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4 avril 2026 — Le dibbouk

4 avril 2026

Je ne me rends pas bien compte que j’attends, mais j’attends.
S. a pris le train de bonne heure pour se rendre chez le spécialiste à Lyon et sitôt son départ je me suis jeté dans l’écriture. Une fois la porte d’entrée refermée je grimpe l’escalier et m’installe devant l’écran, je m’enfonce.
Je ne veux pas y penser. J’y penserai tout à l’heure après qu’elle sera passée chez le spécialiste, je l’appellerai.
Le balayage, Gardner, le cours, H. qui oublie le nom des couleurs toutes les cinq minutes et moi qui recommence — jaune et je pointe, rouge et je pointe — tout ça c’est la fuite. J’emmène le lecteur dans ma fuite sans qu’il le sache, sans que je le sache moi-même.
Ce dont je me rends compte : cette peur n’est pas seulement liée au fait qu’on puisse lui détecter quelque chose de grave. Qu’elle disparaisse. Que je me retrouve seul. Elle est liée à tous les souvenirs de perte que je n’appelle pas ainsi — je dis abandon.
J’ai honte d’avoir encore cet effroi à 66 ans. J’ai honte parce que je n’ai pas su régler ça, malgré tout ce que j’ai fait pour lutter contre ce sentiment — me mettre toujours dans des situations pour être seul, pour être abandonné, comme si je pouvais m’y habituer.
S. est rentrée vers 17h. Fatiguée mais soulagée. Le spécialiste l’a rassurée.

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