19 février 2026
J’allais dire ce mot et presque aussitôt je me suis retenu. J’ai senti — ou plutôt les circonstances me l’ont fait sentir — qu’il fallait être plus courageux pour en parler. Pour ne pas faire comme le monde quand soudain il semble n’avoir plus rien à dire sinon ce mot : désordre. Nous voici submergés par le désordre. Comme c’est facile.
Je me suis dit : sois concret. Écris sur ces choses qui t’entourent, sur ce plan de travail. Pas bureau — bureau ne veut rien dire ici, bureau efface.
Bureau tu l’aurais dit pour t’enfuir. Comme tu le fais si souvent.
Il y a un lien entre regarder un seul objet posé sur ce plan de travail et ne vouloir l’inscrire que dans un paragraphe accompagné d’une seule idée. La forme dit la même chose que le geste — ne pas laisser le désordre envahir la phrase.
Il avait voulu joindre quelqu’un. Il ne sait plus qui. Il sait qu’il a imprimé les pages, qu’il a cherché dans les colonnes et que les numéros finissaient tous en x, masqués par une décision de Free dont il n’a jamais su le nom ni la raison. L’interlocuteur est resté de l’autre côté. Les pages sont restées de ce côté-ci, inutiles et précises, témoins d’une tentative que rien n’a close parce que rien n’a abouti. Il ne les a pas jetées.
Les deux batteries étaient dans leur chargeur, le chargeur débranché du port usb depuis un mois au moins. Il avait voulu faire des photographies, s’en donner la discipline, sortir chaque jour vers les usines et le fleuve. Il n’est pas sorti. Les batteries ont attendu leur charge dans un chargeur qui n’a pas été branché et c’est ainsi que la chose s’est arrêtée — avant même de commencer.
Le gros micro Yeti est un peu caché derrière l’écran. Depuis combien de temps attend-il d’être à nouveau activé. Des mois sans doute aussi. C’était un investissement coûteux tu t’en souviens. Tu l’avais acheté avec cette idée de créer des podcasts. Que s’est-il passé pour que tu abandonnes aussi cette idée ?
Il y a aussi ce tome 2 traitant des genres, un ouvrage édité chez Bordas intitulé Approches littéraires. Tu as beau chercher tu ne te souviens pas d’avoir jamais acquis le tome 1. Tu l’as remonté de la bibliothèque il y a une semaine, et tu ne l’as même pas encore ouvert. C’est un exemple de ton expression favorite : on ne sait jamais.