14 décembre 2025
Depuis une semaine, que s’est-il passé ? Déjà, j’ai gagné ma vie. De façon elliptique : pas besoin de s’étendre. Sans opinion sur le sujet.
Puis j’ai commencé à préparer le vrai boulot : un inventaire de fichiers Markdown à importer dans Scribus. Malheureusement, le problème, c’est la conversion des balises MD. Ce que j’espérais, c’est que les styles se créent automatiquement à l’import dans Scribus. Mais même en utilisant un script Python, je n’y suis pas parvenu. Les styles se mettent bien à jour dans Scribus, mais uniquement dans la fenêtre Propriétés, pas dans le document.
Cela signifie que je dois tout reprendre ligne par ligne, à la main. Trop fastidieux — ou alors un excellent exercice de relecture. À choisir.
Pour un PDF, un EPUB, la solution est très facile avec Pandoc. Je peux même prévoir une couverture, une table des matières, et les placer directement dans les commandes du terminal.
L’utilisation de Notion s’avère intéressante, vraiment — peut-être encore mieux qu’Obsidian. Le problème, c’est de devoir s’adapter à chaque nouvel outil, sans être jamais certain que demain un autre remplacera encore celui-ci. On pourrait se dire : stop, ne pas se disperser ; une fois qu’un workflow fonctionne, pourquoi en changer. C’est vrai, on peut se le dire. Mais si on faisait tout ce qu’on dit, le monde ne serait pas ce monde.
L’avantage, en outre, de pouvoir utiliser selon les besoins plusieurs modèles d’IA avec Notion est un vrai plus. En ayant injecté ma base d’articles en CSV, je peux demander vraiment tout ce que je veux : proposer une recherche approfondie par plusieurs séries de mots-clés, puis me formater un fichier Markdown ou un docx, et le classer dans une base de données. Me réordonner le document plusieurs fois tout en changeant la table des matières. ( Bientôt j’aurais peut-être droit à un café et des petits gâteaux ?) — bref, Le gain de temps est spectaculaire. Ensuite, la question se pose : qui commande, au bout du compte ? Est-ce l’IA qui, au travers des solutions qu’elle me propose, parvient à m’influencer dans mes décisions — ou bien est-ce le contraire ? Il me semble que, pour l’instant, je garde encore l’avantage. Je ne sais pas pour combien de temps.
Hier, j’ai lu un article : Une IA conçoit un ordinateur Linux fonctionnel en une semaine : la révolution du hardware. 48 h au lieu de 500 heures de boulot en moyenne : tout ça donne le vertige.
J’en reviens à la perplexité qui m’a retenu toute cette semaine. Perplexe, mais pas sidéré. Cette perplexité aura été un bon moteur d’écriture. Hier, par exemple, trois récits de fiction sont sortis tout droit d’une molécule fabriquée : perplexité + honte. L’idée est de faire de ces assemblages temporaires quelque chose d’actif, qui ne laisse pas dans la sidération. ( ça pourrait rejoindre l’idée de récapitulation de Don Juan pour récupérer une énergie bloquée ) Ce qui me rassure, c’est que, quels que soient les progrès, ce que l’on veut vraiment reste tellement subtil, tellement instable, tellement difficile à formuler — et nous échappe si souvent — qu’aucune machine ne pourra, je crois, produire cette ambiguïté fondamentale de l’esprit humain.
Autre chose : l’idée de communauté m’est tout à fait insupportable. Je ne sais absolument plus comment m’y adapter. Hormis mes cours ou stages dans lesquels je crois avoir placé une sorte de pilote automatique. C’est la raison principale pour laquelle je fuis les réseaux sociaux. Je peux partager des posts, mais échanger est au-dessus de mes forces. Ça ne vient pas des gens : les gens sont ce qu’ils sont. Ça vient d’une sidération qui, cette fois, me colle littéralement au sol, sans que je puisse me relever.
Le mot sollispcisme en filigrane arrive en fin d’article, j’effectue une recherche et je tombe sur ce début de phrase : "Même si le solipsisme est faux, même s’il existe une « réalité empirique » indépendante de notre « conscient intérieur », cette théorie comporte tout de même un fond de vérité [...] ( emprunté à l’encyclopédie du rien
Illustration Jacques Prevert
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Pour continuer
Carnets | atelier
L’Épreuve des formes
On commence toujours par la tentation du monument. On se croit de taille à bâtir une somme, un de ces remparts de mots qui vous posent un homme dans la clarté du savoir. On appelle à la rescousse le spectre de Hambourg, ce Warburg qui déchiffrait les astres dans les replis d'une robe de soie, et l'on se jure d'épuiser sa méthode. On veut de l'ordre, une architecture, une parade contre le froid qui vient. Mais l'édifice s'effondre avant même la première pierre. On sent bien que l'érudition n'est qu'un manteau de théâtre jeté sur une nudité. On se tourne alors vers la machine. On la somme de simuler nos vertiges. On pousse ses feux jusqu'à ce point de rupture où la raison s'embrume, là où le calcul devient vision. On cherche dans le métal ce que Warburg chercha dans les murs de sa clinique de Bellevue : le moment où l'image cesse d'être une preuve pour devenir un démon. On regarde ce miroir noir nous renvoyer l'image d'un monde où tout est déjà écrit, déjà compté, déjà mort. C’est le grand effroi de ce siècle : s’apercevoir que l’on n’invente rien, que l’on ne fait que rejouer des probabilités. Car le socle est là, immuable. C'est le temps qui se fige en fin d'année. C’est cette certitude de la fin qui rend toute gesticulation dérisoire. Alors, on redescend. On quitte les hautes cimes de la théorie pour le plus humble, le plus rustique. On revient à ce qui pèse, à ce qui résiste sous le doigt. On délaisse l'Atlas des savants pour l'inventaire des restes. On cherche dans le chaos des visages oubliés, des lambeaux de papier qui sont comme les dernières empreintes d'un passage sur terre. C’est là que se joue le vrai travail : non plus expliquer, mais recueillir. Ce dimanche n'est pas une étude, c'est une halte devant le gouffre. On fouille la matière du silence pour y trouver de quoi tenir. On ne cherche plus la vérité universelle, mais la justesse d'un seul fragment. On se tient là, dans la pénombre d'une pièce qui n'attend plus rien, et l'on décide que sauver une seule forme de l'oubli, une seule, suffit à justifier que l'on ne cède pas encore au noir.|couper{180}
Carnets | atelier
27 décembre 2025
Rêve étonnant, qui pourrait être décevant si je m’étais attendu à autre chose qu’à être, une fois de plus, déçu en rêve. Enfin, c’est bien la seule fois que je verrai un hippopotame noir, c’est à espérer. Ce bruit horrible de ferraille qui me suit alors que je cours devant me reste au petit matin. Bien avancé sur l’Atlas Mnémosyne. J’ai réalisé plusieurs « planches », c’est-à-dire des prélèvements, des carottages dans la matière du site, et j’ai tenté de les organiser. Au début, les fichiers d’export en Markdown étaient imposants. La difficulté était de choisir peu de choses, mais qui fonctionnent. Le problème à résoudre est celui des images. Il va falloir aller puiser dans la boîte en fer, ressortir les photographies, les cartes postales, et, comme toujours, n’en sélectionner que quelques-unes. Et aussi scanner celles qui sont écrites au dos en estonien. Je ne sais pas combien de temps va durer ce projet. Tant de projets commencés en parallèle, et aucun n’a abouti encore. Est-ce que je travaille vraiment, ou est-ce que je me donne l’impression de travailler ? Encore une matinée où je ne pourrai pas m’enfoncer, où il faudra rester le menton hors de l’eau. Deux heures de cours sans boire la tasse. Ensuite, tout l’après-midi devant soi et la grande journée du dimanche. Ce qui ne veut d’ailleurs strictement rien dire puisque j’ai beau avoir tout le temps devant moi, il arrive que je n’en fiche rien du tout. Je n’ose pas gâcher ce genre de plénitude. illustration Gemini Flash|couper{180}
Carnets | atelier
26 décembre 2025
Cette histoire de planches (Aby Warburg) pourrait faire penser à un cercueil. Enfin, j’ai le squelette que je cherchais : un code qui me permet de chercher l’occurrence d’un mot dans tous les billets du site, et surtout de pouvoir appuyer sur un bouton pour obtenir une exportation de l’ensemble des occurrences en Markdown. Cela me permet de suivre ainsi l’utilisation de ce mot depuis le début des textes (2018) jusqu’à la fin de cette année. Ensuite, ce n’est que la première opération, car la matière est énorme, même en extrayant seulement un paragraphe contenant le mot. J’ai donc créé une rubrique racine nommée « Atlas Mnémosyne » (Mnémosyne n’appartenant pas, à ce que je sache, à A. W.). Le projet est de créer ensuite des sous-rubriques à partir des mots recherchés (ex. : Voix, Gestes, Objets, Lieux, Typographie, Rêves, etc.). Une fois une série de planches terminée, on peut construire quoi : le cercueil (joke), des systèmes solaires, avec quelle étoile et quelles planètes, avec quels satellites (à méditer). Le soleil, c’est le mot, de toute façon. Ensuite, les rotations sont intéressantes à étudier. Images : rouvrir la boîte en fer ; reprendre chaque carte postale (écrite au dos en estonien), faire traduire par IA ; associer les cartes aux textes. Présentation : idéalement par planche, avec textes et photographies. Difficulté : les sélections. Comment décider qu’un extrait vive ou non sur une planche ? Et aussitôt l’image des camps revient. Agitation très forte du dibbouk. Règle : ne rien montrer tant qu’une planche n’est pas totalement achevée. Et possible qu’une fois tout ce boulot terminé, il sorte complètement autre chose. S’y préparer. À moins que je ne me fasse, au final, interner, et que, pour sortir de l’enfermement, je sois sommé, comme A. W., de produire une « preuve » que je ne suis pas complètement fou. Ciel bleu aujourd’hui, mais froid sec. Il faut que je me prépare : j’ai cours. S’enfouir pendant deux heures. Hâte de revenir à ces sélections. illustration planche de l'Atlas Mnémosyne d'Aby Warburg|couper{180}