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6 avril 2026 — Le dibbouk

printemps

On ne savait pas quoi acheter comme plante. Les orchidées étaient hors budget, et on leur avait déjà offert pas mal de choses, un ficus, un philodendron, un ou deux palmiers Areca.

On s’est arrêtés un moment devant les bonsaïs. S. a dit que ce n’était pas à quoi elle pensait pendant que je rêvassais. C’aurait été chouette d’en avoir un pour nous, j’ai dit, puis tout de suite après j’ai ajouté mais à 27 euros c’est un peu cher. S. a ajouté qu’il y en avait un vraiment magnifique, il faisait 49 euros, et encore un autre à 170 euros. Ils étaient plus anciens, j’ai dit, pour essayer d’expliquer la différence de prix.

Au final on s’est retrouvés devant le rayon des plantes aromatiques. C’était incroyable tellement il y en avait. Et si on leur offrait ça, j’ai dit. S. a réfléchi un instant puis elle a dit oui, tiens, pourquoi pas. On a regardé les prix : 3,99 €, c’était dans notre budget, et on a décidé d’en prendre plusieurs pots. La ciboule dégageait une odeur aillée et la citronnelle une odeur citronnée. Il faisait chaud, nous étions trop couverts. On a pris les cinq pots et on s’est rendu à la caisse.

La femme qui se tenait derrière avait les lèvres peintes d’un rouge violent, elle portait des lunettes à monture d’écaille et j’ai vu qu’elle portait de faux cils. 27 euros à cause d’une promotion je crois, ce qui correspondait finalement au prix d’une orchidée.

Puis nous nous sommes dirigés vers deux femmes chargées d’emballer les plantes. Plaisir d’offrir ou anniversaire, l’une d’elles a demandé. Ce n’était pas facile d’emballer tout ça, elles ont dû doubler la feuille de plastique transparent pour que ce soit plus solide. Prenez-les bien par en dessous, m’a dit l’une. J’ai fouillé dans mes poches pour trouver un peu de monnaie mais S. m’a pris de vitesse, j’ai retiré la main de ma poche un peu penaud.

Et si on allait chez But, a dit S., il faut qu’on aille voir le prix des canapés. J’ai déposé le paquet de plantes à l’arrière de la Logan et on est sortis du parking à pied, ce n’était pas loin.

Il n’y avait presque personne chez But sauf des vendeurs qui tournaient en rond. On leur avait peut-être donné des consignes pour qu’ils ne nous sautent pas dessus parce que de temps en temps l’un d’eux nous regardait, souriait, puis se reprenait, redevenait sérieux. On a essayé un ou deux canapés mais c’était vraiment pas ce qu’on cherchait. C’est cher pour ce que c’est, j’ai dit, on dirait des canapés pour vieux, et on est ressortis.

C’est au retour de chez But que je vois ça : les racines des arbres ont soulevé le revêtement de goudron du parking de chez Gamm Vert. Je l’ai même dit à S., qui ne l’avait pas vu non plus lorsque nous avions traversé le parking.

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