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28 mars 2026 — Le dibbouk

28 mars 2026

Mes projets sont semblables à des baryons doublement charmés qui s’évanouissent en une fraction de seconde. Ce qui n’est pas vraiment douloureux. La sensation d’impact combinée à celle d’une pseudo-perte laisse suffisamment d’espace vide dans la simulation pour qu’aussitôt d’autres projets naissent. Ces derniers mois, j’ai observé stoïquement une accélération du phénomène. D’ailleurs, je ne peux que mesurer cela, la vitesse à laquelle les projets naissent, vivent et meurent.

Les C. sont venus dîner et m’ont acheté un livre ce qui les positionne automatiquement comme "bêta-lecteurs". Ce qui est étonnant c’est que ce livre parle d’une expérience semblable à celle dont je viens de lire le compte-rendu. Étrange prémonition dont je me suis emparé pour commencer mon billet du jour. Celle qui consiste à remonter la trace d’une particule dont l’existence est diablement fugitive au LHC de Genève.

Une précipitation de projets qui n’aurait pour but que de séparer certaines substances et ainsi d’isoler des ions présents dans la solution tourbeuse. Du moins on peut l’espérer. Cela ressemble à la manipulation d’un Rubik’s cube — le casse-tête d’ Ernő le Hongrois — dans une version obsolète ou baryonique ( on peut le dire désormais ) du monde.

En 1974 j’ai vu arriver ce truc je m’en souviens très bien, car durant quelques instants je me suis transformé en poule en voyant le couteau que c’était. Puis assez vite autour de moi des gens très intelligents ont prouvé leur intelligence en manipulant ce cube à des vitesses vertigineuses. Cela m’a toujours personnellement assommé d’avoir à prouver mon intelligence. J’ai dédaigné le Cube comme tant d’autres tests destinés aux ouistitis.

Hier j’ai lu des poèmes de Bukowski Sur l’alcool qui ne m’ont pas permis de transcender ma situation de vieux con blasé. Mais je n’ai pas renoncé. Je me suis accroché pour trouver une solution afin de mieux les entendre ( je deviens de plus en plus sourd de l’oreille droite). J’ai découvert que Gemini proposait la création de musiques. J’ai donc flanqué quelques phrases de Charles dans la bécane pour voir ce que ça donnait. Il faut y aller mollo, petit bout par petit bout, tout en maintenant le tempo à chaque envoi.

La question au bout de cette expérience est la suivante : faut-il choisir les différents éléments qui composeront l’ensemble ou bien ne pas retenir la bride de la machine, écouter ce qu’elle produit à partir de sa lecture du texte, quelle interprétation elle en fait, quelle sensibilité elle invente ?
Ensuite, si c’est intéressant, lui demander les différents éléments dont elle s’est servi ce qui permet de créer une demande très spécifique et maintenir ainsi la cohérence des différents bouts qu’on collera dans Audacity par exemple. Je n’ai pas eu le temps d’aller encore bien loin dans l’expérience que je vois tout de suite où la difficulté se loge : dans les transitions d’un bout à l’autre. Ce qui permet la fluidité globale m’échappe encore. Sans compter que la voix synthétique du baryton crée des liaisons inappropriées comme ça lui chante.