10 février 2026
Il parle pour ne rien dire. C’est ce que l’enfant comprend. Quand le grand-père parle, il ne dit rien. En fait, c’est difficile à comprendre. Le grand-père raconte toujours les mêmes histoires. Il modifie un peu ça et là, mais ce sont toujours les mêmes histoires. Pourquoi fait-il ça ? Pour ne rien dire. C’est ce que disent les gens autour de cette table lorsqu’il l’a quittée.
L’enfant comprend que parler pour ne rien dire est une faute. Celui qui parle pour ne rien dire n’est pas comme tout le monde. Il n’attire ni la confiance ni l’affection. On peut tout aussi bien le mépriser que le détester, et à force devenir indifférent à ce qu’il est véritablement.
Les gens ne sont pas ce qu’ils disent. L’enfant a cette intuition. Il est possible que certaines personnes parlent pour ne rien dire parce que, de toute façon, elles savent que ça ne sert à rien de dire qui elles sont vraiment. Tout le monde s’en fichera. Tout le monde aura une peur bleue de ça. Il est possible de tuer quelqu’un pour bien moins que ça.
Parler pour ne rien dire, c’est comme écrire pour que personne ne comprenne ce que tu écris. C’est la même chose. Tuez-moi. Tu le répètes en boucle et tout le monde te regarde comme un abruti. On ne te prend pas au sérieux. C’est tout à fait ça. Celui-là alors, quel con. Et le monde continue exactement comme avant.
Parler pour ne rien dire n’arrête pas la course folle du monde. Écrire pour ne pas être lu n’est pas plus héroïque.
Si le grand-père avait un jour commencé à parler pour ne rien dire, c’est sans doute parce qu’il avait été déçu par quelque chose, profondément. Il espérait qu’on lui accorde de la confiance, de l’affection. Ce n’est pas venu.
Ou bien il n’a pas fait le chemin jusqu’au point de s’interroger sur ce que lui entendait par ces mots. Sur ce que les gens tout autour entendaient au travers de ces deux mots.
Ma bouche est vide. J’ai foncé à la pharmacie en rentrant de Lyon et j’ai pris un cachet et demi de cortisone pour me préparer à affronter la douleur qui se réveillait après l’anesthésie. Puis j’ai préféré ne pas dîner et aller écrire. Une histoire complètement dingue. Un scientifique du Cern qui repère une voix dans les données au delà d’un portail. Un grand-père rabbin Kabbaliste qui sait réparer les déchirures dans les parois du réel. Une femme qui serait prête à tout pour être entendue vraiment quitte à perdre son âme. 16 chapitres, 180 pages en une nuit.
Faut-il avoir la bouche vide pour écrire autant, je n’en sais rien.