30 mars 2026
Ne parvenant pas à supprimer mes deux anciens blogs, n’y arrivant pas, pas plus qu’à effacer les données, je les ai « passés » en mode privé. J’en profite aussi pour me désabonner — au lieu de m’énerver pour rien — de ce blog dont je reçois chaque jour le contenu et dont, une fois lu, il ne me reste rien. Rien sauf une sensation désagréable, et souvent cet énervement, pour rien.
Cette nuit il me semble que je suis en classe parce que j’aperçois, au-delà des fenêtres, un préau, des platanes, un ciel bas, des collines. Et l’ennui. Élève moyen, me dit l’institutrice sans visage, avec cette autorité étrange qu’ont les enseignants de jadis et qui paraît tellement irréelle aujourd’hui, en 2026. Qui me paraît irréelle parce que je sais que je rêve et je m’en fais la réflexion en regardant par la fenêtre ce ciel bas et les collines. Je rêve à peu près de la même façon que j’écris, c’est-à-dire avec beaucoup de doutes et d’hésitations. D’autant plus de doutes qu’on vient de m’avertir encore une fois que j’étais moyen. Je n’éprouve pas vraiment de douleur à être considéré comme tel. Pas vraiment de joie non plus. Je suis dans une position médiane, ni content ni pas content. Ce qui n’est pas non plus une position de tout repos. Et donc je suis au milieu, moyen, je crois que c’est peut-être un indice pour faire de ce qualificatif un moyen.
Un moyen que je trouve des années plus tard en lisant les taoïstes, les bouddhistes, allant jusqu’à m’inscrire au dojo de Lausanne pour pratiquer zazen. C’est là que j’ai appris qu’être tranquille faisait mal aux genoux, on n’a rien sans rien. Puis j’ai cessé. Lausanne est une ville dans laquelle on monte et on descend. Et tout en bas il y a le lac étale, je me souviens de cette impression de platitude juste après la descente qu’il faudra tôt ou tard remonter. Tout cela est inscrit physiquement.
Ce que je rejette est ce que j’aime, ce que j’aime est ce que je rejette en raison de cette position moyenne, ou du fait de tenir le milieu sans relâche. Je ne peux non plus être entouré d’amis ni totalement seul. C’est toujours une position à tenir, se manifestant dans le ni l’un ni l’autre.
Il m’arrive de jalouser ceux qui prennent parti pour l’un ou l’autre. Je les jalouse, je les déteste, puis je les aime, ou vice versa. C’est là mon effort, mon travail dans le sens où l’on parle de travail pour accoucher de je ne sais quoi, un juste milieu. Tout en se souvenant à quel point ce n’était pas gagné : l’histoire des deux souris tombées dans un bol de lait, Jésus qui vomit les tièdes, résultats moyens. Rien ne tombe tout cuit.
Hier je me suis endormi en oubliant d’ôter mon appareil, signe que je m’y habitue de mieux en mieux. Puis m’en apercevant dans une des hachures de la nuit j’ai pensé : tiens, je m’habitue. Et le fait de me dire que je m’y habituais provoque aussitôt une gêne semblable à la réception d’une copie dont on pense obtenir une bonne note, mais non, c’est juste la moyenne. Rien d’exceptionnel à s’habituer à quoi que ce soit, et pourtant on ne fait rien d’autre que ça, ce qui est, quand j’y pense, assez exceptionnel par rapport aux possibilités justement de ne s’habituer à rien.
J’ai laissé le formulaire d’inscription à la lettre d’information en place alors que dans mon rêve je le supprimais. Je le supprime parce que je comprends la raison pour laquelle nul ne s’abonnera : parce qu’en s’abonnant il me livrera quelque chose de très personnel, un nom, une adresse de messagerie, autant d’éléments qui, lorsque j’en prendrai connaissance, nous mettront probablement mal à l’aise réciproquement. Surtout moi, car à ce moment je serais tenté d’imaginer être lu par ces noms, ces adresses dont j’aurais pris connaissance, j’écrirais en ce sens, et, en y réfléchissant je préfère écrire en dépit de n’importe quel sens.
En attendant. Quoi, je ne le sais pas mais il me semble qu’attendre est une fonction au sens géométrique du terme, j’écris de petits textes que je classe dans une rubrique poésie. Peut-être que c’est de la poésie par défaut, c’est ce que je me suis dit. En tout cas ça ne me viendrait pas à l’esprit de croire que je suis un poète comme ça ne me venait pas non plus à l’esprit de croire que je suis peintre ou d’ailleurs quoi que ce soit de définitif. Quand je serai mort je serai quelqu’un. je serai le mort.
Hier j’ai compris que j’étais personne en lisant une lettre, et de ce fait j’ai trouvé ce genre de texte que je nomme poème. Un texte qui vient du fait d’être ou de n’être personne. D’abord une blessure d’amour-propre, puis une digestion de serpent qui avale un bœuf, de longues heures affalé sur des pierres, et enfin un texte dont la fonction est de rééquilibrer un excès, une faiblesse.
