pour éprouver la différence entre se persuader et être débarrasser du doute. Peut-être n'est t'elle encore qu'un brouillon, une esquisse, au moment même où je la commence je n'en sais fichtre rien, mais je sais qu'au delà des pensées quelque chose me pousse vers la surprise, l'aventure et voyez vous c'est ce qui me plaît le plus dans cette vie. C'est la seule tactique que j'ai trouvée pour contrer l'ennui pesant des certitudes. Bien sur vous vous direz que je me l'écris à moi-même en premier lieu. Vous ne vous répertorierez pas dans la catégorie des menteurs, vous vous tiendriez à l'écart un peu comme ces voyeurs qui dans leur désœuvrement ne cherchent qu'à glaner quelques informations croustillantes, quelques ragots afin de déjouer le silence primordial qui réside entre les êtres. C'est avant tout parce que vous serez persuadés de ne pas être menteur et ce faisant évidemment vous en êtes déjà une ou un. Je ne parle pas seulement du mensonge conscient, celui que l'on fomente pour tromper l'autre, je parle de tous ces mensonges que l'on ne cesse de ressasser en soi-même pour s'inventer à la face du monde comme de la notre. L'art de la persuasion sera sans doute celui du 21 ème siècle. J'aimerais bien pouvoir le sauter ce siècle pour apercevoir déjà le suivant qui sera certainement plus serein, plus ludique, plus inventif que tout ce que nous aurons eu à traverser pour y parvenir. Je ne dirai pas qu'il sera plus spirituel parce que ce mot est attaché à tout un carcan de religiosité qui ne sert encore qu'à tromper le chaland. L'église a depuis toujours été du coté des empêcheurs de tourner en rond, parce qu'elle ne comprend absolument rien aux vertus de la danse et de la transe. Parce que le profit depuis belle lurette guide le monde comme un vecteur, emportant tout en ligne droite. Cette ligne droite qui comme vous ne le savez peut-être pas est la seule direction que peuvent prendre les démons. C'est d'un éblouissement dont je voudrais aussi vous parler dans cette lettre. De cette lumière prodigieuse qui semble provenir d'un autre monde mais qui, à bien y réfléchir, est la seule vraie lumière rendant caduque toutes les autres en lesquelles on se sera éclairé pour voir. Tous ces voiles qui soudain s'évanouissent pour la laisser enfin passer telle qu'elle a toujours été. C'est en me rendant dans l'Allier en revenant de vacances que l'idée de cette lettre m'est revenue. Cela fait si longtemps que je la tiens au fond de moi comme un oiseau couve sa portée... J'ai poussé les grilles du cimetière là bas pour me rendre sur le caveau familial. J'ai vu la mousse sur le granit et j'allais laisser les choses ainsi quand mon épouse a dit : on va nettoyer. Nous sommes revenu à la voiture pour chercher une éponge et du produit à vaisselle au fond d'un panier et nous avons passé une partie de la matinée sous un soleil de plomb à remettre à neuf la pierre tombale. Puis une fois la chose faite, j'ai éprouvé l'envie de me promener un peu dans les allées, curieux de voir si je ne connaissais pas les noms inscrits en lettres d'or. La claque ! Je n'avais pas assez de doigts aux mains pour compter tous ceux que j'avais autrefois connus, camarades et amoureuses, imaginaires et réelles. Tout un contingent de défuntes et de défunts venus au jour en 60 et pour la plupart décédés depuis plus de 10 ans. J'ai voulu chasser cette impression abjecte de prime abord qui me réjouissait secrètement d'être toujours en vie. Un peu comme ces survivants d'attentats qui se sentent coupables d'en réchapper et dont la culpabilité semble directement provenir de la jouissance indicible de s'en être sorti indemne. Et puis merde ai je pensé quelle chance j'ai finalement ! Je suis là au grand air sous le soleil vais je encore m'en plaindre ? Je suis revenu en sifflotant pour remplir un gros bidon d'eau fraiche à la fontaine et arroser la pierre tombale. Je me suis souvenu de quelques bons moments passés et repoussant volontairement, courageusement tous les sales quart d'heures. Il ne servait plus à grand chose de conserver rancune, colère de tenir rigueur. Tout avait fondu comme par magie en quelques instants comme la mousse qui désormais disparaissait dans l'évacuation du caniveau. C'est là que j'ai compris aussi tous les mensonges que j'avais inventés pour vivre. C'est à cet instant là que l'éblouissement est advenu. En même temps que l'émotion insoutenable écartait mes cotes libérait mes poumons faisait cogner mon palpitant. J'ai pleuré je n'ai pu me retenir. Mais ce n'était pas sur moi cette fois ci. C'était sur le monde probablement, du moins s'il faut trouver un mot. J'ai refermé les grilles soigneusement et puis nous sommes reparti c'était l'heure du déjeuner et nous avions faim. Il y a souvent des choses bien plus importantes à faire dans la vie que d'écrire des lettres de toutes manières. dessin inachevé|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Un autre rêve
Toutes ces peines, ces chagrins, ces désirs, un essaim incessant qui bourdonne gentiment dans la nuit. Une richesse qui se brasse toute seule au tout dedans d'un regard avare. Un ivrogne avide de conserver toute sa soif. Une constipation à n'en plus finir. On voudrait tout garder encore et encore, ne rien lâcher. S'y vautrer par confort face à l'inquiétude du rien. Ressasser, en rajouter des couches, encore et encore et des questions et des et si. Une abondance stupéfiante et toxique qui abolit l'espace et le temps. Suffirait de faire un pas de côté pour sentir le froid grimper. Glacé par ce face à face, on voudrait bien mais on ne peut point. On ne peut pas et on se réfugie vite fait dans le fameux c'est plus fort que moi. On ne peut point on n'est que ligne. Mais quand même on retente, on s'accroche, l'évasion fait rêver. Imagine un autre rêve que celui-ci. Peut-être une autre chance, une page blanche. Mais que dit la mort sinon ce que l'on sait déjà encore et encore. Epuise tout ça mon petit gars, épuise. Epuise encore et tu verras. Un peu comme Pavese mal compris "La mort viendra et elle aura tes yeux." Je m'attendais à une amante, un genre de bombe qui ferait tout exploser qui réduirait tout ça en poudre pour toujours En poussière d'étoile, en origine. Je n'ai vu au final qu'un voile orange. Le chirurgien tombe à point nommé , me débarrasse gentiment de mes vieux cristallins. Changer de vision ce n'est pas rien Mais l'habitude est reine, le confort de la peine est roi. Pour un clin d'œil de joie on paie ici des millénaires de chagrins. C'est le prix, c'est sans doute ce que ça vaut. On serait bien foutu d'en abuser je me connais. Se ruer vers la joie pour échapper à soi. Se barrer à l'anglaise encore une fois. Mais n'as tu pas du tout de rêve ? Bien sur j'en ai plein mais rien que des ne servant à rien. Rêver à rien c'est tout de même quelque chose c'est comme des coups d'épée dans l'eau ça ne fait rien à l'eau ça dit juste que t'as une épée dont tu ne sais pas quoi foutre Tu ne l'emporteras pas au paradis mon petit gars ah ça non. Pour t'en débarrasser juste un enfer à traverser. Et puis maintenant nu comme un ver vas-y Parle moi donc de cet autre rêve je plongerais le nez dans ton haleine de bébé j'écouterais ton silence et si tout se passe bien, alors je serais apaisé. Dessin sur logiciel Procreate Patrick Blanchon 2021|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Excitation et apaisement
Il a fallu du temps pour que je parvienne enfin à renoncer à tout effort. Cet effort pour s'exciter, cet effort pour s'apaiser. Dans le fond des choses y en a t'il d'autres ? Le pire est que je ne savais même pas que je faisais un effort à chaque fois. Impossible de dire comment . Juste que le temps est important. Le reste demanderait des efforts inutiles. Il ne reste tout au plus qu'un peu de nostalgie et d'espoir, un tout petit amalgame. Une gratuité. Un cadeau que l'on ne se sent pas tenu de rembourser. Ocre et bleu Huile sur toile 60x60 cm Patrick Blanchon 2020|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Le taureau qui pète
Quand j'étais jeunot j'habitais dans une chambre de bonne, au 7ème d'un immeuble cossu, sis Place de la Bastille. Au troisième logeait la famille Laraison, dont le père était le directeur de la Banque de France. Le tapis rouge que l'on pouvait voir dès le rez de chaussée s'arrêtait à leur étage mystérieusement. Sans doute eut on installé un ascenseur qu'il n'eut pas été plus haut non plus. Lorsque je descendais de mon 7ème quatre à quatre, je les croisais parfois. Monsieur Laraison était un homme de taille moyenne, ni gros ni maigre, vêtu de gris. Sa femme semblait fort attachée à lui car elle se cachait toujours derrière jusqu'à devenir son ombre exacte lorsque je passais devant eux en leur glissant un "bonjour" feutré. Quant à leurs marmots, ils étaient joufflus avec des regards en biais qui n'inspiraient aucune sorte de compassion pour le jeune homme que j'étais. Le mardi les Laraison recevaient. Leurs invités arrivaient vers 20 h et souvent comme je remontais vers ma piaule à cette heure là je découvrais dans l'escalier des fragrances de parfums inconnus. Puis lorsque je parvenais au 3ème je collais l'oreille contre leur porte et j'entendais des rires et des exclamations tranquilles comme ont l'art d'en produire les bons bourgeois de cette ville. J'en parlais à Pauline une fois que nous avions fait l'amour en guise de dîner et nous en riions en les imaginant festoyant autour de leur belle nappe blanche, s'agrippant à leurs verres en cristal de bohème, remplis de Toquay. Imagine si l'un d'entre eux soudain est victime d'une flatulence ou d'une éructation intempestive... imagine cette bonne madame Laraison en train de péter entre le hors d'Œuvre et la truite saumonnée... Nous riions et cela était bon, mon Dieu que c'était bon. Cela nous rassurait aussi de les imaginer humains au bout du compte, du moins nous l'espérions comme on espère à 20 ans. Le jour où j'ai perdu Pauline, j'ai laissé la piaule et je me suis barré de la Bastille. J'ai perdu de vue les Laraison aussi par dessus le marché. Parfois comme aujourd'hui ça m'arrive d'y repenser, je colle mon oreille à la porte de mes souvenirs, je revois Pauline et son corps éblouissant et puis j'entends un pet sonore soudain qui monte d'un 3ème pour fendre l'air. Et je me mets à rire, à rire, mon Dieu comme c'est bon ! Je me suis mis à penser à ça en voyant une œuvre de l'artiste Chinois Chen Wenling " Le taureau qui pète". En fait le vrai titre de cette œuvre est "What You see Might Not Be Real" en français :ce que vous voyez pourrait ne pas être réel. D'après les critiques il s'agit en fait d'une critique originale de la crise financière mondiale actuelle. Elle mets en scène un taureau qui représente Wall Street, propulsé par un pet surpuissant, et écrasant contre un mur un personnage mi-homme mi-démon qui n'est autre que Bernie Madoff, le plus grand escroc de l'histoire de la finance. Le taureau qui pète "What You see Might Not Be Real" Chen Wenling|couper{180}
Carnets | Purgatoire
La potion magique pour artiste
En cette fin d'année, j'ai fouillé dans mes vieux grimoires pour retrouver la vieille formule d'une potion magique. Le temps et les intempéries dues aux nombreux déménagements ont un peu abimé les pages, j'ai essayé de combler les trous, et puis je l'ai testée cette potion. Bon elle n'est peut-être "magique" que pour moi. Du coup pour voir, j'ai envie de la partager, dans une émission de podcast Si tu ne l'as pas encore fait du peux même t'abonner pour recevoir les prochaines notifications, en attendant je te souhaite le meilleur en cette fin d' année un peu étrange qu'est 2020. https://youtu.be/CwIiJspsI3I|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Résistance à la figure
C'est venu comme ça, sans vraiment qu'il y fasse attention. Harold est peintre et depuis des années il peint des visages, des paysages, des pots de toutes sortes. Ça marche assez bien, et il arrive à les faire vivre, son épouse et lui, avec des ventes de tableaux régulières. Au bout de quelques années, il est parvenu à se constituer une clientèle fidèle à qui il envoie des emails pour proposer chaque fois une nouvelle toile, une nouvelle collection. Mais depuis quelques mois, il se lasse de cette routine sans savoir pourquoi. Dans quelques jours, il va avoir 50 ans et, lorsqu'il regarde en arrière, il ne voit que cette longue cohorte de peintures qui, au bout du compte, tient plus de l'ordre de la déco que de la vraie peinture. Cette vraie peinture qui l’obsédait dans sa jeunesse quand il se trouvait face à une toile de Rothko ou de Pollock, et qu'il avait laissée tomber parce que ça n’intéressait que peu de personnes. Il ne gagnait pas sa vie avec ce qu'il appelait la vraie peinture. Et puis le printemps est arrivé, et quelque chose dans l'air, comme une profonde nostalgie, s'est soudain emparé de lui. Il a commencé, sur un bout de table, à réaliser de tout petits tableaux à l'aquarelle sur papier. Des choses sans réfléchir, bordéliques, avec quelques rehauts à l'encre de Chine. C'est comme ça qu'il est entré doucement, sans s'en apercevoir vraiment, en résistance contre une chose assez vague qu'il ne supporte plus. Au bout de quelques jours, il a accumulé une trentaine de petits formats qu'il a étalés sur la grande table de son atelier. Il éprouve une affection particulière pour ces ébauches — il ne peut pas appeler ça autrement. En même temps, il a l'impression de retrouver ses 20 ans, et ça lui fait un drôle d'effet. Comme si le fait de s'être lâché avait eu le pouvoir d'abolir toutes ces années d'application, et surtout ce personnage de peintre qui ne lui convient pas, il s'en rend compte. Ce gars-là, ce n’est pas moi, se dit-il. Je suis rentré dans sa peau un beau jour, mais ce n’est pas moi. Pas possible. C'est comme cela qu'un jour Harold est entré en résistance, sur le tard. Est-ce à cause du printemps, de l'âge, de la fatigue, d'une nostalgie de sa jeunesse ? Il ne le sait pas vraiment. Peut-être un mélange de tout cela. Ce qu'il sait, en revanche, c'est qu'il se sent terriblement bien à peindre des choses qui ne représentent rien de spécial. Il a juste l'impression d'avoir retrouvé un amour de jeunesse perdu depuis des années. Tant pis si ça ne se vend pas, se dit-il. C'est juste ce que j’ai envie de faire désormais, pour retrouver ma vie. Et cela vaut bien tout l’or du monde. Ils habitent une maison de ville, Jane et lui, située dans une petite rue à sens unique. C’est un coin tranquille, il n’y a pas à se plaindre. Le seul souci, c’est lorsque il pleut et que les véhicules passent à vive allure devant chez eux. À ce moment-là, c’est régulier : l’eau projetée par les voitures et les camions s’infiltre sous leur porte d’entrée et inonde l’entrée. Cela fait plusieurs fois qu’ils ont appelé la voirie. Des travaux timides ont été effectués, mais le problème d’inondation régulière subsiste. Il y a un an de ça, Harold avait décroché son téléphone pour appeler le fameux service, et il était resté poli, comme toujours. Jane bouillait littéralement à côté de lui pendant le coup de fil. -- Tu es vraiment trop gentil, lui avait-elle jeté. Tu veux que je te ressorte la feuille d’impôts pour te montrer tout ce que nous payons chaque année ? Et c’est vrai qu’ils payaient une vraie fortune chaque année pour le foncier. Le village où ils vivent avait traversé des périodes florissantes il y a bien des années, du temps où les usines du coin tournaient à bonne allure. Mais ce n’était plus le cas. Il suffisait seulement d’être propriétaire dans le coin pour se faire copieusement étriller. Justement, il commence à pleuvoir à nouveau. La météo l’avait prévu : il va tomber en vingt-quatre heures autant d’eau que durant un mois normal. Quand l’eau a commencé à s’infiltrer sous leur porte d’entrée, ce coup-là, Harold a tout de suite pris son téléphone pour appeler la voirie. Et il s’est mis à se foutre en boule copieusement dès que l’opératrice a décroché. Ça lui faisait un bien fou, exactement comme ne plus peindre ses pots et ses paysages à la con. -- Et puisque c’est ainsi, acheva-t-il au summum de la rage — qu’il était toujours étonné de constater en lui ce faisant — il déclara : Vous pouvez aller vous faire foutre pour vos impôts fonciers, je n’en paierai pas un seul cent cette année. Et si vous devez me foutre en taule, faites-le ! Puis il raccrocha. Quelques heures après, il faisait beau temps à nouveau et il se mit à siffloter en prenant une grande toile qu’il accrocha au mur, en lançant sur elle des seaux de peinture. Harold se dit qu’il était en résistance, définitivement, contre quelque chose d’important. Même si, là tout de suite, il ne savait pas ce que c’était. Ce n’était pas grave. L’énergie que cette résistance lui offrait valait bien toutes les explications du monde. un autoportrait camouflé écrit à un moment où tu n'osais pas encore dire "je".|couper{180}
Carnets | Purgatoire
100 abonnés
Je viens de recevoir une médaille de la part de WordPress pour avoir franchi la barre des 100 abonnés. Bon. Je me sens obligé de remercier toutes les personnes qui me suivent tout en précisant que ce n'est pas forcément parce qu'elles se seront abonnées à ce blog que cela m'engagera à lire tout ce qu'elles publient ou publieront. D'abord parce que je n'ai pas le temps. Et puis qu'au final ce système de like me bassine comme tout un tas de choses d'ailleurs qui me sautent aux yeux sur les réseaux sociaux en général. De plus j'ai le sentiment que ces like sont souvent déposés rapidement sans même avoir lu les textes ... alors à quoi donc cela sert-il ? mystère et boule de gomme. Donc merci WordPress pour ta médaille, merci à ceux qui me suivent et qui me "like" en toute sincérité et pour les autres ma foi je ne sais guère quoi leur dire de plus sinon bonne journée parce que dans le fond je ne suis pas chien.|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Today ...pas grand chose à dire de plus.
https://youtu.be/LWjY2hyczqc|couper{180}
Carnets | Purgatoire
Oublier l’éveil.
Il fallait que Cheng trace quatre ou cinq traits à l’encre pour se sentir éveillé. Ensuite, une tasse de thé noir sans sucre. Dans sa masure, aucun luxe. Cheng n’était pas pauvre. Peintre lettré, ses peintures suffisaient à ses maigres besoins. Il avait dépassé la soixantaine. Il restait modeste. Il attendait encore l’essentiel, sans l’attendre. Il s’en remettait à la discipline : une attention sans faille à de minuscules gestes. Dès qu’il quittait sa natte, il s’asseyait à la table devant la fenêtre qui donnait sur la vallée. Il fermait les yeux, respirait, trempait le pinceau dans l’encre, et laissait la main suivre son mouvement, emportée par l’expiration. Quatre ou cinq traits, réalisés avec la plus grande concentration. Sentir la feuille bruisser, entendre les cris d’oiseaux, le poids des pattes des fourmis sur le plancher. Être mêlé à ces premiers instants donnait à ses gestes une solennité burlesque pour tout observateur. Chaque matin, Cheng s’enfonçait dans la discipline de ces traits. Oublier l’éveil. Entrer dans la feuille blanche. "Écrit en 2019. J'enseignais encore la peinture à des adultes. La plupart venaient en touristes, cherchaient un bon moment, une activité du mercredi. Moi je portais encore une exigence sur ce qu'était transmettre la peinture. Ce texte était un refuge : me projeter dans la figure du peintre lettré chinois, loin des ateliers du mercredi, loin de l'obligation de résultat. Une façon de me rappeler pourquoi je faisais ça. Le camouflage oriental était sans doute grossier, mais nécessaire à l'époque."|couper{180}
Carnets | Purgatoire
L’insupportable
Depuis l'école il est là et on nous apprend à le supporter avec de mauvais points, des claques, des coups de règle sur les doigts ce qui provoque par résignation l'habitude. Puis c'est l'entrée à l'usine, au bureau et il faut bien s'y faire aussi., l'atmosphère souvent lugubre des petits matins , la cohue des transports en commun , les coups de gueule des petits chefs , la transparence que nous opposons aux rêves des filles qui voudraient du solide et du sécurisant. Nous passons notre vie toute entière à supporter l'insupportable par oubli, par fatigue, par lassitude et à quoi bon . Il faut parfois un choc, une déflagration énorme pour que nous nous réveillions et le retrouvions intact tel qu'il a toujours été dans le fond. Il faut des tours qui s'effondrent, des salles de concert jonchées de cadavres, quelque chose de si extraordinairement monstrueux pour qu'on se dise merde rien n'a changé et c'est bien horrible de tout prendre en pleine figure à nouveau. Et puis les jours filent et on replonge dans le quotidien et l'on oublie à nouveau, on se range convenablement dans les files d'attente, on évite d'égorger les gens, on paie ses impôts et on vote contre un tel ou une telle plutôt que d’espérer vraiment que le candidat élu sorte véritablement du lot. On lit ensuite tous les scandales et on s'offusque collectivement de s'être une fois de plus fait berné comme si c'était la première fois. Puis on oublie à nouveau , le quotidien, et on se prépare à revoter encore et encore . Pourtant la vie nécessite ce combat permanent et de front contre l'insupportable , pas la peine d'attendre la guerre ou l'attentat pour s'y mettre. Il me semble qu'une vigilance animale devrait être apprise dés le plus jeune age pour s'opposer à l'insupportable. Pour cela il faudrait que l'école ne soit plus ce qu'elle est, que le monde ne soit plus celui ci ni les usines, ni les bureaux, où nous passons notre temps à esquiver la vie comme l'insupportable.|couper{180}