18 février 2026

On ne sait pas qui l’a fabriqué. Dans quelle ville de l’Est, dans quelle usine froide où des mains que l’on n’imagine pas ont coulé cette pâte blanche dans un moule, ont attendu la cuisson, ont sorti de la fournaise ce chien minuscule et l’ont posé sur une table parmi d’autres chiens identiques, une armée de chiens sans nom destinés aux buffets et aux étagères de ceux qui n’ont pas les moyens d’autre chose. Il a transité. Il a été emballé dans du papier journal, vendu peut-être sur un marché, offert à quelqu’un qui en voulait ou qui n’en voulait pas, et il est arrivé ici, dans cette pièce fermée, où il a attendu sous sa gangue de temps que quelqu’un daigne faire attention à lui. Je me suis mis à genoux devant lui. C’est la posture qui convient, même si ce n’est pas celle que j’aurais choisie. J’avais les mains noires de la javel et de la crasse des angles morts, j’avais le dos brisé par une heure à plat ventre sur le lino, et c’est dans cet état d’abaissement que je l’ai pris. Il était lourd. Les objets de rien sont toujours plus lourds qu’on ne croit. Sous le chiffon, la taupe de cendre a cédé. Le blanc est apparu, brutal, ce blanc d’usine qui n’a jamais prétendu à la grâce et qui pourtant, dans la lumière sale de la pièce, avait quelque chose d’intolérable — la nudité de ce qui a été fait sans amour et qui dure quand même, qui résiste à l’oubli par la seule vertu de la matière. J’ai nettoyé le creux des oreilles, la commissure des pattes. C’était un travail de sacristain ou d’embaumeur. Quand c’était fini, il brillait sur l’étagère avec l’indécence des choses qui n’ont aucune raison de briller. Je ne l’ai pas remis à sa place tout de suite. Je l’ai regardé. On regarde comme ça les objets qui nous ont résisté — avec une rancune qui ressemble à du respect. Il avait été fait par des mains que je n’aurais jamais connues, dans une ville dont j’ignorais le nom, et il serait là longtemps après que j’aurais cessé d’écrire dans cette pièce. C’est peut-être ce qu’on appelle survivre.

Ceci pour dire que parfois. Pourquoi d’ailleurs le dire. Et au bout du compte y renoncer.

Ce matin j’ai pensé qu’il faudrait trouver un moyen pour tracer la courbe de mes espoirs et de mes désespérances. Un électrocardiogramme de mes envies et dégoûts. Notamment celui de devoir partager tous les jours un texte sur les réseaux pour tenter d’exister ou plutôt de faire exister ce site. Cela demanderait un code journalier, une note associée à une échelle comme dans les sondages. Et vous diriez que vous avez de vous mêmes

  • une trés bonne opinion
  • bonne opinion
  • moyenne
  • pas terrible
  • franchement pas terrible du tout
  • nsp

Désolé que des réponses fermées.

Ensuite à quoi cela me servirait-il d’avoir ma feuille de température devant le nez. Bonne question. Probablement à ne pas succomber à je ne sais quelle panique et à vouloir étudier les rythmes, essayer de saisir s’il n’y a pas là un phénomène proche de celui des marées. produit d’une collision de plusieurs mots : le caractère avec les humeurs et celles-ci à la lune certainement.

Des falaises s’écroulent, des maisons juchées au somment de celles-ci itou. Vision d’inondation à perte de vue qui rappelle je ne sais quelle catastrophe ancienne au Bangladesh voire même encore plus ancienne

La Conférence mondiale sur la réduction des catastrophes qui s’est tenue en janvier 2005 a reconnu que les sinistres occasionnés par les catastrophes sont en augmentation, avec de graves conséquences sur les conditions de survie, la dignité et la subsistance des populations, particulièrement les plus défavorisées ». Ils remettent ainsi en question les acquis des politiques de développement. L’intérêt général est plus que jamais menacé par le risque de catastrophe si l’on considère que ses conséquences et les actions menées dans une région peuvent avoir des répercussions dans les autres. Il a aussi été admis que le changement climatique est l’un des facteurs clés favorisant les catastrophes naturelles dans le monde. Lorsque celles-ci se produisent dans des environnements physiquement, socialement et économiquement vulnérables, les risques de sinistre et leurs conséquences peuvent être sévères [Nations unies, 2005]. Les populations défavorisées ont été, et seront toujours, les premières victimes des conséquences néfastes du changement climatique. ( lu ici

Devenir confidentiel comme un pli sous la rainure d’une porte.

Je ne saurais dire pourquoi j’ai lu la première page de "ces choses-là" et aussitôt l’agacement est remonté comme une acidité. Je ne voyais pas du tout ce que l’escalier de Bénouville avait comme fonction dès la toute première phrase sinon poser déjà une sorte de guichet d’entrée.

Tu connais Proust ou pas ?. Non, t’as rien à faire là, dégage. En gros.

--Cette haine, contre quoi précisément saurais-tu le dire ? --contre toute une époque révolue, contre celle à présent, contre tout ce qui peut encore advenir.

Le constat d’une manipulation permanente —politique, et qui s’insinue dans ce que l’on t’aura proposé de lire de ne pas lire, de choisir de lire ou de ne pas. Et ton fameux libre-arbitre n’est rien d’autre que de la rigolade.

Plus que de la haine c’est un sentiment de misère. La haine tente de s’en extraire, en vain.

Et, bien sur il ne faut pas oublier la jalousie commune à tous et qui parfois est salutaire.

Le lien entre la jalousie et la mémoire chez Proust qui en parle ?

Quant au temps d’aujourd’hui je ne peux pas dire qu’il fasse beau je ne peux pas dire qu’il fasse mauvais temps non plus. Bien se tenir entre tout ce qu’on ne peut pas dire aide t’il à dire ce qu’on veut dire, aucune certitude.

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Carnets | février 2026

17 février 2026

Malgré ce que je disais il y a peu sur tel auteur, je ne peux m'empêcher de le relire. Je vois son mail dans la liste, je clique. Il s'agit évidemment toujours du même conflit, celui qu'on tente d'apaiser d'un côté et qui au moment même où l'on s'apaise revient par la bande et agace à nouveau. Il semble que l'épicentre de ce conflit se situe dans l'espace entre fiction et non fiction. Je dis "espace" et non "frontière". Je le dis ainsi parce que cela me semble bien être un espace entre deux frontières, un no man's land. Le sujet est donc cet embarras que j'éprouve face à la confusion entre deux territoires que j'imagine clairement marqués, mais en quoi sont-ils si marqués que je veux si facilement l'imaginer ? Si j'essaie de lister tout ce qui me paraît être du côté de la non fiction, c'est ce dont je cherche à m'extraire surtout. C'est le territoire où je ne suis qu'un étranger, un intrus. Je ne cesse d'entendre des voix qui me reprochent ma présence dans ce territoire comme si je venais pour profiter ou voler quelque chose qui ne m'appartiendrait pas. Ces premières sensations désagréables s'accompagnent de critiques généralement associées à mon ignorance du sujet. Comment, tu veux écrire de la non fiction alors que tu n'as, semble t'il aucune connaissance de ce que c'est vraiment ? Tu n'as pas le niveau requis, tu nous emmerdes, dégage ! De l'autre côté je ne me sens pas mieux accueilli. Tu veux écrire des fictions et tu n'as aucune connaissance des structures narratives, tu nous fais bien rire. Au bout du compte ni l'un ni l'autre est ma tendance. Puisque l'on me tourne le dos j'en fais de même. Je m'engage dans le no man's land avec les moyens du bord. Ce matin j'ai passé un bon moment à recalibrer Claude en listant tous les patterns que je ne supporte plus et en lui fournissant des solutions de remplacement : **1. La correctio** — _pas X, pas Y — c'est Z_ Remplacement : le détail concret seul, sans commentaire. Laisser le lecteur trouver Z. **2. La triplication clausulaire** — _juste X, juste Y, juste Z_ Remplacement : un seul élément, le plus fort. Couper les deux autres. **3. La métaphore explicative** — _comme si_, _on aurait dit_ Remplacement : la sensation directe sans comparaison. Pas _comme si elle avait peur_ — _ses mains_. **4. La phrase-bilan** — la dernière phrase qui résume ce que le paragraphe vient de montrer Remplacement : couper cette phrase systématiquement. Le paragraphe se termine sur le dernier détail, pas sur sa signification. **5. La nominalisation de l'émotion** — _une sensation d'angoisse_, _quelque chose qui ressemble à de la peur_ Remplacement : le symptôme physique. Pas l'émotion nommée — ce qu'elle fait dans le corps. **6. L'adverbe intensificateur** — _précisément_, _exactement_, _vraiment_ Remplacement : rien. Le supprimer presque toujours. **7. La question rhétorique finale** — _mais qu'est-ce que cela signifiait ?_ Remplacement : silence. Ou le geste suivant. C'est un pansement sur la blessure cruelle reçue au réveil. En analysant tout ce que j'ai écrit durant ce week-end je me suis rendu compte des répétitions, de la lassitude surtout à me relire moi-même. J'ai tenté de réorganiser l'ordre des nouvelles du recueil en cours, de supprimer trois nouvelles qui me paraissaient l'alourdir inutilement. Je suis revenu à l'os. C'est à partir de là que j'ai pu voir que j'utilisais toujours le même ou à peu de chose près un os semblable à un autre os. Et en réfléchissant rien d'étonnant à cela quand on travaille en s'assistant de l'IA. Ce n'est évidemment pas la première fois que je me sens démoralisé après avoir fourni un travail excessif. Excessif car orienté vers la même chose toujours, l'urgence de publier, l'urgence d'exister, la tentation d'exister comme disait Cioran. Attraper un tout petit fil de réel et tirer. Donc L'IA veut tout expliquer tout justifier tout rationaliser c'est sa mission mais elle veut le faire suivant des codes que l'on peut questionner. C'est donc un travail intéressant de laisser faire au départ puis de remettre chaque phrase, chaque mot en question. D'autant plus qu'on se considère le cul entre deux chaises, entre fiction et non fiction.|couper{180}

Autofiction et Introspection dispositif Technologies et Postmodernité

Carnets | février 2026

16 février 2026

Réécriture de dix nouvelles entre samedi et dimanche. Passage de 2 000 à 4 500 mots. Un travail « alimentaire » pour le recueil Dix minutes sans adulte. J'utilise Claude, Gemini et Copilot comme des prothèses : ils balaient le texte, dégagent une structure, traquent l'incohérence. J'ai supprimé Notion, j'ai branché ma carte bancaire sur le flux des modèles les plus rapides. Tout doit glisser. Pourtant, la machine biologique résiste. Mes doigts s'emmêlent sur le clavier, les coquilles se multiplient. Ma main ne sait plus tracer une liste de courses ; au supermarché, je sors un gribouillis illisible de ma poche. C'est l'impératif de vitesse qui me pénètre. Écrire vite, s'en débarrasser, ne plus faire obstacle. Je pénètre dans une urgence qui ressemble à un réflexe de survie, ou à un symptôme : quelque chose, partout, ne tourne plus rond. Dans ces réécritures, je cherche la fluidité, pas le « littéraire ». Je reviens à une forme de modestie, d'humilité, loin de mes anciennes recherches esthétiques. Il fallait sans doute traverser cette prétention pour en connaître le poids, pour tracer mes propres frontières du ridicule et apprendre à les évacuer. C’est le mouvement du peintre : pousser le personnage jusqu’à l’extrême pour détecter les fausses nécessités, les mensonges. Et recommencer. Une obsession me tient : réduire ce site au minimum. Supprimer les carnets. Tout cela me paraît désormais prétentieux, inutile. C’est la peur qu’on voie à quel point j’ai peiné, à quel point j’ai pu être lourd et maladroit pour parvenir à cette « simplicité ». Ce site est l'histoire de mon idiotie. Mais sous le binaire imposé — rebelle ou mouton, fiction ou réel — se dissimule quelque chose d’indéfinissable. En laissant mes textes être scannés de part en part par les algorithmes, j’ai la sensation d’une crucifixion d'un genre nouveau. Être exposé, mis à nu sous le regard d'une IA qui fait des liens que je n'ai pas demandés, qui vectorise mes hantises. Je repense au Sourire au pied de l'échelle de Miller. Auguste le clown qui cherche la grâce dans la maladresse. Peut-être que l'indéfinissable est là : dans ce qui survit au scan. Dans la décision de rester au pied de l'échelle, scanné, idiot et vivant, plutôt que de réussir l'ascension vers une perfection lisse qui ne m'appartient pas.|couper{180}

Autofiction et Introspection Technologies et Postmodernité

Carnets | février 2026

15 février 2026

Sans conflit, pas d’histoire. Sans doute peut-on résumer à cela les raisons d’écrire des fictions. S’il faut des raisons. Et non pas l’envie d’entrer en conflit avec quoi que ce soit, mais plutôt de se poser des questions. Au début, juste des questions. Sans se presser de vouloir les résoudre. Ce qui demande une certaine discipline, car la tentation de répondre est toujours « prompte », pour reprendre un terme à la mode. Bien que mon existence soit d’une sidérante banalité, les occasions de m’inventer des conflits ne manquent pas. Il se peut même que l’invention du conflit soit inversement proportionnelle au calme plat d’une vie au ras des pâquerettes. Moins j’ai d’histoire, plus j’ai envie d’en inventer. Est-ce qu’il y a besoin de se dire écrivain pour ça ? Pas sûr. Beaucoup de gens seraient surpris si on leur disait que toutes leurs histoires seraient certainement mieux sur le papier que dans leur crâne, et qu’ils les confondent avec la réalité. Mais c’est une autre histoire. L’envie de faire du prosélytisme aussi devrait être détournée vers l’écriture de fiction. Je devrais chaque matin relire un petit manifeste pour ne pas perdre trop de temps à me mettre au travail. Si tout dans ta tête est fiction, il ne sert plus à grand-chose de s’acharner à résoudre je ne sais quelle réalité. Il faut écrire de la fiction. On peut écrire durant des années en toute bonne foi et s’apercevoir tout à coup que tout ce qu’on a écrit n’est rien d’autre qu’une fiction. La question est de savoir comment résister au choc. Mais cela aussi est une autre histoire. Pour résumer, je cherche ce que je veux dire ce matin et je m’aperçois que je n’ai pas grand-chose à dire dans ce carnet. Est-ce que pour autant je dois entretenir l’idée que ces carnets sont parvenus à leur fin ? Je n’en sais rien. Ou si ce n’est pas la fin, est-ce le moment de l’habiller d’un nouveau costume ? De le faire passer de l’autofiction à un journal de bord plus « réel » ? Mais ça voudrait dire quoi, plus réel ? Est-ce que d’après toi le journal de 1925 de HPL que tu as suivi durant toute une année est quelque chose que tu considères comme réel ? Est-ce que la façon dont il a été décrypté jour après jour par François Bon est réelle ? Qu’est-ce qui est indubitablement réel dans tout ça ? Si tu te réveillais et que tu disais : « J’ai fait un rêve incroyable. J’ai rêvé que durant toute une année j’ai décrypté le journal de HPL et que pour cela je me suis inventé un personnage dans mon rêve nommé François Bon » ? Et si François Bon lui-même s’inventait un personnage nommé François Bon qui s’invente lui aussi un personnage nommé Howard Phillips Lovecraft qui aurait écrit un journal en 1925 ? Etc. En attendant, ce dimanche 15 février s’annonce plutôt froid et gris. Est-ce que tu écris ceci parce que c’est plus intéressant d’écrire « froid et gris » afin de te donner une bonne excuse pour ne pas sortir, pour rester au chaud assis et t’inventer des histoires ? En faisant corriger mon texte directement dans Obsidian par Copilot avec mon modèle Gemini 1.5 Flash (ou 2.0) gratuit, je me rends compte que ce dernier effectue des liens avec des conversations précédentes, ce que je ne lui ai pas demandé. J’avais pris soin d’ouvrir une nouvelle conversation pour cette tâche de correction mais visiblement il conserve beaucoup d’éléments des conversations passées. Et comme dans ce Vault j’ai quasiment tous les textes de mes carnets, je me demande dans quelle mesure je n’ai pas accepté un cadeau des Grecs à la légère. Et bien sûr, ma paranoïa naturelle aidant, je vois déjà une peur, donc un conflit apparaître, d’autant plus que j’ai écrit que c’était un dimanche froid et gris, etc.|couper{180}

depuis quelle place écris-tu ? Espaces lieux notes de travail