17 février 2026
Malgré ce que je disais il y a peu sur tel auteur, je ne peux m’empêcher de le relire. Je vois son mail dans la liste, je clique. Il s’agit évidemment toujours du même conflit, celui qu’on tente d’apaiser d’un côté et qui au moment même où l’on s’apaise revient par la bande et agace à nouveau. Il semble que l’épicentre de ce conflit se situe dans l’espace entre fiction et non fiction. Je dis "espace" et non "frontière". Je le dis ainsi parce que cela me semble bien être un espace entre deux frontières, un no man’s land.
Le sujet est donc cet embarras que j’éprouve face à la confusion entre deux territoires que j’imagine clairement marqués, mais en quoi sont-ils si marqués que je veux si facilement l’imaginer ? Si j’essaie de lister tout ce qui me paraît être du côté de la non fiction, c’est ce dont je cherche à m’extraire surtout. C’est le territoire où je ne suis qu’un étranger, un intrus. Je ne cesse d’entendre des voix qui me reprochent ma présence dans ce territoire comme si je venais pour profiter ou voler quelque chose qui ne m’appartiendrait pas. Ces premières sensations désagréables s’accompagnent de critiques généralement associées à mon ignorance du sujet. Comment, tu veux écrire de la non fiction alors que tu n’as, semble t’il aucune connaissance de ce que c’est vraiment ? Tu n’as pas le niveau requis, tu nous emmerdes, dégage !
De l’autre côté je ne me sens pas mieux accueilli. Tu veux écrire des fictions et tu n’as aucune connaissance des structures narratives, tu nous fais bien rire.
Au bout du compte ni l’un ni l’autre est ma tendance. Puisque l’on me tourne le dos j’en fais de même. Je m’engage dans le no man’s land avec les moyens du bord.
Ce matin j’ai passé un bon moment à recalibrer Claude en listant tous les patterns que je ne supporte plus et en lui fournissant des solutions de remplacement :
**1. La correctio** — _pas X, pas Y — c'est Z_ Remplacement : le détail concret seul, sans commentaire. Laisser le lecteur trouver Z.
**2. La triplication clausulaire** — _juste X, juste Y, juste Z_ Remplacement : un seul élément, le plus fort. Couper les deux autres.
**3. La métaphore explicative** — _comme si_, _on aurait dit_ Remplacement : la sensation directe sans comparaison. Pas _comme si elle avait peur_ — _ses mains_.
**4. La phrase-bilan** — la dernière phrase qui résume ce que le paragraphe vient de montrer Remplacement : couper cette phrase systématiquement. Le paragraphe se termine sur le dernier détail, pas sur sa signification.
**5. La nominalisation de l'émotion** — _une sensation d'angoisse_, _quelque chose qui ressemble à de la peur_ Remplacement : le symptôme physique. Pas l'émotion nommée — ce qu'elle fait dans le corps.
**6. L'adverbe intensificateur** — _précisément_, _exactement_, _vraiment_ Remplacement : rien. Le supprimer presque toujours.
**7. La question rhétorique finale** — _mais qu'est-ce que cela signifiait ?_ Remplacement : silence. Ou le geste suivant.
C’est un pansement sur la blessure cruelle reçue au réveil. En analysant tout ce que j’ai écrit durant ce week-end je me suis rendu compte des répétitions, de la lassitude surtout à me relire moi-même. J’ai tenté de réorganiser l’ordre des nouvelles du recueil en cours, de supprimer trois nouvelles qui me paraissaient l’alourdir inutilement. Je suis revenu à l’os. C’est à partir de là que j’ai pu voir que j’utilisais toujours le même ou à peu de chose près un os semblable à un autre os. Et en réfléchissant rien d’étonnant à cela quand on travaille en s’assistant de l’IA. Ce n’est évidemment pas la première fois que je me sens démoralisé après avoir fourni un travail excessif. Excessif car orienté vers la même chose toujours, l’urgence de publier, l’urgence d’exister, la tentation d’exister comme disait Cioran.
Attraper un tout petit fil de réel et tirer.
Donc L’IA veut tout expliquer tout justifier tout rationaliser c’est sa mission mais elle veut le faire suivant des codes que l’on peut questionner. C’est donc un travail intéressant de laisser faire au départ puis de remettre chaque phrase, chaque mot en question. D’autant plus qu’on se considère le cul entre deux chaises, entre fiction et non fiction.