3 avril 2026
J’écris la date du jour. Mais avant cela j’ouvre le carnet posé sur la table et comme je ne sais pas quoi écrire j’écris la date du jour. Le matin même je suis entré dans cette librairie, j’avais envie d’acheter un carnet et un feutre fin. C’est ce que j’ai fait. Il y avait déjà plusieurs jours que j’avais cette envie. Je la conservais comme une sorte de poire pour la soif. Je ne sais plus si je suis en train de parler de mon envie ou de ce carnet sur lequel je n’ai pu écrire que la date du jour avec le feutre fin.
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Avant d’entrer dans la librairie pour m’équiper de ce carnet et de ce feutre fin, peut-être que le souvenir de la feuille volante et de ce qui était écrit dessus me perturbait sans que je ne le sache. J’avais la sensation d’une perte mais je ne savais pas précisément ce que c’était et le souvenir de poèmes écrits jadis sur des feuilles volantes semblait boucher ce trou. Ce n’était pas forcément la bonne pièce du puzzle. Peut-être que je force un peu pour adapter la pièce à l’emplacement de la perte dans le puzzle.
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Je n’ai pas le souci du talent quand j’écris des poésies, comme je n’ai pas le souci d’être artiste quand je peins des bonshommes à la gouache en m’en flanquant plein les doigts. J’écris des poésies comme je dis bonjour aux gens que je croise dans la rue, dans mon village du Bourbonnais. Mon père dit que je ne devrais pas dire bonjour aux inconnus. Ça me freine beaucoup parce que je pensais que c’était naturel.
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Je ne sais pas si mon père a raison ou tort mais comme c’est mon père je finis par accepter qu’il a raison. Je ne suis pas vraiment d’accord avec lui sur ce point, mais je fais semblant de croire à l’époque qu’il a raison. Donc quand je rencontre des inconnus désormais je me tais. Ce qui, je crois, augmente le nombre de poésies que j’écris sur des feuilles volantes.
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juché tout en haut de mon vieux cerisier je mange des cerises d’un rouge presque noir. j’en suce longtemps le noyau avant de redescendre à terre.
