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3 avril 2026 — Le dibbouk

L’art de la fiction notes 1

Résumé & notes de travail en français, The Art Of Fiction - John Gardner 1983

Préface

Gardner présente ce livre comme un manuel pour un « serious beginning writer » non pour un auteur de thrillers ou de romans de gare, mais pour celui qui vise un art littéraire sérieux. Il précise d’emblée que la capacité à bien écrire est principalement le produit d’un bon enseignement soutenu par l’amour profond de l’écriture - pas un don mystérieux inaccessible. Le livre circule depuis des années sous le nom de « The Black Book » parmi les ateliers d’écriture avant d’être publié officiellement.

La structure du livre se présente en deux parties : 1- théorie générale de la fiction ( ce qu’elle est, comment elle fonctionne) ; 2- Technique et exercices pratiques.

chapitre 1- Loi esthétique et mystère artistique

Idée centrale :

Le jeune écrivain ( l’écrivain débutant) cherche des règles. Gardner commence par lui dire que c’est une mauvaise piste - non qu’il n’existe pas de principes, mais que croire aux absolus esthétiques mène à l’arthrite esthétique : rigidité pédante et atrophie de l’intuition. Chaque vraie œuvre d’art doit être jugée principalement par ses propres lois.

« The search for aesthetic absolutes is a misapplication of the writer’s energy. »
(La recherche d’absolus esthétiques est un mauvais usage de l’énergie de l’écrivain.)

Les lois esthétiques existent – mais elles glissent

Il existe des universaux esthétiques, mais ils opèrent à un niveau d’abstraction si élevé qu’ils offrent peu de guidance concrète. Exemple : le principe selon lequel toute question soulevée par un récit doit trouver réponse à l’intérieur de l’œuvre. Utile - mais Homère et Shakespeare le transgressent régulièrement Tchekhov charge ostensiblement un fusil à l’acte I de la mouette : règle respectée. Hamlet se débarrasse de ses ennemis hors scène sans explication : règle transgressée - sans que personne s’en plaigne.

conclusion de Gardner : les lois esthétiques peuvent être suspendues, mais seulement par les grands. Pour un débutant, le professeur dira : « C’est bon pour Shakespeare, pas pour toi. »

L’art repose sur le sentiment, l’intuition, le goût

Art depends heavily on feeling, intuition, taste.

C’est le sentiment qui dit au peintre où poser sa couleur jaune, qui donne au compositeur l’impulsion de briser sa ligne mélodique, qui règle le rythme des phrases, la proportion des scènes, la durée du dialogue avant le retour à la narration. Le grand écrivain a un instinct infaillible du timing qui touche tous les fils de son œuvre, jusqu’aux franges les plus obscures de la structure symbolique.

Cela ne signifie pas que l’intellect est inutile. Ce que le sentiment envoie, l’intellect doit l’ordonner — penser jusqu’au bout, froidement, les implications les plus subtiles. Mais la pensée ne doit pas devenir obsessionnelle au point que l’œuvre paraisse fussy, overwrought, anal compulsive.

La première et dernière règle

There are no rules for real fiction, any more than there are rules for serious visual art or musical composition.

Il y a des techniques — des centaines — qui peuvent être étudiées et enseignées. Il y a des erreurs communes. Mais pas de règles. Nommez-en une, et aussitôt un grand auteur viendra vous montrer une œuvre qui l’enfreint et vous convainc.

L’autorité du grand écrivain : deux composantes

La maîtrise repose sur deux éléments :

  1. La saine humanité (sane humaneness) — fiabilité du jugement, stabilité enracinée dans la sagesse, la générosité, la compassion. Quand un grand auteur parle, on répond intérieurement : « Oui, c’est exactement ça. »

  2. La force (force) — confiance absolue (non aveugle) dans ses propres instincts esthétiques, fondée sur l’intelligence, la sensibilité ET sur l’expérience de l’artisan : la connaissance, acquise par la pratique, de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas.

La maîtrise exige lecture et pratique

Pour atteindre la maîtrise :

Gardner défend ici l’éducation universitaire malgré ses défauts. Argument frappant : The Grapes of Wrath de Steinbeck aurait pu être un grand roman américain — Steinbeck connaissait tout sur les Okies — mais il ne connaissait rien des fermiers californiens qui les exploitaient, leurs raisons d’agir, leur humanité propre. Résultat : un mélodrame où le mal est unilatéral et invraisemblable. L’ignorance d’un seul côté suffit à ruiner une œuvre.

Toute grande écriture est imitation

« All great writing is in some sense imitation of great writing. »

Quelle que soit l’innovation, l’écrivain cherche à produire l’effet familier qu’on attend des bons romans. On dit d’Anna Karénine, de Sous le volcan, de Moby Dick — malgré leur étrangeté — : « Voilà un roman. » Les humains ne peuvent pas faire grand-chose sans modèles. Il n’y a pas de substitut à être guidé ligne par ligne à travers Othello, Hamlet ou Le Roi Lear.

Mots-clés du chapitre

Anglais Français
aesthetic arthritis/ arthrite esthétique
sane humaneness/ saine humanité
force force / confiance instinctive
mastery maîtrise
the familiar effect/ l’effet familier