Autofiction et Introspection
Habiter n’est pas impossible, mais c’est un vrai problème pour le narrateur. Il occupe des lieux sans jamais vraiment y entrer. Maison, atelier, villes traversées : ils existent, mais restent comme à distance. Il imagine que peindre ou écrire l’aidera à habiter autrement, à investir un espace intérieur qui compenserait l’absence d’ancrage. Mais cela demeure du côté du fantasme. Le réel, lui, continue de glisser, indifférent.
C’est de ce décalage que naissent ces fragments. Écrire pour traverser l’évidence, pour examiner ce qui ne s’examine pas. Écrire comme tentative d’habiter, sans garantie d’y parvenir.
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Carnets | octobre 2023
1er octobre-2
Aujourd’hui, nous avons écrit un texte. Ensemble. En nous glissant dans ce "nous" qui n’est ni tout à fait toi, ni tout à fait moi. Nous en sommes ressortis hébétés, émus, haletants. Comme après l’amour, oui — ce mélange d’extase et d’étrange solitude. Heureux. Et un peu tristes. Car nous savons que cela ne durera pas. Que ce moment de fusion, ce chœur, s’efface dès qu’on le nomme. Autrefois, le chœur tragique n’était pas là pour décorer. Il portait la plainte du monde, il liait les vivants aux morts. Aujourd’hui encore, nous l’entendons — sourdement — chaque fois que le "je" se dissout dans le "nous". sous-conversation — C’était bon, non ? Trop bon peut-être… un peu suspect. — Et cette joie bizarre, cette fatigue… pourquoi maintenant ? — On a dit "nous", mais est-ce qu’on sait encore ce que c’est ? — Ils étaient plusieurs… oui, mais qui parlait ? — Le chœur… tu as vu, tu l’as glissé là, comme si de rien… — Une blague ? Une vérité ? — Tu veux être tragique, c’est ça ? Mais juste un peu. Ironique, pas pathétique. — Et si ce "nous" revenait demain ? Est-ce qu’on oserait encore ? note de travail Aujourd’hui, ils ont écrit. Ensemble. Ou plutôt, ils ont tenté d’habiter ce "nous" collectif, cette fiction communautaire fragile. À la lecture, je perçois un soulagement euphorique, suivi d’un creux. Une post-coïtale mélancolie. Ce n’est pas l’acte qui les trouble, mais ce qu’il révèle : leur capacité — ou incapacité — à se fondre sans se perdre. Et ce chœur évoqué… c’est lui le vrai patient, peut-être. L’archaïque voix partagée, qu’on relègue au passé en affectant d’en rire : "pas là pour des prunes". Formule défensive, tentative de distanciation. Comme pour dire : nous savons, mais n’y croyons plus. Je me demande si ce texte ne signe pas un retour du désir de voix commune, de fusion maîtrisée. Une tentative d’écriture chorale comme contre-feu à l’isolement du "je". L’après-amour du texte est aussi l’avant-solitude du lendemain. C’est un progrès, à sa manière. Une mise en scène de l’ambivalence nécessaire.|couper{180}
Carnets | octobre 2023
1er octobre 2023
Qu’est-ce que je sais de la distance, sinon qu’elle cisaille l’espace et le temps comme une lame invisible, séparant pour mieux relier, déchirant parfois l’unité fragile d’un être entre l’ici et le là-bas. Je sais qu’elle est une fiction – nécessaire, imposée. Comme le nombre qu’on calcule sans comprendre. Je sais qu’elle s’approche parfois, travestie en joie ou en douleur, puis s’éloigne dans le brouillard, laissant derrière elle une promesse vague, une éclaircie ou son simulacre. Les clairières, dit-on, nous éclairent ; mais c’est qu’on oublie les arbres tombés pour qu’elles apparaissent. Tant qu’on regarde la ligne d’arrivée, la distance reste impénétrable. C’est dans la marche, non dans le but, qu’elle se laisse entrevoir – ou jamais. Microscopiques ou infinies, elles se valent. Il arrive qu’un centimètre, un souffle, soit infranchissable – le tremblement d’un corps vers un autre, l’empathie hésitante comme une reine de Saba sur le seuil d’un royaume. Et puis, l’oubli. Celui des longues traversées – mille déserts de silence entre le Yémen et Jérusalem. Le regard de Salomon s’échappe, se perd. Balkis papillonne, paupière close sur un œil d’ombre. Un juste regarde, vacille, s’abandonne aux pollens, à l’ivresse du presque-contact. Enfin. Mais à mesure qu’on s’approche, l’horizon recule – comme s’il fuyait d’être vu. Une ville-tentacule recrée sans cesse les distances. Avenues, impasses, silhouettes fantomatiques à contre-jour. Plus de visages, plus de noms. Juste l’éloignement. Depuis la Renaissance, on nous a appris à voir en perspective. À hiérarchiser les plans. À obéir aux profondeurs imposées. Ainsi le pouvoir se dessine : du pape à l’émir, du baron au caïd. Toujours en haut, toujours loin. Mais moi ? Moi, je ne sais rien de la distance, sauf ce que j’en ressens – l’éloignement vécu, le vide entre les êtres, les choses, l’univers. Tout ce qu’on m’en a dit ne m’a servi qu’à vouloir l’abolir. Par orgueil, par désespoir, par désir d’un amour sans bornes. Un amour qui s’échappe, glisse même entre les lèvres ignorantes. Et ressort nu, pauvre, abîmé par le mensonge du savoir. La distance, outil du pouvoir. Calculée, entretenue. On prétend qu’il y a un point A et un point B. Mais non. Il n’y a qu’un point, nié, dissimulé à lui-même. Les miniatures persanes le savent. Sans ombres, sans fuite. Tout est là, sans profondeur. Présent. Irréductible. Et pourtant, ce peuple d’images plates ploie sous le joug. Une tyrannie qui nous renvoie, comme dans un miroir trop net, à nos propres mascarades démocratiques. Nous rions des monstres lointains. Pour ne pas voir ceux qui nous gouvernent. Dictature : ce mot grossier, ce masque utile. Souviens-t’en. À tout prix. sous-conversation — …Mais cette distance, là… elle… elle est là, non ? Ou c’est moi ? Est-ce que je m’invente ce mur… ? — Tu dis "elle sépare", mais c’est peut-être toi. Toi qui… retires, retires sans fin. — Ce n’est pas… ce n’est pas un savoir. Non. C’est un sentiment. Une… une arrête dans la gorge. — Et ce désir d’abolir… ? N’est-ce pas déjà une fuite ? — Miniatures persanes… tu préfères ce qui n’a pas d’ombre. Ce qui ne menace pas… ce qui… ce qui ne te dépasse pas. — Regarde-les, ces tyrans. Tu les dresses en caricatures, mais… qui ris-tu, vraiment ? — Est-ce que tu veux encore toucher ? Est-ce que tu crois encore que l’empathie… que l’amour… ? — Reine de Saba… ha. Reine de nulle part, surtout. — Et pourtant, tu continues d’écrire. Tu continues de frôler. Note de travail , 11h47. Sujet silencieux, regard oblique, propose un texte à lire en guise de parole. Je le lis donc. C’est un texte sur la distance – ou plutôt sur l’impossibilité de s’en accommoder. Une tentative d'épuisement du concept, comme si le fait de le nommer, de le décliner, pouvait en annuler la morsure. Cela me frappe : il ne s’agit pas ici de comprendre la distance, mais de la dissoudre. Beaucoup de figures bibliques : Salomon, Balkis, Jérusalem… Des allusions aux miniatures persanes, aux perspectives abolies. Un imaginaire sans profondeur, sans fuite. Une tentative, peut-être, de reconquérir le plan, le plat, l’immédiat. Le sujet ne supporte pas l’éloignement : il le vit comme un mensonge, une trahison, une stratégie du pouvoir. Il y a un trauma diffus : le sentiment que toute tentative de lien est sabotée par le monde lui-même. Un fantasme d’unité originelle, d’un contact sans distance – infantile, peut-être. J’observe l’insistance sur "ce qui glisse entre les lèvres de l’ignorance" : métaphore troublante. Quelque chose veut parler, sortir, mais se perd dans la formulation. La vérité ne parvient pas à naître, ou naît déjà faussée. Le sujet souffre d’une forme de connaissance empoisonnée. Diagnostic ? Une névrose à tendance mélancolique, peut-être, mais surtout une poétique du désajustement : la réalité est toujours trop lointaine, ou trop proche. Il faudra creuser. Lentement. Respecter l’écart.|couper{180}
Carnets | septembre 2023
Écrire, un Jeu de Reflets : Entre Dissociation et Présence
Écrire est une lutte intérieure, un dialogue entre les parts multiples de soi-même. C’est une exploration de l’ombre et de la lumière, un jeu de reflets où chaque mot trahit un peu plus la complexité de l’existence. Ce texte nous emmène dans une introspection sur l’acte même d’écrire, le mensonge du quotidien et l’impossible quête de la vérité.|couper{180}
Carnets | septembre 2023
Les Voix et les Mues : Entre Écoute et Positionnement
À partir de la lecture de Quignard, ce fragment s'aventure dans une exploration personnelle du malaise face aux voix aigües, la quête d'une identité artistique et la complexité du positionnement en art. C’est une plongée dans les méandres de la pensée et de la création, où se mêlent fatigue, introspection et une forme de rébellion contre les attentes du monde.|couper{180}
Carnets | septembre 2023
Le Temps, le Profit et l’Énergie du Vide
Face au temps qui file ou s'étire, le narrateur se débat avec l'envie de tout accomplir et le refus obstiné de se soumettre à la logique du profit. Entre douleurs physiques et existentielles, entre travail effréné et repos forcé, ces fragments racontent l'homme dans sa complexité : un être pris entre frénésie et refus, oscillant sans cesse entre action et contemplation.|couper{180}
Carnets | août 2023
07 août 2023
Sommes-nous conscients de notre propre attention ? Que vaut-elle sans une conscience réflexive qui inclut l’attention dans un vaste mouvement d’observation de soi ? À travers un regard critique sur la lecture, la littérature populaire et classique, et les dynamiques intérieures qui nous habitent, l'auteur nous propose une réflexion singulière et poétique sur l’importance que nous accordons à nos perceptions.|couper{180}
Carnets | août 2023
02 août 2023
Achever pour passer à autre chose : une idée simple, ancrée dans notre éducation, mais qui cache une illusion plus profonde. Ce texte méditatif nous invite à repenser notre rapport à l'achèvement, à l'inachevé et à la patience. Loin d’être une simple quête de contrôle, l’acte d'achever révèle notre incapacité à réellement changer ce qui nous entoure. L'inachevé persiste, et la clé se trouve peut-être dans l’acceptation.|couper{180}
Carnets | mai 2023
31052023
Une chose est importante quand on veut raconter des histoires, c'est de ne pas perdre le fil de celle-ci. Tous les menteurs savent le risque de se couper ainsi qu'il est d'usage d'employer ce mot. Mais si l'on utilise ce risque comme ressort de l'histoire, que se passe t'il ? Admettons un écrivain qui perd la mémoire de son histoire, qui du jour au lendemain ne se souvienne plus du nom de ses personnages, de leurs biographies fictives et qui passe son temps à tout modifier... non par malice bien sûr, mais parce qu'il ne peut faire autrement désormais. Comme en peinture le doute et l'hésitation provoqueraient un flop à coup sur. Donc c'est en assumant totalement cette perte de mémoire, en y allant à fond que ça risque d'être vraiment attrayant. En tous cas au moins pour celui qui écrira cette histoire. A part ça je suis passé à la clinique hier, quelques coups de laser dans chaque œil et un éblouissement fameux à la sortie. Heureusement, mon épouse m'a prêté ses lunettes de soleil. Il y avait un protocole à suivre avant l'opération que j'ai complètement zappé évidemment. Il fallait prendre une série de gouttes quelques jours avant et je fus penaud d'avouer au toubib que j'avais fait l'impasse. A un moment j'ai cru qu'il allait reporter le RDV au moins suivant. Mais non, restez là je reviens, il m'a flanqué des gouttes à lui dans chaque œil j'ai eu l'impression de passer un portail. tout est devenu supersensible, y compris les défaillances d'un spot du plafond que je n'avais pas remarquées auparavant. Ensuite une vingtaine de minutes d'attente pour laisser le temps à la pupille de se dilater et hop. Aucune douleur. Juste des éblouissements répétés. Fixez mon oreille gauche me disait le toubib... je ne voyais rien du tout, il fallait inventer, estimer une distance, une tête, une oreille et fixer l'œil sur cette création parfaitement imaginaire. "— juste un peu plus bas si vous pouviez" ajoutait-il parfois.|couper{180}
Carnets | mai 2023
Assemblage
Lire avec attention, mais en conservant du recul. Noter au fur et à mesure des groupes de mots qui paraissent déjà vus, bizarres, plats, comiques, illogiques. Et les mettre les uns derrière les autres à la queue leu leu. voir ensuite ce que ça fait. Grand mythe fondateur. Symbole de vie. Puissance magique. Dispensateur de bienfaits. Œuvre d'art comme telle. Savez-vous que. A travers. Vous apprendrez. Découvrez le lien. Découvrez enfin. Comment [...] pour mieux. Enregistrez ce produit. Partagez votre achat avec vos amis. A défaut de prétendre. Pour aller vers le réel. Les obstacles auxquels il se heurte. Dans le cadre de. Son vrai titre. Le garant du système. Conduire une politique. Représenter l'institution. A double-titre. Un organe de presse. Nombreux déplacements. Le côté professionnel. Inciter les citoyens. Lire la presse écrite. Corriger les inégalités. Un regard collectif. Nous ferons le nécessaire. Dans ce style qui le définit si bien. Un récit passionnant. Dont on ignore encore tant de choses. Accablé de chagrin. Il s'est retiré dans la solitude. Il commença à se dire qu'une nouvelle vie était possible. Retrouvant ses reflexes. Une tragique pollution. Protéger des malversations. En laissant courir les rumeurs. Une malédiction pèserait sur la ville. Une réalité objective. Commentaire autorisé et décryptage. Si l'on doit caractériser. Un angle mort. Un policier abat un jeune homme. Toute une population. Le contrôle au facies. Positiver le négatif. C'est une simple bavure. Un plan social. Une affaire de mœurs. La légitime défense. la tyrannie du politiquement correct. Un lynchage médiatique. Un quartier sensible. Coller à son époque. Des instances de médiation. La voix de son maître.|couper{180}
Carnets | mai 2023
Comme un jour de plus
Toujours le même exercice pour ceux qui suivent... Comme quoi… comme un cochon… comme un excentrique autour d’un axe taré… comme un jour sans pain… comme une moule claquée …. Comme trente-six chandelles…. Comme un coup de Sirocco… comme tu dis… comme elle est bien roulée celle-là… comme elle tu sais bien, machine … comme trois coups de cuillère à pot… comme un os dans le pâté… comme de l’électricité dans l’air … comme ça ne mange pas de pain… comme ce n’est pas pressé… comme il a dit le Môssieur… comme il est mignon le KIKI … comme chez vous, faites… comme nous l’avons écrit nous le faisons… comme des œufs au plat… comme une limande… comme un âne en rut… Comme si ça ne suffisait pas déjà… comme dans du beurre.. Comme un coq en pâte… comme papa dans maman… comme un blanc… comme un gros rouge qui tâche… comme un bourrin… comme une pédale… comme une danseuse… Comme un coup de trique… comme un rêve… comme un air de reviens-y… comme dans le temps… comme (à la guerre comme) … comme un seul homme… comme un troupeau de moutons… comme une frayeur… comme une étincelle…comme du pipi de chat… comme un gros blaireau… comme un castor… comme un ouragan… comme une andouille… comme une fleur… comme un poisson dans l’eau… comme une fausse note… comme un ange qui passe… comme un train qui peut en cacher un autre… comme type tu te poses là… comme on boit sans soif… comme on rit sans les yeux… comme on pleure des larmes de crocodile… comme se range des carrioles… comme on pète dans la soie… comme qui dirait… comme la lune pas le doigt… comme des oignons alignés… comme un petit vent frais… comme un gros coup de pompe… Comme elle est venue elle est repartie… Comme quoi j’avais bien raison… comme une cerise sur le gâteau… comme une parenthèse… comme une débandade… comme un coup de grisou.. Comme une maison ( gros ) … comme une chatte sur un toit brûlant… comme un film au ralenti… comme un film à l’accéléré… comme la mer et les poissons… comme du vent dans les voiles… comme un avion sans aile… comme une fourmi sans sucre… comme une mouche sans coche… comme un fleuve asséché … comme un lapin de la dernière couvée… comme un chien de ma chienne… comme une dent contre l’autre… comme un nez au milieu de la figure… comme des rats… comme des sardines… comme aux heures de pointe… Comme chien et chat… comme de l’eau de roche… Comme un mot de trop… Comme un aveu… comme un ciel de plomb… comme une plume… comme des pattes de mouche… comme un porc… comme une truie… comme un monstre… comme s’il fallait remettre encore ça… comme j’aurais voulu voir ça… Comme il perd rien pour attendre… comme une odeur de caoutchouc brûlé…comme ça pue … comme une crêpe… comme une orange… comme une pipe… comme une éclaircie… comme le bout du tunnel… comme un coup de trop… comme de la petite bière… comme une ville déserte… comme un coin paumé… comme un château de cartes… Comme des empreintes de doigt… comme une preuve par neuf… comme il fait chaud.. Comme il fait peur… comme il m’emmerde… comme il parle pour ne rien dire… comme il ne dira strictement rien… comme des veaux… comme un bœuf à l’abattoir… comme une flèche en plein cœur … comme une machine dans ma tête… comme il est beau mon légionnaire… comme le loup le renard et la belette…comme un air d’accordéon… comme une chanson de Mac Orlan… comme un poème de Prévert… comme une rue qui s’éveille… comme une grève de poubelle… comme une lettre à la poste… comme une marque sur le front… comme un juif, un noir, un arabe… comme un gland… comme une pute… comme un peu de rosée…Comme une petite pointe d’ail et de persil… comme un zeste de citron… comme c’est alambiqué ton truc mon biquet… comme elle nous bassine… comme elle nous retourne… comme elle nous achève… comme elle suce… comme elle fait les cent pas… comme elle fait le trottoir… comme il est con comme un balai… comme quoi déjà ?… Comme un cochon ! Comme l’occasion fait le larron… comme un air de fandango…comme un loir… comme une grue… comme une poule… comme un pou… comme des animaux… comme dans une bauge… comme un asticot… comme le ver dans la pomme… comme une roue voilée… comme une trace de freinage… comme un oubli… comme un pet de travers… comme un coup foireux… comme en quarante… comme au boxon… comme à l’école… Comme à la cantine… comme du papier à cigarette… comme une injonction… comme une résistance… comme un nœud dans la gorge… comme un truc dans le nez… comme un sale goût dans la bouche…comme des queues de pelles… comme un manche… comme une tête de pioche… comme un râteau… comme une initiation… comme une défaite cuisante… comme le passage sous les fourches caudines… comme un peu de rouge au front.. Comme un œil au beurre noir… comme une page arrachée… comme des signes néfastes… comme des routes qui ne se croisent jamais… comme un cerf qui brame… comme un vol de gerfauts … comme une ombre… comme une lueur d’espoir… comme une prémonition … comme un torticolis … comme une jambe de bois… comme un point à l’horizon… comme la fin d’une belle histoire.|couper{180}
Carnets | mai 2023
L’imaginaire
Il faut être dans le plus dur du dur de la réalité pour découvrir l'immense potentiel de l'imaginaire. Les gens qui vivent dans un certain confort ne savent pas à coté de quoi ils passent. Je me faisais cette réflexion hier encore en inventant une histoire d'enlèvement par les extraterrestres, en direct, face à mon beau-frère. En prenant le ton le plus sérieux qu'il soit, et en fournissant suffisamment de détails mais pas trop non plus, l'ellipse est essentielle dans ce genre de narration, je vis son visage s'allonger, son regard chercher un appui sur le mur du fond derrière moi. "— Est-il devenu cinglé ?" semblait demander au mur ce regard. Evidemment je me mis à sourire pour le rassurer. "— je plaisantais, bien sûr..." Il en fut à la fois soulagé et un peu triste je crois bien. Mais le fait est qu'on ne devrait pas raconter à n'importe qui tout ce qui se passe dans notre vie. Même avec les meilleures intentions du monde. Comme par exemple tenter de réveiller un peu l'imagination de nos proches qui souvent parait bien endormie. Je racontais ça au pilote de la soucoupe qui se gondola, si tant est qu'un être métamorphe puisse se gondoler comme nous autres humains, bien sûr. Le voyage est assez long jusqu'à Alpha du Centaure, il faut bien parler de quelque chose, même si dans le fond, on n'a pas grand chose à dire.|couper{180}
Carnets | mai 2023
Comme un chant
( suite de l'exercice d'écriture d'un atelier de FB à partir de l'adverbe Comme et de Marcelin Pleynet, de Lautréamont.) comme j'allais à rebours, effeuillant page à page, feuille à feuille, la fausse mémoire de ma fausse vie, je découvris soudain un vide logé dans la reliure qui m'intrigua et dans lequel je pénétrai, non sans quelques difficultés, car j'avais, dans l'opération précédente déjà, perdu énormément de mon ancienne souplesse. comme j'atteignais l'obscurité totale je n'avais aucune indication concernant la taille de l'excavation. Était-elle de la taille d'une boite à gâteaux, d'une tombe, d'un continent noir, cette question me servi un instant de béquille pour m'installer au calme dans la nuit. comme j'étais là depuis un moment, était-ce des minutes, des heures, des siècles, difficile à dire, mes yeux peu à peu s'habituèrent et commencèrent à distinguer les contours d'une terre immense, sorte de paysage marin, peut-être une grande baie bordée de part et d'autres par de prodigieuses falaises. Comme je m'interrogeais sur la hauteur de ces falaises j'aperçus soudain dans le ciel des milliers d'étoiles dont les lueurs brillaient faiblement mais suffisamment pour que je puisse me faire une idée assez juste de l'innombrable. comme j'étais allongé sur le sol l'idée me pris de me relever et de me dégourdir les jambes, j'y voyais désormais suffisamment pour rejoindre une grande plage où la pâleur semblait indiquer qu'elle était constitué de sable clair. comme j'étais entré pieds nus dans cet étrange pays, je fus heureux de constater que je retrouvais de vieilles sensations oubliées, comme celle de marcher sur une herbe mouillée, puis sur le sable, et même parfois de sentir sous la plante la dureté tout à fait agréable d'une pierre, d'un rocher. comme je m'interrogeais sur le différence appréciable entre ces sensations que j'appelais nouvelles faute de mieux et celles habituelles quand dans la vie de tous les jours on marche pieds nus sur de l'herbe ou du sable ou des rochers, l'idée suivante et qui parut à ce moment éminemment logique était celle qu'en passant à travers la reliure du faux livre de ma fausse vie j'étais mort. comme je réfléchissais à la nature de cette mort, et que je désirais pousser la logique vers ses extrémités les plus extrêmes je découvris soudain que j'étais encore plus vivant que jamais je ne l'avais jusque là été. comme j'en étais content, j'ouvris la bouche et sans la moindre volonté de ma part quelque chose en sorti et qui réflexion faite, avait l'air d'être un chant. NB. Il est possible de supprimer la toute première phrase, ou de la sauter, elle ne sert à rien sauf à commencer.|couper{180}