Coincé à la lettre Q.
Certains parviennent à réciter l’alphabet gentiment, tout comme les tables de multiplication. C’est-à-dire par habitude, après avoir appris tout ça par cœur, petit doigt posé sur la couture du slip, du pantalon ou de la jupe à volants. C’est très bien et il en faut. Sinon, comment tournerait le monde ? Mais moi, je n’ai jamais pu réciter l’alphabet sans me tromper. Je reste obstinément embrouillé sitôt que j’arrive à la lettre Q. Et du coup, je me rends régulièrement sur Google pour tenter de me souvenir de ce qu’il peut bien y avoir après. C’est un truc qui fait quand même réfléchir au bout d’un moment, et peu importe la durée de ce « au bout ». Car, dans le fond, l’incommensurable confusion dans laquelle j’ai toujours à peu près vécu me ramène et me fige encore une fois de plus vers le « Cul », comme le Nord aimante et cale l’aiguille des boussoles. Rien n’est plus réel que le sexe, pensais-je naïvement. Et tout ce qui pouvait se produire aussi bien avant ou après n’avait finalement qu’une importance tout à fait relative. Seul l’évènement des corps qui se rencontrent, se touchent, s’explorent, se chevauchent, se lèchent et se dévorent semblait posséder la pertinence nécessaire pour se sentir vivant. Tout le reste n’était que du pipi de chat. Pour se sortir de ce pétrin, j’ai essayé un tas de trucs divers et variés dont je vous ferai grâce de les énoncer. Échec cuisant à chaque fois. Une fois, j’ai eu de l’espoir tout de même, et j’ai bien failli arriver au R sans y penser, j’allais enfin me dire ouf. Ce devait être au dojo zen de Lausanne, au moment où le coup de gong soudain a produit l’irruption d’un bouchon de cérumen depuis mon oreille droite sur le sol. Un peu comme la fleur de cerisier tombe au sol. J’ai éclaté d’un grand rire dans le silence étourdissant juste après, et j’ai tout de go dépassé le Q en gueulant : « rstuvwyz ». Quelqu’un m’a dit alors : et le x ? Et là, j’ai su qu’une nouvelle traversée du désert s’annonçait.