27 janvier 2026
Faillit tourner en bourrique. L’impératif de toujours commencer un nouveau chapitre en "belle-page", en insérant des sauts manuels fonctionne bien sur LibreOffice Writer mais si on ne fait pas attention à cocher une petite option dans l’exportation en PDF ces pages vides ne sont pas prises en compte (insérer les pages vides insérées automatiquement). Ce sont à mon avis des trucs de débutant et qui me placent donc dans cette position de débutant. Léger agacement. Alors que j’ai, de nombreuses fois, écrit qu’il "fallait" conserver cet esprit du débutant, mais c’était pour peindre évidemment, donc ce ne devait pas être la même chose ah ah ah. J’adore tomber sur mes propres contradictions.
Position de débutant devant LibreOffice, donc. Position de patient la veille — même rapport de forces, même ignorance face à ce qui se passe vraiment.
La journée d’hier fut plutôt rude alors que nous sommes partis sous un beau ciel bleu. D’abord déposé S. à l’hôpital Lyon-Sud, puis suivi le GPS jusqu’à Montplaisir pour me rendre ensuite à la clinique mutualiste de la rue Feuillat. Se faire arracher quatre dents d’un coup et repartir un peu sonné de nouveau vers l’hôpital pour récupérer S. La jauge était dans le rouge et pas trouvé d’autre solution que de remettre du carburant à la première station-service trouvée. 1,78 le litre de gazole. Donc 20 balles seulement pour compenser l’augmentation insensée. Le temps que l’anesthésie s’évanouisse quelques lancements dans l’os de la mâchoire mais rien de bien méchant. Prise de Doliprane à l’arrivée.
Ça va trop vite. Reviens sur le siège du dentiste. Reviens même un peu avant. Tu viens de trouver une place non payante juste la rue derrière la MGEN et t’es plutôt content d’avoir trouvé une place gratuite. Tu montes dans l’ascenseur pour rejoindre le premier étage avec un bon quart d’heure d’avance comme prévu. Tu fais un peu la queue pour t’enregistrer au secrétariat. En attendant tu regardes autour de toi les gens dans la file, la femme qui se fait enregistrer juste avant toi parle fort et raconte sa vie : « Non mercredi matin ça ne va pas j’ai une conférence, plutôt l’après-midi vers 16 heures si c’est possible. » Je remarque la coupe de cheveux de la femme derrière moi et son sourire tous les deux lisses. Quelle patience et je fouille dans mes poches pour sortir mon portefeuille, j’en extrait ma carte vitale et ma carte de mutuelle, ça lui économisera de la salive. Je dépose tout ça quand c’est mon tour et effectivement cool sourire plus franc. J’ai entendu quelqu’un appeler Athéna et j’ai vu la femme regarder dans la direction d’où venait la voix. Incroyable si elle s’appelle Athéna. Bref je suis enregistré et je rejoins la salle d’attente. Pas tant de monde. Je ne sais pas trop quoi dire sur les personnes assises là. Ce sont des vieux comme moi, des invisibles. Le point commun c’est qu’aucun ne regarde son portable. Ils regardent plutôt dans le vide évitant mon regard quand mon regard se pose sur leur regard. Une femme arrive et dit mon nom. Je la suis et je retrouve au fond de la pièce ce bon vieux doc Folamour.
— Alors qu’il dit c’est aujourd’hui qu’on explose tout ?
— Vous me piquez avant j’ose demander.
Il se marre.
Comment résumer une séance de quasiment une heure durant laquelle j’ai l’impression d’avoir la partie supérieure de la mâchoire arrachée. À quoi je pense durant ce laps de temps ? À Athéna, déesse de la justice. À toutes les sucreries que j’ai ingurgitées depuis ma tendre enfance pour obtenir une dentition si pourrie. À toutes les fois où j’ai omis de me brosser les dents matin midi et soir. Au dentier de mon grand-père qu’il plaçait dans un verre d’eau sur la table de nuit dans la chambre que nous partagions déjà lorsque je n’étais qu’un enfant. Au dentier de mon père ce qui soudain me fit réfléchir au fait qu’il ait opté pour cet engin alors qu’il aurait largement eu les moyens lui de se faire poser de fausses dents. Aux vies parallèles. Dans une de ces vies parallèles j’ai un moment vu un type me ressemblant comme deux gouttes d’eau arborant un sourire carnassier. Ce qui est con avec cette histoire de vies parallèles c’est que j’ai toujours l’impression d’être le moins bien loti de tous mes doubles. Mais peut-être qu’à un moment la roue tourne, sait-on jamais.
À un moment ce fut terminé. J’ai mordu dans un bout de tissu et je ne parvenais pas à répondre à Folamour parce que j’avais un morceau de tissu dans la bouche. Je l’ai attrapé avec deux doigts pour dire ce que j’avais à dire et aussitôt il l’a attrapé avec des pincettes il est devenu le docteur No mais je n’étais toujours pas James Bond. J’étais plutôt pressé de partir car la séance avait duré plus que de raison et S. devait m’attendre à l’hôpital.
Le simple fait de faire la route du retour m’a littéralement claqué. À l’arrivée j’ai pris un Doliprane et j’ai dit bon je suis claqué je vais me coucher.
Illustration Enfant à la grenade Diane Arbus.