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14 avril 2026 — Le dibbouk

14 avril 2026

Réveil 4h. Lecture de Bêtes, Hommes et Dieux de Ferdinand Ossendowski, retrouvé dans un carton du grenier avec d’autres bouquins de la fameuse collection rouge « J’ai lu – L’Aventure Mystérieuse ». Sans doute remisés par ma mère après qu’elle s’est persuadée que je ne reviendrais plus vivre dans la maison de Limeil.

J’ouvre le livre et me laisse prendre par l’histoire, dont je ne me souviens plus vraiment après toutes ces années. Ce qui est étonnant, c’est que je ne mets pas longtemps à sortir de l’état de lecture adolescente dans lequel ce livre m’a replongé. Au bout d’une page ou deux, je remarque la précision des détails, les adjectifs un peu trop nombreux, les événements qui s’enchaînent avec un à-propos étonnant. Je quitte soudain l’hiver sibérien au moment même où un adverbe un peu appuyé accompagne l’envol d’un coq de bruyère.

Cela me replonge dans des réflexions sur l’usage des adjectifs, des adverbes et des détails un peu trop précis. Je pense à Perec : là où Ossendowski utilise le détail pour maquiller la réalité et m’emporter dans son rêve, Perec l’utilise pour épuiser le réel, pour essayer de saisir ce qui nous échappe à force d’être banal (ce qu’il appelait « l’infra-ordinaire »).

Le détail ne joue pas le même rôle selon l’intention.

Le détail « Effet de réel » (Barthes) : c’est le baromètre sur le piano ou la couleur précise d’une selle de cheval chez Ossendowski. Il ne sert pas l’intrigue, il sert juste à dire : « Regardez, j’y étais, puisque je m’en rappelle. » C’est un outil de persuasion.

Le détail « Perecquien » : ici, la liste et l’inventaire sont une fin en soi. Chez Perec, accumuler les marques de biscuits ou les objets sur un bureau est une tentative de lutter contre l’oubli et le vide. C’est presque une démarche de greffier ou d’archéologue du présent.

C’est étrange, car si je voulais ouvrir un chantier de science-fiction un peu plus sérieusement que je ne le fais, je m’inspirerais bien plus d’Ossendowski que de Ray Bradbury ou Isaac Asimov.

Ce carnet est né d’une tension qui remonte à loin, une tension qui n’a pas cessé de m’échapper depuis les tous premiers carnets que j’ai commencé à écrire au jour le jour. Elle pourrait se résumer ainsi : faire ou de ne pas faire ou encore peindre ou ne pas peindre, écrire ou ne pas écrire, aimer ou ne pas aimer, vivre ou ne pas vivre. C’est la même tension quels que soient les mots que je peux poser sur elle pour essayer de la cerner, mais les mots sont insuffisants.

Hier comme j’étais encore plus seul que jamais je me suis dit que personne ne lirait par-dessus mon épaule et que je pouvais bien écrire comme je le voulais ce que je voulais.

ozone

Dans l’ciel noir menaçant ça se sentait d’ozone qu’il allait rentrer et déjà zut au bout de la rue j’voyais sa bagnole et mes guibolles flagolaient

l’bus des bon’manières

j’avions manqué l’bus des bon’manières quand j’nous surpris de la gaîté qui m’en vint
et alors aussitôt qu’arrive le premier v’nu, v’l’a t’y pas qu’j’y colle un pain sur la hure

forclusion

la foirade était si foireuse que la fofolle sifflota, on la fixa du doigt, forclose elle se referma

totor

totor tartinait de thon sa tartine quand soudain il me vit et me dit approche petit con je vais te tailler les z’oreilles en pointe

Refonte légère du site de peintures. Je m’aperçois que je n’ai mis aucune image depuis 2024. Ce qui me laisse dans un état de stupeur. Pour essayer de m’en extraire, j’essaie de comprendre ce qui a déclenché la panne ; je remonte aussitôt à l’année 2019, au Covid : cela ressemble bien à un traumatisme. En réfléchissant, les problèmes avec les impôts, l’Urssaf, la Cipav, les huissiers remontent aussi à cette période. Ma façon de lutter contre le traumatisme est le refus, m’opposer plus ou moins consciemment. On me prive de mes droits, je réagis par la rétention du devoir. C’est à partir de cette période que j’ai véritablement perdu bon nombre d’illusions sur mon personnage de peintre, et certainement de prof aussi. D’un seul coup, plus rien n’avait de sens. Non pas à cause de cette épidémie, mais en raison de la manière dont on nous l’a fait vivre : dans la peur, dans la contrainte, en totale absurdité et à grands renforts de décisions contradictoires. Puis le temps du complot, du doute général, la remise en question de tous les fondements d’une société. L’écriture, à ce moment-là, a été mon seul point d’appui. Et toujours cette tension : croire ou ne pas croire... l’envie en aura été la victime.