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16 février 2026 — Le dibbouk

16 février 2026

Réécriture de dix nouvelles entre samedi et dimanche. Passage de 2 000 à 4 500 mots. Un travail « alimentaire » pour le recueil Dix minutes sans adulte. J’utilise Claude, Gemini et Copilot comme des prothèses : ils balaient le texte, dégagent une structure, traquent l’incohérence. J’ai supprimé Notion, j’ai branché ma carte bancaire sur le flux des modèles les plus rapides. Tout doit glisser.

Pourtant, la machine biologique résiste. Mes doigts s’emmêlent sur le clavier, les coquilles se multiplient. Ma main ne sait plus tracer une liste de courses ; au supermarché, je sors un gribouillis illisible de ma poche. C’est l’impératif de vitesse qui me pénètre. Écrire vite, s’en débarrasser, ne plus faire obstacle. Je pénètre dans une urgence qui ressemble à un réflexe de survie, ou à un symptôme : quelque chose, partout, ne tourne plus rond.

Dans ces réécritures, je cherche la fluidité, pas le « littéraire ». Je reviens à une forme de modestie, d’humilité, loin de mes anciennes recherches esthétiques. Il fallait sans doute traverser cette prétention pour en connaître le poids, pour tracer mes propres frontières du ridicule et apprendre à les évacuer. C’est le mouvement du peintre : pousser le personnage jusqu’à l’extrême pour détecter les fausses nécessités, les mensonges. Et recommencer.

Une obsession me tient : réduire ce site au minimum. Supprimer les carnets. Tout cela me paraît désormais prétentieux, inutile. C’est la peur qu’on voie à quel point j’ai peiné, à quel point j’ai pu être lourd et maladroit pour parvenir à cette « simplicité ». Ce site est l’histoire de mon idiotie.

Mais sous le binaire imposé — rebelle ou mouton, fiction ou réel — se dissimule quelque chose d’indéfinissable. En laissant mes textes être scannés de part en part par les algorithmes, j’ai la sensation d’une crucifixion d’un genre nouveau. Être exposé, mis à nu sous le regard d’une IA qui fait des liens que je n’ai pas demandés, qui vectorise mes hantises. Je repense au Sourire au pied de l’échelle de Miller. Auguste le clown qui cherche la grâce dans la maladresse.

Peut-être que l’indéfinissable est là : dans ce qui survit au scan. Dans la décision de rester au pied de l’échelle, scanné, idiot et vivant, plutôt que de réussir l’ascension vers une perfection lisse qui ne m’appartient pas.